11 novembre 2025 2 11 /11 /novembre /2025 04:38

 

Aujourd'hui est commémorée la signature de l'armistice qui mit fin à quatre années d'une guerre qui aura fait près de 19 millions de morts, pour moitié des civils, et près de 22 millions de blessés militaires, sans compter le nombre incalculable de civils meurtris dans leur chair.

 

On rend hommage depuis 1922 à tous ceux qui tombèrent pour la patrie. Dans d'autres pays, des cérémonies similaires ont également lieu. C'est bien. Et l'idée lancée ces derniers temps par le gouvernement que le 11 novembre ne soit plus un jour férié, pour de minables raisons de contribution à l'équilibre budgétaire de l'État, est un affront à la mémoire des millions de morts pour la France, reconnus comme tels ou non.

 

Mais on parle rarement les 11 novembre de ceux qui, hélas sans succès, tentèrent de sauvegarder la Paix. Parmi eux, et surtout, les socialistes et communistes, qui étaient alors, en France, ensemble dans un seul parti, la SFIO, mais malheureusement pas leurs camarades de l'autre côté du Rhin...

 

 

En témoigne le dernier éditorial de Jean Jaurès, paru dans L'Humanité du 31 juillet 1914, le matin même de son assassinat : « C'est à l'intelligence du peuple, c'est à sa pensée que nous devons aujourd'hui faire appel si nous voulons qu'il puisse rester maître de soi, refouler les paniques, dominer les énervements et surveiller la marche des hommes et des choses, pour écarter de la race humaine l'horreur de la guerre. Le péril est grand, mais il n'est pas invincible si nous voulons garder la clarté de l'esprit, la fermeté du vouloir, si nous savons avoir à la fois l'héroïsme de la patience et l'héroïsme de l'action. » Trois jours plus tard, l'Allemagne déclarait la guerre à la France.

 

En Allemagne, au contraire, le 4 août 1914, au Reichstag, les députés socialistes ont voté les crédits de guerre. Il y eut certes une minorité assez significative qui s'y opposa mais elle vota pour par discipline de parti. Le socialisme allemand était traversé depuis ses débuts par des courants réformistes forts à côté d'une frange clairement révolutionnaire. L'un de ses chefs de file, Bernstein, se fit le théoricien contre Marx de ce révisionnisme : importance des facteurs moraux dans la formation de la conscience des peuples, refus de croire à une évolution catastrophique de l’économie et du devenir social, affirmation de l’atténuation de la lutte des classes. Cela a suffi à empêcher les socialistes allemands de s'opposer frontalement aux conservateurs bellicistes. La patrie du socialisme – celle de Marx et Engels – s'était mise d'elle-même hors jeu.

 

Une unité des progressistes européens d'alors n'aurait sûrement pas empêché le carnage, tant les idées nationalistes étaient prégnantes. Mais ça invite à réfléchir. Dans le monde d'aujourd'hui qui frémit d'angoisse au regard de la réalité géopolitique qui le traverse, l'unité des courants des gauches, du local à l'international, se justifie autant qu'il y a 110 ans pour tenter d'empêcher les va-t-en-guerre de faire monter la pression. Le capitalisme sauvage, les totalitarismes, les autoritarismes, dont ceux qui se cachent aujourd'hui comme hier derrière le terme de "socialisme", c'est la guerre. On honore aujourd'hui les Morts pour la France, et c'est très bien. Et les Morts pour la Paix, combien y songeront ce 11 novembre 2025 en déposant leurs gerbes devant les Monuments ?

 

 

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Publié par Marc Vuillemot - dans Devoir de mémoire