/image%2F1454492%2F20251215%2Fob_66472d_chile.jpeg)
« Beaucoup doivent penser comme moi : quitte à voter, autant l'essayer... » Ces jours derniers, une dame, selon Var-matin, s'exprimait en ces termes, ajoutant de plus « qu'on n'est pas complètement idiots, même le RN à des casseroles au c... », manière de dire que peu lui importent les affaires jugées ou pendantes qui l'entachent, du moment qu'on opte pour la nouveauté... ou l'inconnu...
Pendant ce temps, à 11000 kilomètres de notre rue Cyrus-Hugues où se déroulait cet échange, les Chiliennes et les Chiliens votaient. Et choisissaient de... l'essayer. Pourtant, il y a cinq décennies, d'Iquique à Punta Arenas, ils l'avaient essayé, pas en votant mais en le subissant à la suite d'un coup d'État. Ce furent des dizaines de milliers de violations des droits de l'homme, la violence politique, les assassinats, les disparitions. Et l'histoire, la nôtre et celle du Monde, celle d'hier et celle d'aujourd'hui, regorge d'événements qui devraient conduire à y réfléchir à deux fois.
Non, l'extrême-droite, et tous les totalitarismes, ne prenons pas le risque de... les essayer.
On me dira qu'un maire ne dispose pas de la force armée, de la police et du renseignement, et d'autres instruments de la répression. Mais, partout où elle est arrivée aux affaires communales, l'extrême-droite s'est employée à saper les services publics et les fondements démocratiques et républicains qui garantissent la cohésion sociale, donc la sécurité et le vivre-ensemble de tous. Les communes, ce sont de véritables bancs d'essai de ce que pourrait être une gestion nationale.
L'EXTRÊME-DROITE, C'EST UNE ATTEINTE À LA FRATERNITÉ
À Mantes-la-Ville (Yvelines), le maire, en trois ans, a divisé les subventions aux associations par deux, réduit les services au public en supprimant 20% d’agents municipaux, limité au minimum tout ce qui a trait au social. À Hayange (Moselle), la municipalité a coupé le gaz et l’électricité au Secours populaire, l'enjoignant en même temps de quitter les locaux communaux qu’elle occupait. A Villers-Cotterêts (Aisne), ça a été le ramassage scolaire des quartiers excentrés qui a été remis en cause, tandis que les tarifs de la cantine scolaire se sont envolés alors que la ville ne connaissait aucun problème de finances, le maire expliquant vouloir responsabiliser les familles : « Rien n’est gratuit dans ce monde. Expliquons aux gens que tout à un prix. » À Fréjus (Var), le maire a gelé les subventions d'associations sociales et culturelles du quartier de La Gabelle, majoritairement habité par une population très pauvre. Au Luc (Var), après l'annonce par le préfet de l'arrivée d'une trentaine de migrants dans un centre agréé, ça a été un déferlement de propos de rejet de ces malheureux qualifiés de « clandestins » dans une lettre du maire à ses administrés, assorti du vote d'une charte intitulée « Ma commune sans migrant ».
L'EXTRÊME-DROITE, C'EST LA DÉMOCRATIE LOCALE BAFOUÉE
À Hénin-Beaumont (Pas-de-Calais), c'est un adjoint au maire, directeur de la publication du magazine municipal, qui a été condamné pour non respect de la pluralité et du droit de réponse, pendant que le maire s'emploie sans cesse à museler ses détracteurs (lire ICI une interview de Marine Tondelier, conseillère municipale écologiste). À Orange (Vaucluse), c'est une curieuse conception de la démocratie, avec une mairie qui, pour un sujet aussi important que le vote du plan local d'urbanisme, s'est refusée à fournir les documents nécessaires à la connaissance du dossier.
L'EXTRÊME-DROITE, C'EST UNE DÉGRADATION DE LA GESTION LOCALE
On se souvient bien sûr de l'état exsangue dans lequel le Front National a laissé les finances de notre ville voisine de Toulon en 2001. Mais c'est de partout pareil. À Beaucaire (Gard), la chambre régionale des comptes d’Occitanie, dans un rapport produit en 2020, a mentionné « des défaillances en série », une « gestion hasardeuse », des « recrutements irréguliers », des « rémunérations anormales en heures supplémentaires », « l’absence de stratégie RH », « un budget en communication disproportionné » et des « changements brutaux d’affectation de personnels ». Encore tout près de chez nous, je renvoie aux récents articles de la presse pour se faire une idée de ce qu'il en a récemment été à Cogolin et à Fréjus, avec des mises en cause des maires sur des dossiers financiers.
L'EXTRÊME-DROITE, C'EST UNE EXACERBATION DE L'EXCLUSION
À Hénin-Beaumont, comme à Perpignan (Pyrénées Orientales), à Fréjus (Var) et Béziers (Hérault), le média "Ripostes" a rapporté que « les pratiques violentes et discriminantes des polices municipales de ces villes dirigées par l’extrême droite font régulièrement la une a minima des médias locaux et régionaux et, parfois, s’étalent dans la presse nationale. Suréquipées, armées, ces polices bénéficient de moyens et d’effectifs bien supérieurs à ce qu’il est possible de constater dans des agglomérations de taille équivalente. » On n'a pas de mal à imaginer ce que pourraient devenir les forces de police d'une extrême-droite au pouvoir national, au service d’une politique d’exclusion, outrepassant en permanence le rôle qui leur est dévolu.
« L'essayer, c'est l'adopter. » Ce slogan publicitaire, utilisé tour à tour pour une bicyclette, une cafetière, du dentifrice, des lentilles oculaires ou une chaîne hôtelière, l'extrême-droite l'a fait sien depuis une dizaine d'années. Pourtant, on le voit à l'usage, ceux qui l'ont essayé dans leurs communes s'en sont pour beaucoup mordu les doigts. Derrière les sourires, les selfies et les tapes sur l'épaule d'une campagne électorale locale, c'est le pire qui se cache et peut survenir.
Trente-cinq ans après la fin d'une dictature qui a causé 40000 victimes, j'ai aujourd'hui une pensée pour le peuple du Chili. Et en particulier pour nos amis de Tortel, commune-sœur de La Seyne. Je ne voudrais pas devoir en avoir une, demain, pour La Seyne, voire, après-demain, pour notre Nation.
Puissent l'avoir en tête ceux qui, par leur nécessaire et toujours possible unité autour d'un projet social, écologiste et humaniste, peuvent éviter aux Seynoises et Seynois d'avoir à... l'essayer.
Ci-dessous quelques notes du chanteur Julos Beaucarne qui devraient nous rappeler que le pire ne s'est pas arrêté avec les années 40...
/image%2F1454492%2F20200923%2Fob_71c4f4_vuillemot-photo-blog-copie.png)
/image%2F1454492%2F20200923%2Fob_5f0fc6_vuillemot-photo-blog-copie.png)
/image%2F1454492%2F20240711%2Fob_422106_ob-3bd55f-capture-d-ecran-2019-03-04-a.png)
