19 avril 2018 4 19 /04 /avril /2018 05:02

Les Seynois, et les Saint-Elmois en particulier, j'en suis certain, ne me donneront pas tort. J'ai formulé un avis favorable au projet de la Marine nationale de mettre l'un de ses bâtiments de la forêt littorale du Fort Saint-Elme à la disposition de la fondation catholique des « Apprentis d'Auteuil », association d'utilité publique agréée par l'État, pour y assurer l'accueil d'une quarantaine de mineurs migrants isolés.

La Seyne a toujours été une terre d'accueil pour ceux qui ont dû fuir leurs pays de misère ou de guerre. Elle ne faillira pas en ce XXIe siècle où la route demeure longue vers la fraternité universelle.

 

UN SITE LITTORAL EXCEPTIONNEL À PROTÉGER ET VALORISER

La Marine nationale veut mettre en vente cette colline littorale que nous avons réussi, par les révisions de nos plans d'urbanisme, à sanctuariser et sauver de l'urbanisation mortelle qu'elle aurait pu connaître. Les militaires l'ont désormais désaffectée et, sans maintien d'une présence générée par une activité, Gilles Vincent, maire de Saint-Mandrier et vice-président de la métropole chargé de l'environnement, et moi, craignons des intrusions et des risques d'incendie qui pourraient être fatals à ce bel espace boisé à cheval sur nos deux communes.

Si le Conservatoire du littoral, que nous avons saisi pour élaborer un projet de gestion partagée avec nos communes et notre métropole, comme c'est le cas depuis quelques années au Domaine de Fabrégas, a d'ores et déjà acquis la partie mandréenne de la forêt, les négociations s'avèrent plus ardues avec la DMPA du Ministère des Armées qui, souhaitant réaliser le maximum de profit sur la partie seynoise du domaine, semblerait prête à vendre au plus offrant, y compris à quelque riche investisseur privé désireux de posséder une magnifique propriété littorale, même si j'ai placé tous les verrous administratifs interdisant les constructions et protégeant l'espace boisé classé.

 

L'ACCUEIL DE MINEURS ISOLÉS : UNE OPPORTUNITÉ À SAISIR

Mais les échanges continuent et, fussent-ils longs, nous ne désespérons pas de parvenir à une solution de compromis qui conjuguerait une partie des objectifs financiers de la Défense et ceux de notre territoire, dans le but, comme nous l'expliquions en 2015 à Var-matin (cliquez sur l'article ci-contre pour l'agrandir) de préserver, valoriser et ouvrir la forêt au public, rétablir la liaison piétonnière littorale entre Saint-Elme (La Seyne) et Saint-Asile (Saint-Mandrier), maintenir l'action d'insertion conduite par l'association Tremplin, et entreprendre un chantier d'insertion durable pour la réhabilitation du fort historique comme cela a été fait au fort de l'Éguillette (photo ci-dessous).

Cela permettra en outre, sur la partie occidentale jouxtant le port de Saint-Elme, le maintien des activités des associations nautiques qui, dès 2019, devront libérer les espaces nécessaires à la réalisation d'un chenal d'avivement indispensable pour empêcher l'ensablement et l'amas des posidonies qui, chaque année, engorgent notre charmant petit port.

En ces circonstances, l'accueil à Saint-Elme des malheureux jeunes migrants isolés, outre la belle œuvre humanitaire dont La Seyne sera fière, permettra de prendre le temps de poursuivre les échanges avec le Ministère des Armées sans crainte de dégradations pouvant s'avérer irrémédiables pour ce site naturel et patrimonial qui, sans cela, aurait été laissé à l'abandon.

Amis Seynois, faisons donc nôtre la devise des « Apprentis d'Auteuil » : La confiance peut sauver l'avenir.

 

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3 janvier 2018 3 03 /01 /janvier /2018 06:40

La plupart avaient 20 ans.

Ceux qui ont été sauvagement assassinés dans le froid matin du 2 janvier 1944.

Et les barbares qui les contraignirent à creuser eux-mêmes la fosse où ils allaient les exécuter.

La plupart, les 75 criminels comme la dizaine de martyrs, étaient des Français.

 

UNE JEUNESSE FANATISÉE FACE À UNE JEUNESSE HUMANISTE

Les uns de ces jeunes hommes, les barbares, presque tous nationaux de chez nous, engagés volontaires dans la 8ème compagnie du 3ème régiment de la division allemande Brandenburg, brutaux et sans scrupules, étaient principalement des militants d'extrême-droite auxquels s'étaient agrégés des truands du milieu marseillais, des égarés et des paumés dont certains fuyaient le service du travail obligatoire, jeunes hommes du cru dont certains parlaient provençal, capables de se fondre sans uniforme dans la population locale pour localiser, traquer, tabasser et exécuter les partisans et résistants, et ceux qui les aidaient.

Les autres de ces jeunes hommes, les martyrs, également nationaux de chez nous, à l'exception d'un officier de l'aviation italienne, que les convictions ou les circonstances avaient conduits à refuser la soumission et la collaboration avec l'occupant nazi, s'étaient engagés dans le maquis des Francs tireurs et partisans, et avaient installé un camp discret sur les hauteurs de Signes, à la ferme de la Limatte.

De là, ils effectuaient des coups de main contre l'ennemi, notamment sur le littoral varois, le déstabilisant par l'intérieur en vue du débarquement allié de Provence.

Des jeunes gens de France ont torturé et exécuté d'autres jeunes gens de France, et aussi des villageois, coupables d'avoir dignement enterré ces derniers.

 

UN COMBAT PLUS QUE JAMAIS D'ACTUALITÉ

Avec Toussaint Codaccioni, ancien maire-adjoint seynois, et Christian Pichard, notre actuel adjoint délégué, entre autres missions, aux anciens combattants, nous étions ce mardi comme chaque année à la commémoration du massacre de Signes, avec le préfet, les anciens combattants, et les représentants des armées et corps constitués, parmi d'autres élus varois et bucco-rhodaniens (mais, étrangement, cette fois-ci, en l'absence de tout parlementaire).

Rappelant l'atroce affrontement entre deux jeunesses aux idéaux antagonistes qui, peut-être, pour certains, les dépassaient, les uns nationalistes fanatiques de l'extrême-droite, les autres humanistes, républicains et patriotes, le professeur Jean-Marie Guillon, dans un discours poignant, a rappelé que « le combat de Signes est plus que jamais un combat d'actualité ».

 

(R)APPELONS LES JEUNES À UNE INSURRECTION PACIFIQUE

Cette référence aux dangers d'aujourd'hui de tous les nationalismes, de tous les fanatismes et de toutes les radicalisations, qui font des ravages dans notre jeunesse française, européenne et mondiale, m'a remémoré l'Appel adressé en 2004 par des Résistants de 39-45 aux générations d'aujourd'hui et de demain, dont je crois devoir livrer un extrait...

« Au moment où nous voyons remis en cause le socle des conquêtes sociales de la Libération, (...), nous appelons les jeunes générations à faire vivre et retransmettre l'héritage de la Résistance et ses idéaux toujours actuels de démocratie économique, sociale et culturelle. (...) »

Et la conclusion...

« Nous appelons les enfants, les jeunes, à une véritable insurrection pacifique contre les moyens de communication de masse qui ne proposent à notre jeunesse que la consommation marchande, le mépris des plus faibles et de la culture, l'amnésie généralisée et la compétition à outrance de tous contre tous. (...) Plus que jamais, à ceux et à celles qui feront le siècle qui commence, nous voulons dire avec notre affection : "Résister, c'est créer. Créer, c'est résister." »

C'était il y a presque quinze ans. Qu'est-ce que les jeunes de 2004 devenus des hommes et femmes adultes ont retenu de cet appel ? Quel avenir s'offre à notre jeunesse à l'aube de 2018 ? Celle d'aujourd'hui répondra-t-elle, enfin, à l'Appel ? Sommes-nous prêts à l'y aider ?...

 

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Publié par Marc Vuillemot - dans Idées et politique générale Devoir de mémoire
12 novembre 2017 7 12 /11 /novembre /2017 09:11

Il y a cent ans, le Monde entrait dans la dernière année d'une guerre qui aura occasionné environ vingt millions de morts et mutilés.

Nous avons commémoré ce samedi le quatre-vingt-dix-neuvième anniversaire de l'armistice du 11 novembre 1918 qui mettait fin au plus ravageur des conflits qu'avait jusqu'à lors connu l'humanité.

Une guerre dévastatrice, mais qui a ouvert des portes vers les temps de l'avenir.

Et, comme il est d'usage, j'ai prononcé une allocution devant notre monument aux morts...

 

« Il y a cent ans, l'année 1917 aura été une période clef de la Grande Guerre.

« En janvier 17, le président américain Woodrow Wilson réaffirme la volonté de son pays de ne pas s’engager. Il renvoie les belligérants dos-à-dos et propose « une paix sans victoire ». Mais il ne sait pas que le Kaiser Guillaume II, sous pression du blocus anglais, a autorisé la reprise de la « guerre sous-marine à outrance » : les « U-boote » ont ordre de couler tous les bateaux qui font route vers les ports britanniques, y compris les neutres.

« En décembre 17, est signée l’armistice entre l’Allemagne, l’Autriche-Hongrie et la Russie.

 

« Et, entre janvier et décembre 1917, il y aura eu trois faits qui marqueront bien sûr la guerre, mais aussi le siècle à venir, et sûrement le nôtre, le XXIe, pour bien des années encore...  

- les deux révolutions russes ; le Tsar abdique sous la pression de la rue. Il entraîne son empire dans sa chute et ouvre la voie à une Russie nouvelle qui poursuit la guerre quelques mois.

- l’entrée des Etats-Unis dans le conflit en avril car, outre les attaques contre les navires américains, les Allemands commettent l’impair de tenter de monter le Mexique contre leurs intérêts. L’Amérique rompt alors avec l’isolationnisme qui était la règle depuis l’indépendance.

- et la déclaration de lord Balfour, le ministre des affaires étrangères britannique, en faveur d’un « foyer national juif » en Palestine, sur laquelle je reviendrai.

« Et donc, en avril, les Américains entrent dans le conflit. Leur rôle sera décisif mais il faudra attendre des mois pour voir débarquer en France les premiers « sammies », nom que les Français donnent aux enfants de l’Oncle Sam.

« Durant ce même printemps, alors que la guerre dure depuis trois ans, dont trente mois d’immobilité, le front français est secoué par une vague de mutinerie. Après l’échec de l’offensive Nivelle au Chemin des Dames, en avril, des milliers de soldats refusent de « remonter aux tranchées ». Le mouvement est massif : 30 000 à 40 000 soldats impliqués. Pourquoi ? Parce que le champ des possibles s’ouvre en cette année 1917, les événements se succèdent, dont les grèves de femmes — je vais vous en dire un mot —, les horizons changent !

« D’ailleurs le même phénomène s’observe dans plusieurs autres pays, en Italie, les paysans ; en Russie, l’armée, officiers compris ; en Allemagne, les marins d’origine ouvrière sur fond de lutte des classes ; dans l’empire ottoman, les clivages entre turcs et arabes se révèlent.

« Et, en effet, en échange d’une révolte contre les Ottomans, des promesses ont été faites à Hussein, le Chérif de la Mecque. Ce sont alors les accords entre le Britannique Sykes et le Français Picot. Ils tracent sur la carte une ligne qui dessine les futures zones d’influence : Syrie et Liban pour la France, Irak et Iran pour les Anglais.

« Pourtant, en novembre, de façon totalement contradictoire, le gouvernement britannique, par la voix de son ministre des Affaires étrangères, s’engage dans une déclaration écrite en faveur de l’installation d’un « foyer national pour le peuple juif » en Palestine. Ainsi, dans ce partage, le statut de la Terre sainte, et surtout celui de Jérusalem, reste dans une zone grise… car il est soumis à deux promesses pour un seul territoire ! On sait aujourd'hui ce qu’il adviendra…

« L’hiver 1917 marque un net durcissement de la vie quotidienne. Ainsi, à l’arrière, les femmes osent, pour la première fois, réclamer l’égalité salariale avec les hommes. Ces derniers sont partis au front, les usines sont remplies d’ouvrières qui assurent l’économie de guerre.

 

« En 1917, 430 000 femmes travaillent dans les usines d’armement. L’hiver est le plus froid de la guerre – la Seine est prise dans les glaces, les températures restent sous zéro jusqu’en avril.

 

« Tout est parti de 250 couturières qui apprennent que la paye de leur semaine sera amputée du samedi après-midi. Travailler autant et être moins payé ! Trop c’est trop, l’interdit moral saute : elles feront grève en temps de guerre !

 

« Pourquoi ? Parce que l’effort demandé est injuste : elles subissent des cadences infernales qui les forcent à prendre leur « dînette » de midi sur le pouce – elles resteront d'ailleurs dans les mémoires sous le surnom de « midinettes » -  mais, de plus, à perdre une demi-journée de salaire !

 

« La fièvre gagne la province, surtout les usines d’armement. Ce sera déterminant avec la simultanéité des mutineries, de la révolution russe… Les midinettes sèment la panique : le 29 mai, la Chambre des Députés vote la semaine anglaise dans les industries du vêtement, le samedi après-midi est chômé et payé. L’égalité salariale, elle, attendra. Et elle attend toujours...

 

« Il faut savoir — je m’adresse en particulier aux jeunes des collèges Wallon et Eluard, je les remercie de leur présence —  que les femmes, dans leurs combats, partent de très loin. En effet, les manuels de bonne conduite d'il y a cent ans établissaient qu’une femme se devait d’être discrète lorsqu’elle se trouvait dans une rue. Celles qui marchaient rapidement étaient soupçonnées de mauvaise éducation, tout comme celles qui parlaient à voix haute ou agitaient les bras loin du corps. Il était, bien entendu, hors de question de sortir sans avoir la tête couverte. Seules les filles perdues sortaient, comme on disait... « en cheveux ». À méditer...

 

« Avec l’agitation sociale, si j’ose dire « le ver est dans le fruit » ou encore, si je fais référence à l’expression attribuée à Jaurès sur le libéralisme, « le poulailler libre commence à s’organiser en regard du renard libre ».

 

« Ainsi, c’est avec la Grande Guerre qu’il est envisagé une définition des valeurs d’une société fondées sur la solidarité, l’entraide, le vivre-ensemble et le souci de la planète… Un siècle plus tard, nous désespérons toujours d’y arriver !

 

« Le néolibéralisme proclame toujours qu’il n’y a pas d’alternative à la spéculation financière. La planète n’en peut plus, les masses souffrent…

 

« Si nous n’y prenons pas garde les inégalités économiques, les problèmes climatiques, feront notre linceul aussi sûrement que la boue ravagée des tranchées.

 

« Les droits de chacun à se nourrir convenablement, à se loger dignement, à se déplacer utilement, à s’ouvrir au monde richement, à vivre en paix, sont, encore et toujours, les aspirations des peuples.

 

« En 1917, cette espérance aidait à supporter l’insupportable…

« Voyez, en cette année 1917, les bases d'un monde nouveau étaient en gestation.

« Bien entendu, fin 1917, rien n’est joué. En prenant le pouvoir lors de la révolution dite « d’Octobre » (qui a eu lieu en novembre), Lénine et les bolcheviks ont recentré leurs intérêts, ils signent un armistice, libérant le front de l'est. Soulagé, Berlin jette toutes ses forces à l’ouest…

« Mais c’est en novembre également que celui qu'on appelait « le Tigre » revient aux affaires, à 76 ans, avec pour ligne de conduite la guerre à tout prix. Clémenceau, sénateur du Var, possède une détermination sans faille.

« Il réclame une confiance aveugle, le secret des délibérations. A la chambre des Députés son programme est simple « Politique intérieure, je fais la guerre ; politique extérieure, je fais toujours la guerre ». On le traite de despote ? Il hausse les épaules et menace de remettre sa démission. Il gagnera le surnom de « Père la Victoire ».

« C’est aussi en 1917 que sont développées de nouvelles armes mobiles, les blindés. Des chars d’assaut dont le plus gros prototype, le C2, sera conçu et fabriqué ici même, à La Seyne, dans nos anciens chantiers, les FCM... les Forges et chantiers de la Méditerranée. Il sera testé à Janas et sur la plage des Sablettes… mais ne sera livré qu'après la fin de la guerre !

« Et il faudra encore attendre une année pour que cesse le carnage mondial.

« En ce jour de commémoration, c'est à environ 3 millions de Français, parmi les 20 millions de morts et d'invalides, que nous rendons hommage. Ils furent souvent tués ou meurtris dans des conditions atroces, et je laisse en leur mémoire la conclusion à l'un d'eux, le sergent Duval : « … La nuit arrive et nous nous couchons allongés dans le boyau, sur la terre. Il fait froid et pour comble de malheur il se met à pleuvoir. La terre crayeuse se met à fondre en ruisseaux blanchâtres et, au bout d’une heure, nous ne sommes plus que de pauvres loques boueuses et grelottantes. Enfin le jour morne commence à paraître… Le  [canon de] 75, rageur, hurle par rafales… »

« Souvenons-nous, toujours.

« Vive la France de la République. Vivent les couleurs arc-en-ciel de l'Europe et du Monde des peuples amis. Vive la Paix ! »

 

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Publié par Marc Vuillemot - dans Devoir de mémoire
27 août 2017 7 27 /08 /août /2017 03:37

C'est inhabituel que j'y prenne part. C'est d'ordinaire Raphaële Leguen, notre Première Adjointe, qui préside la cérémonie de commémoration de la libération de La Seyne, survenue le 26 août 1944, non que j'estime devoir bouder ce moment fort de la vie communale, mais simplement parce que, nous répartissant entre élus nos temps de congés, c'est usuellement mon tour en cette deuxième quinzaine d'août. Sauf cette année, soixante-treize ans après que les nazis ont été chassés de chez nous.

Sous un soleil de plomb, après avoir honoré, devant la stèle apposée au boulevard du 4 septembre en leur mémoire, les trois policiers seynois résistants fusillés quelques jours avant la libération de notre cité, puis parcouru en défilé solennel les quais de notre port, j'ai prononcé une allocution. Je la livre aux visiteurs de mon blog, illustrée des fort belles photos qu'Isabelle Servais m'a aimablement offertes.

 

« Jeudi dernier, l’Espagne, la Catalogne, Barcelone, ont été le théâtre meurtrier d’actions terroristes. Des gens de tous âges sont morts ou ont été blessés parce le fanatisme ne veut faire aucun discernement ! Rendons leur hommage…

 

« Dans l’esprit des Alliés, le débarquement en Provence est la suite nécessaire de celui de Normandie. Les premiers objectifs sont les ports de Toulon et de Marseille pour l’approvisionnement des armées de libération.

 

« On l’a vu, c'est à la 1ère armée française, commandée par le général de Lattre que reviendra l’honneur de s’engager la première. Cette armée d’Afrique, composée des forces ayant rejoint la France libre, de la Légion étrangère, des Zouaves et des Tirailleurs, fit feu de tout bois.

 

« La 1ère Division Française Libre, les Marsouins de la 9ème Division d’Infanterie Coloniale, la 3ème Division d’Infanterie Algérienne, le groupe naval d’assaut, les commandos d’Afrique, débarquent le 15 août dans le golfe de St-Tropez, dans la baie de Cavalaire et au Cap Nègre.

 

« Leur volonté farouche fera mentir les prévisions. Les libérations interviennent avec des  semaines d’avance.

 

« Les combattants de l’ombre, descendus de leurs maquis, avaient préparé le terrain.

 

« Le territoire de La Seyne, comme il a été décrit précédemment, est donc libéré le 26 août. Le port et les chantiers navals étaient un enjeu et donc une cible. L’ennemi se livra aux destructions des infrastructures de manière à ralentir les futurs approvisionnements arrière.

 

« A La Seyne, les troupes allemandes s’ingénièrent à réduire à néant toutes les installations portuaires : quais, grues, machines, ateliers, entrepôts, cales de lancement... Le 17 août, ce que les bombardements des Alliés n’avaient pu faire pour gêner la Kriegsmarine, elles allaient le réaliser en quelques heures.

 

« Les mines ruinèrent la construction navale pour plusieurs années. Seul, le pont basculant, fêté cette année de belle manière pour ses 100 ans, est miraculeusement épargné. Enfin... façon de parler, car sa sauvegarde fut l'œuvre de résistants agissant au sein de l'entreprise...

 

« Nous devons la libération de notre ville à la 9ème Division d’Infanterie Coloniale, partie de la "merveilleuse" armée d’Afrique, ainsi que la qualifia le vice-amiral Giraud le 14 juillet dernier alors qu’il remettait la Légion d’Honneur à l’un de ces libérateurs seynois.

 

« Comment imaginer que cette armée composée en grande partie de troupes disparates fût si efficace, si enthousiaste, si solidaire, qu’elle obtînt le respect du haut commandement allié ?

 

« Au regard de ce qui s’est passé la semaine dernière, parce que Barcelone se revendique ville cosmopolite et ouverte, mais aussi parce que, le 12 août, à Charlottesville aux Etats-Unis, un activiste raciste a foncé sur des contre-manifestants, cette armée constitue une référence : celle des bienfaits de la diversité et du volontarisme, que, ramenée à nos jours, je souhaite évoquer.

 

« Depuis près de 10 ans, l’Union Européenne, traverse une tourmente inédite par son ampleur.

 

« Sa dernière traduction - hors terrorisme -, le Brexit, est le signe que, dans les opinions publiques européennes, le nationalisme de rejet est actif. Dans plusieurs Etats, des partis qui prétendent redonner au peuple la parole et la souveraineté, sont de plus en plus populaires. Ils en appellent à une essence nationale, unique et irréductible, à une seule communauté politique valable selon eux, celle du "peuple national", à préserver des agents dissolvants ou métissants qui, soi-disant, la menaceraient.

 

« Ce populisme souverainiste, souvent cocardier et excluant, progresse dans les urnes des pays de l’Union. On voit bien comment la xénophobie, l’islamophobie ou l'antisémitisme, comme le thème du retour à la matérialité des frontières, inspirent les mesures de contrôle, de surveillance, sécuritaires et patriotiques, et d’érosion des libertés publiques.

 

« Ainsi pour un certains nombre d’Européens, l’espoir réside dans une communauté nationale restaurée, protégée qu’elle serait d'influences allogènes et extérieures trop différentes de son essence et de ses valeurs supposées.

 

« Cette hiérarchisation autorise non seulement le mépris, mais aussi le sentiment de supériorité au nom duquel on peut tout aussi bien déshumaniser et asservir que, prétendument, civiliser et dominer.

 

« La colonisation et la guerre de conquête d’antan ont cédé la place à l’entre soi.

 

« Pourtant, c’est un constat, l’Europe née de la seconde guerre mondiale a voulu se transformer en espace politique de paix.

 

« C’est rare et attractif dans la réalité géographique du monde tel qu’il est. On pourra toujours se dire que l’Europe est imparfaite. Elle l'est. Comme le sont les hommes…

 

« Et c’est bien pourquoi, en la défendant, nous devons l’améliorer. Mais cette vision, d’absence de frontières et de paix, ne peut pas s’imposer si les politiques européennes jouent contre les peuples – non pas les peuples au sens d’essences nationales, mais au sens des communautés sociales et solidaires.

 

« Elle ne peut s’imposer que si elle contribue à donner à chaque individu, à chaque communauté sociale, et à chaque communauté politique nationale, l’assurance et la perspective d’une égale dignité et d’un avenir prometteur. Sans cela, le sentiment du déclin devient l’horizon. Et la communauté excluante, la perspective.

 

« Oui, on est loin d’une réalité sans défaut. Par le passé - nous fêtons une libération survenue il y a 73 années -, nous avons connu notre lot de dictateurs et autres idéologues sanguinaires.

 

« Ils ont imposé à l’ensemble de la société des règles strictes de renoncement à tout ce qui pourrait divertir le peuple de ses devoirs sacrés envers Dieu ou le Parti.

 

« Ils ont eu l’obsession de la pureté, qui a conduit à "l’épuration”, au refus de la différence, à la volonté d’éliminer les intellectuels et les artistes irréductibles. Et ça n'est pas fini : pensons à l’exemple récent de Liu Xiaobo, entre autres...

 

« Enfin, ils prônent l’éradication de l’art et de la culture, qui pourraient développer l’esprit critique, et aussi et surtout l’enrôlement de la jeunesse.

 

« Ainsi, récemment, le 11 juin 2014, "l’Etat" Islamique promulguait une charte régissant la vie : elle impose, entre autres, le voile intégral aux femmes et l’habit dit “afghan” aux hommes, le port de la barbe, sa longueur et sa taille.

 

« Cible privilégiée de ces radicaux, les enfants, surnommés les “lionceaux du califat”, sont embrigadés dès l’âge de 6 ans pour en faire des soldats ou des terroristes.

 

« Et, le pire n’est jamais loin, les femmes et les enfants des terres conquises sont considérés comme “butins de guerre” et vendus sur les marchés.

 

« Non, décidément, nous sommes loin de nos idéaux des “Lumières” !

 

« Je disais, le 14 juillet, que “la liberté ne se réalise que par l’égalité” ; j’ajoute avec Rousseau que “seule une égalité en droit entre les hommes [et les femmes] peut assurer le règne conjoint de la liberté et de la sécurité”.

 

« Mais ne soyons pas pessimistes. Aussi étonnant que cela puisse paraître, le monde est plus pacifique au XXIe siècle. Depuis la fin de la guerre froide, il y a eu moins de guerres ; en France, moins d’homicides.

 

« Parallèlement, la culture de la paix progresse et, si on en croit Kant, “les êtres humains sont mauvais par nature mais raisonnables”.

 

« Il s’agit donc de revenir aux principes énoncés par les Conventionnels de notre Révolution française : concilier le “droit à l’existence”, “l’égalité des jouissances” avec le respect de la propriété privée, s’engager dans la formation d’un “homme nouveau”, allant vers le “bonheur commun”, une “idée neuve en Europe” disait Saint-Just en 1794, et j’ajouterai “dans une société laïque”, gage de tolérance.

 

« Pour conclure, je n’oublie pas que des populations souffrent, que la guerre sévit encore dans bien des endroits du monde et que l’actualité est désespérante.

 

« Alors, même si les temps économiques sont rudes, si les efforts qui nous sont demandés s’accroissent, si notre solidarité est toujours plus sollicitée, si notre travail d’acceptation des autres et de leurs différences est à parfaire… il ne faut pas bouder notre présent, ici et maintenant.

 

« Les destructions de la libération, 65% de notre ville, sont dépassées. Nous vivons en paix, dans des conditions enviées, dans une ville qui se renouvelle et qui avance !

 

« Les hommes ne peuvent faire et maintenir la paix entre eux que s’ils cultivent en eux-mêmes l’esprit de paix, de tolérance, de compassion. C'est le message que nous ont légué nos libérateurs.

 

« Honneur, donc, à eux, ceux de la 1ère Armée française libre, comme ceux des groupes de résistance et des Forces françaises de l'intérieur, qu'ils demeurent aujourd'hui des nôtres ou qu'ils aient donné leur vie pour la France et la Liberté.

« Et que vive La Seyne, libre, diverse, et ouverte, dans la France de la République et dans le Monde de l'amitié entre les peuples ! »

 

 

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Publié par Marc Vuillemot - dans Devoir de mémoire Idées et politique générale
16 juillet 2017 7 16 /07 /juillet /2017 16:09

Que ce soit il y a trois jours, à l'occasion de la Fête Nationale, ou ce dimanche pour l'hommage rendu aux victimes des crimes racistes et antisémites de l'État Français et aux Justes de France, il est des orateurs qui ont été bien plus applaudis que les « officiels » (dont je fais partie...).

 

Ce sont les « ados » de l'Espace Accueil Jeunes (EAJ) municipal « Jules Renard » du quartier Berthe qui, dans leurs temps libres, et avec juste ce qu'il a fallu d'appui de la part de Romain Wencorzewski et Jérôme Diadio, leurs animateurs du Service municipal de la jeunesse que dirige Morad Yacoub sous le pilotage de Makki Boutekka, notre adjoint à la jeunesse, ont rédigé deux textes qu'ils ont lus à plusieurs voix.

 

Ça ne leur vaudra peut-être pas tout de suite le prix Nobel de littérature, mais je tiens à saluer leur initiative et leur performance en m'autorisant à publier leurs écrits fort bellement déclamés dans la solennité de ces moments de mémoire.

 

Et à leur dire un grand merci. À eux (et à leurs animateurs communaux). Et à tous les autres jeunes Seynois qui, demain, pourront, je l'espère, s'avancer sur les traces qu'ils ont initiées, pour attester que l'effort de mémoire et d'éveil des consciences n'est pas le seul apanage des « vieux » que nous sommes et nous rassemblons par habitude autour de nos stèles commémoratives...

 

 

14 JUILLET : LIBERTÉ, ÉGALITÉ, FRATERNITÉ

 

Oyez ! Oyez !

 

Liberté, Egalité, Fraternité,

 

Hier, pour que l'on vote, des gens sont morts.

Aujourd'hui l'abstention bat des records.

Le peuple se souleva pour ne faire qu'un 
Nord,

Sud, Est, Ouest, avançant avec le bonnet phrygien.

Marianne nous guidant sur le chemin.

 

Liberté, Egalité, Fraternité,

 

Bleu, Blanc, Rouge,

Fiers de notre drapeau, qui nous représente,

Qui nous unit, malgré nos différences.

Notre hymne national est un chant révolutionnaire,

Rempli d'histoire, qui a construit la France.

En août 1789, la déclaration des droits de l'homme et du citoyen vu le jour,

Proclamant la liberté et l'égalité entre tous, sans aucune distinction.

 

Liberté, Egalité, Fraternité,

 

Aujourd'hui nous avons un message à faire passer.

Il y a des siècles, des combats ont été menés

Pour qu'aujourd'hui nous ayons les mêmes droits.

Respect et tolérance, voici des valeurs que nous défendons.

Liberté, Egalité, Fraternité,

Aujourd'hui nous rendons hommage aux héros de la Nation.

 

 

 

JUSTE UN FRANÇAIS FACE À UN FRANÇAIS JUSTE (DIALOGUE)

 

— Juste un Français :

 

« J'ai la haine, j'ai la haine contre moi-même.

Mon cœur se meurt

car c'est rempli de peur

que je n'ai pas su défendre mes valeurs.

J'ai perdu la foi,

je ne me vois plus dans le miroir,

dans ce long couloir,

je me sens seul et sans espoir.

À vie ce sera gravé dans ma mémoire,

j'ai envoyé mon voisin à l’abattoir.

Comment as-tu pu faire preuve d'autant de dévotion ?

Toi qui, comme eux, risquais les camps de concentration.

D'où te vient cette force, ce courage

qui a même dépassé les limites

de la solidarité et du partage ? »

 

— Un Français Juste :

 

« Écoute, tu n'as pas à t'en vouloir

car en venant me voir

pour m'exprimer ton mal-être,

cela prouve que, malgré tout, tu restes fort et honnête.

Maintenant tu sais ce qu'il faut faire,

ce qu'il faudra faire.

On ne peut plus laisser des gens

être déportés dans les camps

parce que soi-disant

ils sont différents.

Division, haine, rage,

l'ennemi veut nous séparer.

Union, amour, courage,

nous devons rester soudés.

Être juste ce n'est pas si compliqué.

C'est seulement être humain,

avoir du cœur et ne jamais oublier

notre fraternité.

Ce n'est pas qu'une question d'altruisme,

c'est surtout pousser l'humanité

à son paroxysme. »

 

 

D'autres ados de l'EAJ de Berthe, en avril 2016...

 

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Publié par Marc Vuillemot - dans Éducation - enfance - jeunesse Devoir de mémoire
16 juillet 2017 7 16 /07 /juillet /2017 10:42

Avec Serge Coen, délégué régional de Provence Alpes Côte d'Azur du Comité français pour Yad Vashem, avec les représentants de notre communauté israélite seynoise, des corps constitués, dont la Marine nationale, avec les associations d'anciens combattants, résistants et victimes des guerres, avec les élus et notre population, notamment des jeunes sur la participation desquels je reviendrai dans un prochain article, nous étions, ce dimanche matin, au rendez-vous annuel d'hommage aux victimes des crimes racistes et antisémites de l'État Français et aux Justes de France.

 

 

NAVRANTE ABSENCE DE LA REPRÉSENTATION NATIONALE

 

Je suis navré d'être obligé de le relever mais, après l'absence remarquée de notre députée aux cérémonies du 14 juillet, on aurait pu escompter sa participation à cet événement organisé devant la seule stèle érigée dans notre circonscription et l'aire toulonnaise à la mémoire des acteurs, victimes et héros, de cette funeste période du XXe siècle.

 

Hélas, ce ne fut encore pas le cas. Regrettable, d'autant plus que les élus régionaux du Front national, nouveau chef de leur groupe en tête, arboraient bien, eux, leurs écharpes rouge et jaune. Sans autre commentaire...

 

Après les propos poignants de Serge Coen, également représentant du bureau du CRIF Marseille Provence, la lecture d'un très beau texte créé par de jeunes seynois suivi du message de la ministre des armées transmis par notre adjoint Christian Pichard, j'ai à mon tour prononcé une allocution...

 

 

« Devant ce monument original et émouvant, que nous avons imaginé et réalisé il y a six ans pour honorer les victimes des crimes racistes et antisémites et ceux qui tentèrent, et réussirent, la protection d’hommes, de femmes et d’enfants, victimes, impitoyablement pourchassées, d’une idéologie abjecte qui conduisit à l’extermination de millions de personnes, vous permettrez que nous ayons une pensée pour une rescapée, Simone Veil, décédée le 30 juin.

 

 

SIMONE VEIL, DE LA RÉCONCILIATION DES PEUPLES À L'ÉMANCIPATION DES FEMMES

 

« Nous apprenons qu’elle dut sa survie à un mensonge sur son âge et une kapo qui l’orienta au camp d’Auschwitz plutôt que Bergen-Belsen, "trop jolie pour mourir", où pourtant la "marche de la mort" la conduira et d'où elle fut libérée.

 

« On retient de cette femme, entre bien d'autres choses, son engagement contre la souffrance et pour l'émancipation des femmes, et sa détermination à souhaiter la réconciliation avec le peuple allemand dès la victoire sur les nazis.

 

« C’est-à-dire la réconciliation avec des gens ordinaires devenus par l'aveuglement les auteurs de la plus atroce des stigmatisations, des tatouages ramenant l'homme au rang de la bête d'un troupeau, de la séparation ultime des enfants d'avec leurs parents, jusqu'aux massacres collectifs dictés par "die Endlösung", la "solution finale".

 

« A la barbarie, Simone Veil a voulu opposer la fraternité des peuples et la dignité de la personne humaine. Ainsi, par ses combats, elle réaffirma le principe selon lequel la République "reconnaît l’égale dignité de chacun".

 

 

LA FIERTÉ SEYNOISE D'ACCUEILLIR DES RÉFUGIÉS, DÉPLACÉS, ET MIGRANTS D'AUJOURD'HUI

 

« Aujourd'hui, pardonnez cet écart, les réfugiés et les déplacés devraient pouvoir bénéficier de cette même reconnaissance publique de dignité. Et vous, d'ailleurs, amis seynois, pouvez être fiers d'avoir accepté que notre commune ait été la toute première du Var à avoir proposé à l'État d'accueillir un centre d'accueil et d'orientation des migrants d'aujourd'hui.

 

« Pour revenir à notre hommage, des crimes, au nom de la race, de la religion, de la différence, sont encore perpétrés de par le monde, dans des situations de guerre, ou pas.

 

« L’actualité montre hélas que l’esprit de vengeance, de haine, d’extermination, guide encore de nombreux groupes idéologisés, aveuglés, radicalisés.

 

« Des fous qui veulent imposer une doctrine, une religion, des mœurs, nient aux uns ce qu’ils exigent pour eux.

 

« Inlassablement le travail éducatif, citoyen et humaniste, est à remettre sur le métier. Et notre mémoire à entretenir. Le combat est à mener dans les consciences de tous.

 

« Il convient encore et toujours de lutter pour que les dirigeants soient responsables et imposent à tous et à chacun le respect de chacun et de tous afin que les uns ne sombrent pas dans la barbarie et les autres ne la subissent pas.

 

« La mémoire... Je le rappelais l’an dernier, le 18 janvier 1945, les troupes soviétiques entraient dans le camp d'Auschwitz. Leurs images, reconstituées, décillèrent les yeux. Pourtant, rappelait Elie Wiesel, "Churchill savait, Truman savait, le pape savait…".

 

 

INLASSABLEMENT, SUR LE MÉTIER, REMETTRE LE TRAVAIL DE MÉMOIRE

 

« En France, on a bien sûr pris conscience de ce qui s’était joué lors de la rafle du Vélodrome d’Hiver. Mais il fallut attendre 1995 et Jacques Chirac, Président de la République, pour que nous reconnaissions le rôle de l'administration française dans la déportation des Juifs.

 

« Le 18 janvier 2007, le même, accompagné de Simone Veil, inaugurait au Panthéon une plaque commémorative. A cette occasion, un petit film était projeté sur le monument, il évoquait un défilé de bottes nazies, l’arrestation d’un tailleur juif avec sa femme et ses enfants… et ceux portant l’étoile jaune qui cherchaient à se cacher.

 

« On y voyait aussi des scènes où des curés, des pasteurs, des paysans, des hommes et des femmes, s’engageaient au péril de leur vie pour protéger, cacher et nourrir des Juifs.

 

« C'étaient quelques-uns parmi au moins 26.513 croyants ou libres-penseurs, ruraux ou citadins, humbles ou nantis, dont 3.995 Français, parmi lesquels feu notre concitoyen Roland Huillet, et tant d'autres ignorés, car le livre des Justes ne sera jamais fermé, faute de témoignages ou parce qu'ils ont tu leurs actes, ayant, disent ou disaient-ils, simplement fait ce qu'ils pensaient devoir faire.

 

« Et, sur la plaque, il est écrit, pour que nul n'en ignore désormais... "Sous la chape de haine et de nuit tombée sur la France dans les années d'occupation, des lumières, par milliers, refusèrent de s'éteindre. Nommés "Justes parmi les nations" ou restés anonymes, des femmes et des hommes, de toutes origines et de toutes conditions, ont sauvé des Juifs des persécutions antisémites et des camps d'extermination. Bravant les risques encourus, ils ont incarné l'honneur de la France, ses valeurs de justice, de tolérance et d'humanité".

 

« Oui, honneur aux victimes et aux Justes de la France et du Monde, connus et inconnus. Et que vive une République humaine, fraternelle et solidaire ! »

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Publié par Marc Vuillemot - dans Devoir de mémoire
14 juillet 2017 5 14 /07 /juillet /2017 10:56

Comme à l'accoutumée, en ce jour de Fête Nationale, après le défilé rehaussé par la présence des véhicules militaires historiques de l'association « Group military conservation », mais, pour la première fois, en l'absence, étonnante, remarquée et déplorée de la députée de notre circonscription, les Seynois ont été nombreux à se rassembler autour de notre Monument aux Morts.

 

J'ai auparavant salué au nom des Seynois les représentants de notre Défense nationale, leur témoignant, en ce jour symbole du lien indéfectible unissant nos armées à la nation populaire, le respect et même « l'affection » de notre population, au lendemain d'un malencontreux épisode national que j'ai trouvé « désobligeant » pour leur Chef d'Etat-Major, et donc, au travers de sa personne, envers nos soldats, des officiers généraux aux hommes du rang, y compris les jeunes volontaires de la Préparation militaire marine « Amiral Trolley de Prévaux » dont la Seyne est la marraine, et dont j'ai été fier de récompenser la major Élodie Flick-Ranucci et le vice-major de la médaille d'honneur de la commune.

 

Et donc, après avoir fait observer une minute de silence à la mémoire des victimes de l'attentat de Nice commis il y a tout juste un an et, plus généralement, de celles de tous les obscurantismes d'ici ou d'ailleurs, j'ai prononcé un discours devant notre stèle mémorielle...

 

 

« Mesdames, Messieurs,

 

« Dans notre imaginaire partagé, le 14 juillet est, comme on l'a écrit, cette "fête éternelle du genre humain"… Éternelle, façon de parler : il aura fallu près d'un siècle après la prise de la Bastille du 14 juillet 1789 pour que la loi, en 1880, instaure notre fête nationale, le jour de la fête de la Fédération du 14 juillet 1790 qui célébrait la liberté des municipalités dans le cadre nouveau de l’Assemblée Constituante.

 

« Le 14 juillet a ainsi rejoint la cocarde, le drapeau tricolore et La Marseillaise parmi nos symboles nationaux. Et il aura fallu attendre la constitution de 1946 pour que la devise républicaine s'inscrive durablement dans notre histoire française. Et tous ces symboles ont connu bien des vicissitudes, de la monarchie plusieurs fois revancharde à l'État français collaborationniste. On le voit, le temps est long de la symbolique de la Nation républicaine.

 

« On est à l'inverse de nos comportements contemporains : il y a aujourd’hui une difficulté à prendre en compte le temps, à dépasser ce qu’on est et l’instant qu’on vit. C’est le triomphe du « temps court » ! Celui de l’immédiateté et de l’impatience…

 

 

L'IRRUPTION DU PEUPLE DANS LA SPHÈRE DU POUVOIR

 

« Mais ce temps court est toujours celui des illusions, pour ne pas dire de la sottise. "Le sot ne s’instruit que par l’événement", nous a appris Homère.

 

« Donc, oui, le 14 juillet est une fête symbolique et commémorative qui marque durablement notre démocratie, par l’irruption du peuple dans la sphère du pouvoir.

 

« Ce peuple découvre le droit de s’insurger… Ainsi est fondée la nation démocratique…  et, de fait, je cite, un "homme nouveau" : le citoyen. Des doléances du printemps 1789 à l’avènement de la Première République en septembre 1792, la Révolution légitime l’aurore d’un monde de citoyens conscients de leurs droits, garants d’un nouveau contrat social.

 

« Beaucoup, malheureusement, depuis, s’oublient et l’ont oublié… ils laissent d’autres décider pour eux.

 

« Les conventionnels voulaient rendre "les hommes meilleurs que les lois". Et ils le voulaient par l'éducation populaire et par l’école voulue, déjà, obligatoire, gratuite, laïque, voire mixte, par les arts, par les institutions démocratiques.

 

 

L'EXERCICE DE LA DÉMOCRATIE S'IMPOSE À TOUS

 

« Cependant, l’individualisation de la société, instrumentalisée par ceux qui ont besoin d'exploiter un peuple asservi, sans autre contrepoids, conduit de trop nombreux citoyens à déléguer leurs fonctions politiques, donc à ne pas choisir. Nos compatriotes développent un nouveau rapport au pouvoir. L’abstention massive aux élections est le symptôme grave d’un affaiblissement du débat démocratique. Cela, nous ne devons pas l’ignorer mais, au contraire, en combattre les raisons et tenter d’y porter remède.

 

« Il faut que chacun s'imprègne du fait que, après deux siècles et cinq lustres, l'exercice de la démocratie s’impose à tous parce qu'il forge les lois de la République, et que ces lois sont la protection de chacun et de tous, dans le cadre des droits de l’homme, des libertés fondamentales et individuelles, et dans l'égalité.

 

« Et c’est d'ailleurs pourquoi aucun précepte religieux ou philosophique, aucune prescription discriminante, clanique, ou sexuelle, ne saurait déroger à la règle commune ou conduire à des exceptions dans la sphère publique.

 

« Ceci est notre histoire mais, chers amis, rien n'est jamais acquis.

 

« L’avenir, ce n’est pas du passé qui continue. Les choses peuvent changer, avancer ou régresser. Nul ne peut figer le temps, et c’est pourquoi il n’est pas de sagesse plus haute que de savoir dominer le présent en s’ouvrant à l’avenir. Cette sagesse, c'est être citoyen.

 

« Or la citoyenneté n’est pas donnée à la naissance. Elle s’acquiert, elle se cultive, elle s’entretient.

 

 

L'ÉDUCATION, INSTRUMENT DE LA CITOYENNETÉ

 

« Son apprentissage, on l’a vu depuis l’an II, est dévolu en particulier à l’Ecole. L’Ecole de la République. Son rôle dans l’avenir du pays est plus que jamais essentiel. Elle est, en effet, l’instrument de la compréhension et donc de la liberté, de la citoyenneté. L'enjeu éducatif devrait dès lors apparaître un peu plus profond que celui qu'on veut limiter à la question des horaires scolaires...

 

« Organe de la République, le service de l’Education n’est pas un service parmi d’autres. Encore aujourd’hui, il s’adresse d’abord à des citoyens : les citoyens adultes en charge du choix du présent, les citoyens à venir, enfants et adolescents, chez qui et pour qui l’Ecole doit faire advenir la citoyenneté.

 

« La Première République, dans sa Constitution de 1793 et son article 22, proclamait : "L’instruction est le besoin de tous. La société doit favoriser de tout son pouvoir les progrès de la raison publique et mettre l’instruction à la portée de tous les citoyens".

 

« L’Ecole, comme l'éducation populaire, est à la fois effet et condition de la République, parce qu’elle est le lieu où la République se forme par le combat qu’elle conduit contre l’ignorance, par le goût qu’elle inspire pour la rationalité et pour l’universel.

 

« Elle fait naître le consentement intellectuel sans lequel ce combat nécessaire serait ressenti comme une contrainte extérieure.

 

« L’intérêt général, la loi, et le droit ne peuvent prendre consistance dans les esprits que par le savoir et la réflexion méthodique. On ne devrait pouvoir gouverner que par la force des arguments et par la capacité à produire de l’avenir.

 

« Qu’est-ce, en effet, que la République ?

 

 

PENSER QUE LA LIBERTÉ NE SE RÉALISE QUE PAR L'ÉGALITÉ

 

« Négativement, c’est le refus de l’arbitraire, le refus des privilèges liés à la naissance ou à la fortune : l’arbitraire des volontés et des décisions d’un seul homme, ou de quelques hommes constitués en groupes de pression, défendant des intérêts particuliers.

 

« Et, positivement, c’est la recherche de l’intérêt général, l’attachement à l’existence de lois voulues par le peuple souverain, votées par ses représentants élus et non par quelque monarque républicain légiférant par ordonnances, et qui s’appliquent à tous.

 

« Car vouloir la République, c’est penser que la liberté ne se réalise que par l’égalité, c’est-à-dire par les lois du peuple pour le peuple.

 

« Seulement la lutte contre les inégalités – en particulier dans la répartition du savoir —, la lutte contre les privilèges et les injustices, n’est jamais achevée : elle se présente comme une tâche non seulement individuelle, mais toujours aussi collective.

 

« Nous ne pensons pas, pas une seule seconde, que le plus beau de la République est derrière nous. La formation, initiale et continue, l'accès à la culture, et la République sont indissolublement liées, car il n’y a de République que par des esprits éclairés.

 

« Le savoir et la culture n’ont pas à être octroyés par générosité, ils constituent au contraire pour chacun une revendication légitime, un droit absolu.

 

« C’est la condition pour que l’homme devienne capable de rechercher, dans la confusion du présent – contre le mode haletant et émotionnel de l’immédiateté et de l’impatience – les formes prévisibles de l’intérêt général.

 

 

PAR LA CULTURE, L'HUMAIN LIBRE ET RESPONSABLE

 

« S’il est aisé de penser le savoir dans son lien essentiel aux libertés, il est en revanche plus difficile de penser clairement les rapports entretenus avec la société.

 

« Ces rapports traduisent en effet la coexistence nécessaire, dynamique et souvent conflictuelle, de deux logiques : adaptation et culture.

 

« Toute adaptation est imparfaite car elle est liée à un présent, changeant et incertain, ou, à un futur, indéterminé et largement imprévisible. L’adaptation doit donc s’accommoder de beaucoup d’erreurs et d’incertitudes.

 

« La culture, elle, répond à une autre logique : par l’exercice du jugement et l’analyse, elle fait de l’être humain un être libre et responsable. Elle lui permet de jeter un regard critique sur le monde tel qu’il est et sur la vie telle qu’elle va. Elle est le lieu où et d’où la société pense ses conflits. Elle permet de contester la légitimité du fait, de revendiquer le droit de changer la vie et le monde, de refuser la nécessité de la simple adaptation. Elle enseigne enfin le pouvoir contestataire et subversif de l’imagination.

 

« Et c'est pourquoi il est gravement périlleux pour la République d'envisager de réduire de 75 millions d'euros les budgets de la Nation pour l'éducation, et de 50 millions ceux pour la culture, dans le but de ne satisfaire qu'une approche comptable d'une Europe au seul service d'intérêts financiers transnationaux qu'handicapent, heureusement, nos acquis de 1789, de 1848, de 1936 ou de 1944, hérités de notre siècle des Lumières et de notre Révolution.

 

 

PAS DE RÉPUBLIQUE SANS DÉMOCRATIE, PAS DE DÉMOCRATIE SANS IDÉE

 

« Je voudrais aussi rappeler que la République est la "res publica", la "chose publique". Et la chose publique est l’affaire de tous. Pas de République sans démocratie !

 

« Mais pas de démocratie sans idée ni sans critique des idées, donc sans débat. Pas de démocratie sans participation de l’ensemble des citoyens à l’élaboration de la réflexion sur les questions majeures.

 

« Et la démocratie, plus qu’une affaire d’institutions, est une question de culture. C’est pourquoi investir dans l’intelligence, c’est toujours investir dans la démocratie. Cela signifie que, pour gouverner, l’incompétence des citoyens éclairés, armés de leur jugement, doit l’emporter sur la compétence des spécialistes. Hélas, par les temps qui courent, on voudrait nous faire croire le contraire. Et c'est pourquoi il faut aller au combat.

 

« Notre combat ne doit pas se contenter de mobiliser des électeurs mais de créer des espaces de délibération.

 

« Pour que vive la République, il faut une opinion informée, éclairée par des arguments, consultée sur les orientations, voire les modalités, responsabilisée au moment des décisions, sollicitée toujours dans sa faculté d’initiative et de réflexion. C’est ouvrir le maximum de possibles pour demain.

 

« Alors, oui, seront créés de nouveaux savoirs, de nouvelles pratiques sociales, de nouvelles formes de solidarité, de nouveaux modes de vie, de nouvelles œuvres…

 

 

LA NATION, L'IDENTITÉ COLLECTIVE, LA COHÉSION CITOYENNE

 

« Alors, oui, l’humanité de demain aura tous les visages du possible compatibles avec les règles d’un Etat républicain et d’une société démocratique.

 

« Alors, oui, Français, nous confirmerons que nous sommes liés par une identité collective, et la fête du 14 juillet participe à notre cohésion car c’est la vie partagée qui élève les concitoyens.

 

« Chacun doit trouver sa nation à l’intérieur de soi, comme l’une des dimensions de sa propre identification.

 

« La nation est indissociablement une communauté de culture, un lieu de mémoire, et en même temps un projet civique.

 

« C'est tout cela le symbole de nos 14 juillet.

« Vive la France de la République, vive la France promotrice de ses principes éclairés dans l'Europe et dans le Monde. »

 

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Publié par Marc Vuillemot - dans Idées et politique générale Devoir de mémoire
9 juin 2017 5 09 /06 /juin /2017 05:48

Ça n'apparaît pas sur la page consacrée au sujet sur l'un de nos quotidiens locaux, mais il y a pourtant bien eu, à La Seyne aussi, ce jeudi, et comme chaque année, une cérémonie à la mémoire des Morts pour la France en Indochine.

J'y ai d'ailleurs prononcé une allocution...

 

« Comme tous les 8 juin, jour de l’inhumation, en 1980, du soldat inconnu d’Indochine à la nécropole nationale de Notre-Dame-de-Lorette, dans le Pas-de-Calais, nous rendons hommage aux Morts pour la France en Indochine, victimes d’une guerre terminée tragiquement il y a 63 ans.

« On n’arrête pas l’Histoire.

« Sous l’impulsion de la libre détermination des peuples, la décolonisation était en marche. De Gaulle rappelait, quelques années plus tard, en 1965, la nécessité de "savoir, quand le moment est venu, reconnaître à tous le droit de disposer d'eux-mêmes".

« Rappelez-vous : A la fin de la Seconde Guerre mondiale, la paix retrouvée en Europe donna à d’autres peuples le goût de l’émancipation. Hô Chi Minh, fondateur de la ligue du Viêt Minh, proclama l'indépendance de la colonie française et la création de la République démocratique du Viêt Nam.

« La France, récemment libérée du joug nazi, tenta de rétablir son autorité en dépit des recommandations du Général Leclerc à reconnaître au Viêt Nam son indépendance dans le cadre de l'Union française.

« Les négociations s’enlisèrent pour des raisons de politique intérieure. Des incidents de plus en plus sérieux opposèrent les forces vietnamiennes aux forces militaires françaises. La guerre durera de 1946 à 1954. Il reviendra à Pierre Mendès-France d’ouvrir un programme de négociations. La conférence de Genève consacrée au règlement de la question indochinoise s’ouvrira le lendemain de la chute terrible de Diên Biên Phu.

« On dénombrera, parmi les 900.000 morts, blessés et prisonniers du conflit, 75.000 victimes tombées pour la France… mais si loin d’elle… à tous points de vue.

« Honneur aux Morts. Et que vivent la Paix et l'amitié entre les peuples du Monde. »

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Publié par Marc Vuillemot - dans Devoir de mémoire
9 mai 2017 2 09 /05 /mai /2017 02:45

C'était une belle foule que celle assemblée ce lundi, jour de commémoration de l'armistice de 1945, pour le traditionnel défilé et le moment d'hommage devant notre monument aux morts. La matinée a été rehaussée par la présence des jeunes en formation dans le cadre de la préparation militaire marine dont la commune de La Seyne est la marraine, un détachement du groupe de transit dont la ville est jumelle, et, pour la première fois, deux lycéennes représentant le Mouvement de la Paix.

Un vrai beau moment de mémoire, d'autant plus fort qu'il se déroulait au lendemain du choix des Français — et des Seynois — de barrer la route à l'extrême-droite. Les leçons de l'Histoire ne font pas tout pour prévenir le pire, tant il est à craindre que les politiques ultralibérales qu'incarne le nouveau Président de la République n'enrichissent encore un peu plus le terreau sur lequel fructifient les nationalismes, mais elles permettent tout de même de concourir un peu à l'éveil des consciences. C'est ce que j'ai essayé de faire avec mon allocution...

 

« Comme chaque année, nous nous retrouvons ce 8 mai pour célébrer la victoire des démocraties sur l’Allemagne nazie.

Pour les nazis, la germanité est une nouvelle ère. A leurs yeux, l’idée même d’égalité est une aberration. Ils voient par exemple la Révolution française comme un cloaque racial gallo-romain qui s’est soulevé en 1789 contre le sang bleu des nobles germaniques. L’humanisme de la révolution est pour eux une idée néfaste, tout comme l’universalisme ou la justice sociale…

« Et, jusqu'au bout, les nazis, tout à leur folie, s’acharnèrent à maintenir les convois de la mort, même au détriment de leur armée. Le 8 mai 1945, l’Europe est exsangue.

« C’est bien pourquoi, après la Libération, les démocraties occidentales, averties des dangers, ont voulu mettre en œuvre un projet de société solidaire et dynamique.

« A cet égard, elles ont opéré les transformations économiques, sociales et politiques qui devaient permettre à l’ensemble des individus leur insertion dans la vie publique. Avec une certaine efficience pendant près de quarante ans. Ainsi, au lendemain de la victoire, à la soif de liberté, s’impose, petit à petit et à nouveau, la notion d’égalité - au sein de l’entreprise, de l’école, de la famille.

« Soixante douze années ont passé…

« Avec le temps et l'oubli du danger, avec l’essor du consumérisme, l’exigence du pluralisme, si nécessaire au redémarrage des pays, dérive progressivement vers de nouvelles aspirations, une nouvelle gouvernance néo-libérale et l’individualisme triomphant.

« Aujourd’hui, où la tendance des identitaires est à la fermeture des frontières, au retour à un nationalisme d’exclusion, la demande touche le droit, l’organisation de la société, les mœurs.

« Retenons qu’au sortir de la guerre, la France s’est réconciliée avec l’Allemagne. Ensemble les deux pays se sont alliés avec quatre autres, l’Italie, la Belgique, les Pays-Bas, le Luxembourg, pour poser les fondations de l'Europe unie… D'autres n'ont cessé de les rejoindre. Des espérances immenses, notamment de paix et de prospérité, sont nées avec cette idée.

« Or elle sera rendue bientôt à 27 membres avec le Brexit ; l'Europe est réduite à la quasi seule notion de zone de dérégulation, de libre-échange ; la déception est grande. On est loin des espoirs de De Gaulle et Adenauer.

« Mais la désillusion ne doit pas nous décourager de persévérer, afin de construire une Europe des peuples qui défende les valeurs de liberté, de partage, d’égalité devant la loi, la capacité à subvenir aux besoins essentiels, d’éducation, d’alimentation, de logement, de sécurité, d’accès aux soins. Si elle est sociale, l’Europe peut être une bonne échelle pour répondre aux défis mondiaux.

« Mais pour l'heure, en ce lendemain d’élection du Président de la République, disons que les attentes sont fortes pour que le mieux vivre touche toutes les catégories sociales, et appliquons, ici en France, avec détermination, notre devise Liberté, Egalité, Fraternité. Il y a du pain sur la planche.

« Pour nous détendre un peu, dans cette période d'incertitudes, je voudrais revenir aux origines de ces valeurs que les nazis ont atrocement foulées du pied.

« Une idée joua un rôle fondamental à la naissance du monde occidental. Cette idée, nous la devons à la Rome antique. Elle réside dans le fait qu’être citoyen de deux endroits à la fois, autrement dit, avoir des attaches dans un pays et pourtant être pleinement citoyen et patriote dans celui où, et par lequel, on vit, a pu être une norme, comme le voulurent les Romains dans leur monde global.

« Et, en effet, comment un village, Rome, fondé en 780 avant notre ère, a-t-il pu devenir l’Empire romain, et le rester six siècles pour l’Occident, quatorze pour l’Orient ?

« Dans un récent essai, un chercheur a écrit que Romulus, le mythique fondateur de Rome, entendait réserver à tous – étrangers ou pas – le concept d’asile afin de créer de nouveaux citoyens.

« Cette mesure était révolutionnaire à l’époque au regard des pratiques usuelles. Aucune cité grecque de l’Antiquité ne fit jamais preuve, ne serait-ce que de loin, d’une aussi grande ouverture d’esprit que celle qui caractérise la culture politique romaine et la singularise.

« A Athènes, par exemple, l’accès à la citoyenneté était limité par des règles strictes. Au contraire, au cours d’un processus tout à fait unique, les habitants des "provinces" se virent progressivement accorder la citoyenneté romaine pleine et entière.

« Ainsi le Sénat de Rome devint-il un lieu dans lequel nous sommes fondés à voir une institution résolument multiculturelle. Ce trait distinctif de la culture romaine a fait observer au roi de Macédoine, au IIIe siècle avant notre ère, que "c’est ainsi que les Romains ont étendu leur territoire". Beaucoup d’historiens romains voyaient dans la politique d’assimilation de Romulus un facteur important de son succès.

« D’ailleurs, sur une partie de ce qui est aujourd'hui la France et ses environs, les Gaulois ont bénéficié de cette ouverture quand, en l’an 48, l’empereur Claude défendit devant un sénat récalcitrant l’idée qu’il fallait permettre aux citoyens issus de la Gaule, païenne et chevelue, de devenir sénateurs.

« L’affaire ne s’arrêta pas là… En 212, l’empereur Caracalla décréta que tous les habitants libres de l’empire, où qu’ils fussent, de l’Ecosse à la Syrie, étaient des citoyens romains.

« Cela ne s’est pas produit sans controverse ni conflit. Certains Romains ne dissimulaient pas la méfiance que leurs inspiraient les étrangers, qu’ils fussent citoyens ou non. "Je ne peux supporter une ville pleine de Grecs", peut-on lire sous la plume de Juvénal. Une guerre civile a même éclaté, connue sous le nom de "guerre sociale", l’une des plus sanglantes de l’histoire romaine. Mais le modèle sous-jacent apparaissait clairement : Caracalla achevait le processus que les premiers romains, incarnés par le mythique Romulus, avaient initié des siècles auparavant.

« Ainsi, le monde moderne s’est vu offrir le concept de démocratie par l’Athènes du Ve siècle avant notre ère. Et, de son côté, la Rome républicaine a apporté l'idée tout aussi importante de liberté.

« Cette idée fondatrice s’est propagée, bien plus tard, en Europe comme en Amérique. Ce n’est pas un hasard si le mot d’ordre de la Révolution française – Liberté, Egalité, Fraternité – met la liberté à la place d’honneur. Ni si George Washington parlait de restaurer "le feu sacré de la liberté".

« Vous comprenez tous où je souhaite en venir. En ce jour de célébration de la victoire sur l’oppresseur nazi, maintenons, ensemble, ce qui nous a construits, ce qu'abhorraient les hitlériens et les ont conduits à la barbarie et ses millions de morts, et que tout le monde, hélas, n'apprécie pas au plus haut point en bien des endroits de l'Europe du XXIe siècle : l’héritage humaniste de la Révolution française, non pas la Terreur, bien sûr, mais la citoyenneté pour tous, la liberté, l’égalité, la fraternité.

« Demeurons vigilants. Promouvons sans cesse une démocratie exigeante. Ce doit être le souci et la décision de tous, pour la justice et la défense inconditionnelle des droits humains.

« Vive la Paix. Vive la France républicaine dans une Europe des peuples solidaires. »

 

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Publié par Marc Vuillemot - dans Devoir de mémoire
30 avril 2017 7 30 /04 /avril /2017 17:25

C'était, ce dimanche, le jour officiel dédié à la mémoire des victimes des camps de concentration et d'extermination nazis.

Comme chaque année, en ce dernier dimanche d'avril, nous l'avons commémoré à La Seyne. Et, comme chaque année, j'ai prononcé une allocution.

Un propos qui n'a pas fait sourciller ceux, présents, et pour certains arborant des écharpes d'élus régionaux, qui, à une semaine du deuxième tour de l'élection présidentielle, promeuvent les mêmes idées que celles qui, il y a huit décennies, ont fait basculer le Monde dans l'horreur.

J'ai mal. Mais, bon, voici mon allocution...

 

« Mesdames, Messieurs,

« "… Nous avions perdu tous nos droits, et d’abord celui de parler ; on nous insultait en face chaque jour, et il fallait nous taire ; on nous déportait en masse, comme travailleurs, comme Juifs, comme prisonniers politiques… Puisque le venin nazi se glissait jusque dans nos pensées, chaque pensée était juste une conquête… à cause de cela nous étions libres…"

« Ces mots sont extraits d’un texte paru à Paris, le 1er décembre 1944, d’une publication jusqu’alors clandestine « L’éternelle revue », créée sous l’occupation par Paul Eluard. J’y reviendrai.

« La mise en œuvre de l’extermination systématique d'un groupe humain, qu'il soit de même langue, ou de même nationalité, ou de même culture, de mêmes mœurs ou coutumes, de même particularité physique, au nom de la prévalence de la soi-disant race, ou religion, ou terre d'origine, quelle que soit l’époque, est une abomination.

« Dès sa prise de fonction, Hitler crée, avec le soutien des nazis, les premiers camps. Seront internés les opposants au régime, les « asociaux », tous ceux qui n’entrent pas dans la norme national-socialiste.

« Il faut dire et redire que ces monstres sont arrivés au pouvoir en janvier 1933 par une sorte de "coup d’Etat légal".

« Je vais expliquer ce que je veux dire par ces termes...

« Hitler est élu régulièrement ; il est à la tête d’un parti devenu premier en Allemagne mais qui reste minoritaire au Parlement. Cependant, le maréchal von Hindenburg, président en exercice et chef de file des aristocrates et des industriels allemands le nomme chancelier – Ces insensés pensaient pouvoir contrôler ce dirigeant du parti nazi !

« Hitler, conscient de la situation, manœuvre alors sans vergogne. Il dissout le Parlement, provoque de nouvelles élections… le Reichstag brûle… un jeune communiste hollandais est accusé… suivent cinq semaines fatidiques car sans contrôle parlementaire.

« Cela permet à Hitler d’instaurer un régime de terreur, de provocations et d’intimidations… l’élection est faite aux élections suivantes… Hitler est majoritaire ! Sous l’accusation de trahison, il fait interner les opposants élus… Et voilà, avec les apparences de la démocratie, comment Hitler obtînt les pleins pouvoirs !

« Avec la guerre, le système concentrationnaire prend une autre dimension et à partir de 1941, il s’intègre dans la mise en place de la "solution finale de la question juive", "l'Endlösung". Les camps d'extermination se multiplient, essentiellement de l'Allemagne à la Pologne. Ils feront plus de 6 millions de victimes, opposants politiques marqués du triangle rouge, Juifs à l'étoile jaune, tsiganes au triangle marron, prostituées et lesbiennes au triangle noir, Témoins de Jéhovah au triangle violet, gays au triangle rose, criminels de droit commun au triangle vert, apatrides au triangle bleu, handicapés physiques et mentaux, vagabonds...

« Et l’Etat français collaborationniste, quoi qu’en disent certains encore aujourd’hui, prend sa part de l’ignominie.

« La déportation, les camps d’internement, de travail, de mort, resteront à jamais comme la pire des dérives commise par les hommes contre l’humanité.

« Cette très rapide chronologie montre l’enchainement terrible des événements, lié à la seule croyance que des hommes seraient supérieurs et que d’autres pourraient être avilis.

« Comment de telles idées ont-elles pu grandir, être appliquées sans protestation massive ?

« Hitler promettait au peuple allemand l’amélioration de la vie et le maintien de la paix : "Donnez-moi quatre ans, et vous ne reconnaitrez plus l’Allemagne".

« Quatre ans plus tard, les acquis sociaux étaient détruits et les libertés fondamentales étaient bafouées…

« Après la guerre et sous l’impact des horreurs révélées, la société a fortement évolué avec des droits reconnus, des personnes, des femmes, à penser librement, à accéder aux soins, à s’informer, à se déplacer, à disposer librement de son corps. Et, pourtant, ces droits sont maintenant contestés entre le trop et le pas nécessaire.

« Partout reviennent les indifférences barbares, une dureté égoïste d’un côté et une pauvreté renaissante de l’autre. Aujourd’hui, l’individualisme est roi, il touche le droit, l’organisation de la société, les mœurs.

« Ce n’est plus « qu’est-ce que je fais pour la société ? » mais « où sont mes intérêts ? ».

« L’autorité - de l’institution, de la famille, du cadre de vie -, celle qui décide du cadre général des conduites, est rejetée au profit de la nébuleuse des réseaux sociaux, qui ont leurs formidables côtés mais qui sont aussi utilisés sans grand discernement.

« De nouveaux comportements sont aux antipodes d’une organisation sociale, politique, qui cherche, par la réflexion de tous, par la discussion, à se connaître et à comprendre les éléments constitutifs de la condition commune qui permettent des choix pertinents et collectifs, tout en rendant possible l’exercice des droits individuels.

« Les textes que nous avons entendus précédemment sont importants, merci à ceux qui les ont dits et choisis, car ils montrent les saines mais vaines tentatives de résistance aux premières mesures.

« Ces résistances ont été d’initiatives individuelles, mais de portée symbolique, d’essence humaniste.

« Certes elles ne pèseront pas lourd lorsque les méthodes, brutales des nazis provoqueront une terreur généralisée.

« Aussi, instruits de ces précédents,

« Nous sommes rassemblés pour nous souvenir et rendre hommage aux victimes, à ceux qui ont sacrifié jusqu’à leur vie pour combattre le nazisme.

« Nous sommes rassemblés pour combattre ceux qui réfutent les évidences factuelles, ceux qui entretiennent un terreau de haine et d’exclusion.

« Nous sommes rassemblés parce que les replis nationalistes à l’œuvre aux Etats-Unis, en Europe, comme avec le Brexit, sont des signaux alarmistes.

« Nous sommes rassemblés parce que ce n’est pas ce qui rassemble qui importe à de trop nombreuses personnes mais ce qui différencie.

« Nous sommes rassemblés parce que notre société, devenue plus dure, plus indifférente et plus égoïste, nous inquiète.

« Nous sommes rassemblés parce qu’une infime partie de la population accapare l’essentiel de la richesse produite au détriment de populations entières.

« Nous sommes rassemblés parce que la grande Histoire nous enseigne que l’inquiétude des peuples peut devenir dévastatrice.

« Je vous ai dit que je reviendrai au texte de mon début de propos :

« "… la Résistance fut une démocratie véritable : pour le soldat comme pour le chef, même danger, même délaissement, même responsabilité totale, même absolue liberté dans la discipline. Ainsi, dans l’ombre et dans le sang, une République s’est constituée, la plus forte des Républiques. Chacun de ses citoyens savait ce qu’il devait à tous et qu’il pouvait compter que sur lui seul ; chacun réalisait, dans le délaissement le plus total, son rôle historique et sa responsabilité. Chacun d’eux, contre les oppresseurs, entreprenait d’être lui-même, librement, irrémédiablement. Et en choisissant lui-même dans sa liberté, il choisissait la liberté de tous. Cette république sans institutions, sans armée, sans police, il fallait que chaque Français la conquière et l’affirme à chaque instant contre le nazisme… ne peut-on souhaiter que la République de grand jour conserve les austères vertus de la République du Silence et de la Nuit ?"

« Ces indicateurs doivent nous ouvrir les yeux, avertis de l’Histoire, nous ne devrions pas céder aux manipulations mais les démasquer ! Je pense :

- à la glorification identitaire, à la haine des autres, des faibles, des minorités

- aux désignations de boucs émissaires : étrangers, opposants, journalistes

- aux spoliations déguisées en mesures réparatrices de faits imaginaires

- à la distribution de cadeaux bien ciblés : emplois, honneurs, pots-de-vin

- à la corruption généralisée au profit de quelques uns

- aux pratiques de tromperies, de falsifications, de tri des informations

- à l’autopromotion, voire la célébration d’un homme ou d’une femme

- à la destruction de l’Etat de droit, de la séparation des pouvoirs

- aux manipulations mensongères ; plus la ficelle est grosse, plus le culot est grand, plus l’adhésion aveugle progresse

- à l’usage de la violence, justifié et institué

- à la peur utilisée comme un moyen ou comme un objectif

« Ne baissons pas les bras et réaffirmons, avec force et conviction, que nous défendons une France laïque, où la liberté de conscience, la liberté de penser et la liberté d’exprimer des opinions dans le respect des lois est inscrite dans notre Constitution : "La France est une République indivisible, laïque, démocratique et sociale. Elle assure l’égalité devant la loi de tous les citoyens sans distinction d’origine, de race ou de religion. Elle respecte toutes les croyances. "

« Notre volonté est, encore et toujours, de perpétuer le projet de vivre ensemble, sans haine ni rejet, dans la richesse de nos différences.

« Vive l'amitié des peuples de l'Europe et du Monde ! Vive la France de la République ! »

 

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Publié par Marc Vuillemot - dans Idées et politique générale Devoir de mémoire

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