Une femme pour sept hommes à La Seyne, quatre femmes pour deux hommes à Toulon, aucune femme dans cinq communes, un seul quart, soit douze femmes, sur les quarante-six têtes de listes de candidates et candidats à l'élection municipale à l'échelle de notre métropole.
On est dans la moyenne nationale. Mais c'est trop peu. Pour bien faire, il faudrait atteindre la parité. C'est d'autant plus insuffisant que, à leur niveau, avec les compétences qui leur restent pour n'avoir pas été transférées aux intercommunalités, fussent-elles de plus en plus maigres, les communes peuvent agir pour plus d'égalité entre hommes et femmes et que les données relevées par l'Association des maires de France attestent que c'est d'autant plus vrai lorsque les maires sont des femmes.
Mais les maires masculins peuvent aussi, avec l'équipe mixte de leur majorité et de leur conseil municipal, conduire des politiques ambitieuses pour la promotion des droits des femmes et de l'égalité. Chez nous, il est au moins une liste qui s'y engage, celle de l'unité des gauches, des écologistes, des régionalistes et de citoyens d'Olivier Andrau...
LES "FEMMES DANS LA VILLE", UNE RÉALITÉ HISTORIQUE À GAUCHE À LA SEYNE
C'est une réalité historique à gauche. La première commune du Var ayant eu une adjointe au maire déléguée « à la condition de la femme » était La Seyne. C'était il y a trente ans, sous la municipalité du communiste Maurice Paul, et la titulaire de la fonction était Danielle Bouron. Lui a succédé jusqu'en 2001 Solange Andrieu, sous la même municipalité, sous l'intitulé « Femmes dans la ville », mais il aura fallu attendre le retour de la gauche en 2008 pour que, de nouveau, des élus communistes et socialistes se voient confier de façon transversale cette responsabilité : Solange Andrieu, Danièle Dimo-Perez-Lopez, Bouchra Reano, Rachid Maziane, puis Olivier Andrau.
DES COMPÉTENCES COMMUNALES ET MÉTROPOLITAINES PERMETTANT D'AGIR
Ce n'est peut-être pas pour rien que, tant dans leurs documents de programme que dans les réponses que les équipiers d'Olivier Andrau apportent aux gens qui les questionnent, il apparaît des pistes pour parfaire la place des femmes dans la ville, en forme d'engagements compatibles avec les compétences d'une commune : former la police municipale – et plus généralement les agents en contact avec les publics – aux violences de genre, sensibiliser les animateurs socio-éducatifs, agents des maternelles et cantines, et autres travailleurs sociaux aux stéréotypes de genre, conforter le dispositif de logements d’urgence pour les victimes, soutenir les associations agissant contre les violences et pour l’égalité hommes-femmes, accorder une sorte une sorte de "bonus" d'aides communales aux initiatives des associations culturelles, de loisirs, les clubs sportifs pour la promotion de toutes les pratiques auprès des filles et femmes, investir dans l'aménagement des équipements sportifs pour favoriser leur utilisation par les femmes : la piscine remise en service devra le prendre en compte, comme les salles polyvalentes et gymnases, les vestiaires et sanitaires, etc.
Cette équipe d'Olivier Andrau s'engage aussi à convaincre la Métropole, compétente depuis 2018 dans beaucoup de domaines, d'accroître l'offre de logements sociaux pour lutter contre la précarité des femmes chefs de famille monoparentales, d'expérimenter des initiatives pour la sécurité des femmes dans les transports en commun, ou d'aménager de manière inclusive pour les femmes les espaces publics urbains dont on sait qu'ils ont été imaginés et réalisés "par des hommes, pour des hommes" (les toilettes publiques en sont un exemple patent), etc.
Dans les projets des concurrents de droite et d'extrême-droite, il est bien difficile de déceler des orientations concrètes. Étrange comme les 50 % d'électeurs que sont les électrices passent sous les radars de tant que candidats...
Ou bien ils assument de mentir. Ou bien ils sont inaptes à l'exercice de la fonction à laquelle ils aspirent. Une communication de M. Muñoz, conseiller municipal et candidat d'extrême-droite à l'élection municipale, sur un réseau social à propos du projet de redynamisation du centre-ville de La Seyne, laisse pantois.
Il est complètement erroné de faire croire que le projet de rénovation urbaine de notre cœur historique seynois aurait été construit par la Métropole sans la mairie de La Seyne et, a fortiori, sans les Seynoises et les Seynois. Et, puisque ni la Métropole ni la municipalité ne semblent motivées par le fait de mettre les points sur les « i » face à une telle contrevérité, il faut bien que quelqu'un s'en charge...
L'IMPLICATION DES HABITANTS, OBLIGATION LÉGALE
M. Muñoz, l'auteur du message inexact, siège au conseil municipal de La Seyne depuis six ans. Sauf s'il ne s'intéresse que de loin à la vie seynoise, s'en tenant à faire acte de présence aux réunions de l'assemblée communale, il ne peut ignorer le dispositif mis en place par la commune et la métropole pour associer les habitants, les usagers, les associations et acteurs économiques et sociaux du centre-ville, et plus largement l'ensemble des Seynoises et Seynois, à la conception, à l'élaboration et au suivi de la mise en œuvre du "nouveau programme national de rénovation urbaine" (NPNRU)dont bénéficie notre centre ancien. C'est d'ailleurs la loi qui l'impose ( * ) et un professionnel de la législation comme lui, collaborateur parlementaire d'une députée du Lot-et-Garonne, le sait forcément.
NON, LA MÉTROPOLE NE DÉPOSSÈDE PAS LA SEYNE DE SON AVENIR
Maire au moment de la définition du projet, je suis allé au-delà des impératifs légaux de participation des gens à la préparation du programme, en imposant – sans difficulté – à la Métropole et l’Etat la présence d'habitants dans les instances décisionnaires officielles, avec voix délibérative au même titre que les institutions. Aujourd'hui, même si la majorité municipale, peu encline à faire vivre la démocratie de proximité, a laissé s'endormir les conseils de quartiers et conseils citoyens, on s'en tient au minimum règlementaire de concertation, mais on s'y tient. Des contacts actifs de concertation ont eu lieu avec l’aide d’associations reconnues. Quelques réunions publiques se sont tenues, sur l'habitat, les espaces et équipements publics, les commerces et services, même s'il est regrettable que trop d'avis citoyens ont été ignorés par la maire démissionnée et que cette dernière a privilégié les "grand'messes" avec de l'information "descendante" à sens unique, sans possibilité d'échange ni de proposition, à l'instar d'une mémorable réunion publique de près d'une heure et demie en 2022 au casino Joa. Mais c'est bien à La Seyne, et non à Toulon, à Paris, à Tonneins ou ailleurs, avec les Seynoises et Seynois et leurs élus, que ça s'est déroulé. Si M. Muñoz ne vit pas suffisamment La Seyne pour savoir tout ça, il faut le lui apprendre. Oui, même s'il est possible et souhaitable de faire bien mieux que ce que la droite fait, il est mensonger de dire à propos du NPNRU que « La Seyne est dépossédée de son avenir ».
POUR LE CENTRE-VILLE, LE RN N'A ÉMIS QU'UN VOTE FAVORABLE SUR ONZE...
Il ne peut non plus avoir échappé à cet élu que les décisions formelles relatives au NPNRU sont prises par le conseil municipal et non par la Métropole. Cette dernière et les organismes publics dûment mandatés sont chargés de leurs mises en œuvre. Et c'est à La Seyne, et nulle part ailleurs, que les orientations sont fixées. À ce propos, depuis le début du mandat, pas moins de onze délibérations relatives à la requalification de notre quartier historique ont été soumises au conseil municipal. Les élus du Rassemblement National (RN) ont ainsi largement eu la possibilité de faire connaître leurs points de vue.
Ils n'ont d'ailleurs voté favorablement que pour une seule de ces délibérations, celle relative à une demande de subvention pour le projet de médiathèque. Ils ont voté contre ou se sont abstenus sur les dix autres ( ** ). Ça illustre le peu d'intérêt qu'ils portent à la rénovation du cœur de ville, cet enjeu majeur pour La Seyne et pour les plus humbles de ses habitants...
LEUR VISION, C'EST LA FRACTURE URBAINE, PAS "LA SEYNE POUR TOUS" QU'ILS AFFICHENT
Mais ça ne devrait étonner personne. Au RN, on ne cesse de clamer qu'on est contre la politique de la ville et donc la rénovation urbaine des quartiers populaires fragiles, contre les moyens financiers qui y sont engagés, contre les efforts de lutte contre la ségrégation sociale et urbaine. Derrière sa façade populiste qui trompe trop de ceux qui sont dans la détresse sociale et économique, l'extrême-droite ne fait aucun cas des classes populaires et moyennes.
Les votes de ses députés sont éloquents. Pour ne citer que quelques-uns de leurs choix les plus récents, ils n'ont pas voté le plafonnement des marges de la grande distribution sur les denrées alimentaires, la progressivité de l'impôt sur les revenus, la pérennité de la contribution sur les hauts revenus, l'aide financière aux filières agricoles bio en difficulté, l'élargissement de l'assiette de la taxe sur les transactions financières, l'augmentation du SMIC à 1500 euros, mais ils ont en revanche voté pour supprimer les avantages fiscaux des intermittents du spectacle, ou moduler l'assurance chômage en fonction de la conjoncture économique. Comme ailleurs dans le Monde, l'extrême-droite, c'est le mépris de classe et la part belle faite aux nantis.
Seynoises et Seynois, méfions-nous. Quand on use du boniment dans une campagne électorale, après avoir clamé "Assez d'intox, place au sérieux", les crédules doivent s'attendre au pire. Ne croyons pas ceux qui nous disent qu'ils veulent « une ville qui rassemble », « remettre l'intérêt général au centre », et que, pour eux, « La Seyne d'abord [leur slogan], c'est La Seyne pour tous ». Non, ici comme au plan de la Nation, les faits et les votes le prouvent, le RN, c'est la fracture sociale, la division, le rejet. Tellement loin des valeurs républicaines d'égalité et de solidarité qu'on peut faire vivre à l'échelle d'une commune. Et en particulier de son cœur de ville, qu'on rêve en carrefour des quartiers, des générations et des classes sociales.
Évidemment, face à l’inquiétude que peut susciter une approche faussée par des inexactitudes, un projet ambitieux et réaliste porté par une équipe rassemblée des gauches, des écologistes, des humanistes et des régionalistes, largement ouverte et toutes sensibilités confondues, constituerait une alternative utile. Ça se fait ailleurs. Ça a existé ici dans un passé pas si lointain. Pour peu qu’on renonce aux exclusives, qu’on se garde des postures fondées sur des egos, et qu’on respecte une méthode d’échange et de décision collective, c est tout à fait jouable.
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( * ) : Un article de la loi du 21 février 2014 de programmation pour la ville et la cohésion urbaine, dite "loi Lamy", fixe les modalités obligatoires de la participation des habitants, notamment au travers du conseil citoyen composé de personnes tirées au sort (voir ICI)
( ** ) : Les votes au conseil municipal des deux élus RN sur les enjeux du centre-ville depuis 2020...
– 21/12/2021 : Convention avec l'Établissement foncier régional (EPF) pour des immeubles à rénover : ABSTENTION
– 14/03/2022 : Convention avec la Métropole et l'ANRU sur l'ensemble du programme de rénovation : ABSTENTION
– 14/03/2022 : Bilan des acquisitions par l'EPF pour des immeubles à rénover : ABSTENTION
– 20/09/2023 : Réhabilitation d'immeubles rue d'Alsace : CONTRE
– 18/01/2024 : Acquisitions d'immeubles pour rénovation : ABSTENTION
– 06/03/2025 : Opérations de rénovation du bâti : CONTRE
– 06/03/2025 : Opérations de rénovation de l'habitat : ABSTENTION
– 28/03/2025 : Acquisitions et cessions pour production de logements rénovés : ABSTENTION
– 12/06/2025 : Nouvelle médiathèque du centre-ville : POUR
– 30/09/2025 : Convention avec l'EPF pour l'habitat : CONTRE
– 30/09/2025 : Convention pour une nouvelle opération programmée d'amélioration de l'habitat - renouvellement urbain : ABSTENTION
Deux communications quasi concomitantes, l'une du maire, M. Minniti, l'autre de son adjoint et désormais opposant à l'interne même de la majorité municipale, M. Mansour, tous deux candidats déclarés à l'élection municipale de mars 2026, sur les enjeux du logement et de la rénovation du centre ancien, m'ont conduit à rappeler quelques éléments d'histoire et formuler quelques réflexions...
La municipalité a en effet lancé une opération de communication sur le "nouveau programme national de rénovation urbaine" de notre cœur de ville historique, par un dossier mis en ligne sur le site officiel de la commune, relayé par le quotidien Var-matin. C'est astucieux de la part de M. Minniti qui s'offre un brin de campagne électorale grâce aux moyens promotionnels de la commune. On présente en effet, comme s'il venait tout juste d'éclore, un projet vieux de six ans, dont la paternité revient à l'équipe que j'animais, qui est porté par la Métropole, et qui aurait dû démarrer depuis des années.
De son côté, son adjoint en charge de la politique de la ville, donc de la rénovation du centre ancien, M. Mansour, a communiqué presque au même moment, via un réseau social, pour fustiger le choix de M. Minniti de ne pas donner suite aux projets de créations de logements sociaux. Ceux-ci sont nécessaires à la fois pour reconstituer l'offre d'habitat pour les habitants du centre qui devront libérer leurs appartements devant être reconstruits, et pour enfin cesser de payer l'amende de plus d'un million d'euros que l'État inflige chaque année à la Ville qui ne dispose pas d'assez d'habitat social. Singulière posture à l'opposé de ce que la majorité municipale défend depuis son élection en 2020 ! À l'entendre désormais, on croirait presque me lire (voir ICI) ou lire Jean-Paul Jambon, le référent varois de la Fondation pour le Logement (ex-Fondation Abbé-Pierre) ! (voir ICI). Superbe virage en épingle à cheveux à l'approche de l'élection...
Me sentant pour le moins concerné par un sujet que nos équipes ont porté à bout de bras et que la municipalité a trop longtemps délaissé alors qu'elle disposait d'un programme clef en main et financé, voilà donc le communiqué que j'ai récemment transmis...
« Six ans après la validation par l’État du Nouveau programme national de rénovation urbaine (NPNRU) du centre ville (2019), cinq ans après la rénovation de la place Germain-Loro et du parvis des Maristes qui en fut la première réalisation (2020), et la seule à ce jour, il faut se féliciter que la municipalité se décide enfin à donner le feu vert à la Métropole pour reprendre la mise en œuvre de ce projet structurant dont il eût été juste et républicain de préciser quelle équipe municipale l’a conçu et en a obtenu le financement.
« On ne fera croire à personne qu’il aura fallu cinq longues années pour apporter au programme la seule modification à mettre à l’actif de l’équipe de Mme Bicais, M. Minniti et M. Mansour : un changement de localisation de la médiathèque prévue au projet, assortie de la réduction de 70 à 12 du nombre de berceaux de la future crèche.
« La réalité est que, la rénovation de l’habitat étant la pierre angulaire du programme, et la municipalité ayant choisi de mettre un coup d’arrêt aux opérations immobilières prévues par son prédécesseur pour le relogement des familles dont les appartements vont être restructurés, en particulier le projet sur l’emprise de l’ancienne école Eugénie-Cotton, au quartier Saint-Jean, et sur celle de la friche Altavilla, au quartier Peyron, la Métropole et la société publique porteuse du NPNRU ne peuvent pas avancer.
« Les adjoints Mme Bouchkara (logement) et M. Mansour (politique de la ville), solidaires de Mme Bicais et M. Minniti pour refuser les constructions, ont aujourd’hui face à eux les candidats Mme Bouchkara et M. Mansour plaidant comme si de rien n’était pour l’accélération de ces créations de logements sociaux, qualifiant de « démagogie, irresponsabilité [et] égoïsme » les positions de Mme Bicais, de M. Minniti et de la majorité municipale... dont ils font partie. Subtil numéro de girouettes équilibristes qui ne devrait tromper personne.
« Mais l’important est que les opérations puissent enfin démarrer, même s’il est peu probable que les calendriers annoncés (2026-2029), habilement programmés avant l’élection municipale, pourront être tenus. L’exemple du centre historique toulonnais devrait modérer les enthousiasmes pour des opérations complexes de longue haleine dont les effets structurants devraient être perçus dans une dizaine d’années.
« Cela devrait conduire les divers candidats attachés à la restructuration humaniste et sociale de notre centre urbain fragile à s’engager, dans un esprit de continuité républicaine et sans esprit revanchard, à mener à bien sans le remettre en cause le programme enfin sur les rails. »
Il faut saluer l'initiative municipale de célébrer les 20 ans de la médiathèque du Clos Saint-Louis, équipement de proximité qui remplit fort utilement sa vocation socio-culturelle. Lorsqu’un adversaire fait des choses bien, il faut savoir le reconnaître.
Mais c'est l'occasion aussi de faire un tour d'horizon un peu plus large sur la politique locale de médiation de la lecture publique ces dernières décennies, à travers la focale de la continuité républicaine...
UN PROJET NÉ IL Y A 35 ANS : UNE MÉDIATHÈQUE AU SUD, UNE AU NORD ET UNE AU CENTRE-VILLE
C'est en 1990 que M. Respaud, adjoint à la culture de M. Scaglia, maire de droite, propose au conseil municipal une perspective visant à ce que La Seyne dispose à terme de trois bibliothèques : une au sud, une au centre, une au nord. L'unanimité se fait sur cette idée. Un budget de 9,6 millions de francs (environ 1,5 million d'euros) est alors prévu pour un achèvement du chantier de la première, au Clos Saint-Louis, en 1992.
Le délai sera loin d'être tenu, les travaux sont interrompus du fait des errances budgétaires relevées par la Chambre régionale des comptes à cause du licenciement des "81" – les agents du service des ordures ménagères – qui coûte 38 millions de francs (près de 6 millions d'euros... 4 bibliothèques), puis du dépôt de bilan de l'entreprise chargée des travaux, mais l'orientation demeure sur les rails.
En 1995, M. Patentreger, adjoint à la culture de M. Paul, maire de gauche, fait évoluer le projet vers le concept de "médiathèque", confirmé par les citoyens dans le cadre des "Assises de La Seyne". Le budget d'investissement 1996-1999 prévoit la relance du chantier. L'achèvement des travaux est estimé pour fin 1998. Un nouvel adjoint à la culture, M. Triquet, obtient le vote d'un budget de 5,2 millions de francs pour cette année-là. Une bibliothèque provisoire est installée à la Villa Tamaris et la commune dispose désormais de deux bibliobus.
Les travaux du Clos Saint-Louis prennent du retard. La priorité des chantiers culturels est donnée à l'École des Beaux-Arts, inscrite dans le "contrat de ville" et fortement financée par l'Europe, l'État et les collectivités, qui est inaugurée en 2000 (ces financements sont obtenus en contrepartie d'une large ouverture promise aux habitants du centre-ville, mais c'est une autre histoire...).
Avec un nouveau changement de municipalité en 2001, sans que le projet de médiathèque du Clos Saint-Louis soit abandonné par le maire M. Paecht qui choisit d'y inscrire 300.000 € au budget de l'année, une fragilité juridique amène à résilier les marchés de travaux en 2002 puis les relancer en 2004. C'est un autre équipement culturel qui grille la priorité au Clos Saint-Louis, là encore parce qu'il peut bénéficier d'aides extérieures très importantes au titre de la "politique de la ville" : l'école municipale de musique.
La nouvelle médiathèque finit par être inaugurée en 2005. S'en suit, pour continuer dans la perspective des trois médiathèques, le projet de celle du quartier Berthe, initié par M. Paecht et son adjoint M. Bousbih chargé du "programme de rénovation urbaine" (PRU), puis porté par mes adjoints Mme Cyrulnik à la culture et M. Maziane à la politique de la ville, réalisé grâce aux financements de ce dispositif, que j'ai inaugurée en janvier 2013. Elle porte le nom d'Andrée-Chedid.
DE LA CONTINUITÉ RÉPUBLICAINE À LA RUPTURE ÉRIGÉE EN DOGME
Malgré les embûches, les alternances et les difficultés financières, cinq maires, trois de droite et deux de gauche, poursuivent ainsi les uns après les autres la mise en œuvre d'un projet majeur de médiation culturelle dans un esprit de continuité républicaine.
C'est dans ce même esprit que, élaborant le "nouveau programme national de rénovation urbaine" (NPNRU), je vise à boucler la boucle en y inscrivant la troisième médiathèque, celle du centre-ville, prévue en face de la poste centrale, appelée à remplacer la vieille bibliothèque municipale Pierre-Caminade. Le programme, porté par la Métropole qui a depuis 2018 compétence en "politique de la ville", fait l'objet d'une délibération favorable fin 2019.
On sait la suite. Élue en 2020, Mme Bicais, nouvelle maire de droite, rompt avec l'usage qui s'était installé depuis trois décennies pour les projets d'investissements culturels structurants pour la ville de ne pas tout remettre en cause à chaque alternance politique. Elle fait revoir le projet du NPNRU, renonce au programme de la médiathèque là où elle était prévue, et la relocalise où était planifiée une crèche de 70 berceaux. On pouvait avoir une médiathèque et une crèche, on n'aura qu'une médiathèque (et tout de même une micro-crèche de 10 places adjacente). On aura surtout fait perdre cinq années à la mise en œuvre du programme qui aurait dû démarrer en 2020-2021. Encore un témoignage de l’obsession maladive de rupture de cette maire avec les choix de ceux qui l’ont précédée.
La rupture, c'est nécessaire quand il s'agit de revenir sur des politiques publiques qui nuisent à la majorité d'un peuple. C'est indispensable quand une infime minorité ne cesse de s'enrichir pendant que la plupart s'appauvrit, quand on sape les fondements d'une société avec des agressions continues contre la sécurité sociale, la santé, les retraites, l'éducation, la prévention, quand on s'obstine à martyriser la planète, ou quand on démantèle méthodiquement le service public pour tous.
Je l’ai pratiquée moi-même lorsqu’il s’est agi de décider d’en finir avec le privé et construire une cuisine centrale de restauration scolaire, de tenter de gérer l’eau en régie publique, de remunicipaliser l’entretien des locaux et des espaces verts, de mettre en œuvre une vraie démocratie participative, de dialoguer avec les personnels, et à de nombreuses autres occasions.
Mais la rupture, c'est contreproductif quand on l'érige en dogme. S'il faut rompre avec quelque chose, c'est avec la culture de la rupture pour la rupture comme doctrine systématique. Heureusement, pour la suite, à gauche et chez les écolos, on l'a tous compris.
La prédécesseure de M. Minniti était visionnaire et soucieuse de ne pas se placer hors-la-loi. Elle avait anticipé, cinq ans avant que le sujet ne vienne récemment à l'ordre du jour avec l'histoire des drapeaux de l'État de Palestine, l'interdiction faite aux communes de pavoiser les mairies d'autres drapeaux que celui de la République française, notre emblème bleu, blanc, rouge, tel que défini par notre Constitution.
On ne s'en souvient sûrement pas, mais, tout jacobin que je suis, pas enclin du tout au fédéralisme, je faisais flotter à la façade de notre hôtel de ville, outre le drapeau français et le drapeau européen, celui de La Seyne, rouge et bleu surchargé de notre blason en son centre, et celui de la déclinaison provençale de la langue occitane, idiome millénaire patrimonial de notre région que nous sommes encore un certain nombre de Seynoises et Seynois à pratiquer et que notre équipe municipale, sous l'impulsion des régionalistes accompagnant nos majorités, entendait contribuer à sauvegarder et promouvoir.
La municipalité élue en 2020 n'a pas tardé à en décider autrement. Un simple détail ?...
LA LANGUE RÉGIONALE, VECTEUR D'INTÉGRATION
En vérité, plutôt qu'une volonté divinatoire de se mettre en règle avec la loi, ce fut une mesquinerie de plus dont Mme Bicais était coutumière dans son obsession à faire table rase du passé. Elle l'avait justifié en expliquant, dans une pirouette qui lui évitait de débattre sur le fond, qu'il valait mieux au XXIe siècle promouvoir l'image et l'usage de l'anglais. Comme si les deux étaient antinomiques ! Dans beaucoup de pays, les gens parlent leur langue régionale, leur langue nationale, et l'anglais et/ou une ou plusieurs autres langues. En Europe, il y a quelques décennies, la France était, avec la Grèce des Colonels et l'Espagne de Franco, deux pays dont on connaît la grande ouverture d'esprit de leurs dirigeants de l'époque, la seule nation à ne pas reconnaître l'usage des parlers régionaux. Elle est aujourd'hui l'un des rares pays du Conseil de l'Europe à s'obstiner dans cette voie, malgré la charte européenne des langues régionales ou minoritaires, signée depuis 26 ans mais jamais ratifiée, la loi Molac sur les langues régionales, votée mais bloquée par le Conseil constitutionnel, et les engagements pris par les gouvernements et jamais tenus.
Pourtant, ce qui fracture l'indivisibilité de la République, il me semble que ce ne sont pas tant les neuf langues régionales françaises ( * ) que les politiques de rejet et stigmatisation des diversités et celles, sociales et économiques, qui rendent toujours plus riches les nantis et enferment sans cesse davantage les pauvres dans la misère et la relégation. Au contraire, l'histoire seynoise l'atteste, les proximités lexicales et syntaxiques de l'occitan et du piémontais ont aidé, de la fin de XIXe siècle jusqu'au deuxième tiers du XXe, l'intégration des milliers d'Italiens venus chez nous pour fuir l'indigence et/ou le fascisme. Le nom même d'une de nos spécialités locales – la cade – en recèle une trace : importée par les nouveaux Seynois de l'autre côté des Alpes où elle s'appelle farinata, elle a naturellement pris le nom de cada (ou cado suivant la graphie utilisée) par déformation du terme càuda (= chaude en piémontais, qui se dit cado en ligure, calda en italien et cauda en occitan) que criaient les femmes des immigrés ouvriers journaliers du chantier naval qui complétaient les fins de mois en la vendant dans les rues.
UN PROJET LOCAL DE DÉFENSE ET PROMOTION DU PATRIMOINE
C'est pourquoi les gauches et les écologistes se retrouvent souvent avec les mouvements régionalistes (les progressistes, évidemment, pas ceux qui ont un passé collaborationniste et raciste comme le Parti National Breton, ou ceux qui sont des partis ethniques comme le Parti National Occitan) dans l'élaboration des projets pour des communes, des départements, des régions, la Nation et l'Europe, puis dans la constitution des listes de candidats.
Ça a été le cas à La Seyne en 2008, 2014 et 2020, avec le Partit Occitan, membre de Régions et Peuples Solidaires, présent chez nous. Et il faut que ce le soit en 2026, au même niveau que tous les autres. Les partis des gauches, du régionalisme et de l'écologie ne sont pas d'accord sur tout entre eux, tant au plan local qu'aux niveaux national et international, mais ils ont prouvé à La Seyne qu'ils ont su s'entendre autour d'un projet dénominateur commun municipal. N'oublions pas qu'eux seuls, ensemble, depuis un quart de siècle à La Seyne, ont constitué des majorités locales qui n'ont pas explosé en vol...
Comme ce fut le cas, la présence des régionalistes dans une équipe des gauches et de l'écologie stimulera l'ensemble de l'équipe dans la défense et la promotion du patrimoine historique, linguistique, social et culturel, vecteur de sentiment d'appartenance et de connaissance et reconnaissance des diversités qui font la richesse du peuple seynois. Elle permettra, à notre niveau communal, peut-être métropolitain si les élus seynois convainquent nos voisins, de relancer des initiatives, certes modestes mais utiles, qui ont été abandonnées par la droite seynoise, permettant une présence de la langue dans la vie de tous les jours, la vida vidanta : retour d'une page en langue régionale dans la revue municipale et sur les supports numériques de communication, informations publiques bilingues, reprise du programme interrompu de signalétique provençale des quartiers et des rues, etc. Un soutien à la vie culturelle provençale, dans un esprit qui ne soit en rien passéiste ni simplement folklorique, sera bienvenu, en coopération ou en accompagnement des initiatives des associations comme Lei cigaloun segnen ou Lo cèucle occitan dau país de La Senha, comme les regrettées festas calendalas qui se déroulaient depuis des décennies dans la période précédant les festivités de fin d'année au Fort Napoléon et que la municipalité de Mme Bicais a abandonnées. Un accompagnement, enfin, des efforts associatifs d'initiation à la langue pour tous les publics sera nécessaire. Et, pour les enfants et les jeunes, une commune n'ayant aucunement compétence pour créer des classes bilingues qui relèvent de la seule Éducation nationale, il est toujours possible d'appuyer les démarches des élèves, parents ou enseignants qui le demandent aux autorités académiques, comme nous l'avons fait avec succès pour la réouverture de l'option "provençal" au lycée Beaussier, ou de soutenir, comme la loi l'impose pour l'enseignement privé sous contrat, une école bilingue de type “Calandreta". Ce peut aussi être des projets périscolaires des accueils collectifs de mineurs municipaux ou associatifs. Et de nombreux autres programmes peu coûteux peuvent être imaginés sous l'impulsion d'élus de toutes sensibilités d'une équipe unie, mais particulièrement des régionalistes.
LES RÉGIONALISTES ONT TOUTE LEUR PLACE DANS UNE ÉQUIPE PROGRESSISTE UNIE
Si, pour ma part, je suis très dubitatif sur le fait que le jacobinisme centralisateur ne devrait plus être de rigueur, je sais que je suis de plus en plus isolé : plus de la moitié des Françaises et Français, toutes opinions politiques confondues, sondés par l'IFOP à l'été 2025, sont favorables à des approches publiques plus régionales et décentralisées. Certains items du sondage ont recueilli plus de 80 % d'approbations, y compris de la part de l'ensemble des Français, donc pas seulement de ceux vivant dans des régions aux identités fortes. Il n'y a aucune raison que les Seynoises et Seynois aient des avis singulièrement différents du panel national. Ils doivent donc pouvoir se reconnaître dans une équipe progressiste comportant des militants des revendications institutionnelles régionalistes. C'est sûrement là le plus important.
Après, la question des drapeaux qui doivent flotter au fronton des édifices publics relèvera plus du symbole que de l'enjeu de fond.
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( * ) : les 9 langues régionales : flamand, mosellan, alsacien, arpitan, occitan, corse, catalan, basque et breton
Quelques réflexions et éléments d'histoire dans le contexte politique aussi stupéfiant qu'inquiétant que connaissent La Seyne et la métropole toulonnaise.
En d'autres temps, face au danger, on a su trouver les voies de la prévention du pire. Ça vaut peut-être le coup de se remémorer.
Et on en fera ce qu'on en voudra...
À La Seyne, la porosité entre la droite et l’extrême-droite ne s’est pas révélée à l’occasion de l’élection serrée du “maire remplaçant” qui la doit à une voix venue, de leur propre aveu, des élus du Rassemblement National.
Ce n’est pas nouveau. Depuis les années 1980, à l’exception notable de celle d’Arthur Paecht, les équipes municipales de droite ont accueilli en leur sein des gens d’extrême-droite et de droite souverainiste radicale. Mais, depuis 2020, on a franchi un cap. Celle de Mme Bicais et M. Colin en comptait au moins cinq et même six après le rafistolage opéré avec celle de Mme Torres. Et pas des figurants : tous sont ou ont été adjoints au maire, voire conseillers départementaux. Quant à d’autres élus se disant de droite républicaine, leur obsession ultra-sécuritaire ou stigmatisant certains groupes sociaux en dit long sur leur proximité de pensée avec les tenants des thèses autoritaires, racistes, excluantes, et anti-humanistes.
C’est déjà sidérant. Mais voilà qu’un conseiller municipal et métropolitain de droite, qui connaît bien le sujet, ayant lui-même, comme il l‘indiquait en 2008, « de Pasqua à De Villiers, connu tous les leaders souverainistes », a porté une accusation publique grave. Un adjoint aurait négocié avec le RN pour obtenir la voix ayant permis au maire d’être élu. À cette heure, cela n’a pas été démenti.
L’élection du nouveau maire était un problème interne à la droite divisée. Les élus de gauche n’y ont d’ailleurs pas pris part. Mais, si l’accusation de combinaison avec le parti créé par des Waffen-SS, des néonazis et des anciens de l’OAS était fondée, ce serait extrêmement grave de la part d’élus soi-disant républicains.
Ce ne serait certes pas si étonnant venant de la droite seynoise. Ici, la gauche a toujours invité à voter au second tour d’une élection à La Seyne pour les candidats de droite lorsqu’ils constituaient l’unique rempart contre l’idéologie néofasciste. Chaque fois, au contraire, que des candidats de gauche ont affronté seuls l’extrême droite au deuxième tour, jamais LR et ses partis alliés n’ont appelé, fût-ce du bout des lèvres, à barrer la route au RN.
Ça ressemble aux temps de l’émergence de l’Italie fasciste, de l’Allemagne nazie, des Phalanges espagnoles et des Ligues en France, où la bourgeoisie et les partis conservateurs se sont largement accommodés de l’indicible. Et aux partis de droite qui gouvernent aujourd’hui dans des coalitions avec l’extrême-droite en Hongrie (le KDNP), en Slovaquie (le HLAS-SD), en Italie (le NM) ou aux Pays-Bas (le VDD, le NSC et le BBB).
Dans ce contexte d’une droite qui s’est discréditée, il n’y a qu’une voie pour éviter le pire à La Seyne : celle de l’honnêteté intellectuelle et morale. Et, cette voie, après ces événements révélateurs, même des personnes de droite le disent, il ne reste plus que les gens de l’humanisme, des gauches et de l’écologie pour l’emprunter. Ceux-ci, avec tous leurs partis, constituent un Front populaire seynois, seul bouclier contre le RN et désormais contre cette droite locale oublieuse de son histoire républicaine et radicalisée par démagogie, par stratégie ou par conviction.
À gauche, la plupart des partis travaillent ensemble depuis des mois à un projet commun réaliste. 2026 sera une élection locale, communale et surtout métropolitaine, loin des postures partisanes nationales.
Pourvu qu’aucun, du plus absolu au plus modéré de ceux qui porteront ce programme communal, ne commette par dogmatisme ou par calcul l’erreur fatale de s’en extraire ou de jeter l’anathème sur des personnes ou des mouvements qui y adhèreraient et voudraient le renforcer de leur engagement.
Souvenons-nous que Maurice Thorez, secrétaire général du Parti communiste français, prônait en 1934 « l'alliance des classes moyennes avec la classe ouvrière », constatant que les résultats des élections de 1932 « attestaient de la course de vitesse engagée entre les fascistes et les partis ouvriers pour la conquête des classes moyennes ». C’est pourquoi il invitait le Parti radical, toujours oscillant entre centre droit et centre gauche, mais « héritier de la Révolution française » aux yeux des communistes, à rejoindre l’union de la gauche qui remportera les élections de 1936 grâce à cette ouverture autour de son programme partagé. Celui du Front Populaire.
Ce fut aussi à La Seyne, au lendemain de la Libération, l’intelligence de Jean Sauvet et de Toussaint Merle.
Quand le « danger fasciste » est réel et que la droite républicaine s’en arrange, la gauche ne fait pas la fine bouche.
Quand il ne reste guère plus de compétences aux communes que les écoles, les cimetières, la police municipale et une part de la vie culturelle, sportive et sociale, et qu’on fait partie d’une métropole qui est désormais en charge de l’économie, le tourisme, l’urbanisme, les voiries, les espaces verts, naturels et agricoles, le littoral, les plages, les ports, les mobilités, les réseaux de télécommunications, l’habitat et le logement, l’accompagnement social et la rénovation des quartiers urbains populaires, l’eau et l’assainissement, la gestion des déchets, la transition énergétique, les grands équipements sportifs et culturels, l’enseignement supérieur et la formation, on élargit la focale des enjeux au territoire intercommunal.
Et quand le risque existe que la plus grande commune de la métropole bascule au RN, avec ses 35 conseillers communautaires, et que d’autres, dit-on, comme La Garde (5 élus), pourraient connaître le même sort, La Seyne, deuxième commune de TPM par sa population, avec ses 12 élus métropolitains, a la responsabilité immense d’empêcher que l’extrême-droite n’obtienne la majorité absolue (45 élus) dans l’assemblée délibérante de l’intercommunalité.
Un projet des humanistes, des gens des gauches et des écologistes, s’adressant bien au-delà des classes populaires, doit gagner à La Seyne en 2026.
Pour offrir une alternative, on accueille autour d’une perspective commune, et on préfère l’addition à la division. Ici, l’horizon, modeste mais essentiel et ambitieux, c’est d’améliorer la vie et son cadre environnemental et de faire vivre l’harmonie entre gens de tous quartiers et toutes catégories sociales d’une ville riche mais fragile de sa diversité, afin que chacun ait droit à la dignité.
Je salue l’initiative des socialistes seynois de proposer à leurs partenaires de l‘ensemble des partis des gauches et des écologistes une élection primaire citoyenne pour la désignation de la tête de liste d’une union large et ouverte pour la municipale de La Seyne de 2026.
Les Seynoises et Seynois qui aspirent à un changement porteur d'un projet réaliste social, environnemental et démocratique pour la commune et la métropole seraient déçus, voire en colère, d’avoir à choisir entre plusieurs équipes dont les chances de gagner seraient très obérées par une incompréhensible concurrence.
Cette élection civique préfigurera un retour à la démocratie participative locale dont nos concitoyens ont été privés ces dernières années. Elle ne peut que recueillir l’assentiment de tous les partis et personnes progressistes. Soutenons-en l’idée.
(J'évoque les socialistes seynois, moi qui ai quitté le PS en 2018 avec la création du parti de la Gauche républicaine et socialiste [GRS] à la fondation duquel j'ai participé, mais j'aurais applaudi de même si l'initiative était venue d'un autre mouvement politique local. Aujourd'hui, ce sont les socialistes qui ont eu la bonne idée, demain ce seront d'autres qui mériteront que je soutienne leurs propositions. Comme je l'ai fait pendant 12 ans lorsque j'animais l'équipe plurielle et soudée qui a présidé aux destinées de La Seyne jusqu'en 2020.)
Nous étions presque 300 ce jeudi à Épinay-sous-Sénart, dans la banlieue sud-est de Paris, pour lancer un nouvel appel au gouvernement à ce qu'il se penche enfin sur les six millions d'habitants des 1500 quartiers urbains fragiles, comme le sont les nôtres, à La Seyne, en centre ancien et à Berthe.
Nous étions des présidents de fédérations et d'associations socio-éducatives, socio-culturelles et sportives, et des experts de la politique de la ville et de la rénovation urbaine, venus en accompagnement des élus locaux de toutes sensibilités républicaines et de toutes régions contraints à devoir encore une fois élever la voix face à un gouvernement qui ignore nos résidents et au sein duquel les deux ministres déléguées, l'une à la Ville et l'autre au Logement, courageusement venues se joindre à nous, semblent volontaires mais impuissantes au point qu'elles ont quasiment réclamé notre soutien face au mépris des enjeux sociaux urbains qui semble habiter le Premier ministre et le reste du gouvernement... surtout du côté de Bercy et Beauvau.
Nous avons lancé "l'Appel d'Épinay du 13 mars 2025" à lire en fin de cet article.
JEAN-LOUIS BORLOO : « SI VOUS LAISSEZ FAIRE ÇA, C'EST LA MORT ! »
Ce n'est pas bien grave, mais on peut se demander pourquoi notre maire seynoise, ou son adjoint chargé de la politique de la ville et des contraventions, ou son adjointe responsable de la rénovation urbaine, des nuisibles et des eaux usées, n'ont pas pensé utile de joindre leurs voix aux centaines d'autres qui avaient fait le déplacement.
Peut-être ont-ils une lecture de la situation des quartiers pauvres de La Seyne différente de l'ensemble de leurs collègues de métropole et des outremers, qui s'inquiètent comme jamais des baisses drastiques du budget dédié à l'accompagnement, l'éducation, l'insertion, la santé des plus pauvres, de l'extinction étouffée des moyens de la rénovation urbaine, et du silence assourdissant d'un gouvernement dont Jean-Louis Borloo, ancien ministre centriste de Jacques Chirac, l'un des « pères de la politique de la ville », a dénoncé le fait qu'il veuille « mettre la main » sur les budgets, qualifiant « d'extrême gravité ce qui se prépare sournoisement » et nous invitant collectivement à réagir : « Cela mérite une grève de la faim ! Si vous laissez faire ça, c'est la mort. »
UN APPEL DE TOUTES LES ASSOCIATIONS D'ÉLUS COMMUNAUX
Oui, l'absence des Seynois – et des autres Varois d'ailleurs – à ce temps d'échanges et de lutte n'est pas un problème. À l'instar de Catherine Arenou, maire de droite de Chanteloup-les-Vignes et représentante de la puissante Association des maires de France et présidents d'intercommunalités (AMF), jugeant que « le compte n'y est pas » et qu'il « est paradoxal que les communes accueillant les populations les plus fragiles soient les moins soutenues », outre des dizaines d'associations et fédérations nationales, ce sont toutes les associations d'élus du "bloc communal" qui ont lancé avec gravité, force et détermination un appel à l'État, et l'ont fait au nom des territoires, même ceux dont les élus n'ont pas jugé utile de se mobiliser pour leurs populations fragiles.
MÊME LES MINISTRES EXPRIMENT LEUR INQUIÉTUDE DE L'ABANDON DU GOUVERNEMENT !
Cependant, estimant que « l’Appel d’Épinay ne suffira pas » et qu’il « aura besoin d’être repris », le maire macroniste de Dunkerque, Patrice Vergriete, ministre du Logement d'Élisabeth Borne et nouveau président de l'ANRU ( * ), juge lui-même qu’il est « de la responsabilité des maires » de donner de l'écho au sujet. Et c'est même l'actuelle ministre MoDem du Logement, Valérie Létard, qui a courageusement, fait assez inédit au regard de la nécessaire solidarité gouvernementale, appelé les participants, villes et associations, à plaider la cause des sites urbains délaissés par le gouvernement auquel elle-même appartient : « J’aurai besoin de vous et il sera nécessaire de parler d’une seule voix et d’avancer les mêmes priorités. », tandis que Patrice Leclerc, maire communiste de Gennevilliers, invitait la ministre à mettre son poids politique et sa démission du gouvernement dans la balance.
LES ÉLUS SEYNOIS RESTERONT-ILS ABSENTS DU COMBAT ?
Alors, les maires et présidents d'intercommunalités sont exhortés à poursuivre leur mobilisation au-delà du temps fort du lancement de l'Appel d'Épinay ce jeudi. Toutes les initiatives sont bonnes. On verra si, par exemple, la maire de La Seyne proposera a minima dans les prochaines semaines au conseil municipal de voter une motion de soutien et d'adhésion à "l'Appel d'Épinay" à adresser au Premier ministre.
Ce serait la moindre des choses pour montrer à nos concitoyens les plus humbles que leurs édiles entendent enfin se battre pour que la République ne les abandonne pas.
( * ) : ANRU = Agence nationale de la rénovation urbaine
Dans un précédent article de ce blog, je partageais mon analyse – rapide et incomplète – du projet de modification du plan local d'urbanisme de La Seyne soumis jusqu'à la mi-mars à une enquête publique à laquelle nos concitoyens sont invités à participer.
À mi-chemin de l'enquête, plusieurs de nos concitoyens se sont exprimés pour réaffirmer leurs refus que certains secteurs soient ouverts à l'urbanisation. Leur position est respectable. A contrario, étrangement, alors que beaucoup de gens évoquent régulièrement leur angoisse face à l'accès à un logement, au moment où j'écris ces lignes, je suis bien seul à avoir fait connaître mon avis de la nécessité de rechercher l'harmonie entre création d'habitats, entre autres sociaux, et préservation du cadre environnemental (voir mon avis EN CLIQUANT ICI).
Quelles que soient les visions des uns et des autres – et il y a de vraies divergences entre Seynois –, cette démarche de démocratie participative est utile et je ne peux qu'inciter le maximum de nos concitoyens à s'en saisir.
Pour permettre au plus grand nombre de prendre connaissance des changements envisagés, la Métropole et la Ville de La Seyne ont ouvert la possibilité, au lieu de se rendre à la Maison de l'Habitat où se trouve le registre où chacun peut noter ses avis, suggestions et demandes, de consulter le dossier complet sur le site Internet de la commune et d'adresser ses observations, propositions et contre-propositions par courriel. On dispose de tous les éléments EN CLIQUANT ICI.
DISPOSER D'UN LOGEMENT DÉCENT EST UN OBJECTIF À VALEUR CONSTITUTIONNELLE
J'ai donc, pour ma part, déploré que soit purement et simplement abandonné le projet d'une petite opération de 145 logements, du social au bon standing, très encadrée, très bien intégrée dans le paysage et très respectueuse de la nature, sur une parcelle de 3 hectares au quartier Mauvèou, ouverte à l'urbanisation en 2006 par mon prédécesseur Arthur Paecht, maire de droite de La Seyne, sans que quiconque n'y ait trouvé à redire, alors même qu'il était possible d'y bâtir plus du double d'appartements que le nombre que mon équipe a fixé comme limite en 2019. En prévoyant d'en faire une zone agricole, ce qui en soi est louable, on figerait définitivement dans cette mono-fonctionnalité ce secteur, un des rares de la moitié sud de la commune où il est encore possible de conjuguer avec harmonie une valorisation d'un espace naturel avec la possibilité d'une petite activité agricole et une réponse au besoin criant d'habitat socialement mixte. C'est pourquoi j'ai plaidé pour qu'on classe ce foncier en zonage AU, c'est-à-dire susceptible d'une urbanisation future, quitte à ce qu'on réduise encore le nombre des logements constructibles. J'invite les visiteurs de mon blog à consulter le petit dossier de ce qui avait été projeté dans le plan d'urbanisme de 2019 EN CLIQUANT ICI.
SEYNOIS, EXPRIMONS-NOUS SUR LE DEVENIR DE NOTRE TERROIR !
S'il est à La Seyne des gens ou des associations qui, comme moi, pensent qu'il y est toujours possible de trouver un moyen terme entre sanctuarisation extrême et nécessité de contribuer à faire une réalité de la décision de 1995 du Conseil constitutionnel considérant que « la possibilité de disposer d’un logement décent est un objectif à valeur constitutionnelle », je les encourage à l'écrire avant le 14 mars, soit en se rendant à la Maison de l'Habitat pour le noter sur le registre, soit en adressant un courrier postal (Maison de l'Habitat, 1, rue République, 83500 La Seyne-sur-Mer), soit en adressant un courriel à la commissaire-enquêtrice EN CLIQUANT ICI. Une simple phrase suffit comme le montrent deux exemples d'avis contraires à celui que j'espère voir exprimé que je propose de lire EN CLIQUANT ICI.
Donnons-nous toutes les chances d'avancer vers une ville fraternelle et équilibrée, où les droits fondamentaux seront respectés, et où les réponses aux besoins du plus grand nombre primeront sur les intérêts particuliers. On a là une occasion d'agir utilement en ce sens. Ne nous en privons pas.