11 janvier 2010 1 11 /01 /janvier /2010 09:24

http://www.lesmanantsduroi.com/Images12/delattre-tassigny.jpgCertains trouvent "ringarde" la multiplication des cérémonies commémoratives des grands faits et des grands hommes qui ont marqué l'histoire chaotique de notre XXè siècle. "La musique qui marche au pas, cela ne me regarde pas", chantait un grand monsieur libertaire à la mauvaise réputation...

Pour dire vrai, j'aurais eu un peu tendance à être de ceux-là qui, outre fredonnent cet air, ont aussi envie de le mettre en pratique. Mais, d'abord conscient des responsabilités qui incombent à ma charge, je me prête au jeu depuis ma première élection au conseil municipal, en 1993. Et puis je réalise au fil des ans combien, derrière le cérémonial, et au fil des jalons qui sont posés dans l'année par le rythme des célébrations patriotiques, il y a peut-être matière à se questionner sur ces valeurs de la Paix, de la République, dont l'universalité reste largement à parfaire, si l'on regarde ce qui se passe dans le Monde. Et chez nous.

C'est la présence des gamins du collège de mon quartier Berthe où j'ai exercé presque trente ans, chantant régulièrement La Marseillaise avec leurs profs au pied du Monument aux Morts, qui m'a fait réaliser que, peut-être, les mots récurrents, les symboles, les rituels républicains, pouvaient aider à la construction de valeurs qui, loin d'être passéistes, peuvent aider à conforter les efforts d'éducation citoyenne. Ça ne fait de mal à personne et, par les temps qui courent, avoir quelques références à celles et ceux qui ont marqué l'histoire récente par des faits qui nous permettent aujourd'hui de vivre en un espace libre du Monde, ça ne peut que nous encourager à tenter de le maintenir tel, voire à en promouvoir les valeurs là où elles font défaut...

C'est comme ça que j'ai pris part dimanche à la cérémonie en mémoire de Jean de Lattre de Tassigny, aux armées duquel La Seyne doit d'avoir été libérée de l'oppression nazie le 26 août 1944.

Monsieur Raymond Borla, président de l'association seynoise "Rhin et Danube", a détaillé la vie de cet homme marquée, comme celle de chacun d'entre nous, de bons et de moins bons côtés.

Quant à moi, j'ai tenté dans mon propos de faire acte de pédagogie et relier les faits historiques à quelques idées républicaines qui valent plus que jamais d'être défendues...

"Tout aura été dit sur le soldat d'exception que fut Jean de Lattre, et il est toujours difficile d'intervenir sur un tel homme sans lasser son auditoire par la redite.

"La République lui aura été reconnaissante en lui décernant, pour ses faits d'armes au cours de l'une ou l'autre des guerres où il s'est illustré, pas moins de 10 décorations prestigieuses. Ce qu'on sait moins, c'est que le maréchal a aussi été honoré comme civil et qu'il était aussi titulaire de la médaille d'or de l'éducation physique et de la médaille d'or de la santé publique.


"Et les autres nations du monde ont aussi su reconnaître en lui l'un des artisans déterminants de la Paix et de Liberté, ces biens de l'humanité qui devraient être universels. Et qui ne le sont toujours pas.


"Peu d'entre nous savent que Jean de Lattre fut aussi honoré des plus hautes distinctions de l'Argentine, de la Belgique, du Brésil, du Bénin, de Cambodge, du Chili, de Cuba, du Danemark, du Laos, du Maroc, du Mexique, de la Norvège, des Pays-Bas, de la Pologne, du Royaume-Uni, de la Tchécoslovaquie, de la Tunisie, des Etats-Unis, de l'Union Soviétique.

"Et même, bien qu'il fut haut-commissaire et commandant en chef du corps expéditionnaire français en Extrême-Orient de 1950 à sa mort, qu'il mit sur pied une armée nationale vietnamienne contre le Vietminh, et qu'il eut remporté trois victoires contre les hommes du général Giap, et même, donc, de la part du Vietnam qui se battait pour la liberté de son peuple et a néanmoins reconnu la valeur de l'homme en l'élevant à la dignité de Grand Croix de son ordre national.

"Il est bien normal que La Seyne, qui doit sa liberté aux troupes qu'il commandait, lui rende chaque année hommage, aux alentours de ce 11 janvier où sa vie s'est arrêtée il y a près de 60 ans.

"Car, sur quelque terrain d'action que ce soit, de Lattre a su jusqu'au bout faire rêver ses hommes, aussi disparates que furent ses armées, des soldats de la métropole aux troupes coloniales jusqu'aux Forces Françaises de l'Intérieur entre lesquels il avait réussi ce qu'on a appelé "l'amalgame", les faire rêver à la victoire de la volonté sur la fatalité en leur léguant la plus belle de ses devises : "
Ne pas subir."

"Que la jeunesse contemporaine sache s'inspirer des gestes d'un tel homme. Et il avait lui-même pressenti l'importance de la mémoire pour que ne s'éteigne jamais le devoir de vigilance pour la Paix et la défense des valeurs de la République, en écrivant à ses hommes, à Berlin, le 9 mai 1945, au lendemain de la signature de la capitulation allemande : "Soldats vainqueurs, vos enfants apprendront la nouvelle épopée que vous doit la Patrie". Alors, nous aussi, souvenons-nous, et parlons-en inlassablement aux enfants de notre République."

 

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Publié par Marc Vuillemot - dans Devoir de mémoire
12 novembre 2009 4 12 /11 /novembre /2009 08:00

Nous étions nombreux, hier, aux cérémonies commémoratives du 91ème anniversaire de l'armistice de 1918. Un quotidien local en a retenu que j'aurais salué la rencontre Sarkozy-Merkel qui se déroulait au même moment à Paris. Je ne sais pas où le journaliste a pu trouver ça dans mon propos ! Mais, bon... on ne va pas en faire un fromage.

Voici l'intégrale de mon allocation à l'occasion, qui traitait essentiellement d'un regard à poser sur la mémoire...

 

"Nous voilà réunis pour le souvenir d’une guerre qui bouleversa l’Europe il y a plus de 95 ans. Désormais les témoins ont disparu, et parmi eux, les victimes qui portaient cette guerre dans leur chair, leur sang, leurs souvenirs.

 

Notre sentiment de contemporains du XXIe siècle est que la chaleur de leur vécu délivrait une vérité dont nous ne saurons jamais rendre compte dans nos jugements distancés.


Avec le temps, une dilution s’opère et des interrogations se précisent : Quelle vérité dispenser ? Quelle mémoire privilégier ?


Les réponses, selon les interprétations, sont lourdes de responsabilité sur l’avenir. Gardons-nous aujourd’hui des images trop mortifères propres à entretenir la défiance et la haine des peuples et gardons-nous de prendre le risque de perdre le sens du futur et le goût du présent.


Pourtant la mobilisation des repères historiques reste indispensable : ils contribuent à forger les identités politiques et, plus encore, la citoyenneté.


Mais pas d’angélisme, ces dates commémoratives, choisies avec soin, dotées par une volonté partisane d’un sens univoque, ont servi une république de consensus dans le combat, consolidant des fondations encore fragiles en masquant volontairement les aspects les plus négatifs. Oui, « Gouverner c’est faire l’histoire ». Et nous enseignons, de fait, l’histoire des vainqueurs.


Sur les causes de la Première Guerre mondiale, le débat est quasiment clos ; la responsabilité incombe aux alliances militaires et diplomatiques, et, surtout, aux chocs des intérêts coloniaux, commerciaux et économiques.


Aujourd’hui, je retiendrai trois hommes et trois dates. Chacun, à leur manière, marquent la Grande Guerre.


D’abord, Jean Jaurès. Il est le chantre du pacifisme des peuples, aussi est-il assassiné le 31 juillet 1914 par Raoul Villain : les bellicistes, essentiellement marchands de canon et manufacturiers en mal de ventes, occupent désormais la scène. En apprentis sorciers ! Nous le savons aujourd’hui.


Puis le caporal Peugeot, premier tué français, le 2 août 1914 à Joncheray, après avoir abattu son propre meurtrier, Camille Mayer. Au mythe de l’Union sacrée, selon les mots de Raymond Poincaré, l’union sacrée des forces politiques, syndicales, religieuses, devant les dangers que la patrie devait affronter, à l’image privilégiée des Pioupious, fiers et insouciants aux fenêtres des trains fleuris pour la circonstance et scandant « Noël à Berlin ! », succède la réalité d’un déchainement inouï de violence guerrière et l'affreuse dépréciation de la vie humaine qui en résulte !


Rapportée aux effectifs de la nation armée, à ses 8 millions d’hommes mobilisés et à 1.400.000 morts, la Grande Guerre n’est qu’une vaste boucherie de masse.


Enfin, le 12 mars 2008 s’est éteint l’ultime témoin français de l’atrocité des combats. Le témoignage de Lazare Ponticelli conforte ce qui, peu à peu, constitue une autre mémoire de la guerre, non pas patriotique et sacrificielle - l’historiographie conventionnelle - mais dénonciatrice, en particulier de l’incompétence de certains officiers généraux, de leur aveuglement, des conditions faites à l’homme de troupe, chair à canon, et devant l’horreur, internationaliste et pacifiste.


Rappelez-vous cette polémique déclenchée par Lionel Jospin, alors premier ministre, lorsqu’il prononça le 5 novembre 1998, à Craonne, sur le lieu emblématique du Chemin des Dames, ces mots : « Certains de ces soldats, épuisés par des attaques condamnées à l’avance, glissant dans une boue trempée de sang, plongés dans un désespoir sans fond, refusèrent d’être des sacrifiés. Que ces soldats, « fusillés pour l’exemple », au nom d’une discipline dont la rigueur n’avait d’égale que la dureté des combats, réintègrent aujourd’hui pleinement, notre mémoire collective nationale ! »


Vérité, mémoire... des notions très controversées dès lors qu’elles servent exclusivement à « faire aimer et faire comprendre la patrie ». comme le disaient les manuels scolaires de la IIIème République.


La mémoire comme credo, si j’ose dire, de l’école de Jules Ferry ou en récupération de l’identité de toutes les minorités, sociales, coloniales, provinciales, des femmes, des ouvriers, des colonisés, des proscrits, est une mémoire tronquée qui, au final, laisse aux décisions politiques le soin de juger et d’arbitrer. Et ces décideurs s’emploient alors à délivrer les vérités d’un passé choisi ; de Gaulle à dit : « C’est avec des mythes et des légendes que l’on valorise une ambition et que l’on construit une nation ».


Ne croyez pas que notre présence devant ce monument aux morts est anecdotique ou désuète. Nous sommes les instruments de la formation civique et de la conscience des populations. Notre devoir de citoyen est d’user de notre mémoire dans un exercice critique où l’honnêteté dispute à l’exactitude.


Je suis heureux que la France et l’Allemagne élaborent ensemble un manuel d’histoire à destination des classes de lycée. C’est ce regard croisé qui alimente l’objectivité.


Dans ce monde acculé au présent, condamné au zapping et dominé par les médias, l’exemplarité du passé, étudié dans tous ses aspects, est plus nécessaire que jamais."

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Publié par Marc Vuillemot - dans Devoir de mémoire
12 octobre 2009 1 12 /10 /octobre /2009 06:07

Ils étaient nombreux à la Bourse du Travail, vendredi soir, les anciens combattants d'Algérie, de Tunisie et du Maroc, à l'occasion de la réunion de l'Assemblée générale de leur association, la F.N.A.C.A.

J'ai failli m'en réjouir. Mais cela signifiait hélas qu'ils ont été nombreux, trop nombreux, beaucoup trop nombreux, à avoir dû passer des mois et des mois de leurs plus belles années à combattre pour une guerre qu'ils n'ont pas voulue. Et qui n'a reçu le nom de guerre que quarante longues années après le cessez-le-feu de mars 1962, après que leur association a bataillé ferme pour en obtenir la reconnaissance. Je le leur ai dit.

J'ai aussi évoqué ce 19 mars d'il y a près de cinquante ans. J'ai eu une pensée, avec eux, pour ceux qui ont été fauchés par l'horreur de ce conflit avant ce printemps 62. Et pour les autres, qui sont morts dans les temps qui ont suivi, malgré les accords d'Evian et l'appel au dépôt des armes. Et pour ceux qui portent encore dans leur chair et dans leur coeur les stigmates de la bestialité humaine, anciens combattants, veuves, harkis, pieds noirs.

Je leur ai dit que je partage leur volonté que ce soit le 19 mars qui honore les victimes de ce conflit, car cette date à un sens, et non le 5 décembre, jour qui n'a aucun fondement historique. Le président départemental de la F.N.A.C.A. m'a rappelé les termes du décret instaurant cette date commémorative officielle :

Article 2
Chaque année, à cette date, une cérémonie officielle est organisée à Paris.
Une cérémonie analogue a lieu dans chaque département, à Mayotte, en Nouvelle-Calédonie, en Polynésie française, à Saint-Pierre-et-Miquelon et dans les îles Wallis et Futuna, dont l'organisation est laissée à l'initiative du représentant de l'Etat.


Il est bien écrit "dans chaque département". Rien n'oblige donc une commune à organiser une telle manifestation. Et, si je me devrai, le 5 décembre prochain, d'assister comme élu de la République à la cérémonie que le préfet organisera conformément aux textes quelque part dans le Var, je vais demander aux élus de la majorité municipale de discuter avec les anciens combattants de l'opportunité d'en organiser une à La Seyne.

Et, bien sûr, comme chaque année, je serai présent aux côtés de la F.N.A.C.A. et des autres associations patriotiques à la cérémonie associative organisée le 19 mars.

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Publié par Marc Vuillemot - dans Devoir de mémoire
19 septembre 2009 6 19 /09 /septembre /2009 15:38

11 septembre... 1973 : coup d'État de Pinochet contre le régime démocratique d'Allende au Chili, avec l'appui des États-Unis. Je pense à Victor Jara, chanteur communiste chilien, enfermé avec des milliers de défenseurs de la Liberté au Stade National de Santiago, à qui les militaires de la junte ont tranché les doigts avant de lui ordonner de jouer de la guitare puis de l'assassiner.

11 septembre... 2009 : Molineris, peintre seynois de talent, expose à la Villa Tamaris. Un homme engagé pour donner à voir le monde qui court à sa perte, le sang, la sueur et les larmes. Les pierres et les fusils. Les enfants soldats et les tombes. Un homme aussi qui éveille sans relâche à l'art les habitants, jeunes et adultes, de nos quartiers populaires. Un homme qui fait pousser des doigts.




La chanson "Lettre à Kissinger" (Julos Beaucarne), qui conte le martyr de Victor Jara...


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