3 janvier 2019 4 03 /01 /janvier /2019 10:07

Funeste hasard du calendrier, c'est au lendemain d'un Jour de l'An, traditionnellement empreint de gaieté et d'espoir, qu'est commémoré depuis soixante-quatorze ans le tragique drame survenu au Plateau de la Limate, sur les hauteurs de la commune de Signes, où l'occupant nazi a sauvagement assassiné de jeunes résistants d'un maquis varois ainsi que le berger qui les aidait à se cacher.

Comme tous les ans, j'y étais ce mercredi, en compagnie de Christian Pichard et Toussaint Codaccioni, actuel et ancien adjoints seynois chargés du devoir de mémoire, avec de nombreux autres élus de l'Ouest-Var et des communes limitrophes des Bouches-du-Rhône, autour d'Emmanuel Cayron, sous-préfet directeur de cabinet du préfet du Var, de Jean Michel, maire de Signes, de Philippe Vitel, vice-président de la Région Provence, des membres des corps constitués, civils et militaires, des associations d'anciens combattants et résistants, dont l'Association nationale des anciens combattants et amis de la Résistance (ANACR), organisatrice de la cérémonie, mais en l'absence – remarquée, incompréhensible et déplorée – de tout représentant du Département et du Parlement...

En ces temps de détresse citoyenne sur fond de fragilité des institutions républicaines, à l'heure où il est d'usage de formuler les vœux les meilleurs pour l'année qui s'ouvre, je me permets, avec son autorisation, de m'approprier, en guise de souhaits que je tiens à livrer à mes concitoyens pour 2019, le discours poignant prononcé par Gérard Estragon, président de l'ANACR du Var, qui a représenté pour moi une invitation en forme de serment à faire plus que jamais preuve de vigilance et à aiguiser notre esprit de résistance...

 

« Le Comité Varois de l'Association nationale des anciens combattants de la Résistance et amis de l'Association que j'ai l'honneur de présider dans le Var vous remercie pour votre présence fidèle, année après année, afin de commémorer le souvenir des dix maquisards et du courageux berger Ambroise Honnorat abattus à la ferme des Limates au petit matin du dimanche 2 janvier 1944. Un grand merci également à Monsieur Michel, le maire de Signes, vigilant gardien du passé résistant de son courageux village.

« A l'aube de ce dimanche tragique, un groupe d'environ 50 soldats allemands ou portant l'uniforme allemand, encadrés de leurs officiers, quittent le moulin du Gapeau et progressent en direction de la ferme des Limattes où se trouve basé le camp Marat tenu par 10 maquisards FTP.

« Ambroise Honnorat, un berger de 67 ans, est impitoyablement abattu, les jeunes maquisards âgés de 21 à 23 ans, leurs munitions épuisées, brisent leurs armes.

« Les soldats allemands obligent les combattants désarmés à creuser la fosse dans laquelle ils vont jeter leurs corps mutilés après les avoir exécutés. Sur l'un d'entre eux furent relevés 37 impacts d'arme blanche.

« Ces jeunes patriotes étaient des vétérans de la Résistance armée, pour la plupart fondateurs en 1943 du camp Faita dans les Maures. Les nazis les qualifiaient de terroristes, mais ils étaient d'authentiques combattants sans uniforme, affrontant l'ennemi à visages découverts. Leur sacrifice à contribué à sauver l'honneur de la France. 

« Dans la fosse de 7 mètres de long, le garde Jules Sansonetti et Ludovic Basset découvrent côte à côte les corps mutilés de Pierre Valcelli de Salernes, Serge Venturicci, boulanger au Luc, Paul Battaglia, ouvrier tailleur de Sainte-Maxime, Giamma Joseph et Perruca Jean, tous deux originaires de Savoie, le matelot Georges Lafon qui n'avait que 21 ans, le pompier parisien Amédée Huon, Joannis Yvan, le moniteur de ski, mais également, unis dans le combat comme dans la mort, l'officier aviateur italien Alphonso, ainsi que le corps d'un inconnu venu mourir sur ce plateau de Signes en ce matin glacial pour que vive la France.

« Aux noms de ces martyrs nous joignons ceux de Lucien Hennon, Sansonetti et Basset, décédés dans les camps de la mort où ils furent déportés pour avoir voulu donner une sépulture décente aux maquisards massacrés.

« Paul Battaglia a donné son nom au détachement du Bessillon ; Valcelli, au détachement Santerre de la 1ère Compagnie FTPF de Provence ; Venturucci au détachement Guy Mocquet. Au-delà de la mort le combat continuait : on peut abattre des résistants, on n'abat pas la Résistance !

« En ce début 44, la terre de Signes s'imbibait du sang de ces patriotes auquel devait s'ajouter celui des 8 jeunes de Siou-Blanc fusillés à La Rouvière, de deux autres à Méounes le 20 juin, mais aussi l'horrible assassinat de 29 patriotes le 18 juillet 44, suivi des 9 fusillés du 12 août après qu'ils ont subi d'effroyables tortures. 

« Lourd tribut payé par ceux qui refusaient la soumission à l'occupation nazie et à l'État français de Vichy sur cette terre républicaine du Var, à l'image de la population de Signes qui, pendant la tourmente, a fait preuve de courage et de dignité. Les enquêteurs n'ont jamais pu obtenir d'elle aucun renseignement : ça n'est pas un détail en un temps où la délation était monnaie courante.

 

DEVOIR DE VIGILANCE, PLUS QUE JAMAIS

« Les évènements tragiques qu'a subis notre pays depuis ces dernières années doivent nous rappeler notre devoir de vigilance. Trop de murs se dressent, trop de frontières se ferment dans cette Europe de 2018 que nous espérions pacifiée, fraternelle et solidaire.

« Trop de voix inspirées par la haine de l'autre, le racisme, le fanatisme aveugle, la résurgence de l'antisémitisme, se font entendre dans cette Europe que nous pensions apaisée et trouvent un trop large écho dans nos villes et nos villages. Ne laissons pas cette gangrène infecter nos cœurs, nos esprits ou, pire, nos institutions. La République, si chèrement restaurée au prix du sacrifice d'hommes et de femmes qui voulaient vivre libres, est aujourd'hui menacée. Face à ces réels dangers, la lâche indifférence serait coupable, l'esprit de résistance, celui qui fit se dresser les hommes et les femmes de 40/44, doit à nouveau habiter nos cœurs, armer nos consciences.

« Alors qu'en 2018 résister n'est plus risquer la mort, la déportation, la torture et les représailles qui furent le sort des résistants de Signes, les armes pacifiques de l'esprit de résistance sont la Raison, la détermination, le respect du Droit, nos consciences citoyennes, forts que nous sommes des valeurs de la République, des principes toujours actuels qui sous-tendaient le programme du Conseil National de la Résistance et des droits et devoirs sans cesse à défendre et à promouvoir de la Déclaration universelle des droits de l'Homme de 1948.

« Oui, ce sont bien là les armes pacifiques de ceux qui refusent l'intolérable, les injustices sociales, l'asservissement à l'argent roi,  l'obscurantisme et les habits neufs dont certains parent les dépouilles des fascismes rances ou des spectres du nazisme. Des pays amis, des pays frères, avec lesquels se construit pas à pas une Europe qui se veut pacifique, solide et solidaire dans le maëlstrom de la globalisation, ont déjà succombé aux pires dérives nationalistes prêchées par des démagogues populistes irresponsables.

« Face à ces dangers qui grondent, il faudra bien que les héritiers de ces combattants volontaires issus de la population civile, tels ceux de la Limate, se lèvent, parlent, résistent, et contribuent à faire reculer ces fantômes, ces morts vivants qui menacent notre art de vivre, nos institutions, notre vie démocratique et la Paix si chèrement acquise.

« Oui, la Paix. En ce début d'année 2019, trop de bruits de bottes, trop d'argent englouti dans le surarmement, le renforcement de la foudre nucléaire, trop de tentatives ou de tentations de régler les problèmes par le droit de la force plutôt que par la force du droit. Les résistants qui nous ont transmis le flambeau nous l'ont précisé jusqu'à leurs derniers souffles :  ils étaient des combattants de la paix.

« Il faudra bien que ceux qui n'ont pas oublié le sacrifice des 10 des Limates et la longue cohorte des suppliciés qui les accompagne disent "non" à la lente dérive de nos sociétés, à l'abandon des plus faibles, au refus de la solidarité, à l'ignorance et à l'obscurantisme, facteurs de guerre et de conflits.

 

LE VŒU D'UNE FRANCE OUVERTE, GÉNÉREUSE, ACCUEILLANTE, FRATERNELLE

« Il faudra bien qu'avant que la nouvelle peste brune qui s'insinue dans les gouvernements des états qui nous sont proches et qui contamine déjà une partie de notre opinion publique nationale en attendant d'infecter nos instances dirigeantes, il faudra bien, oui, que l'esprit de résistance fasse se dresser des citoyens actifs, refusant les injustices sociales, terreau fertile de tous les extrémismes, et exigent que liberté, égalité, fraternité, laïcité, ne soient pas des mots dévitalisés gravés dans le marbre glacé de nos temples républicains, mais irriguent de leur sang chaud une société française, ouverte, généreuse, accueillante. Oui, accueillante comme nous avons su le faire dans le passé, fraternelle, équitable, telle que la rêvaient ceux qui, dans les années sombres, allaient donner leur vie  pour l'avènement "des Jours Heureux" qu'espérait le toulonnais Gabriel Péri, antifasciste de la première heure, et qui inspire l'action de l'ANACR d'aujourd'hui.

« C'est ce rêve, n'en doutons pas, qui donna le courage aux 10 des Limates pour sortir de l'ombre, combattre sans uniforme et mourir en pleine lumière dans ce petit matin glacial du 2 janvier 44. Ils n'avaient pas trente ans. Tâchons en 2019 d'être à la hauteur de leurs espoirs. Je souhaite que nous pensions à eux lorsque, tous ensemble, nous entonnerons d'une seule voix ce vivant symbole de la Liberté des peuples, notre hymne national, La Marseillaise.

« Vive Signes la résistante, vive la Provence, terre des libertés, vive la France républicaine. »

 

HEUREUSE ANNÉE À NOS CONCITOYENS DE LA SEYNE,

TERRITOIRE À ÉNERGIE POSITIVE,

CITÉ FRATERNELLE D'OUVERTURE, D'ACCUEIL, D'ÉQUITÉ ET D'HARMONIE,

TERRE DE VIGILANCE FACE À TOUS LES OBSCURANTISMES

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Publié par Marc Vuillemot - dans Devoir de mémoire Idées et politique générale

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Marc VUILLEMOT

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