29 avril 2012 7 29 /04 /avril /2012 09:52

http://www.fmayran.com/sitev3/img/big/DEPORTES%20TSIGANES%20A%20JASENOVAC%202%203.jpg?PHPSESSID=8c218d50cb46c6dc9be5f963ca9580faCe dimanche, nous avons commémoré la libération des camps de la mort et honoré la mémoire des déportés. Comme chaque année, j'ai prononcé un discours...

"La déportation et les camps de concentration et d'extermination resteront à jamais un crime. Et il le faut.

"Gardons-nous de banaliser le vocabulaire. Un génocide, c'est l’extermination systématique d'un groupe humain, de même ethnie, de même langue, de même nationalité, de même religion, de même culture, de même orientation de vie, parce que ce groupe de même identité ou partageant les mêmes idées, et uniquement pour ces raisons, sans considération autre que le racisme ou la folie, devient aux yeux des massacreurs un groupe qui ne doit plus vivre.

"Le génocide des Juifs par les nazis est appelé l’holocauste, puis, plus justement, la Shoah, la catastrophe en hébreu. Dans les camps, si les Juifs furent les plus nombreux, ils ne furent pas les seuls : les opposants parmi lesquels de très nombreux communistes, les handicapés, les homosexuels, les Tziganes, les résistants, furent aussi des victimes. Et n’oublions pas non plus les centaines de milliers de victimes du camp de Jasenovac du régime des Oustachis, qui a devancé en Croatie les camps d’extermination nazis, dès 1941.

"Aujourd’hui, notre devoir est d’entretenir le souvenir conscient de la longue chaîne des évènements qui ont conduit des esprits ordinaires à se pervertir et à imaginer devoir mettre en œuvre avec méthode « die Endlösung », c'est-à-dire la « solution finale », qui dépasse notre humanité et qui nous fige, encore, dans l’horreur et la douleur.

"Vous comprenez que cette cérémonie recèle un appel impérieux à la préservation des mémoires. Nous sommes là, aussi, pour nous prémunir des inconscients qui banalisent des comparaisons par le vocabulaire ou la légèreté des propos ; nous sommes là pour combattre ceux qui réfutent les évidences des faits, ceux qui cultivent un terreau de haine et d’exclusion, ceux qui dérapent dans les amalgames, dans les confusions orchestrées, dans les désignations de communautés.

"Aujourd’hui certains stigmatisent l'immigré, le musulman, l’infidèle, la femme voilée, la femme sans voile. Et demain ? Le pauvre, le sans-travail, le souillon, le jeune, le vieux ?

"Alors, oui, parlons « identité nationale » ! Parce que chaque nation a une âme. Qui sommes-nous, nous, citoyens d’ici ? Nous sommes les enfants des Lumières ! Des démocrates en République. C'est ça, l'identité de la France. Je ne suis pas naïf, je sais que la représentation n’est pas la démocratie directe, je sais que les lobbies agissent dans l’ombre ; c’est pourquoi nous devons être soucieux de la séparation, de l’indépendance et du contrôle des pouvoirs. Notre étendard, c’est notre devise républicaine : Liberté, Egalité, Fraternité. Bien sûr, c’est difficile ! Oui, ces idéaux sont loin d’être atteints ! Faut-il pour autant renoncer ?

"Et nous avons un bien commun, très français, très envié, très combattu – c’est dire combien il est important – Ce bien est la Laïcité. Pour ne plus entretenir les ferments qui ont nourri les idées folles ayant légitimé l’internement et l’extermination de millions d’hommes, de femmes et d’enfants, pour leurs idées politiques, leurs orientations sexuelles, leurs croyances, leurs origines nationales ou ethniques, leurs choix de vie et de culture, leurs infirmités, nous devons dire, avec force et conviction, que la France laïque, c’est la liberté de conscience, c'est la liberté de penser, et c'est la liberté d’exprimer des opinions dans le respect des lois.

"Nous devons dire que notre volonté est de perpétuer le projet de vivre ensemble. Dans notre société inquiète, nous avons besoin de repères, de stabilité, et de vision. Jeunes gens, filles et garçons, les déportés vous parlent : ils vous disent que vous êtes libres, libres et capables de penser, libres d’agir et libres d’aimer. Que vous devez être lucides et généreux afin de préserver cette liberté.

"Je vous le disais les années passées. Nous ne le ferons que tous ensemble. Alors oui, vive cette France ! Vive la France de la République qui doit toujours nous permettre de vivre enrichis, solides, fiers et beaux de toutes nos différences !"


> La photo illustrant cet article est celle d'une œuvre de Francine Mayran, "Gitans à Jasenovac", élément d'une exposition "Témoigner des ces vies", qu'elle a eu la gentillesse de m'autoriser à utiliser. J'invite les visiteurs de ce blog à visiter son site, riche en toiles toutes plus poignantes les unes que les autres : www.fmayran.com

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Publié par Marc Vuillemot - dans Devoir de mémoire
4 décembre 2011 7 04 /12 /décembre /2011 07:33

http://defenseglobale.fr/wp-content/uploads/2010/11/11-NOVEMBRE-2010-300x195.jpgOn m'a réclamé le discours que j'ai prononcé à l'occasion de la commémoration du 93ème anniversiare de l'armistice de 1918. Je le livre un peu tardivement, illustré d'une photo des jeunes des classes "défense globale" du collège Henri-Wallon qui sont toujours présents aux rendez-vous de la mémoire et que l'on peut retrouver sur leur blog...

Le 11 novembre, chaque année, nous célébrons l’Armistice qui, signée en 1918 dans le bois de Rethondes, mit fin aux combats après quatre années de guerre. Ces quatre années seront désormais connues sous le nom de « Grande Guerre ».

Quatre-vingt-treize années ont passé. L’émotion n’est plus la même, les souvenirs dans les familles ne sont plus relayés que par des personnes qui ont ouï-dire les combattants. Les « gueules cassées » n’évoquent plus qu’un vieux billet de la loterie nationale, elle aussi disparue.

Et, pourtant ! Nous sommes là, autorités civiles et militaires, associations d’anciens combattants, élus, enfants des écoles, population.

C’est que cette guerre, dont on dit qu’elle nous a fait entrer dans le XXe siècle, est à la fois l’adieu à l’ancien monde, des régiments en ligne aux uniformes colorés de bleu azur et de garance et des manufactures, et l’avènement de la modernité, de l’aviation, de l’industrialisation, des conquêtes sociales.

Le choc a été si violent. L’horreur si grande. Les morts si nombreux. Les décisions des Etats-Majors si cruelles et inconséquentes parfois. Les conditions de guerre si nouvelles. L’implication de l’arrière, des femmes, si importantes.

On le sait, la Grande Guerre fut, entre autres, le résultat d’une Europe divisée - l’actualité nous rattrape, souhaitons simplement que nous, les Européens d’aujourd’hui, saurons être intelligents et constructifs : si la guerre est devenue financière, elle peut être, elle aussi, dévastatrice pour les peuples).

La Grande Guerre fut aussi le fruit de l’expansion coloniale et de ses dérives ; le fruit du nationalisme le plus étroit ; le fruit du désir de revanche ; le fruit de la question territoriale ; et le fruit des grands enjeux capitalistes des marchands d’armes.

Au sortir de la guerre, peu de voix s’étaient élevées pour dénoncer la grande agression collective de 1914 – 1918.

C’est que la Paix, tant attendue pendant le conflit, a été une paix victorieuse, susceptible de légitimer, du moins dans un premier temps, les immenses sacrifices consentis par la Nation pour qu’advienne la victoire. Et, en effet, une sorte d’économie morale s’est mise en place, partout, pour célébrer les soldats français... un peu comme est née la légende des Grognards des armées napoléoniennes. Des monuments aux morts sont érigés dans le moindre des villages. La cérémonie du Soldat inconnu est instituée.

Rappelez-vous vos leçons d’histoire : ils étaient partis unanimes et enthousiastes ! Un départ en guerre magnifique de cohésion entre ceux qui partent et ceux qui restent, ces derniers faisant la haie dans les gares et le long des voies ferrées…

On le sait aujourd’hui, les historiens l’ont montré, la réalité est plus nuancée. Le mouvement pacifiste était très présent ; il y eut de la consternation, de la tristesse, les larmes se sont mêlées aux réactions d’enthousiasme…

Aussi, il fallut l’après-guerre et une plus complète analyse du pourquoi et du comment, pour qu’Anatole France ose écrire : « On croit mourir pour la Patrie, on meurt pour des marchands de canon ! ».

La guerre laisse une génération traumatisée par ce qu’on qualifie désormais de « grande boucherie ». Elle va marquer le siècle jusqu’à conduire à la construction de l’Europe. En effet, incidemment, la société française comprend que la parenthèse de la guerre ne sera jamais totalement refermée. Les idées pacifistes renaissent. Dans les années trente, sur le terreau de l’horreur des tranchées, elles irriguent l’ensemble de la société, elles traversent tous les partis, tous les milieux professionnels. Cela participera sans doute à ne pas vouloir ouvrir les yeux sur la réalité du réarmement de l’Allemagne, de l’idéologie du nazisme et de son bellicisme actif. La seconde guerre mondiale sera une réponse, et la communauté européenne du charbon et de l’acier en sera une autre.

Ces guerres ont été un accélérateur, et c’est malheureux que certains aient dit, du coup, les trouver nécessaires. C’est avec 14-18 que le bonheur est devenu un objectif. Le travail sera enfin réglementé, commençant à protéger le travailleur qui acquiert un statut. Une organisation sociale pour tous se dessine.

La guerre a révélé la fragilité de nos institutions, les écarts considérables entre les uns, le prolétariat, et les autres, la grande bourgeoisie, et leurs représentations respectives dans les Assemblées. Ainsi, de cette Grande Guerre, il sortit une notion confortée de la citoyenneté et de ce qu’un Etat responsable et solidaire doit et peut apporter.

Oui, oui vraiment, nous aurions tort de négliger l’utile compréhension des enchainements du passé ; ceux qui ont conduit à accepter comme inéluctable ce qui s’est avéré être inacceptable.

N’oublions pas que les totalitarismes sont toujours des expériences de croyances obscures rendues limpides par simplisme. Qu’ils ont attiré les foules et, parmi elles, des gens intelligents, instruits, cultivés. Aussi saluons ce qui se passe dans les pays arabes qui chassent peu à peu les tyrans et qui sauront peut-être construire un Etat de droit en respect avec les principes essentiels qui font une démocratie, - le plus dur est à venir : on sait, en France, qu’après une révolution ce chemin est chaotique. Ayons une pensée pour la Lybie libérée, pour la Tunisie qui a voté. Ces deux pays sont dans un processus encore incertain, souhaitons leur le meilleur, selon des idéaux démocratiques, dans le respect des personnes, de toutes les personnes, des croyances, toutes les croyances et toutes les incroyances.

Ces peuples, ces jeunes, ces femmes, nous ont montré que le courage, l’ambition pour tous, la volonté, ne sont pas vains. C’est aussi ce que je veux croire dans l’action des troupes françaises qui ont payé un lourd cette année en Afghanistan. 

Rien n’est irréversible. Il y a encore dix jours, je recevais à l’EAJ des Sablettes deux groupes de jeunes Polonais et Allemands et leurs professeurs, venus rencontrer et partager une pratique artistique et plastique avec des jeunes du collège Wallon. L’une des professeures berlinoises me disait que rien n’était plus efficace, pour le rapprochement et la compréhension des peuples, au-delà des beaux discours, que la réalité des confrontations dans les actes les plus quotidiens, comme préparer un petit déjeuner. C’est tellement vrai et tellement vérifié et vérifiable.

L’an passé, je citais Jaurès : « L’effort humain vers la clarté et le droit n’est jamais perdu ».

Je vais rester encore sur ces paroles, et, redire que nous devons user de notre mémoire dans un exercice critique : ce n’est pas seulement la fin de la guerre que nous devons célébrer, mais la solidarité des hommes dans l’adversité telle qu’elle fût vécue dans la boue des tranchées.

C’est cette solidarité qui doit permettre la construction d’un avenir dans la paix pour les enfants du Monde.

Oui, vive la Paix !

Vive l'Europe des peuples solidaires !

Vive la France républicaine !

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Publié par Marc Vuillemot - dans Devoir de mémoire
19 juin 2011 7 19 /06 /juin /2011 05:28

http://t3.gstatic.com/images?q=tbn:ANd9GcTSvbI4OrLUbqpoBXENIRU25wgfBTSPuYIY1YorZFgySMDhH1iCNous étions samedi rassemblés sur le Parc Braudel des Sablettes, devant la stèle où est apposé "l'Appel du 18 juin" que le général De Gaulle a lancé aux Français depuis Londres pour qu'ils ne se résignent pas à la suite de la capitulation de l'État pétainiste et entrent en résistance contre les nazis et les fascistes.

J'ai prononcé un discours...

"Le 18 juin 1940, à 18 heures, un général deux étoiles proclame à la radio de Londres que « la résistance française ne doit pas s’éteindre et ne s’éteindra pas ». Le 16 juin, en apprenant la démission du Président du Conseil, Paul Reynaud, il avait décidé de partir « dès le matin » pour l’Angleterre afin de poursuivre le combat. Le 17 juin, Pétain avait demandé l’armistice.

 "L'appel du 18 juin était un message d'espoir. Il faisait entrer le terme de « résistance » dans le vocabulaire politique du XXe siècle. Il affirmait que la mondialisation de la guerre ferait la victoire.

"Aujourd’hui, une autre mondialisation est en marche. L'humanité est confrontée à une crise d'une ampleur sans précédent qui entraîne un appauvrissement rapide de bien des populations. Cette paupérisation annule les progrès et se nourrit de la destruction de l'environnement. Elle engendre la ségrégation sociale, elle encourage le racisme, elle s'attaque aux droits des femmes et elle précipite dans les nationalismes.

"On met souvent en avant un caractère inéluctable du processus de cette mondialisation devenue mortifère. Et force est de constater que nous vivons déjà dans un monde d’interconnexion et d’interdépendance : en effet, tout ce qui peut se passer quelque part affecte la vie et l’avenir des gens partout ailleurs.

"Aucun territoire souverain, si vaste, si peuplé, si riche soit-il, ne peut protéger à lui seul ses conditions de vie, sa sécurité, sa prospérité à long terme, son modèle social ou l’existence de ses habitants. Mais, à l’inverse, aucun Etat, si fort soit-il, ne peut enrayer la volonté des peuples indignés par les injustices.

"Nous vivons désormais dans une économie financiarisée, dure, caricaturale, dont le seul horizon est le profit, rapide, cupide, cruel pour les victimes. On est bien loin des vieilles notions d’équilibre, de raison, de morale et d’éthique, qui devaient accompagner le capitalisme des origines. La main invisible qui devait réguler les marchés est inopérante et aveugle !

"Nous savons bien, avec Winston Churchill qui a accueilli De Gaulle à Londres, que la démocratie est le moins mauvais des systèmes de gouvernement. Or celle-ci n’existe que dans l’alternance pacifique du pouvoir, lequel a le devoir de faire vivre ce que, en France, on résume en trois mots : liberté, égalité, fraternité ! Et ce n’est pas un hasard si, trois semaines après l’appel du Général De Gaulle, cette devise a été enterrée par l’Etat collaborateur.

"Dans son fond et sans que les circonstances soient à comparer, cet appel de De Gaulle, demeure d’actualité. Le printemps fut arabe, l’été sera-t-il grec, espagnol, européen et indigné ? La jeunesse veut résister. Elle veut croire à un autre possible. Elle ne veut pas se résigner. Elle lance son « appel ».

"Pour les plus modestes, le processus vital est engagé : hausse des prix alimentaires, du logement, de l’énergie… les plus pauvres se restreignent sur le chauffage, l’alimentation, la santé. Le chômage est subi et l’alternative est le temps partiel contraint, la baisse des salaires, le déclassement, l’exclusion.

"Avec pour conséquence le repliement, la frustration, le rejet des autres et de l’étranger. On prétend qu’une solution serait de fermer les frontières !… La délinquance et tous nos maux seraient, forcément, liés à l’immigration. C’est une stigmatisation indigne. On instille doucement le racisme, comme dans les années 30. Heureusement que De Lattre de Tassigny, qui a répondu à l’appel de De Gaulle après l’invasion de la zone libre, ne s’est pas arrêté à de telles simplifications lorsqu’il a réussi l’amalgame des armées d’Afrique et des forces de la France Libre qui ont largement contribué à la libération !

"L’« appel » de notre jeunesse est clair : elle nous exhorte à enfin regarder vers elle et à porter le regard un peu plus loin que notre giron ! Changer la société est pour les jeunes un horizon légitime. L’espoir que portait De Gaulle est aujourd’hui dans leur camp et ce sont eux qui appellent à la résistance.

"Résister aux soi-disant évidences que l’on nous assène. Oui, il est possible de faire autrement. Autrefois, un homme isolé s’est levé et, in fine, la France s’est assise à la table des vainqueurs, aux côtés d’ailleurs de ceux-là mêmes qui voulaient instituer un protectorat américain...

"Que les Etats, les Nations, s’entendent donc dans une nouvelle alliance qui ferait fi des intérêts de profit et dont le caractère inhérent serait de vouloir la paix, le partage, l’éducation. Travaillons à une gouvernance mondiale passant par la préservation de l’environnement et un humanisme retrouvé.

"Cela serait-il foutaise, balivernes, irréalisme ?

"En 1940, le Général De Gaulle était bien seul devant son micro à la BBC… Lorsqu’il imagine l’avenir, ce 18 juin, De Gaulle ne se laisse pas enfermer dans la réalité pourtant accablante de la capitulation. Nous connaissons la suite. Croyons comme lui que la bataille du XXIe siècle n’est pas perdue ; que l’espoir et la volonté ne sont pas vains.

"L’histoire, ce sont les hommes qui la font. Rien ne se transforme ni ne s’adapte sans l’impact des volontés et des passions humaines.

"Le message de De Gaulle, en 2011, ce doit être : demain, mieux et autrement !"

 

> L'image illustrant cet article (la même d'ailleurs "l'appel" figurant sur la stèle du parc des Sablettes) n'est en fait pas la reproduction de "l'Appel du 18 juin" de Charles de Gaulle mais de ce qu'on a appelé "L'affiche de Londres" publiée quelques jours après et qui reprend en substance son appel à la résistance. Voir ICI l'appel et ICI l'affiche.

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Publié par Marc Vuillemot - dans Devoir de mémoire
28 avril 2011 4 28 /04 /avril /2011 06:50

mv_deportes.jpgAprès l'intervention de Marie Bouchez, représentant Michel Vauzelle, président de la région Provence Alpes Côte d'Azur, lors de la cérémonie de commémoration de la libération des camps de déportés, ça a été à mon tour d'essayer de tirer de cette terrible phase de l'histoire de l'humanité quelques enseignements pour le présent et l'avenir...

« Notre monde demeure hanté par le souvenir de ce qui restera un crime d’une indicible horreur dont beaucoup de déportés, eux-mêmes, ont eu bien du mal à  parler.

« Il faut dire que rien n’avait été prévu pour les entendre, ni les écouter. Et, en effet, raconter était difficile, on n’entendait pas leurs récits, lorsqu’ils en faisaient, car ils étaient, littéralement, incroyables.

« Lorsqu’ils parvenaient à évoquer l’horreur, les déportés racontaient des choses effroyables ; et, pour les proches qui les aimaient, c’était insupportable.

« Et ça l’est toujours, soixante-six ans après.

« Aujourd’hui, notre devoir est d’entretenir le souvenir conscient de la longue chaîne des évènements qui conduisirent des esprits ordinaires à se pervertir et à imaginer devoir mettre en œuvre avec méthode « die Endlösung », une « solution finale » qui dépasse notre humanité et qui nous fige, encore, dans l’horreur et la douleur.

« Vous comprenez que cette cérémonie recèle un appel impérieux à la préservation des mémoires.

« Nous sommes là, bien sûr, pour dénoncer autant l’idéologie des nazis que la faiblesse des nations qui les laissèrent agir dès 1933.

deportes_2011_2.jpg« Mais aussi pour nous prévenir d’apprentis sorciers qui, sciemment pour d’extrémistes populistes, ou imprudemment pour d’autres, cultivent dangereusement un terreau qui fleure trop celui des années 30, par des déclarations ou de débats mal gérés qui, trop souvent, dérapent d’identité nationale ou de laïcité vers des liens étranges entre islam, immigration ou insécurité, par des amalgames où on compare la prière dans la rue à une « occupation », ou par des propos où on clame que « la France doit rester la France ». Comme si elle était menacée…

« Oui, gardons-nous de jouer avec le feu en banalisant des mots et des postures qui, il y a quelques années, auraient été unanimement condamnés.

« Car tout cela résonne trop avec « À bas le Juif » « Gardez-vous de l’Anti-France » ou « Dehors, les métèques », qu’on entendait lorsque l’antisémitisme commençait à s’afficher.

« On stigmatise aujourd’hui les immigrés et les musulmans. Le 30 mars, le journal « Le Monde » publiait une tribune de la Ligue Contre le Racisme et l’Antisémitisme et du Conseil Représentatif des Institutions Juives de France, avec le soutien du grand rabbin de France ; je cite :

« Ceux qui parlent de l’islamisation de la France sont guidés par la même obsession xénophobe que ceux qui dénonçaient la judaïsation de notre pays dans les années 1930. »

« Alors, oui, parlons de la laïcité, mais surtout... « parlons et agissons laïque » !

« Pour ne plus entretenir les ferments qui ont nourri les idées folles ayant légitimé l’internement et l’extermination de millions d’hommes, de femmes et d’enfants pour leurs idées politiques, leurs orientations sexuelles, leurs croyances, leurs origines nationales ou ethniques, leurs choix de vie et de culture, leurs handicaps, nous devons dire, avec force et conviction, que la France laïque, c’est la liberté de conscience, la liberté de penser et d’exprimer des opinions, y compris bien sûr religieuses.

« Nous devons dire que la France laïque impose la séparation des pouvoirs et la démocratie.

« Nous devons dire que la France laïque laisse les dieux dans les foyers et qu’elle met les citoyens à l’école.

« Nous devons le dire. Et le vivre et le faire vivre. Chez nous, en Europe, et dans le Monde.

« Souvenez-vous, au sortir de la guerre, l'espérance résidait dans un projet collectif. Or on est passé de l’espoir, issu du Conseil National de la Résistance, d’une société préoccupée de tous, dans la volonté de vivre ensemble, à un ordre – façon de parler - du chacun pour soi et de la peur de l’autre.

« Alors, oui, cette cérémonie annuelle est utile. Il faut associer l’unité et la diversité dans un nouveau projet de vivre avec nos différences.

« Alors, oui, dans notre société inquiète, nous avons besoin de repères, de stabilité, et de vision.

« Et, oui, les déportés nous ont appris que la vie c’est aussi la stupeur d’avoir traversé la nuit. « N’oubliez jamais, ont-ils dit, surmontez vos peurs ; ces peurs qui nous empêchent de vivre bien ».

« Oui, il nous faut échapper aux brumes de la nuit. Nous le devons à nos enfants. Et nous ne le ferons que tous ensemble. Et riches, et forts, et beaux de nos différences".

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Publié par Marc Vuillemot - dans Devoir de mémoire
28 avril 2011 4 28 /04 /avril /2011 06:29

mb_deportes.jpgAprès trois semaines au cours desquelles, par la force des nombreuses choses qui m'ont mobilisé (et un peu de laisser-aller, je le reconnais... préférant consacrer mon rare temps libre à des balades à vélo plutôt que face à mon écran), je réactive ce blog. Mes visiteurs assidus me pardonneront... je l'espère...

Pour ce premier article depuis le 3 avril dernier, je ne parlerai pas de moi, mais de l'allocution poignante prononcée par mon amie Marie Bouchez, conseillère régionale socialiste, lors de la cérémonie de commémoration du souvenir des déportés des camps nazis et japonais qui s'est déroulée dimanche 24 avril dernier...

« C’est avec une digne et réelle émotion que je m’exprime devant vous en cette journée de commémoration dédiée à la libération des camps et de la déportation, mais aussi journée du souvenir pour les victimes du génocide arménien, et puis au triste 25ème anniversaire de la catastrophe nucléaire de Tchernobyl.

« De ces moments si durs, des femmes et des hommes sont devenus des héros après avoir été des victimes de la folie multiple que nous sommes aussi et toujours capables d’engendrer.

« Mais ici, la volonté et la présence de chacune et chacun d’entre nous reflètent l’union, devant l’inacceptable, à dénoncer, à combattre à jamais.

« D’autant que chaque jour vient nous rappeler que les actes les plus vils, les idéologies les plus nauséabondes sont malheureusement présents et utilisés.

« Cette union, en effet, devant cette communauté humaine qui a su lutter sous toutes formes, se fédérer pour la fin de cette barbarie, de cette inhumanité logée et érigée en lieu et place de nos démocraties et de notre république.

deportes_2011.jpg« D’ici et d’ailleurs, les peuples se sont rejoints, se sont soulevés pour combattre le racisme, la xénophobie, le rejet de l’Autre et les crimes d’Etat. Ils se sont réunis pour réinventer un monde de paix, de liberté, de partage des civilisations et des richesses humaines.

« Merci pour tout cela, merci à la mémoire collective. Celle-ci est à renouveler quotidiennement pour mieux la conserver, mieux la transmettre. L’histoire nous apprend à rester éveillés, le savoir et l’éducation à garder les consciences ouvertes et généreuses.

« Les dangers qui menacent ces équilibres et ces choix sont bien là et le « plus jamais cela » n’est pas encore de mise, on le sait, on le voit, on le vit.

« Alors merci aux passeurs d’histoire, aux « mélangeurs respectueux des civilisations », aux militants de l’éducation populaire, aux associations que vous représentez.

« Merci à ceux qui se battent pour que des lieux de mémoire continuent à exister ou à émerger en relais d’humanité. Nous devons donner des moyens à ces tâches essentielles, nous ne pouvons réduire par petites économies et politique du court terme, l’accès aux droits fondamentaux que sont l’éducation la culture, les espaces de pédagogie vers une citoyenneté à conquérir et à sauvegarder.

« Si j’évoque ces lieux de mémoire, c’est en lien avec ceux qui animent et bâtissent depuis longtemps déjà un projet de mémorial important sur notre région, je veux parler du Camp des Milles, à Aix-en-Provence. Il fut un transit vers la mort, une ségrégation orchestrée, un bâillonnement des convictions collectives et intimes, un asservissement des peuples, que l’on soit juif, tzigane, communiste, républicain espagnol... et j’en oublie !

« Passage vers le pire, vers l’anéantissement, mais aussi image macabre des responsabilités, bien affichées et organisées.

« J’espère, et nous l’espérons avec Michel Vauzelle, Président de la Région, que ce lieu de mémoire, de culture et d’éducation, pourra enfin voir le jour cette année. Je salue la forte volonté de ceux qui ont soutenu ce projet depuis longtemps. Il fera partie intégrante de ce qui doit nous rassembler aujourd’hui et demain.

« Alors, chers amis, chers collègues élus, Présidents et membres des associations, Représentants de l’Etat, Citoyennes et Citoyens, continuons à transmettre, à nous souvenir, à faire vivre ce qui nous unit pour le meilleur commun de l’humanité.

« Des femmes et des hommes ont résisté, sont morts afin que nous soyons libres, dans un monde de paix, pour une terre d’accueil, fruit de tolérance et de solidarité entre tous.

« Souvenons-nous ! Sachons aussi qu’au quotidien descendent des collines, sortent des usines et des villes, ici, ailleurs, du nord au sud, de l’est à l’ouest, des bâtisseurs d’avenir, porteurs de volonté collective face à la barbarie, face aux dégâts des asservissements et des captations de richesses de tous ordres, face aussi à la facilité de reconstruire des murs entre nous.

« Seule, la paix, la connaissance, le goût des Autres, le partage des richesses et la démocratie sont notre issue.

« Pour laisser un héritage à notre jeunesse, à nos futurs enfants, un héritage bien vivant, bien utilisable, et pour qu’ils aient leur propre et libre choix devant l’avenir à construire...

« Soyons ensemble sur ces valeurs. »

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Publié par Marc Vuillemot - dans Devoir de mémoire
12 novembre 2010 5 12 /11 /novembre /2010 15:50

http://sphotos.ak.fbcdn.net/hphotos-ak-ash2/hs493.ash2/76672_177080325638735_100000103067117_657606_7938806_n.jpgIl y a 92 ans, le 11 novembre 1918, à La Seyne, les cloches de Notre-Dame-de-Bon-Voyage, comme celles de toutes les églises de France, sonnaient pour annoncer la fin d'une sale guerre de quatre ans. Outre mes collègues adjoints et conseillers municipaux, nous avons accueilli Jean-Sébastien Vialatte, députe-maire de Six-Fours, Mireille Peirano, vice-présidente de la Région Provence Alpes Côte d'Azur, représentant Michel Vauzelle, président de la Région, Sandra Torres, conseillère régionale, ou encore Patrjck Martinenq, conseiller général de La Seyne. J'ai prononcé, à cette occasion, le discours ci-après qui a, paraît-il, dérangé certains. Je me demande pourquoi...

"Nous célébrons cet Armistice qui mit fin aux combats après quatre années d’une guerre jamais vue jusqu’alors.

"Avec tout le respect que nous devons à la mémoire des disparus et aux rares survivants, nous célébrons les soldats, les populations, les victimes, qui ont porté cette première guerre mondiale dans leur chair, leur sang, leurs souvenirs... Plus jamais ça, avaient-ils dit à l'époque... Et pourtant !

"Nous célébrons aussi les idéaux perdus pour lesquels ils ont tant souffert.

"Et, en effet, la France, telle que nous la vivons aujourd’hui, semble parfois loin de ces fondations républicaines égalitaires issues de la Nuit du 4 août qui, au-delà d’un patriotisme exacerbé par la guerre, ont porté des gens simples à combattre deux empires aristocratiques au nom de la République.

"Le monde d’aujourd’hui montre que les leçons du passé ne sont pas tirées.

"La Grande Guerre fut, entre autres, le résultat d’une Europe divisée ; de l’expansion coloniale et de ses dérives ; du nationalisme le plus étroit ; du désir de revanche ; de la question territoriale ; enfin, et ce n’est pas le moindre, le résultat de l’aveuglement de ce grand capital encourageant la course aux armements.

"Je l’ai déjà exprimé, mais je le répète : Gardons-nous aujourd’hui des images trop mortifères, propres à entretenir la défiance et la haine des peuples et gardons-nous de perdre le sens du futur et le goût du présent.

"Le bonheur, qui était cantonné au Paradis avant la Révolution Française, était devenu accessible sous l’impulsion des philosophes des Lumières ; redescendu sur terre, en quelque sorte... Avec la révolution industrielle, avec le travail moins pénible et réglementé, le travailleur acquiert un statut. Le bonheur est devenu un objectif. Et les fins des deux guerres mondiales ont accéléré la nécessité de penser l’organisation sociale pour tous.

"Mais notre présent semble aller à contresens du projet de société que ces deux guerres ont suscité en réaction : ce modèle de civilisation, où l’humanisme le dispute au profit, est lentement mais sûrement détricoté.

"La Grande Guerre a eu un effet positif, si l'on ose dire, car, par son ampleur, par son horreur, elle a grandement contribué à forger les identités politiques de démocraties encore très fragiles, une transformation des mentalités, la reconnaissance des femmes dans la vie économique. Ces évolutions ont préparé les opinions publiques à admettre le combat contre les empires financiers (les lois anti-trust), le colonialisme, les situations établies par la naissance, et les logiques immorales d’un capitalisme dont l’aveuglement dans la quête d’un enrichissement sur le dos des peuples n’était que faiblement balancé par un paternalisme hypocrite.

"Ainsi, de cette Grande Guerre, il sortit une notion confortée de la citoyenneté et de ce qu’un Etat responsable et solidaire pouvait apporter. Cela ne s’est pas fait dans l’angélisme. Nos Républiques furent bousculées, bafouées, en Allemagne, en Espagne, au Portugal, en France. Elles ne surent pas s’opposer à un deuxième conflit planétaire.

"Et aujourd’hui, ce qui nous menace, c’est l’oubli. L’oubli de ces combats, l’oubli de ce qu’est la vie sans espérance, l’oubli de ce qui fut conquis dans des luttes opposant les petites gens aux grands possédants. Ce que nous voyons, c’est l’affaiblissement des politiques publiques au gré du désir des élites au pouvoir : « Moins d’Etat pour mieux d’Etat », disent-ils sans vergogne.

"On réclame des efforts à des citoyens dont le pouvoir d’achat est en berne et dont l’emploi est menacé, on met en œuvre une révolution silencieuse qui démantèle un soi-disant Etat-providence. La notion de service disparaît au profit de la performance. Cela passe par des coupes sombres et la perte de la notion d’intérêt général. Je l’ai dit et regretté par ailleurs, nos communes, nos départements, nos régions, espaces de la démocratie, sont gravement touchés.

"Oui, oui vraiment, nous aurions tort de négliger l’utile compréhension des enchainements du passé ; ceux qui ont conduit à accepter comme inéluctable ce qui s’est avéré être inacceptable.

"Les totalitarismes ont été des expériences de croyances obscures rendues limpides par simplisme. Ils ont pourtant attiré les foules et, parmi elles, des gens intelligents, instruits, cultivés.

"Ces dernières années, la richesse des plus riches a littéralement explosé cependant que le revenu moyen stagne. On poursuit avec résolution les petits délinquants, mais on laisse en paix les exilés fiscaux… Ces manquements entraînent nos démocraties représentatives dans les mêmes crises qui, sans remède, désespèrent les masses, conduisent à des solutions simplistes et désignent des boucs émissaires.

 "Nous ne pouvons plus dire que nous ne savons pas ce qu’il advient de la perte de confiance dans la représentation, dans le discrédit d’un pouvoir parlementaire soumis, dans le sentiment que ce pouvoir serait ailleurs que dans les sphères politiques. Le résultat, on le sait, est le repli sur soi, la délégation ou l’abandon de sa propre volonté à d’autres.

"Nous savons, pourtant, ce qu’il convient de réaliser pour empêcher cet engrenage pervers : du courage, de l’ambition pour tous, de la volonté. Du courage parce que la peur provoque une concurrence de tous contre tous. De l’ambition parce qu’il faut refonder une Nation solidaire. De la volonté, parce que rien n’est irréversible.

"Jean Jaurès, assassiné en juillet 1914 parce qu’il s'opposait à cette guerre dont nous commémorons aujourd'hui la victoire – et donc la Paix -, disait  en s’adressant à la jeunesse d’Albi : « L’effort humain vers la clarté et le droit n’est jamais perdu ». Il ajoutait en visionnaire « Ce n’est pas seulement dans les relations politiques des hommes, c’est aussi dans leurs relations économiques et sociales qu’il faut faire entrer la liberté vraie, l’égalité, la justice ».

"Au lendemain de l'autre guerre, en 1945, la société et les institutions ont été refondées sur des principes d’équité et de solidarité. Comme à cette époque, - où la détresse semblait indépassable, où le contexte, les difficultés, paraissaient bien plus complexes que ce que nous vivons -, nous devrions assurer à nos concitoyens une protection solidaire qui allie la liberté individuelle et le cadre collectif. Et, dans une vision portant sur le moyen terme, l’économie ne devrait pas échapper à cette règle.

"Nous vivons, en Europe, un moment fort, peu commun, jamais vu dans l’Histoire : la disparition de la guerre sur nos territoires. Et voyez le paradoxe : arc-boutés sur nos égoïsmes, nous ne savons plus vivre en société, ni organiser le bien commun.

"Tous, nous voulons la démocratie ! Mais bien peu s’intéressent concrètement à la décision commune, à l’effort à produire ensemble, au partage des richesses et au partage des obligations. Nous voulons préserver la planète mais… ne rien céder sur nos façons de vivre ! On veut des équipements, on veut des services, mais on ne s’intéresse pas à la façon de les maintenir.

"Je disais, l’an passé, que notre présence devant ce Monument n’était ni anecdotique ni désuète, que nous étions les instruments de la formation civique et la conscience des populations, que nous devions user de notre mémoire dans un exercice critique où l’honnêteté disputait à l’exactitude.

"Eh bien, vous voyez, je ne renie rien, c’est au nom de cet exercice critique que je me suis permis de sortir un peu du cadre strict de la commémoration historique des événements combattants.

"Aujourd’hui j’ajoute : ce n’est pas seulement la fin de la guerre que nous devons célébrer, mais la solidarité des hommes dans l’adversité.

"Notre défi, ce n’est plus le courage d’aller sur le Chemin des Dames, c’est de construire un avenir de Paix et de solidarité pour les enfants du Monde.

"Oui, vive la Paix !

"Vive l'Europe des peuples solidaires !

"Vive la France républicaine !"

 

> Merci, Khalid, pour la photo illustrant cet article que j'ai piquée sur ton "mur" d'un "réseau social" bien connu...


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Publié par Marc Vuillemot - dans Devoir de mémoire
2 août 2010 1 02 /08 /août /2010 13:17

http://1.bp.blogspot.com/_gGox5p_9bxY/RazYtHpOSgI/AAAAAAAAAPw/f_FIqYlbzwI/s400/timbre-pantheon-justes-france.jpgQuelques jours après la journée nationale d'hommage aux Justes et aux victimes des crimes racistes et antisémites de l'État Français de Pétain, le conseil municipal, sur ma proposition, et suite à une demande justifiée du fils d'un Juste seynois, bien connu dans la commune mais dont je tairai le nom puisque je ne lui ai pas demandé la permission de le citer, a voté à l'unanimité une délibération que je livre à mes visiteurs...

"La Ville de La Seyne-sur-Mer, composée de ses 60 000 habitants, sait qu'elle fait partie d'un espace plus grand que son territoire, un espace national, un espace européen, un espace mondial.

"Elle sait aussi qu'elle s'inscrit dans une histoire commune, une histoire faite par les hommes, parfois subie, parfois grandie.

"Cette histoire construit les êtres, dans leur histoire familiale, dans l'histoire collective, car elle nourrit les récits qui passent de bouche en bouche ou qui restent tapis dans le secret des mémoires et qui gangrènent ou obèrent les développements futurs : trahison, compromission, courage, fierté, abnégation. Nul acte, vil ou héroïque, n'échappe à ce constat.

"Au nom de cette histoire commune, la Ville de La Seyne-sur-Mer souhaite s'inscrire dans une démarche qui vise à rendre hommage aux Justes parmi les Nations.

"Elle souhaite ainsi montrer que des hommes et des femmes ont vu dans l'autre leur propre reflet, sans autre considération que leur nature humaine. Ces personnes que rien ne prédestinait à un comportement héroïque, ont eu le courage de passer outre les lois iniques promulguées par l'Etat français et la propagande nazie qui réduisaient des individus à leur seule condition de persécutés sans droit.

"Leur action de préservation de la vie d'autrui au péril de leur propre vie doit servir d'exemple pour les temps à venir.

"C'est un message puissant, altruiste, que des gens simples, qui sont le peuple, envoient à tous ceux qui seraient séduits par l'autoritarisme, l'arbitraire et la peur comme moyen de gouvernance.

"Que ceux-là sachent qu'ils trouveront toujours ces personnes qui, au nom d'une éthique universelle et humaniste, s'opposeront à eux et leurs pratiques pour aider, secourir, sauver des gens connus ou inconnus, quel que soit leur état, leur statut, leur appartenance, mais simplement parce qu'ils font partie d'une maison commune, l'Humanité.

"Aussi, afin de symboliser ce courage et cet engagement au nom de l'Humanité, il est demandé à l'Assemblée Délibérante [le conseil municipal] d'autoriser Monsieur le Maire à lancer une procédure afin de mettre en oeuvre les outils nécessaires à cet hommage (stèle, plaque, ...)."

Par les temps qui courent et les propos de certaines parmi les plus hautes personnalités de l'État, ça tranche, non ?

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Publié par Marc Vuillemot - dans Devoir de mémoire
19 juillet 2010 1 19 /07 /juillet /2010 05:47

http://a33.idata.over-blog.com/300x400/1/86/60/45/b/36.jpgIl y a quelques jours, sur le port de Toulon, un groupe de militants "nationalistes" ouvertement xénophobes organisaient un funeste "apéro pinard-saucisson". La peste brune n'en finit pas de ressurgir alors qu'elle devrait depuis longtemps être éradiquée. Parmi ces sinistres néo-fascistes, se trouvaient certains, élus de la République, qui, lors de la dernière réunion plénière du Conseil régional de Provence Alpes Côte d'Azur, fin juin, ont aussi proféré des propos nauséabonds qui méritent que la Justice républicaine s'en saisisse.

Presque comme en réponse à cette nouvelle odieuse provocation, hier, ici, sur le port d'en face, à La Seyne, comme dans les autres villes de France, nous participions à la journée nationale à la mémoire des victimes des crimes racistes et antisémites de l'État Français et d'hommage aux Justes de France. Mais déposer des gerbes suffira-t-il ?

J'ai prononcé une allocution :

"On ne sort de la nuit que par le rassemblement clair de la mémoire, que par l’obsession de transmettre, que par la lutte contre l’amnésie. En rendant hommage aux victimes des crimes racistes et antisémites de l’Etat français, nous rendons justice à ces hommes et à ces femmes qui surent contre l’autorité garder leurs valeurs d’humanisme, de partage, de communion.

"Penser librement reste un acte subversif, il y faut du courage et de la détermination... et une âme juste.

"Dans la forêt de la collaboration, les Justes ont été ces arbres qui poussent beaux et droits vers la lumière. Ils nous ont montré que la fraternité est un recours définitif contre tous les racismes, contre toutes les exclusions.

"En somme, ils nous enseignent qu’il faut lutter, sans relâche ; lutter pour la préservation de l’esprit critique ; lutter pour la liberté de penser.

"Parce que le présent est gros de l’avenir, parce que le futur pourrait se lire dans le passé, n’oublions pas que la démocratie est sensible à la violence, et qu’il est très facile de la détruire en utilisant sa bienveillance, et la liberté qu’elle donne à chacun.

"Notre recours est la loi, mais les lois se changent, les pleins pouvoirs se donnent, des exemples nous sont donnés de par le monde et pas si loin de nous... notre vigilance réside dans le partage des responsabilités, dans une éthique que prônait déjà Montesquieu.

"Attention aux dérives, d’abord on les croit aux marges, ensuite on les pense utiles, dans des mains qui seraient, absolument, vertueuses, et au final on se retrouve avec des lois d’exceptions, un état policier, des libertés individuelles abolies.

"Lorsque les événements l’exigent, on peut faire le choix d’agir, sans pour autant renoncer au discernement, à la solidarité. Le droit humain n’est qu’une convention. Aucune assurance n’y est attachée. C’est pourquoi nous devons y être d’autant plus attentifs ! Nous devons être les acteurs de notre histoire.

"Heureusement pour nous, gens du XXIè siècle, il y eut les Justes du siècle d'avant.

"Remercions les de leur exemple de foi en l’humain.

"Ces femmes et ces hommes ont su appliquer, en toute simplicité, mais non sans danger, cette maxime de Thomas Jefferson :

"« Celui qui échange la liberté contre la sécurité ne mérite ni l’une ni l’autre... et perdra les deux ».

"Ils nous ont redonné ce qui constitue le fondement d’une vie sociale.

"C’est sur cette fondation que les hommes et les femmes de la Résistance ont imaginé une nouvelle démocratie, une République laïque et sociale où la solidarité est l’affaire de chacun, non pas comme on fait l’aumône, non pas comme une charité, mais comme un devoir national.

"À des années-lumière de la crise morale de notre société qui va bien au-delà du scandale financier et bancaire permanent, du toujours plus pour les actionnaires et toujours plus d’efforts pour les salariés, au nom de la perpétuation d’un système que les mêmes s’acharnent à démonter pierre à pierre dans ce qu’un éditorialiste appelle un mal insidieux, la capitulation des esprits et le pourrissement des âmes.

 "Oui, décidément, reprenons l’exemple de ces Justes et de leur foi en l’humain. Elle est plus que jamais nécessaire.

"Vive la France !"

En fin d'après-midi, j'ai pris la route de Signes pour honorer la mémoire des 38 résistants lâchement torturés et assassinés le 18 juillet 1944 par les nazis. Des hommes qui s'apprêtaient à accompagner la Libération de la Provence qui allait commencer moins d'un mois plus tard avec le débarquement du Dramont et qui ont chanté "La Marseillaise" jusqu'à la dernière minute où les barbares aux abois les ont mutilés ou enterrés vivants.

La République a su se rassembler hier, avec le représentant du Préfet, avec les associations d'anciens combattants, de déportés, de résistants, de victimes de guerre, avec Josette Pons, députée, avec mes collègues maires, de tous horizons politiques républicains, ceux de Signes, d'Évenos, de Riboux, de Cuges-les-Pins, d'Ollioules, de La Cadière, du Castellet, d'Oraison, et les représentants de ceux de Sanary et de Toulon.

Cérémonie poignante.

Mais ni la chaleur torride du Môle de la Paix de La Seyne, le matin, ni celle du Charnier de Signes, l'après-midi, n'ont pu faire cesser mes frissons dans le dos et calmer ma colère, après la pantalonnade ignoble commise l'autre jour à Toulon par ces graines de nazis qui déshonorent la France des Lumières.

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Publié par Marc Vuillemot - dans Devoir de mémoire
16 juillet 2010 5 16 /07 /juillet /2010 06:00

14_juillet_feu.jpgIl n'y avait certes pas, mercredi matin, les milliers de Seynois et de visiteurs qui, le soir du même jour, ont envahi le parc de la Navale et le port pour assister au feu d'artifice, prendre un moment de détente à la terrasse d'un café, s'amuser à l'un des bals populaires, ou flâner en ville.

Mais je suis ravi de voir chaque fois grandir le nombre de participants au cérémonies commémoratives. Et c'était le cas pour ce 14 juillet 2010.

Merci à tous ceux qui ont contribué à l'organisation parfaite de cette commémoration, avec une mention particulière pour les bénévoles passionnés du "Group Military Conservation" qui ont fait défiler leurs vieux véhicules militaires, aux porte-drapeaux des associations patriotiques, aux représentants de nos armées, parmi lesquels les jeunes de la Préparation Militaire Marine, dont La Seyne est la marraine, qu'anime mon ami l'Enseigne de Vaisseau Arnaug Guillard, et un détachement du 54ème Régiment d'Artillerie jumelé avec notre ville, les sapeurs-pompiers qui ont fait défiler leurs moyens flamboyants, les volontaires de notre Réserve Communale de Sécurité Civile.

J'ai prononcé un discours que je vous livre...

"La tradition républicaine veut que, le 14 juillet, les autorités représentatives se rassemblent, avec le Peuple, pour renouveler le contrat passé entre la représentation nationale et la population, sous le regard des forces armées subordonnées à la République.

"C’est ce triangle vertueux - le peuple, les élus, la Loi - qu’il convient d’honorer.

"La permanence des symboles est une force parce qu’ils sont compris de tous. Ces symboles, chaque pays les crée à son image : un drapeau, un hymne, une devise.

"La France, dans ce tableau, à une responsabilité particulière parce que, dans un monde ancien, elle a promu une organisation nouvelle qui, en donnant à l’individu toute sa place, le situe dans un cadre collectif.

"Liberté individuelle, devoir collectif.

"La Marseillaise, chant de guerre, chant révolutionnaire, chant libérateur - « la haine des tyrans, la confiance dans la victoire, l’amour de la liberté » a écrit Stephan Zweig -, est le premier, et sans doute le plus célèbre, des hymnes nationaux modernes.

"Pourtant, il n’est reconnu véritablement qu’en 1879, après bien des vicissitudes, mais repris chaque fois que nécessaire par les insurgés républicains.

"N’oublions jamais cet enseignement de Machiavel : « La meilleure forteresse des tyrans, c’est l’inertie des peuples ». Aussi, ce chant, porteur d’un souffle, a-t-il été adopté par tous les défenseurs de la liberté et de la concorde nationale, et entonné en Europe, en Amérique du Sud, ou sur le continent africain.

"Ses paroles, décriées par certains, reflètent la détermination des patriotes d'il y a 220 ans à conquérir, contre l’ensemble des nations européennes hostiles, leur droit à instaurer la République.

"Bien sûr, aujourd’hui, le sens littéral de ses paroles heurte notre humanisme, mais le sens littéral compte bien peu au regard du symbole !

"Pourquoi nous indignons-nous devant quelques footballeurs égocentrés ? Mais parce que, au-delà d’eux-mêmes, ils représentent la Nation française, parce que La Marseillaise est jouée avant le match, et que, de fait, ils participent à l’idée que se font de la France les peuples du Monde.

"Et pourquoi la France est-elle, encore, reçue comme le pays des libertés et de la citoyenneté ? Parce que le peuple français proclame solennellement son attachement aux Droits de l’Homme, parce que la France assure l’égalité devant la Loi de tous les citoyens sans distinction d’origine, de race ou de religion, parce que, fière de sa devise et malgré les paroles guerrières de son hymne, elle prône la fraternité !

"C’est la Nation française, issue des Lumières, et première dans l’histoire, qui reconnut aux Juifs leur pleine et entière citoyenneté, au nom d’un principe universel, le refus des exclusions, j’ai nommé : la Laïcité.

"Ce mot n’a pratiquement pas d’équivalent dans la plupart des langues, et la laïcité serait donc bien une spécificité française. D’aucuns voudraient y voir un empêchement à rayonner ; gardons-nous de cette régression, Jaurès disait : « La laïcité est la seule doctrine qui ne soit pas contraire à la liberté, car elle se confond avec la liberté. »

"Oui, il est bon de rappeler, afin que nul ne l’oublie, que la République est indivisible, laïque, démocratique et sociale : préambule, article 1er, de notre Constitution.

"Comment vivre ensemble si chacun s’enferme dans sa culture sans chercher à comprendre celles des autres ?

"Tant de défis sont à relever dans les années à venir, en France, en Europe, dans le Monde. Ils sont économiques, sociaux, culturels, éthiques. Éthiques !... Je ne ferai pas de commentaire...

"Poser les problèmes, élaborer collectivement des solutions, c'est pour tous une responsabilité citoyenne qui s’inscrit dans une conception dynamique de la laïcité. Il y va de l’avenir de la démocratie.

"À la Seyne, nous prenons modestement notre part, avec nos conseils de quartiers, nos conseils municipaux des enfants et des jeunes, et, tout dernièrement j’ai eu le plaisir d’inaugurer un espace dédié à la démocratie locale et la gestion de proximité seynoise : « Le Comptoir citoyen ». Ce lieu doit vivre avec vous et par vous.

"Oh, certes, cela ne sera pas réalisé en un jour !...

"Et puis, je suis en colère. Notre commune a connu, un récent soir de fête, ce que certains appellent un fait-divers. Et que je qualifie plutôt de drame. Un acte de sauvagerie inouï. Il montre combien le déficit en éducation est profond, que la notion de citoyenneté est perdue pour beaucoup, parce que, désormais, dans cette société, peu importe la collectivité, peu importe l’autre, seule la réussite individuelle contre les autres est valorisée. Des jeux, de l’avilissement, du faux espoir !

"Pourtant, nous avons dans nos tripes cette aspiration au service des autres dans l'abnégation. Nous l'avons vu ces dernières semaines, avec l'élan spontané de solidarité qui s'est fait jour à l'occasion du désastre qu'ont connu la Dracénie et la basse vallée de l'Argens, tant chez nos employés communaux que chez beaucoup de nos concitoyens, que je salue, avec une pensée particulière pour ceux qui sont investis auprès des sinistrés dans le cadre de notre réserve communale de sécurité.

"Or, pour les catégories les plus vulnérables, l’accentuation des inégalités face au logement, à la santé, à l’école, aux loisirs, à l'accès à l'emploi, et même à la recherche d’un emploi, porte atteinte aux potentialités de développement individuel et social, et ce, notamment, par l’éducation.

"En effet, la situation des enfants et des adolescents en France est loin d’être satisfaisante. Beaucoup plus vulnérables que les adultes, ils sont directement touchés par les inégalités socio-économiques toujours croissantes qui entraînent précarité et pauvreté.

"Des réductions drastiques concernent les aides attribuées à la jeunesse, à la culture, à l’éducation, au sport. C'est inacceptable.

"Pour l’heure, chacun de nous peut désormais se poser des questions essentielles.

"Ne peut-on remettre en cause l’application dogmatique, voire cynique, du capitalisme libéral ?

"Ne peut-on mettre en œuvre une éducation qui permette à chaque enfant de devenir un adulte libre de ses choix, conscient de ses droits et de ses devoirs ?

"La Nation démocratique fonde sa légitimité sur un citoyen libre et informé. Ne peut-on permettre à chacun de connaître et maîtriser les moyens modernes d’information ?

"La liste des questions n’est pas exhaustive. Elle est au contraire très ouverte.

"Parce qu'il faut, en ce jour de célébration de l’avènement de la République, plus peut-être qu'en un quelque autre moment, rejeter tout asservissement de la pensée, et apprendre à juger et décider par soi-même.

"Il faut apprendre et admettre qu’autrui peut penser différemment.

"Oui, Français, nous sommes liés par une identité collective. Et la fête du 14 juillet, celle qu'on a appelée « la fête éternelle du genre humain », qui a symbolisé et symbolise encore l’espoir d’une ère nouvelle, cette fête participe à notre cohésion. Car c’est la vie partagée qui élève les concitoyens.

"Vive la République... la république de la Liberté, de l'Égalité, donc de la Laïcité, et de la Fraternité, celle qu'on appelle aujourd'hui la Solidarité.

"Vive la France !"

 

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Publié par Marc Vuillemot - dans Devoir de mémoire
8 mai 2010 6 08 /05 /mai /2010 20:08

http://mimi40.m.i.pic.centerblog.net/xxnlyb2u.jpgJ'ai prononcé une allocution ce samedi matin, 8 mai, pour la commémoration de l'armistice de 1945, en présence de mes collègues élus de La Seyne, du secrétaire général de la préfecture, des représentantes du député, de ceux de nos armées et de nos forces de sécurité, de la conseillère régionale représentant Michel Vauzelle, président de Région, du conseiller général de La Seyne, des associations d'anciens combattants, résistants, déportés, victimes de la guerre, des élèves du collège Henri-Wallon avec leurs professeurs, des musiciens de la clique seynoise et de notre Philharmonique, et du "Groupe Military Conservation" qui a fait défiler sur le port ses véhicules militaires d'époque joliment rénovés.

Ce que j'ai dit...

La semaine dernière, nous honorions la mémoire des victimes des camps de la mort nazis ; hier les combattants de Dien Bien Phu ; et aujourd’hui, 8 mai 2010, voilà donc le 65ème anniversaire de la victoire des Alliés sur l’Allemagne de Hitler.

Dans le pays, des voix critiques s’élèvent concernant ces commémorations dont certains pensent qu'il y en a trop. Mais, une évidence est que l'on ne peut défendre et faire prendre conscience des valeurs défendues par la République et par son peuple que lorsqu'on se met en situation de prendre la mesure de l'Histoire, dans ses aspects tragiques comme dans les moments plus heureux.

Il n’est pas d’usage de profiter de cette tribune pour faire de la politique. Et je n’en ferai pas. Mais vous permettrez que je redevienne, un instant, l’éducateur, le professeur que je ne cesserai jamais d’être.

Il s’est passé, la semaine dernière et lors de la commémoration de la déportation, trois faits qui résonnent douloureusement.

Dans une commune des Deux-Sèvres, un empêchement d'un maire à lire un témoignage d’une déportée.

Le 28 avril, la diffusion par France 2 d'un reportage mettant au jour l’antisémitisme et l’endoctrinement de jeunes élèves dans une école traditionaliste hors contrat de la région de Bordeaux.

Enfin, la mise au grand jour par un hebdomadaire de quelques archives de la police de Vichy montrant qu’il fut un temps où ce n'était pas à des polygames que la France menaçait de retirer la nationalité, mais à des hommes et des femmes qui s’appelaient Chagall, Ginsburg, Apollinaire, Drucker, Vartan, Cavanna, Montand ou Domenech. Ils venaient de l'Est ou du Sud de l'Europe, chassés par les pogroms, par le stalinisme, par les fascismes, ou par la misère. À l'époque, ils n’étaient que des réfugiés anonymes, dans la foule des immigrants en quête d’une vie meilleure. Mais, malheureusement, en ce 8 mai 2010, chacune de ces histoires singulières en raconte mille autres et, ô combien, actuelles. Antifranquistes des années 30 ou Afghans d’aujourd’hui, mineurs polonais, sans-papiers maliens ou Roms bosniaques réfugiés, tous les exils, au fond, se ressemblent.

Oui, c’est cela qui me fait réagir, alors que nous commémorons le 8 mai 1945.

Aussi, je veux évoquer, en dénonçant ces pratiques, ce qui nourrit le vrai patriotisme français : le patriotisme d'une République qui a proposé au Monde un modèle d'émancipation, de justice et d'égalité.

Et même si ce n’est pas parfait, même si on devait n'en rester qu’aux déclarations de principe, des hommes et des femmes se sont battus pour les défendre au sacrifice de leur vie.

Que disait la lettre écrite par Ida Grinspan, ancienne déportée, qui aurait dû être lue dans le cadre de la Journée nationale du souvenir des victimes de la déportation ?

"J’ai été arrêtée le 31 janvier 1944 par trois gendarmes, … , moi, si jeune, si innocente, qui avais la malchance d’être née Juive ! Alors que les armées alliées sont en train de délivrer l’Europe des Allemands, trois gendarmes français ont obéi aux ordres de m’emmener à Niort pour connaître le pire : d’abord le camp de Drancy, puis l’enfer d’un voyage de trois jours dans un wagon à bestiaux, plombé, avec des hommes, des femmes et des enfants, pour arriver aux camps de la mort."

Sommes-nous une société qui ne peut plus entendre ces vérités ? Est-ce jeter l’infamie sur l’ensemble de notre gendarmerie ?

Bien sûr que non !

Je dois toutefois à la vérité de dire que, quelques jours après, le maire qui avait interdit la lecture de cette lettre a estimé qu'il y avait eu un "quiproquo malheureux" et a accédé à la demande d'Ida Grinspan qu'elle fût enfin lue.

Que montre l’émission de France 2 tournée en caméra cachée dans cette école privée catholique fondamentaliste ?

- Qu'on y enseigne que Pétain était un héros, pas celui de Verdun, mais bien le Maréchal de l’État français collaborateur !

- Que De Gaulle était un déserteur !

- Que les SS étaient finalement l’équivalent de nos CRS avant de devenir une simple armée d’élite !

- Que l’occupation allemande, c'était "un prêté pour un rendu" après l'occupation de la Rhénanie au lendemain de la guerre de 14-18 !

Pardonnez un jugement de valeur : s'il n'y a pas eu de trucage dans cette émission, c'est abominable !

Et, là aussi, je dois à la vérité de dire qu'au lendemain de la diffusion, l’archevêché de Bordeaux a fait savoir dans un communiqué qu’il condamnait les propos tenus par des professeurs et des parents d’élèves : « Certaines séquences rapportent des propos intolérables, scandaleux et que nous dénonçons comme inacceptables »

Tout cela pour quel résultat ?

« Mes élèves ne participeront plus au devoir de mémoire et aux cérémonies commémoratives. Je renonce à souscrire à ce que j'appelle une forme de censure », a déclaré le professeur d'histoire-géographie dans les Deux-Sèvres.

Et Ida Grinspan a pour sa part déploré : « Dans un pays démocratique comme le nôtre, c'est triste de penser qu'on ne peut pas raconter l'histoire telle qu'elle s'est passée », en ajoutant : "C'est une forme de révisionnisme".

Les faits sont pourtant établis.

Frissons rétrospectifs !...

Car, jusqu’à la fin, et il appartient à l'Histoire de les juger, certains des fonctionnaires de l’administration française de l'époque ont accompli leur tâche.

Un avis de recherche de Joseph Ginsburg – le père de l'autre Gainsbourg que tout le monde connaît - a ainsi été émis le 22 juin 1944 à Limoges. Après le Débarquement !

C’est sans doute ce zèle tenace qui effraie le plus.

Le dossier du père de Jean Ferrat, Mnacha Tenenbaum, naturalisé en 1928, est ainsi passé deux fois en commission. À l’automne 1943. Et au printemps 1944. Un rapport de la préfecture établi en 1944 résume à son propos : "Juif russe marié à une Française aryenne. Parti sans laisser d’adresse." Et pour cause. Mnacha Tenenbaum était du convoi numéro 39, parti le 30 septembre 1942 de Drancy, presque deux ans auparavant. Il n’est jamais revenu.

Mesdames, Messieurs, vous les collégiens qui continuez avec vos professeurs à assister à ces nécessaires commémorations, retenez ceci :

Dans l’adversité d’une forêt dense, les arbres poussent beaux et droits parce que tous recherchent la lumière. En revanche, les arbres qui poussent à l’écart des autres lancent leurs branches n’importe comment, ils en sont tordus et rabougris.

Toute culture, tout art dont se pare l’humanité, est le fruit d’une règle commune à tous, une Loi qui établit les obligations mutuelles entre les citoyens.

Ne pas être indifférents les uns aux autres, dans une responsabilité des uns pour les autres, dans le recours des uns au secours des autres.

Être responsable ! Responsable est le nom de celui qui peut répondre de lui-même, capable de faire des promesses et de s'efforcer de les tenir.

Être libre ! Être libre est la capacité à répondre de sa personne en tant qu’avenir, et donc de toujours préserver le présent.

Oui, c’est cette leçon que nous honorons ici. Garder une capacité à nous dresser devant l’arbitraire, garder notre dignité, nous comporter en citoyens : même si je dois faire mentir un peu notre Constitution, on ne naît pas vraiment libre, mais on le devient.

Honneur à ceux qui ont donné leur vie pour tout cela pendant cette deuxième guerre mondiale !

Honneur à la démocratie, ferment de la patrie française, qui a guidé leurs choix !

Vive l'Europe de la Paix et de l'amitié entre les peuples que nous allons fêter demain !

Et vive la France républicaine !

 

 

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Publié par Marc Vuillemot - dans Devoir de mémoire

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Marc VUILLEMOT

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