14 janvier 2026 3 14 /01 /janvier /2026 04:40

 

Il est encore temps pour les courants seynois des gauches, de l’écologie, du régionalisme, et plus largement tous les humanistes, de s’unir pour ne décevoir ni inquiéter les électeurs qui comptent sur eux.

 

Mais ce temps s’amenuise.

 

 

Ceux qui ont quitté la démarche commune, qu’ils soient insoumis, communistes ou républicains-socialistes, devraient y revenir. Les autres, dont les écologistes et les socialistes, qui, respectant la méthode partenariale, ont poursuivi le travail, finalisé le programme puis choisi Olivier Andrau pour l’animer, doivent être ouverts à l’idée du retour de ceux qui se sont éloignés.

 

En 2020, 35 % des voix se sont portées au premier tour sur les deux listes des gauches et de l’écologie. En 2026, avec l’essor de l’extrême-droite et trois listes annoncées, l’éventualité est réelle que, désunies, aucune n’accède au second tour, faute d’obtenir au premier les nécessaires 10 % des suffrages ( * ).

 

Se rassembler ne devrait pas poser problème : les trois chefs de file, partageant une vision pour La Seyne, figuraient sur une seule liste en 2020, celle que j’animais ( ** ), et portent le même projet depuis un an ( *** ).

 

Or, et c’est vieux comme le monde, de faux prétextes à abandonner le collectif, exprimés en « pas assez à gauche », « professionnels de la politique », « trop macron-compatibles », et autres anathèmes infondés, ne servent qu’à masquer des stratégies absconses en vue d’un hypothétique “coup d’après”, des rancœurs personnelles, ou des ambitions égoïstes, faisant peu de cas de la démocratie de la méthode, et trompant ou déroutant les citoyens.

 

On y est habitué à La Seyne ( **** ). Mais, dans le contexte actuel, s’arcbouter sur de telles positions, ce serait risquer de contraindre les Seynoises et Seynois à n’avoir de choix de second tour qu’entre une extrême-droite dangereuse par son idéologie et son incompétence et une droite qui a montré durant six ans qu’on ne peut lui faire confiance.

 

Ce serait une faute lourde.

 

 

 

________________________________

 

( * ) : Lors du second tour, seules les listes ayant obtenu au premier tour au moins 10% des suffrages exprimés sont autorisées à se maintenir. Elles peuvent connaître des modifications, notamment par fusion avec d’autres listes pouvant se maintenir ou fusionner. Les listes ayant obtenu au moins 5% des suffrages exprimés peuvent fusionner avec une liste ayant obtenu plus de 10%. Voir ICI les règles du mode de scrutin.

 

( ** ) : Olivier Andrau, Stéphane Sacco et Zohra Sidi Dris étaient tous trois en position éligible en cas de victoire sur la liste que je conduisais en 2020. Voir ICI.

 

( *** ) : Il y a un an, en janvier 2025, les principaux partis des gauches et de l'écologie ont communiqué ensemble sur les orientations qu'ils partagent. Voir ICI un article de Var-matin présentant ces axes du projet unique. Quant aux positions politiques nationales, puisqu'elles sont mises en avant par certains “donneurs de leçons de gauche” alors qu'elles sont hors sujet pour un projet local, je renvoie aux votes parfaitement identiques au Parlement des divers socialistes, qu'ils soient adhérents du PS ou de GRS.

 

( **** ) : Depuis 1989, à chacune des élections municipales à La Seyne, il y a eu deux ou trois listes de gauche et/ou écologistes. Voir ICI quelques-uns des bulletins de vote et ICI (excellent site de Jean-Claude Autran) des éléments historiques sur ces diverses élections.

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18 décembre 2025 4 18 /12 /décembre /2025 04:01

 

Ou bien ils assument de mentir. Ou bien ils sont inaptes à l'exercice de la fonction à laquelle ils aspirent. Une communication de M. Muñoz, conseiller municipal et candidat d'extrême-droite à l'élection municipale, sur un réseau social à propos du projet de redynamisation du centre-ville de La Seyne, laisse pantois.

 

Il est complètement erroné de faire croire que le projet de rénovation urbaine de notre cœur historique seynois aurait été construit par la Métropole sans la mairie de La Seyne et, a fortiori, sans les Seynoises et les Seynois. Et, puisque ni la Métropole ni la municipalité ne semblent motivées par le fait de mettre les points sur les « i » face à une telle contrevérité, il faut bien que quelqu'un s'en charge...

 

 

L'IMPLICATION DES HABITANTS, OBLIGATION LÉGALE

 

M. Muñoz, l'auteur du message inexact, siège au conseil municipal de La Seyne depuis six ans. Sauf s'il ne s'intéresse que de loin à la vie seynoise, s'en tenant à faire acte de présence aux réunions de l'assemblée communale, il ne peut ignorer le dispositif mis en place par la commune et la métropole pour associer les habitants, les usagers, les associations et acteurs économiques et sociaux du centre-ville, et plus largement l'ensemble des Seynoises et Seynois, à la conception, à l'élaboration et au suivi de la mise en œuvre du "nouveau programme national de rénovation urbaine" (NPNRU) dont bénéficie notre centre ancien. C'est d'ailleurs la loi qui l'impose ( * ) et un professionnel de la législation comme lui, collaborateur parlementaire d'une députée du Lot-et-Garonne, le sait forcément.

 

 

NON, LA MÉTROPOLE NE DÉPOSSÈDE PAS LA SEYNE DE SON AVENIR

 

Maire au moment de la définition du projet, je suis allé au-delà des impératifs légaux de participation des gens à la préparation du programme, en imposant – sans difficulté – à la Métropole et l’Etat la présence d'habitants dans les instances décisionnaires officielles, avec voix délibérative au même titre que les institutions. Aujourd'hui, même si la majorité municipale, peu encline à faire vivre la démocratie de proximité, a laissé s'endormir les conseils de quartiers et conseils citoyens, on s'en tient au minimum règlementaire de concertation, mais on s'y tient. Des contacts actifs de concertation ont eu lieu avec l’aide d’associations reconnues. Quelques réunions publiques se sont tenues, sur l'habitat, les espaces et équipements publics, les commerces et services, même s'il est regrettable que trop d'avis citoyens ont été ignorés par la maire démissionnée et que cette dernière a privilégié les "grand'messes" avec de l'information "descendante" à sens unique, sans possibilité d'échange ni de proposition, à l'instar d'une mémorable réunion publique de près d'une heure et demie en 2022 au casino Joa. Mais c'est bien à La Seyne, et non à Toulon, à Paris, à Tonneins ou ailleurs, avec les Seynoises et Seynois et leurs élus, que ça s'est déroulé. Si M. Muñoz ne vit pas suffisamment La Seyne pour savoir tout ça, il faut le lui apprendre. Oui, même s'il est possible et souhaitable de faire bien mieux que ce que la droite fait, il est mensonger de dire à propos du NPNRU que « La Seyne est dépossédée de son avenir ».

 

 

POUR LE CENTRE-VILLE, LE RN N'A ÉMIS QU'UN VOTE FAVORABLE SUR ONZE...

 

Il ne peut non plus avoir échappé à cet élu que les décisions formelles relatives au NPNRU sont prises par le conseil municipal et non par la Métropole. Cette dernière et les organismes publics dûment mandatés sont chargés de leurs mises en œuvre. Et c'est à La Seyne, et nulle part ailleurs, que les orientations sont fixées. À ce propos, depuis le début du mandat, pas moins de onze délibérations relatives à la requalification de notre quartier historique ont été soumises au conseil municipal. Les élus du Rassemblement National (RN) ont ainsi largement eu la possibilité de faire connaître leurs points de vue.

 

Ils n'ont d'ailleurs voté favorablement que pour une seule de ces délibérations, celle relative à une demande de subvention pour le projet de médiathèque. Ils ont voté contre ou se sont abstenus sur les dix autres ( ** ). Ça illustre le peu d'intérêt qu'ils portent à la rénovation du cœur de ville, cet enjeu majeur pour La Seyne et pour les plus humbles de ses habitants...

 

 

LEUR VISION, C'EST LA FRACTURE URBAINE, PAS "LA SEYNE POUR TOUS" QU'ILS AFFICHENT

 

Mais ça ne devrait étonner personne. Au RN, on ne cesse de clamer qu'on est contre la politique de la ville et donc la rénovation urbaine des quartiers populaires fragiles, contre les moyens financiers qui y sont engagés, contre les efforts de lutte contre la ségrégation sociale et urbaine. Derrière sa façade populiste qui trompe trop de ceux qui sont dans la détresse sociale et économique, l'extrême-droite ne fait aucun cas des classes populaires et moyennes.

 

Les votes de ses députés sont éloquents. Pour ne citer que quelques-uns de leurs choix les plus récents, ils n'ont pas voté le plafonnement des marges de la grande distribution sur les denrées alimentaires, la progressivité de l'impôt sur les revenus, la pérennité de la contribution sur les hauts revenus, l'aide financière aux filières agricoles bio en difficulté, l'élargissement de l'assiette de la taxe sur les transactions financières, l'augmentation du SMIC à 1500 euros, mais ils ont en revanche voté pour supprimer les avantages fiscaux des intermittents du spectacle, ou moduler l'assurance chômage en fonction de la conjoncture économique. Comme ailleurs dans le Monde, l'extrême-droite, c'est le mépris de classe et la part belle faite aux nantis.

 

Seynoises et Seynois, méfions-nous. Quand on use du boniment dans une campagne électorale, après avoir clamé "Assez d'intox, place au sérieux", les crédules doivent s'attendre au pire. Ne croyons pas ceux qui nous disent qu'ils veulent « une ville qui rassemble », « remettre l'intérêt général au centre », et que, pour eux, « La Seyne d'abord [leur slogan], c'est La Seyne pour tous ». Non, ici comme au plan de la Nation, les faits et les votes le prouvent, le RN, c'est la fracture sociale, la division, le rejet. Tellement loin des valeurs républicaines d'égalité et de solidarité qu'on peut faire vivre à l'échelle d'une commune. Et en particulier de son cœur de ville, qu'on rêve en carrefour des quartiers, des générations et des classes sociales.

 

Évidemment, face à l’inquiétude que peut susciter une approche faussée par des inexactitudes, un projet ambitieux et réaliste porté par une équipe rassemblée des gauches, des écologistes, des humanistes et des régionalistes, largement ouverte et toutes sensibilités confondues, constituerait une alternative utile. Ça se fait ailleurs. Ça a existé ici dans un passé pas si lointain. Pour peu qu’on renonce aux exclusives, qu’on se garde des postures fondées sur des egos, et qu’on respecte une méthode d’échange et de décision collective, c est tout à fait jouable.

 

___________________________________

 

( * ) : Un article de la loi du 21 février 2014 de programmation pour la ville et la cohésion urbaine, dite "loi Lamy", fixe les modalités obligatoires de la participation des habitants, notamment au travers du conseil citoyen composé de personnes tirées au sort (voir ICI)

 

( ** ) : Les votes au conseil municipal des deux élus RN sur les enjeux du centre-ville depuis 2020...

– 21/12/2021 : Convention avec l'Établissement foncier régional (EPF) pour des immeubles à rénover : ABSTENTION

– 14/03/2022 : Convention avec la Métropole et l'ANRU sur l'ensemble du programme de rénovation : ABSTENTION

– 14/03/2022 : Bilan des acquisitions par l'EPF pour des immeubles à rénover : ABSTENTION

– 20/09/2023 : Réhabilitation d'immeubles rue d'Alsace : CONTRE

– 18/01/2024 : Acquisitions d'immeubles pour rénovation : ABSTENTION

– 06/03/2025 : Opérations de rénovation du bâti : CONTRE

– 06/03/2025 : Opérations de rénovation de l'habitat : ABSTENTION

– 28/03/2025 : Acquisitions et cessions pour production de logements rénovés : ABSTENTION

– 12/06/2025 : Nouvelle médiathèque du centre-ville : POUR

– 30/09/2025 : Convention avec l'EPF pour l'habitat : CONTRE

– 30/09/2025 : Convention pour une nouvelle opération programmée d'amélioration de l'habitat - renouvellement urbain : ABSTENTION

 

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15 décembre 2025 1 15 /12 /décembre /2025 13:31

 

« Beaucoup doivent penser comme moi : quitte à voter, autant l'essayer... » Ces jours derniers, une dame, selon Var-matin, s'exprimait en ces termes, ajoutant de plus « qu'on n'est pas complètement idiots, même le RN à des casseroles au c... », manière de dire que peu lui importent les affaires jugées ou pendantes qui l'entachent, du moment qu'on opte pour la nouveauté... ou l'inconnu...

 

Pendant ce temps, à 11000 kilomètres de notre rue Cyrus-Hugues où se déroulait cet échange, les Chiliennes et les Chiliens votaient. Et choisissaient de... l'essayer. Pourtant, il y a cinq décennies, d'Iquique à Punta Arenas, ils l'avaient essayé, pas en votant mais en le subissant à la suite d'un coup d'État. Ce furent des dizaines de milliers de violations des droits de l'homme, la violence politique, les assassinats, les disparitions. Et l'histoire, la nôtre et celle du Monde, celle d'hier et celle d'aujourd'hui, regorge d'événements qui devraient conduire à y réfléchir à deux fois.

 

Non, l'extrême-droite, et tous les totalitarismes, ne prenons pas le risque de... les essayer.

 

 

On me dira qu'un maire ne dispose pas de la force armée, de la police et du renseignement, et d'autres instruments de la répression. Mais, partout où elle est arrivée aux affaires communales, l'extrême-droite s'est employée à saper les services publics et les fondements démocratiques et républicains qui garantissent la cohésion sociale, donc la sécurité et le vivre-ensemble de tous. Les communes, ce sont de véritables bancs d'essai de ce que pourrait être une gestion nationale.

 

 

L'EXTRÊME-DROITE, C'EST UNE ATTEINTE À LA FRATERNITÉ

 

À Mantes-la-Ville (Yvelines), le maire, en trois ans, a divisé les subventions aux associations par deux, réduit les services au public en supprimant 20% d’agents municipaux, limité au minimum tout ce qui a trait au social. À Hayange (Moselle), la municipalité a coupé le gaz et l’électricité au Secours populaire, l'enjoignant en même temps de quitter les locaux communaux qu’elle occupait. A Villers-Cotterêts (Aisne), ça a été le ramassage scolaire des quartiers excentrés qui a été remis en cause, tandis que les tarifs de la cantine scolaire se sont envolés alors que la ville ne connaissait aucun problème de finances, le maire expliquant vouloir responsabiliser les familles : « Rien n’est gratuit dans ce monde. Expliquons aux gens que tout à un prix. » À Fréjus (Var), le maire a gelé les subventions d'associations sociales et culturelles du quartier de La Gabelle, majoritairement habité par une population très pauvreAu Luc (Var), après l'annonce par le préfet de l'arrivée d'une trentaine de migrants dans un centre agréé, ça a été un déferlement de propos de rejet de ces malheureux qualifiés de « clandestins » dans une lettre du maire à ses administrés, assorti du vote d'une charte intitulée « Ma commune sans migrant ».

 

 

L'EXTRÊME-DROITE, C'EST LA DÉMOCRATIE LOCALE BAFOUÉE

 

À Hénin-Beaumont (Pas-de-Calais), c'est un adjoint au maire, directeur de la publication du magazine municipal, qui a été condamné pour non respect de la pluralité et du droit de réponse, pendant que le maire s'emploie sans cesse à museler ses détracteurs (lire ICI une interview de Marine Tondelier, conseillère municipale écologiste). À Orange (Vaucluse), c'est une curieuse conception de la démocratie, avec une mairie qui, pour un sujet aussi important que le vote du plan local d'urbanisme, s'est refusée à fournir les documents nécessaires à la connaissance du dossier.

 

 

L'EXTRÊME-DROITE, C'EST UNE DÉGRADATION DE LA GESTION LOCALE

 

On se souvient bien sûr de l'état exsangue dans lequel le Front National a laissé les finances de notre ville voisine de Toulon en 2001. Mais c'est de partout pareil. À Beaucaire (Gard), la chambre régionale des comptes d’Occitanie, dans un rapport produit en 2020, a mentionné « des défaillances en série », une « gestion hasardeuse », des « recrutements irréguliers », des « rémunérations anormales en heures supplémentaires », « l’absence de stratégie RH », « un budget en communication disproportionné » et des « changements brutaux d’affectation de personnels ». Encore tout près de chez nous, je renvoie aux récents articles de la presse pour se faire une idée de ce qu'il en a récemment été à Cogolin et à Fréjus, avec des mises en cause des maires sur des dossiers financiers.

 

 

L'EXTRÊME-DROITE, C'EST UNE EXACERBATION DE L'EXCLUSION

 

À Hénin-Beaumont, comme à Perpignan (Pyrénées Orientales), à Fréjus (Var) et Béziers (Hérault), le média "Ripostes" a rapporté que « les pratiques violentes et discriminantes des polices municipales de ces villes dirigées par l’extrême droite font régulièrement la une a minima des médias locaux et régionaux et, parfois, s’étalent dans la presse nationale. Suréquipées, armées, ces polices bénéficient de moyens et d’effectifs bien supérieurs à ce qu’il est possible de constater dans des agglomérations de taille équivalente. » On n'a pas de mal à imaginer ce que pourraient devenir les forces de police d'une extrême-droite au pouvoir national, au service d’une politique d’exclusion, outrepassant en permanence le rôle qui leur est dévolu.

 

 

« L'essayer, c'est l'adopter. » Ce slogan publicitaire, utilisé tour à tour pour une bicyclette, une cafetière, du dentifrice, des lentilles oculaires ou une chaîne hôtelière, l'extrême-droite l'a fait sien depuis une dizaine d'années. Pourtant, on le voit à l'usage, ceux qui l'ont essayé dans leurs communes s'en sont pour beaucoup mordu les doigts. Derrière les sourires, les selfies et les tapes sur l'épaule d'une campagne électorale locale, c'est le pire qui se cache et peut survenir.

 

Trente-cinq ans après la fin d'une dictature qui a causé 40000 victimes, j'ai aujourd'hui une pensée pour le peuple du Chili. Et en particulier pour nos amis de Tortel, commune-sœur de La Seyne. Je ne voudrais pas devoir en avoir une, demain, pour La Seyne, voire, après-demain, pour notre Nation.

 

Puissent l'avoir en tête ceux qui, par leur nécessaire et toujours possible unité autour d'un projet social, écologiste et humaniste, peuvent éviter aux Seynoises et Seynois d'avoir à... l'essayer.

 

 

 

Ci-dessous quelques notes du chanteur Julos Beaucarne qui devraient nous rappeler que le pire ne s'est pas arrêté avec les années 40...

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14 novembre 2025 5 14 /11 /novembre /2025 04:10

 

« Dis, tu les payais, tes amendes, quand tu étais maire ou adjoint ? », m'a-t-on questionné il y a quelques jours. J'ai répondu que, bien évidemment, je les payais. Et j'ai demandé la raison de cette étrange interrogation. On m'a alors fait visionner un petit film où une dame soutenant la candidature de M. Mansour aux élections municipales dit ( * ) : « En tant qu'élu de la mairie, il a fait preuve de droiture, d'honnêteté, d'intégrité : connaissez-vous beaucoup d'adjoints qui payent leurs P.V. de stationnement ? »

 

Sur l'instant, une telle ingénuité naïve m'a fait sourire. Comme beaucoup de gens peu informés ou sciemment désinformés, cette personne s'imagine qu'un élu est au-dessus des lois. Mais j'ai ensuite réalisé que la vidéo a été mise en ligne par le candidat lui-même, sans couper ce passage inepte, et qu'il n'a donc pas été gêné de laisser prospérer l'idée que, hormis lui-même bien sûr, beaucoup d'autres élus sont des hors-la-loi impunis. Et ça c'est plus gênant.

 

 

C'est ennuyeux pour plusieurs raisons. D'abord, c'est à la limite de la clabauderie pour ses 17 collègues adjoints au maire seynois desquels il est comme de juste totalement solidaire dans cette équipe municipale soudée, sans compter ceux des 34.874 autres communes françaises, mais aussi, en allant plus loin sur le registre de la facétie, pour les fonctionnaires de la police et du Trésor public qui se rendraient complices de cette supposée impunité en annulant des procès-verbaux ou fermant les yeux sur le non-paiement des contraventions.

 

C'est affligeant aussi parce que ça augure mal des débats qui, en démocratie, doivent se dérouler sur des faits objectifs, sans affabulation ni tromperie. Si l'un des candidats s'autorise à ne pas s'imposer une rigueur dans ses propos et ceux de ses partisans qu'il relaie, c'est la porte ouverte à toutes les outrances. Et c'est un manque de respect pour les électeurs.

 

Alors, quand ce même candidat commence une autre vidéo en déclarant qu'il sait « que beaucoup d'entre [les gens auxquels il s'adresse] ne croient plus en la politique » et qu'il les comprend, ajoutant que « [son] engagement, aujourd'hui, c'est contre une certaine manière de faire de la politique », ça fait doucement rigoler.

 

Oui, simplement badiner. Le pauvre, il ne mérite même pas qu'on s'insurge.

 

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( * ) : une vidéo postée sur la page facebook du candidat le 8 novembre à 14 heures 28, à 1 mn 24 du début.

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Publié par Marc Vuillemot - dans Démocratie locale et communication
8 novembre 2025 6 08 /11 /novembre /2025 07:17

 

Chez nous, peut-être plus qu'ailleurs, l'enjeu majeur de l'élection locale de mars 2026 n'est pas l'élection municipale. C'est l'élection métropolitaine. Mais celle-ci est dépendante de celle-là. Ce sont des candidats pour être conseillers municipaux spécifiquement signalés (« fléchés ») sur les bulletins de vote qui seront aussi conseillers métropolitains s'ils sont élus.

 

Pourquoi est-ce donc un enjeu majeur ? D'une part du fait des importants champs de compétences transférés des communes aux intercommunalités depuis 2018 ( * ), et d'autre part parce qu'un vent mauvais souffle sur la métropole toulonnaise et le Var depuis quelques temps. Si, par malheur, les Toulonnais, dont les élus sont les plus nombreux, presque majoritaires à eux seuls, au conseil de TPM faisaient un choix dans le sens de ce vent, il ne faudrait pas que les électeurs d'autres grandes et moyennes communes de notre aire urbaine fassent le même car ça assurerait une majorité métropolitaine qui ne réserverait rien de bon au territoire ( * * ).

 

C'est pourquoi je me permets de donner à lire un texte de la Gauche démocratique et sociale (GDS), vieux réseau de militants politiques de gauche dont les figures historiques s'impliquent aujourd'hui au sein de L'APRÈS, autre outil démocratique, bien plus récent, de réflexion, d’analyse et d’élaboration stratégique au service de l’unité de la gauche et des écologistes.

 

  

Donc, voilà ce texte qui date certes de quelques mois mais me semble encore d'actualité, dans lequel je me suis autorisé à souligner quelques passages...

 

« Pour les villes à gagner ou regagner par la gauche, l’unité et la démocratie sont bien les seules orientations à promouvoir. En 2020, les listes qualifiées souvent de citoyennes, solidaires, écologiques et démocratiques, mais soutenues par les partis locaux, ont connu le succès. Le “Printemps marseillais” en reste un exemple emblématique malgré la résistance des appareils à l’unité.

 

« Le rassemblement doit donc être sans exclusive vis-à-vis de quelque composante que ce soit. Les collectifs citoyens ne peuvent se réduire à une unité partielle. La recherche du soutien de tous les partis et mouvements politiques commence dès maintenant !

 

« L’adoption d’un projet commun prendra un peu de temps. La désignation d’une liste commune et surtout d’une tête de liste peuvent susciter des désaccords. Ceux-ci ne peuvent être tranchés par des états-majors, aussi clairvoyants fussent-ils. Il devrait revenir aux collectifs de décider. Cela peut se faire (...) par un vote citoyen à définir au consensus. Respecter et mettre en œuvre cette démarche peut et doit créer une dynamique, un engouement de nature à balayer les listes de droite et d’extrême-droite. »

 

 

Dans un contexte local où la droite pourrait bien être une fois de plus très divisée et où la gauche fait à peu près jeu égal avec elle, c'est à cette dernière qu'incombe la responsabilité de porter les espérances des citoyens qui s'inquiètent de se prendre une bourrasque de ce vent mauvais en pleine figure.

 

C'est pourquoi, comme la GDS, je continue à plaider pour un rassemblement « sans exclusive » de tous ceux qui adhèreraient à un projet social et écologiste pour la commune et l'intercommunalité. Et c'est pourquoi aussi j'avais trouvé intéressante l'idée, elle aussi promue par la GDS, d'un « vote citoyen », c'est-à-dire d'une sorte d'élection primaire, qui avait été proposée il y a quelques mois.

 

 

Je conclurai en livrant une autre expression, celle-là commune à la GDS et à L'APRÉS, lors de la fusion des deux mouvements au début de l'année ( *** ) : « Pour gagner, l’union de la gauche et des écologistes est incontournable, mais elle n’est pas suffisante. » 

 

C'est ce qu'ont depuis longtemps compris et appliqué beaucoup de maires, notamment communistes, depuis la Libération, entre autres à La Seyne. C'est ce que font, aujourd'hui, des maires ou candidats communistes, socialistes et écologistes : à eux, à leurs partis, voire avec leurs sympathisants, de construire un projet, et à d'autres partis, mouvements et citoyens adhérant à ce projet, de renforcer et diversifier les équipes. C'est vrai dans des petites et grandes communes comme Allonnes, Épinay-sous-Sénart, La Garde, Lyon, Romans, Thiers, Vierzon ou Villeurbanne.

 

Certains disent qu'il n'est jamais trop tard pour bien faire. Mais la météo n'annonce pas que le souffle du vent mauvais va faiblir. Et les aiguilles de l'horloge tournent.

 

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( * ) : J'ai précisé ces compétences désormais exercées par l'intercommunalité dans un précédent article de ce blog : « Et on parle là du développement économique, du tourisme, du déploiement du numérique, de la formation, de l'innovation, de l'enseignement supérieur et la recherche, de l'urbanisme et l'aménagement du territoire, de l'habitat et du logement, de la rénovation urbaine et l'accompagnement social des habitants des quartiers prioritaires, des voiries et espaces publics, des réseaux d'eau et d'assainissement, des mobilités et de l'accessibilité aux personnes handicapées, des ports, des plages et des littoraux, des espaces naturels et parcs urbains, d'équipements sportifs et culturels comme, pour La Seyne, la Villa Tamaris Pacha et le Conservatoire de musique, etc. Bref, de tout ce qui est structurant pour le territoire. »

 

( * * ) : Une récente réforme a fixé à 89 le nombre de conseillers métropolitains pour 2026 (contre 81 aujourd'hui) suivant la répartition par communes ci-dessous. La majorité absolue est donc de 45. Si le vent mauvais emporte Toulon, ses représentants auront 31 à 32 sièges à TPM. Il suffirait que deux des cinq autres plus importantes communes subissent la même tornade pour que l'extrême droite soit majoritaire à la métropole.

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( *** ) : C'est une fusion opérée fin janvier 2025 entre les deux mouvements, la GDS conservant toutefois sa spécificité, dont son magazine mensuel "Démocratie & socialisme", un peu comme l'intégration du Mouvement républicain et citoyen (MRC) au parti auquel j'appartiens, la Gauche républicaine et socialiste (GRS), lors de sa création en 2019.

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6 novembre 2025 4 06 /11 /novembre /2025 04:28

 

Il y a maintenant plus d'une année, je m'autorisais à interpeler ma successeure à la mairie sur la dénomination d'Abbé Pierre d'un petit jardin public de notre centre-ville. Je reproduis ci-dessous le message que je lui avais adressé pour lui suggérer d'envisager une autre dénomination après les révélations concernant les agissements de cet ecclésiastique. Et je publiais quelques jours plus tard la réponse favorable qu'elle m'avait transmise. Elle adhérait à l'idée d'engager un dialogue avec les habitants, les associations, en y associant le Mouvement Emmaüs créé par l'Abbé Pierre et présent à La Seyne, en vue de trouver une solution.

 

Le temps a passé. Les discussions internes à la municipalité et avec les gens et les associations doivent être compliquées, parce que, plus d'un an après notre échange, le petit square porte toujours le même nom. C'est d'autant plus étrange que, de son côté, la “Fondation Abbé Pierre” n'aura mis que quatre mois pour devenir la “Fondation pour le Logement des Défavorisés”.

 

Alors, qu'en est-il ?...

 

 

C'est vrai que changer le nom d'un lieu de la voirie publique n'est pas chose facile. Ça suppose une réflexion en amont d'une délibération du conseil municipal, puis ça occasionne souvent une gêne pour les riverains, contraints à diverses démarches, dont certaines payantes, ne serait-ce que pour communiquer leur nouvelle adresse à leurs contacts, mais aussi pour mettre à jour leurs documents officiels, pièce d'identité, certificat d'immatriculation de leur véhicule, etc. C'est la raison pour laquelle j'ai choisi, au cours de mes mandats de maire, de n'honorer les mémoires de personnalités locales, nationales ou internationales que par des dénominations de voies nouvelles ou de lieux sans habitations, commerces ou entreprises (Arthur Paecht au Parc de la Navale, Danièle Mitterrand au Parc Braudel, Mère Teresa au Messidor, Lucie Cavatorta aux Mouissèques, Les Seynois de la Mission de France à l'est de l'église, etc.).

 

Mais personne n'habite au square Abbé Pierre. Les seules raisons imaginables à cet atermoiement sont donc que les discussions promises avec les habitants et les associations par la prédécesseure de M. Minniti soit s'éternisent, soit ont été interrompues avec le changement de maire, soit n'ont jamais commencé.

 

Je réitère donc ma suggestion à M. Minniti en reproduisant le message adressé à Mme Bicais et la réponse de cette dernière, espérant que, dans une démarche de continuité républicaine, le sujet sera enfin abordé et traité.

 

Ce serait par ailleurs la moindre des choses que, après qu'on a rayé d'un trait de lame de bulldozer l'ancien Espace Paul-Raybaud et l'ancien Jardin Paul-Gaujac et qu'aucune mesure n'a été prise pour que la commune continue à perpétuer la mémoire de ces personnalités seynoises, enfouies sous les gravats désamiantés de la mairie sociale détruite, on se décide enfin à réparer cette injustice.

 

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Publié par Marc Vuillemot - dans Devoir de mémoire Démocratie locale et communication
4 novembre 2025 2 04 /11 /novembre /2025 03:42

 

On le sait, ce sont 12.000 familles, dont 3.000 seynoises, et pas seulement les plus pauvres, qui, ayant droit à un logement social dans la métropole toulonnaise, sont en attente, parfois depuis plus de dix ans. On connaît et comprend les difficultés plus ou moins réelles que chaque commune rencontre pour se mettre en règle avec la loi imposant 25% de logements de logements sociaux. Mais la loi doit être respectée. Il faut rénover l'ancien mais il faut aussi construire, partout où c'est possible.

 

Le foncier de l'ancienne école maternelle Eugénie-Cotton, en périphérie immédiate du centre historique, au quartier Saint-Jean, a été mis en vente par la commune. Une entreprise sociale pour l’habitat (ESH), filiale du Groupe Action Logement, très reconnue en Provence et déjà opérateur efficace de quatre résidences à La Seyne, s'est portée acquéreur. Un projet de 26 logements y est prévu. Mais la Ville indique dans Var-matin que l'accord avec cette entreprise est caduc « sans préciser la raison ». Ça signifie quoi, « sans préciser la raison » ?...

 

 

Les Seynoises et Seynois ont le droit de savoir. On peut bien sûr émettre diverses hypothèses. Comme tous les opérateurs du logement intermédiaire et social, l'ESH en question est confrontée aux misères que l'État fait subir au secteur. Mais celle-ci, questionnée par la presse spécialisée, conduisant une stratégie efficace de diversification de son activité, ne semble pas être en difficulté au point de renoncer à un programme de 26 logements alors qu'elle annonce en livrer 8.000 d'ici 2028. S'il y a un problème, il faut sûrement le chercher ailleurs.

 

 

EST-CE VRAIMENT L'OPÉRATEUR IMMOBILIER QUI EST CAUSE DE LA SUSPENSION DU PROJET ?

 

Faute d'indices patents et de communication de la part de la Ville, on ne peut que se perdre en conjectures. On peut imaginer que l'ESH souhaiterait réaliser sur cet espace un programme plus conséquent qui consoliderait l'économie générale de son projet ; si tel était le cas, une négociation devrait permettre de trouver une solution médiane, sous réserve qu'elle ne nuise pas à la volonté communale, qu'on peut approuver, de conserver une part de son foncier pour des espaces publics.

 

On pourrait aussi supposer que la Ville veuille temporiser. Un certain nombre de citoyens de notre région disposant d'un logement souffrent d'un mal funeste dont le symptôme est une vision déformée de leurs semblables résidant en habitat social ou aspirant à y accéder, qui leur apparaissent comme des êtres malsains, dangereux, qu'il convient d'éloigner ou, au moins, de ne pas côtoyer. Or le seul remède connu à ce jour contre ce syndrome est à base d'éducation civique et morale qui dope les hormones de la fraternité, de la solidarité et de l'égalité, mais qui fait cruellement défaut dans les officines pourvoyeuses d'éveil et d'élévation des consciences. Et cette pathologie n'empêche pas les gens qui en sont atteints d'être des électeurs. On a vu en 2020 combien était électoralement pertinente l'idée de dénoncer un projet de résidence comportant seulement une quarantaine de logements sociaux au quartier Costechaude : les scores électoraux en faveur de la droite, opposée à ce programme immobilier, ont été significativement élevés dans les bureaux de vote de ce secteur de la commune. Ceux de notre équipe de gauche, en revanche, qui soutenait le projet, ont été bien plus bas qu'à l'accoutumée.

 

C'est dur à dire, mais entre les lignes du slogan « stop au béton ! », c'est souvent « stop aux futurs habitants du béton ! » qu'il faut lire. C’est d’autant plus vrai lorsqu'on le proclame à propos d’un programme sur un terrain déjà entièrement imperméabilisé par de l'asphalte comme c'est le cas à  l'ancienne école Eugénie-Cotton. Je n'ose l'imaginer, mais la municipalité, à quelques mois de l'élection communale, tenterait-elle de rassurer les riverains-électeurs du quartier Saint-Jean en faisant oublier le projet sur ce foncier municipal ?

 

 

S'ENGAGER À AGIR AUPRÈS DES SEYNOIS... QUI DOIVENT PRENDRE EN MAIN LEUR DESTIN

 

Mais la cause du retard peut être tout à fait autre. Pour éviter toute supputation, spéculation ou interprétation infondées, la municipalité doit révéler sa vérité sur le sujet. Et, au-delà, sur sa vision de la nécessaire application de la loi SRU qui impose à chaque commune de disposer de 25% de logements sociaux, faute de quoi l'État lui retient une part de ses dotations financières, en l'occurence pour La Seyne près d'un million d'euros par an. Et tous les candidats à l'élection municipale devraient s'y astreindre.

 

Ceux des gauches et de l'écologie, à moins qu'ils n'aient changé de perspective, ce qui m'étonnerait, sont favorables au respect de la loi SRU, avec prioritairement pour La Seyne du logement qui ne soit pas de l'habitat "super-social" car la ville en dispose déjà de beaucoup, les communes voisines devant rattraper leur important retard. Ça doit se faire en premier lieu en produisant des résidences sur les sites déjà urbanisés (« faire de la ville sur la ville »), dans tous les quartiers de la commune où c'est possible, non seulement en respectant les espaces naturels mais en profitant des opérations pour déminéraliser, améliorer les espaces publics des alentours, dépolluer et verdir.

 

Les citoyens doivent connaître les intentions des divers prétendants aux fonctions d'élus municipaux. Les milliers de foyers seynois en attente d'un logement social devraient alors logiquement opter pour ceux qui s'engagent à en produire. Mais, il faut que je l'expose, sans blâmer ni stigmatiser quiconque : trop de ceux-là, qui m'interpelaient lorsque j'étais maire pour me dire leur désarroi du fait de l'attente interminable d'une proposition et me demander d'intervenir en leur faveur (ce que je ne pouvais pas faire, bien sûr), m'ont dit, après l'élection, ne s'être pas déplacés pour voter, voire même n'avoir pas fait la démarche pour s'inscrire sur les listes électorales. Alors, évidemment...

 

Alors, évidemment, la période pré-électorale qui a commencé doit aussi être un moyen d'éducation populaire à l'exercice de la citoyenneté. De plus en plus de municipalités mènent des actions de sensibilisation à l'importance du vote et des inscriptions sur les listes électorales. Celle de La Seyne pourrait s'y investir. Si elle ne le fait pas, et même si elle le fait, peut-être que les acteurs politiques et sociaux attachés à la démocratie et à une vraie représentativité des gens de tous quartiers et toutes situations sociales devraient s'y employer...

 

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2 novembre 2025 7 02 /11 /novembre /2025 13:58

 

Saint-Mandrier, La Seyne et Six-Fours, ce sont 105.852 habitants. La gare SNCF de La Seyne – Six-Fours, c'est un élément essentiel du futur pôle multimodal de mobilité dans l'ouest de la métropole toulonnaise. Dès lors, apprendre par la presse locale qu'un "tiers-lieu", apparemment associatif, va prendre la place d'un service public majeur ne manque pas de surprendre.

 

Bien sûr, évoquer le sujet, c'est prendre le risque de s'entendre rétorquer qu'on cumule un scepticisme ringard vis-à-vis de la mode originaire des U.S.A. de lieux « de mutualisation des espaces et des compétences, d'hybridation des activités et de réunion d'un collectif citoyen engagé, favorisant la coopération pour répondre aux enjeux de leur territoire » (waouw !) et une nostalgie vieillotte du service public qui n'a plus lieu d'être dans notre merveilleux monde ultralibéral.

 

Mais, si la démocratie locale signifie encore quelque chose, les institutions publiques du territoire doivent convier les citoyens et les acteurs sociaux et économiques à des temps d'information et d'échange autour d'un tel projet. En l'espèce, même les conseils municipaux des communes concernées n'ont pas été saisis, ne serait-ce que pour avis. On marche sur la tête.

 

 

QUEL IMPACT POUR LA SEULE GARE D'UNE ZONE URBAINE DE 100.000 HABITANTS ?

 

De ce "tiers-lieu", il n'en a jamais été question dans les nombreuses et utiles rencontres publiques conduites par la SNCF autour du programme de ligne nouvelle Marseille-Toulon-Nice puis, plus raisonnablement, de celui du service express métropolitain de Toulon Provence Méditerranée qu'on appelle communément « RER toulonnais » ou « navette toulonnaise ».

Au contraire, le programme, déjà engagé, prévoit, outre des dessertes tous les quarts d'heure des 7 stations les plus centrales (autour de Toulon, dont La Seyne–Six-Fours) parmi les 18 stations entre Saint-Cyr et Carnoules, une redynamisation des gares et haltes – et même la création de deux nouvelles, à l'Escaillon et Sainte-Musse – pour en faire des pôles d'intermodalité permettant la connexion des trains aux réseaux de transports urbains, dont celui devant circuler en site propre, aux maillages des pistes cyclables et voies piétonnières, et au réseau routier avec les parcs de stationnement.

Cela justifiait un renforcement de l'accueil en gare pour l'accompagnement des usagers et, dans les cas de stations accueillant des personnes âgées ou des habitants des quartiers populaires fragiles connaissant plus que d'autres l'illectronisme, une assistance humaine pour les personnes maîtrisant mal les outils numériques qui constituent un frein à leurs mobilités. La SNCF en avait convenu. Or, de tout ça, on s'est déjà éloigné avec la fermeture du guichet et on risque de s'en détacher complètement avec un changement définitif d'usage des locaux adaptés. Drôle de moyen pour inciter à délaisser la voiture et assurer plus d'égalité des chances entre citoyens dans l'accès à la mobilité nécessaire à leur insertion professionnelle et sociale...

 

 

QUELLE APPROPRIATION DU PROJET PAR LES CITOYENS ET LEURS ÉLUS ?

 

Au-delà des enjeux relatifs aux outils de la mobilité, l'annonce par le journal pose d'autres questions essentielles auxquelles les administrés sont en droit d'obtenir des réponses. Et cela de la part des autorités publiques, non pas seulement d'une association présentée comme porteuse du projet, fût-elle, nul n'en disconvient, compétente et active sur le territoire depuis des années...

> quelle étude a permis, en terme de service public pour le plus grand nombre, de privilégier un tiers-lieu plutôt qu’un espace d’accueil et de services aux usagers du rail ?

> quel est, dans le détail, le projet ?

> quel est son impact attendu et quelles sont les modalités d'évaluation permanente de sa mise en œuvre ?

> quelle est son articulation avec les opérateurs, notamment économiques et associatifs actifs à La Seyne ? sont-ils impliqués ? si oui, à quel niveau ?

> quelles démarches sont ou vont être entreprises, dans un esprit de démocratie participative, avec les conseils de quartiers, comités d'intérêt local et associations d'usagers ?

> y aura-t-il un impact en matière de création d'emploi ? si oui, sous statut précaire ou durable ?

> l'article de presse évoque un aménagement en étage ; l'accessibilité des personnes à mobilité réduite est-elle garantie ?

> quelle structure en est gestionnaire ? quel contrat d'usage des lieux ?

> quel est le financement du projet ? la Métropole et les collectivités locales sont-elles appelées à participer à l'investissement et/ou au fonctionnement ? si oui (ce qui devrait être le cas car l'Europe, dont la presse annonce la participation, ne finance que s'il y a l'assurance de contreparties nationales), au détriment de quels autres acteurs, en particulier associatifs (car les budgets des subventions sont de plus en plus inextensibles et le monde associatif est déjà durement malmené et sans cesse plus en difficulté, voire en cessation d'activité) ? et dans quelles proportions ?

> en particulier, y a-t-il un risque de perte de financements pour les associations structurantes du quartier Berthe et du centre-ville de La Seyne, qui remplissent des missions de médiation sociale, culturelle et d'insertion ?

> enfin, si un gouvernement des gauches et de l'écologie arrivait aux affaires, avec une volonté de relance du service public des transports ferroviaires, serait-il possible de redonner aux espaces de la gare leur fonction d'accueil et de services, ou au moins d'assurer la co-fonctionnalité avec le tiers-lieu ?

 

 

Sur tout cela, et sûrement d'autres interrogations, il serait normal que la population soit informée et associée autrement que par un article de presse. Qu'en dit la municipalité, notamment son maire, M. Minniti, son adjoint aux mobilités, M. Dupla, et son adjoint aux associations et la démocratie locale, M. Beccaria ? Leur silence sur le sujet est étrange.

Et qu'en pensent les divers futurs candidats à l'élection communale et métropolitaine ?

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30 octobre 2025 4 30 /10 /octobre /2025 11:09

 

Les visiteurs de mon blog ont pu lire ces jours derniers un article que j'ai intitulé "Flash TV spécial : à La Seyne, la gauche et les écolos n'existent plus !". Je relevais un certain nombre d'inexactitudes, approximations et interprétations étranges émises au cours d'une émission de l'antenne toulonnaise et varoise d'une télévision privée nationale.

 

Après que la rédaction de ce média m'a contacté pour évoquer mon écrit, des précisions et rectifications ont été faites à l'antenne en ouverture de l'émission hebdomadaire suivante. Dont acte. C'est correct. Mais, tout de même...

 

 

Par honnêteté intellectuelle, je retranscris ci-dessous ( * ) les propos rectificatifs de la journaliste et du commentateur qui ont reconnu, en un bonne minute de temps d'antenne, une partie de leurs erreurs et expliqué leur cause. Il s'agit des affirmations relatives à un soi-disant sondage. Affaire classée, donc.

 

Il reste que ni l'un ni l'autre n'ont apporté d'explication à deux autres sujets qui ont été abordés. Comment le commentateur a-t-il pu affirmer que « le candidat du Rassemblement National manifestement, fédère » ? Et à partir de quels éléments t-il pu annoncer qu'« on pourrait parfaitement avoir un candidat du Rassemblement National élu au premier tour » ? Mais restons-en là.

 

Car, ce qui est le plus regrettable, c'est surtout que la mise au point aurait pu être l'occasion de corriger le tableau dressé d'une situation politique locale faussée par l'invisibilisation totale des gauches et des écologistes qui sont loin, à La Seyne, d'être quantité négligeable. Dommage.

 

Le plus important désormais est que, dans ce contexte qui, hélas, contribue à crédibiliser dans l'esprit des gens l'extrême droite comme alternative aux tumultes des diverses droites locales, les formations des écologistes et des gauches parachèvent leurs travaux de préparation d'un projet utile et réaliste à proposer à nos concitoyens et s'entendent sur la composition d'une équipe solide, sans exclusive, qui portera ce programme.

 

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( * ) Les propos rectificatifs :

– la journaliste : « Une petite rectification : la semaine dernière on vous parlait des élections municipales sur la commune de La Seyne, et on avait évoqué un sondage qui laissait le RN en tête des élections. On parlait des dernières élections législatives de 2022, 2024, où le RN était arrivé en tête sur La Seyne. C'est ça ? »

– le commentateur : « Tout à fait. C'est à dire qu'en effet ma langue a fourché. J'ai utilisé le terme de sondage. C'est des projections. On regarde l'évolution au regard des dernières élections et on se projette sur ce que pourrait être, entre guillemets, une reprogrammation de ces votes avec l'influence, bien entendu, nationale. Dans des grandes villes comme La Seyne, c'est important. Et donc, voilà, ma langue a fourché, je m'en excuse, mais simplement c'est une analyse, entre guillemets, politique des forces en présence et non pas, bien entendu, un sondage ni un résultat. »

– la journaliste : « Voilà, rectification faite. Merci beaucoup. »

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Publié par Marc Vuillemot - dans Démocratie locale et communication
27 octobre 2025 1 27 /10 /octobre /2025 03:37

 

C'est une chaîne de télévision qui, dans sa déclinaison varoise, a annoncé la nouvelle un matin de la semaine dernière. Ça a manifestement fait la joie de certains qui n'ont pas manqué de relayer la vidéo de cette exclusivité sur leurs pages de réseaux sociaux : à La Seyne, les gauches et les écologistes ont disparu !

 

C'est du moins ce qui ressort du visionnage de ce morceau d'anthologie de l'information télévisuelle. Et, sans correction à venir équilibrant l'annonce, ce serait détestable.

 

 

J'ai pour habitude, pour corroborer mes écrits, de proposer le lien vers l'article de la presse écrite ou la vidéo de l'émission télévisée auxquels je fais référence – en prenant garde, pas comme d'autres, de respecter les droits d'auteur –. Mais là, le parti pris éditorial de la séquence de pas moins de cinq minutes dont il s'agit est tellement fallacieux par omission que je n'ai aucune envie de permettre à ceux qui y ont heureusement échappé de découvrir cette émission de télévision. Il suffira aux gens qui ne donneraient pas crédit à ce qui suit, de fouiller un peu sur le Net – il n'y a pas tant de canaux nationaux avec des antennes locales, hors service public – pour trouver cette séquence diffusée au matin du 22 octobre.

 

 

LA GAUCHE ET LES ÉCOLOGISTES INVISIBILISÉS

 

Phrase après phrase de cette émission politique consacrée, après les trois premières minutes dédiées à un autre sujet, aux élections municipales de 2026 à La Seyne (de 3 mn 15 à la fin), je me suis demandé quand allait être évoquée, dans la présentation du paysage politique local, l'existence chez nous de personnes et d'organisations de sensibilités écologistes et des divers courants des gauches. Et je suis resté sur ma faim. Cette réalité n'a jamais été effleurée, ni par le commentateur invité, ni par la journaliste présentatrice, sinon pour dire que, dans un lointain passé, la ville était « ancrée très à gauche ». Ce 22 octobre 2025, tout un pan, pourtant non négligeable, du décor politique seynois a été gommé.

 

 

EN REVANCHE, L'EXTRÊME DROITE EN HÔTE D'HONNEUR

 

À en croire l'invité de l'émission, jamais contredit par la journaliste qui aurait pu compléter et rétablir la réalité objective des choses, l'analyse de la situation seynoise conduirait inéluctablement à ce que le prochain maire soit un élu du Rassemblement National (RN). Ça a été exposé à pas moins de quatre reprises...

 

1ère assertion –  ​​​​​​« avec un candidat du RN qui est placé assez haut en termes de sondages à La Seyne »  : de quel(s) sondage(s) parle-t-on ? J'ai eu beau chercher sur toutes les publications des instituts d'études d'opinion, aucun sondage ne semble avoir été réalisé sur les intentions de vote des Seynoises et Seynois en mars prochain. Peut-être que l'analyste invité est dans le secret des dieux d'une enquête privée comme certains acteurs politiques locaux ont les moyens de se les offrir...

 

2ème affirmation –  « une dispersion des forces [de la droite, seule évoquée] qui devrait faire le jeu de Dorian Muñoz, le candidat du Rassemblement National qui, manifestement, fédère »  : sont-ce les sondages précédemment invoqués qui permettent d'avancer cette certitude ?...

 

3ème allégation –  « un Rassemblement National qui monte au fur et à mesure des élections »   : de quelles élections s'agit-il ? Si l'on considère les scrutins locaux de La Seyne depuis 2008, c'est vrai. Mais les courbes ci-dessous ( * ) attestent qu'on est très loin des progressions de l'extrême-droite dans le Var, la Région ou la France. Grosso modo, les trois blocs (extrême-droite, droite, et gauches et écologistes) font désormais à peu près jeu égal à La Seyne. Et tout peut basculer dans un sens ou l'autre au vu de l'énorme pourcentage croissant d'abstentionnistes mobilisables.

 

4ème, et la plus extravagante, déclaration –  « on pourrait parfaitement avoir un candidat du Rassemblement National élu au premier tour »  : oups !!! le conditionnel tempère un peu le propos, mais on se demande comment cela serait possible au regard des scores réalisés et de la loi électorale qui impose qu'une liste, pour être élue au premier tour, doit obtenir la majorité absolue des suffrages exprimés et surtout réunir au moins 25 % des voix des électeurs inscrits, soit environ 11.000 voix à La Seyne, alors que le RN en a recueilli en moyenne 4.400 au cours des six derniers scrutins locaux.

 

 

PLURALISME ET HONNÊTETÉ DE L'INFORMATION ?...

 

Ce qui est surprenant et inquiétant, c'est à la fois l'outrance de cette exagération dans la bouche du commentateur, qui pourrait contribuer à légitimer l'extrême-droite dans l'esprit des téléspectateurs, et l'omerta, délibérée ou non, sur les sensibilités progressistes qui, pourtant, les chiffres le prouvent, constituent autant de rempart contre le RN que les droites locales toujours très divisées et en chute continue depuis 2008. Quel message cherchait-on donc à faire passer ?

 

Et qui était cet invité de la journaliste ? Sur un sujet d'importance, on se doit normalement de faire appel à une expertise reconnue, par exemple, au vu du thème de l'émission, à un spécialiste des études d'opinion ou des sciences politiques. Là, on a fait appel à un avocat, certes reconnu pour sa grande compétence en droit pénal et en droit de l'immobilier ainsi que pour son implication appréciée dans la représentation des avocats du barreau de Toulon, mais manifestement pas très au fait de la vie politique seynoise. Étrange...

 

Ces analyses aussi approximatives qu'orientées sont compréhensibles d'un amateur, mais inexcusables de la part de la journaliste qui, on peut l'imaginer, relaye normalement un choix rédactionnel de la chaîne et aurait dû rééquilibrer l'information. On n'est pourtant pas sur un canal de la sphère d'extrême-droite de M. Bolloré ! Mais, sur ce coup, il est clair qu'il n’y a pas que sur les antennes Bolloré que, comme l'ont écrit sur un autre sujet ( ** ) des journalistes de Mediapart, « le poison des vérités alternatives a distillé son venin, au point que la vérité ne semble désormais plus qu’une opinion parmi les autres ».

 

 

LA GAUCHE ET LES ÉCOLOGISTES VONT DEVOIR REMONTER LEURS MANCHES

 

En 2024, le régulateur de l’audiovisuel (Arcom) a pourtant exigé de l’acheteur de cette chaîne, la branche médias d'un géant marseillais du fret maritime, des engagements en matière d’« obligations déontologiques », au nombre desquelles le respect « du pluralisme, de l’honnêteté et de l’indépendance de l’information et des programmes ». La rédaction de l'antenne varoise du média serait bien inspirée de prévoir sans trop tarder une émission qui contrebalancerait celle du 22 octobre...

 

Et, en tous cas, l'équipe des gauches et de l'écologie, qui se prépare à offrir une alternative à la droite locale sortante et assurer un bouclier protecteur face à l'extrême droite, va devoir redoubler d'efforts de communication objective de qualité, avec tous les moyens disponibles, en direction du plus grand nombre des Seynoises et Seynois qui devront exercer en 2026 leurs droits et devoirs citoyens à partir de données tangibles, précises, justes et honnêtes.

 

 

 

 

 

 

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( * ) : Ce sont les résultats des premiers tours, puisqu'il ne reste pas tous les candidats aux seconds. Pour les cantonales et départementales dans l'ancien canton de Saint-Mandrier (2011) et l'actuel canton de La Seyne 2 (2015 et 2021), seuls sont comptés les suffrages concernant la partie seynoise des cantons. Pour chaque "bloc" (extrêmes droites, droites et gauches/écologistes), ce sont les totaux des suffrages recueillis par les principales listes présentes aux premiers tours.

( ** ) : Les journalistes de Mediapart ont rapporté que, dans une émission nationale de cette même chaîne, « l’avocat de Nicolas Sarkozy a pu dérouler tranquillement l’idée que l’ancien président français avait été condamné malgré un dossier ne comportant “aucune preuve” ». Ils écrivent aussi qu'un journaliste de ce même media « avait pourtant annoncé qu’il allait discuter des raisons de [la] condamnation » de M. Sarkozy, mais qu'il « s’est surtout concentré sur les conditions de son incarcération et n’a cessé de répéter que l’ex-président ne bénéficiait d’aucun régime de faveur », rappelant que « le jour de la condamnation de Nicolas Sarkozy, jeudi 25 septembre, sur [cette chaîne], des consignes envoyées aux présentateurs par des spécialistes de la matière judiciaire avaient été largement ignorées et qu’une journaliste, un peu trop rigoureuse, a même été convoquée » pour ne pas s'y être tenue.

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Publié par Marc Vuillemot - dans Démocratie locale et communication