18 avril 2020 6 18 /04 /avril /2020 12:42

Dans une semaine, dimanche prochain, aurait dû se tenir la commémoration annuelle à la mémoire des déportés des camps de concentration et d'extermination du régime nazi. C'est en effet le dernier dimanche d'avril que nous nous retrouvons autour de notre Monument aux Morts, corps constitués et citoyens, souvent en présence de jeunes écoliers, collégiens et lycéens, dont les professeurs profitent de cette occasion pour évoquer avec leurs élèves le temps de la déportation et du terrible système concentrationnaire.

Cette année, bien sûr, la cérémonie n'aura pas lieu, par décision compréhensible de l'État. Cela ne nous interdit pas de mettre à profit la semaine qui nous sépare d'elle, depuis nos confinements, pour, sous une forme moins collective et moins solennelle qu'habituellement, avoir une pensée pour les victimes de ces heures sombres de l'histoire mondiale...

 

Nous nous en tiendrons, dimanche 26 avril, suivant les instructions de la préfecture, à hisser les drapeaux sur les mâts qui dominent notre Monument aux Morts. Les fleuristes étant interdits d'ouverture et les rassemblements prohibés, il ne pourra être procédé aux habituels dépôts des gerbes des associations d'anciens combattants, et des représentants de la Région, du Département et de la Ville. Je ferai néanmoins publier sur le site Internet de la commune le message, s'il nous est fourni, que délivre habituellement la secrétaire d'État auprès de la ministre des Armées, chargée des Anciens combattants, et celui que j'aurais prononcé.

 

UNE AUTRE FAÇON CRÉATIVE D'EXERCER NOTRE DEVOIR DE MÉMOIRE

Il m'est venu à l'idée de suggérer aux jeunes – et, pourquoi pas, aux moins jeunes – qui le souhaiteraient de mettre à profit leur temps de confinement pour des activités d'éveil aux réalités de cette terrible époque, par exemple celles proposées sur le site de Yad Vashem ou le « mur interactif » mis en ligne sur le site du Camp des Milles, ou encore le site du camp d'Auschwitz-Birkenau (en anglais).

Et je propose à ceux qui le voudraient, là encore jeunes et moins jeunes, de m'envoyer avant le 25 avril par courriel ou WeTransfer (à vuillemotmarc@gmail.com) des photos de dessins, peintures, sculptures, enregistrements audio ou vidéo, musique ou chanson, ou autres, et autres supports artistiques, qu'ils réaliseraient eux-mêmes (pas de copies !) sur le thème dans la semaine qui s'ouvre et que, avec leur autorisation, je mettrais en ligne sur mon blog et ferais mettre sur le site de la Ville dimanche prochain, jour officiel de cette commémoration au caractère très particulier cette année.

Je suggère enfin que cette même démarche de petites (ou importantes !) créations thématiques à me faire parvenir au plus tard aux veilles des autres rendez-vous commémoratifs annulés pour cause de pandémie :

> la commémoration du génocide arménien de 1915 (24 avril)

> la commémoration de la victoire du 8 mai 1945 sur l'Allemagne nazie et ses alliés (8 mai)

> la Journée de l'Europe (9 mai)

> la commémoration de l'abolition de l'esclavage (10 mai)

 

Ce sera notre façon seynoise de ne pas oublier et de nous redire « plus jamais ça ! ».

 

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Publié par Marc Vuillemot - dans Devoir de mémoire
11 janvier 2020 6 11 /01 /janvier /2020 17:24

De notre concitoyen François Grosso, 94 ans, vétéran de la Première armée française libre, tout jeune engagé volontaire auprès de celui qui n'était encore “que” général, avant d'être élevé à la dignité de maréchal, Jean de Lattre de Tassigny, libérateur de La Seyne en août 1944, aux 45 jeunes Seynois et Ouest-Varois de 16 à 21 ans, filles et garçons, qui consacrent volontairement leurs temps libres de l'année scolaire à une découverte de la Marine nationale, formés aux savoirs, savoir-faire et savoir-être par de dévoués militaires réservistes, dans le cadre de la Préparation militaire marine “Amiral Trolley de Prévaux” dont la ville de La Seyne est la marraine, en passant par la rencontre conviviale avec les bénévoles de  notre Réserve communale de sécurité civile, si actifs en prévention des incendies de forêt, et en appui aux service de secours lors des feux, de la canicule, des inondations et de tous les incidents qui jalonnent notre vie locale, ce samedi aura été riche de belles rencontres avec des Seynois de tous âges, de toutes conditions, de tous quartiers, ayant comme point commun une vraie volonté de se rendre utiles.

Je ne peux qu'encourager le maximum de nos concitoyens à faire comme ces Seynois dont l'altruisme constitue un exemple à saluer.

 

 

 

 

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26 septembre 2019 4 26 /09 /septembre /2019 20:32

À midi, à La Seyne, ce 26 septembre, nous avons décidé de mettre les drapeaux en berne sur nos édifices publics.

Comme toute la France, notre ville apprenait la mort de Jacques Chirac. Nous sommes attachés à une république respectueuse. Comme dans toute la France, la question d'honorer sa mémoire ne s'est posée dans la tête d'aucun des membres de notre municipalité, ni sûrement d'aucun de nos concitoyens, fussions-nous nombreux à ne pas avoir adhéré aux politiques qu'il a promues et conduites.

 

Le vieux président de la République restera celui dont je prononce le nom tous les ans, le dimanche de juillet le plus proche du 16, jour funeste de 1942 de l'abominable rafle du Vel d'hiv', à l'occasion de la Journée nationale à la mémoire des victimes des crimes racistes et antisémites de l'État français et d'hommage aux Justes de France.

Oui, Jacques Chirac a été celui qui, en 1995, a porté une belle et forte parole de la France, reconnaissant officiellement, en notre nom à tous, la responsabilité historique de notre pays dans l'abomination de la Shoah et des massacres des Juifs et de tous les « différents », affirmant avec solennité « que ces heures noires souillent à jamais notre histoire, et sont une injure à notre passé et à nos traditions. Oui, la folie criminelle de l'occupant a été secondée par des Français, par l'État français ».

Et Jacques Chirac fut aussi celui qui, en octobre de l'année suivante, à Jérusalem, en colère, réaffirma son engagement permanent et sans faille pour que se crée un État palestinien et une solution durable de paix avec deux États dans cette région du Moyen Orient. La Seyne, qui honore par les dénominations de lieux publics les trois prix Nobel de la paix que furent Yasser Arafat, Shimon Peres et Yitzhak Rabin, se doit de conserver et promouvoir la mémoire d'un de ses hommes d'État qui a porté courageusement cette belle parole universelle de paix et de fraternité. Elle anticipait pour cette région du monde l'opposition de la France, nation alors fière de son indépendance, portée en 2003 par la patiente autant que déterminée stratégie diplomatique de Jacques Chirac, à suivre les choix américains au moment où les États-Unis déclenchèrent la guerre en Irak, confirmée à l'ONU par son Premier ministre d'alors, Dominique de Villepin.

L'histoire de chaque homme connaît ses moments d'ombre, bien sûr. On n'oubliera pas l'épisode « [du] bruit et [de] l'odeur » ni les affaires judiciaires de la mairie de Paris. Mais l'heure est au souvenir des actes et propos grands et forts qui, par la bouche de Jacques Chirac, ont honoré et honorent notre Nation républicaine.

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Publié par Marc Vuillemot - dans Devoir de mémoire
21 juillet 2019 7 21 /07 /juillet /2019 06:34

 

Deux squares, l'un à Solliès-Pont, l'autre à La Valette, dotés chacun d'une belle sculpture, une plaque commémorative à Belgentier, et une belle stèle que nous avons fait installer en 2011 à la suite d'un concours d'artistes sculpteurs, sur notre Parc de la Navale, voilà, selon le Comité français pour Yad Vashem, les quatre lieux varois de mémoire des 27.362 « Justes parmi les Nations » reconnus, dont 4.099 Français, ces non Juifs qui, au péril de leurs vies, ont aidé des Juifs persécutés par l'occupant nazi, ainsi que de ceux dont on ignore qu'ils le firent également, demeurant après la guerre dans la discrétion et l'anonymat.

 

C'est autour de notre monument seynois que nous nous sommes retrouvés ce dimanche. Après les beaux textes lus par Jean Huillet, Seynois fils d'un Juste, par Annie Cittadini, qui nous a offert celui rédigé par des adhérentes de l'atelier d'écriture de l'association « Femmes dans la Cité », par les jeunes du Service Municipal de la Jeunesse, par Émilie Guérel, députée de notre circonscription, et par notre adjoint Christian Pichard, transmettant la parole du Gouvernement, j'ai prononcé une petite allocution...

 

« Nous sommes, comme chaque année, réunis le premier dimanche suivant le 16 juillet, date anniversaire de la funeste rafle du Vel d’Hiv’, pour une "journée nationale commémorative des persécutions racistes et antisémites commises sous l’autorité de fait dite “gouvernement de l’Etat français” (1940-1944)".

 

« La République, déposée par Pétain, s’est exonérée longtemps de cette infamie. Jusqu’à Jacques Chirac qui, avec courage et lucidité, a reconnu en 1995 une responsabilité de la France.

 

« En 2000, les "Justes de France" sont associés afin que la Nation témoigne sa reconnaissance à tous ceux "qui ont recueilli, protégé ou défendu, au péril de leur propre vie et sans aucune contrepartie, une ou plusieurs personnes menacées de génocide".

 

« Vous permettrez, cette année, que je dédie cette cérémonie à la mémoire d’Henriette Cohen, rescapée d’Auschwitz-Birkenau et décédée le 28 juin dernier. Elle était la doyenne française des rescapés. Son mari et ses deux filles furent sauvés par une famille de paysans des Bouches-du-Rhône, ces bienfaiteurs furent reconnus "Justes parmi les nations".

 

« Malheureusement, des crimes, au nom de la race, de la religion, de la différence, sont encore perpétrés de par le monde, dans des situations de guerre, ou pas. L’actualité montre que le rejet des autres guide encore de trop nombreux groupes de personnes.

 

« Il est triste de constater que partager quoi que ce soit avec un étranger, est devenu, plus qu’une crainte, une peur.

 

« Ce ne pourrait être qu’un constat navrant si l’instrumentalisation de ces peurs, la stigmatisation, et, in fine, la conversion de la question sociale en angoisse identitaire, n’était un chemin connu vers le pire.

 

« Inlassablement le travail éducatif, citoyen et humaniste est à remettre sur le métier. Notre mémoire à entretenir : selon les mots du philosophe et poète Hölderlin, on se remémore pour voir venir, c’est la rétrospective anticipative.

 

« Je suis très heureux que les femmes de l'atelier d'écriture de l'association « Femme dans la Cité » aient porté cette parole à faire passer, et, peut-être encore plus au regard de leur jeune âge, que nos animateurs communaux incitent et aident les ados des Espaces Accueil Jeunes municipaux à préparer et participer régulièrement à cette cérémonie. Ils doivent être fiers car ils montrent qu’ils sont l’avenir de cette mémoire. Nous ne dirons jamais assez le rôle capital de la transmission.

 

« Contre la haine, toutes les haines, affirmons nos principes et le respect des hommes, libres et égaux en droits… et en devoirs.

 

« Chacun a le droit à la liberté de conscience, à la liberté de culte, à la liberté de pensée. Chaque existence a droit à la différence… mais dans le devoir de respecter et d’appliquer les lois de la République.

 

« Nous devons garder espoir en notre capacité à fraterniser, à penser le monde, dans le respect de la terre, des espèces et des hommes, parce que l’immense majorité de nos concitoyens a montré, les jeunes en particulier, leur attachement à la diversité.

 

« Vive la République sociale, fraternelle, solidaire et durable ! Vive l'amitié entre les hommes ! »

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Publié par Marc Vuillemot - dans Devoir de mémoire
14 juillet 2019 7 14 /07 /juillet /2019 15:08

Le 14 juillet a été célébré ce dimanche en présence de dizaines de Seynois et de nos visiteurs, des représentants des pompiers, des polices nationale et municipale, de la réserve communale de sécurité, de la Marine nationale, du 519ème groupe inter-armes de transit maritime avec lequel La Seyne est jumelé, de la Préparation militaire marine Amiral Trolley de Prévaux dont notre commune est la marraine, de la Gendarmerie maritime, de la Philharmonique « La Seynoise » et de la « Clique seynoise », et des maires et adjoints de certaines de nos villes jumelles et amies (Allonnes, Bizerte, Buti, Maardu et Menzel Bourguiba). Après la lecture d'un texte émouvant écrit par les jeunes adhérents de notre espace sportif et d'accueil jeunes (ESAJ) de Berthe, j'ai moi-même prononcé le traditionnel discours républicain...

 

 

« Parfois, avec le temps, nous perdons l’idée qui a fait sens dans une fête. Celle du 14 juillet est née en 1790. Mais, parce qu’elle apparut trop subversive après le sacre de Napoléon, elle a été supprimée en 1804.

 

« Elle revînt avec éclat, en 1880, pour les raisons exactement inverses : glorifier l’avènement de la République par le peuple. Encore de nos jours, elle commémore la Révolution française. 

 

« Le 14 juillet 1789, est décidé le port de la cocarde, le peuple de Paris, figuré par le rouge et le bleu du blason de la ville, entourant le Roi symbolisé par le blanc. Ce peuple a enlevé fusils et canons aux Invalides. Et il est parti prendre la prison de la Bastille, symbole de l’absolutisme.

 

« Ce peuple découvrait le droit de s’insurger : quand des ministres créent la famine, il ne se contente pas de brandir des piques et d’en appeler à l’arbitrage du roi : il se substitue à son autorité. 

 

 

LA FÊTE ÉTERNELLE DU GENRE HUMAIN

 

« Le 14 juillet est donc une fête symbolique qui marque notre démocratie par l’irruption du peuple dans la sphère du pouvoir.

 

« Michelet espérait que le 14 juillet représenterait un jour “la fête éternelle du genre humain”. Mais, dans cette quête, il y eut bien des aléas, trois révoltes, 1830, 1848, 1871, deux empires, trois monarchies, deux guerres mondiales, quatre républiques. En 1958, avec la Vème, est créé le Conseil constitutionnel : la loi exprimera la volonté générale dans le respect de la loi suprême qu'est la Constitution. Plutôt que la révolte et les armes, place au verdict des urnes. Une République apaisée, un triangle vertueux : le peuple, ses élus, la loi.

 

« La France a promu une organisation nouvelle, qui, en donnant à l’individu toute sa place, le situe dans un cadre collectif. Être un homme parmi les hommes est une responsabilité. C'est parce que je suis responsable que je peux être libre.

 

« D’ailleurs, notre première liberté est cette volonté autonome de nous opposer, non seulement aux actes immoraux des autres, mais d'abord à nos propres désirs égoïstes.

 

« La nation démocratique fonde sa légitimité sur le citoyen. Ce dernier dispose des mêmes droits et doit remplir les mêmes obligations, indépendamment de son sexe, de son appartenance à une collectivité historique, de sa religion ou de ses caractéristiques économiques et sociales.

 

« Aux doctrinaires intolérants qui prétendent qu’il y a qu’une seule façon de penser, la leur, rappelons le “Discours décisif”, dans lequel le philosophe Averroès critique les sectes parce qu’elles considèrent que ce qui importe n’est pas tant de respecter la loi que d’appliquer leurs propres principes.

 

 

LA NATION, UN PROJET CIVIQUE

 

« La nation est indissociablement une communauté de culture, un lieu de mémoire, et en même temps un projet civique.

 

« Mais le chemin est ardu, empli d’ornières creusées par un libre-échange qui n’a de libre que le droit de quelques-uns de s’enrichir sur le dos du plus grand nombre. Car, oui, le creusement des inégalités provoque des réactions antidémocratiques. L’affirmation abstraite de la liberté de l’individu et de l’économie, si elle se fait au détriment de l’égalité, déclenche une désaffection pour la démocratie, un rejet des autres, la tentation de désigner un coupable.

 

« Le philosophe Debray la désigne comme “l’expression d’un néolibéralisme économique le plus destructeur, et par là-même, en réaction, le fournisseur des nationalismes les plus obtus”.

 

« Tous les hommes sont en principe égaux, mais toute disproportion de fortune engendre de la domination. C'est un danger que pointait Rousseau : “Que nul citoyen ne soit assez opulent pour pouvoir acheter un autre, et nul assez pauvre pour être contraint de se vendre”.

 

« L’abîme entre les revenus du capital et ceux du travail, voilà ce qui met à mal la liberté. Les intérêts privés qui lorgnent sur les services publics, à l'instar, aujourd'hui, des aéroports, sont une menace pour l’équilibre républicain. 

 

« D'ailleurs, en 1868, les républicains, révoltés par la misère, ne s'y trompaient pas, s’écriant : “Nous voulons la république, une république sociale”. Hélas, la réponse, ce fut la guerre, voulue par Napoléon III pour discréditer ces forcément factieux.

 

« Mais l’Histoire a ses retournements. Ce sera Sedan, la défaite, et l'empereur prisonnier des Prussiens. Et voilà que, contre toute attente, le 4 septembre 1870, la République est à nouveau proclamée sur fond de guerre.

 

« Paris est en état de siège. En janvier 1871, c’est la capitulation. Les Parisiens n’en veulent pas, ce sera la Commune de Paris, en mars. Elle finira, trahie par les Versaillais, dans une “semaine sanglante” fin avril. La nouvelle assemblée est largement royaliste. Les Prussiens défilent sur les Champs-Elysées, l’Alsace et la Lorraine sont abandonnées.

 

« La république, vaincue, démembrée, rejetée en arrière par des malheurs sans nom, est réduite à recommencer son histoire. Mais c’est de là que naîtront les grandes lois constitutionnelles, les lois sur l’école, la presse, les syndicats, les associations, la laïcité, et que renaîtra... la fête du 14 juillet.

 

 

ON N'EMPORTE PAS LA PATRIE À LA SEMELLE DE SES SOULIERS

 

« La république est une longue histoire. D'ailleurs, on ne saurait s’inclure dans la nation française sans en connaître l’histoire. Elle s’est fondée sur l’idée révolutionnaire “d'adhésion volontaire” de libres citoyens, principe né avec la Constituante.

 

« La fête de la Fédération de 1790 est la première manifestation de ce patriotisme d’adhésion. Danton le dit avec des mots populaires : “On n’emporte pas la patrie à la semelle de ses souliers”.

 

« C’est également Renan qui parle de “referendum quotidien”, par référence à la règle commune fondée sur la laïcité, la reconnaissance des lois et de l’autorité de la République sur tous les citoyens sans distinction : “l’héritage indivis”.

 

« C’est cela aussi l’intégration républicaine.

 

Le Président de la République l’a rappelé à propos de la séparation des cultes et de l'État : “La loi de 1905 est notre pilier, pertinente, (…) Elle doit être appliquée”. Puisse-t-il – et puissions-nous – nous y tenir. Car le communautarisme ferait prendre le risque d’une dérive qui génèrerait la sécession de pans de notre République.

 

 

LA CONTINUATION DE L'ESPRIT DES LUMIÈRES PROCÈDE DE L'ÉDUCATION PERMANENTE

 

« D’autant que l’infrastructure des réseaux sociaux, nouveaux serviteurs d'un Moloch auquel on sacrifie nos enfants par le feu, est volontairement compartimentée, alimentée par un flux sélectionné selon des algorithmes qui orientent vers l’entre-soi, renforçant les certitudes initiales, tout esprit critique absent, en cultivant une illusion d’agora.

 

« Le conditionnement, la domination sans limite d’un réseau social, la perte des codes de transmission et de conduite, des règles les plus élémentaires de civilités, ouvrent la voie d’un grand charivari, une menace pour nos démocraties.

 

« Le débat public est de plus en plus dispersé, il devient “un grand bruit de fond” qui ratatine ou magnifie des événements à la faveur d’un tweet…

 

« C’est bien pourquoi nous devons promouvoir la République, et vivre la laïcité comme une ligne de conduite. La laïcité n’est ni ouverte, ni fermée. Elle n’a pas d’adjectif. Toute immixtion dans ce qui est de l’ordre de l’Etat ou de l’organisation d’une société du fait d'une croyance ou d'un dogme ne peut être acceptée.

 

« L’esprit des Lumières, la confiance dans la liberté et la raison, sont à l'origine de la Révolution. Et leur continuation réside dans l’éducation permanente. Ce que nous faisons aujourd'hui.

 

« N'ayons pas peur de l’avenir, mais soyons conscients de nos responsabilités. Notre chemin est l'action publique, l'ouverture aux autres et la protection désintéressée de la planète. Nous ne trouverons la force d’exercer cette responsabilité que par la médiation des uns avec les autres. Agir ensemble pour faire république.

« Vive donc la France de la République, sociale, laïque, et humaniste ! »

 

 

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Publié par Marc Vuillemot - dans Devoir de mémoire
19 juin 2019 3 19 /06 /juin /2019 04:51

Comme tous les ans, devant la stèle commémorant l'Appel à la résistance lancé le 18 juin 1940 par Charles de Gaulle, installée sous les ombrages du Parc Fernand-Braudel des Sablettes, élus, anciens combattants, corps constitués et citoyens se sont rassemblés pour rendre hommage à celui qui a appelé à résister au nazisme et à tous ceux qui y ont répondu.

 

Avant l'allocution de Jeanne Vaïsse, présidente de l'Association des Amis de la Résistance, celle de Christian Pichard, maire-adjoint communiquant le texte de la Secrétaire d'État aux Armées Geneviève Darrieussecq, puis la mienne, que je livre ci-après, a été brillamment lu un beau texte rédigé, sous la houlette de leur professeur Laurent Bourgeois, par deux élèves du collège Paul-Éluard, Inès Ben Hassen et Eden Grech, lauréats 2019 du Concours départemental de la Résistance et de la Déportation, que tout les participants ont à juste titre chaleureusement applaudis.

 

 

REFUSER UNE ÉVIDENCE EST PARFOIS D'UNE RARE CLAIRVOYANCE

 

« Le 18 juin 1940, à 18 heures, le général deux étoiles Charles de Gaulle proclame à la radio depuis Londres : "La France a perdu une bataille, mais n'a pas perdu la guerre". 

 

« Le 16 juin, il apprenait la démission du Président du Conseil, Paul Reynaud, et décidait de partir "dès le matin" pour l’Angleterre. 

 

« Les tenants, au sein du gouvernement où de Gaulle était sous-secrétaire d’Etat, de la poursuite des combats depuis l’Afrique du nord - les navires, les troupes, les armes étaient dans l’attente d’un ordre qui ne vint jamais – ont perdu la partie. Le Président de la République, Albert Lebrun, appelle Pétain, ambassadeur dans l’Espagne de Franco et convaincu qu’il faut trouver un terrain d’entente avec l’Allemagne.

 

« Le 17 juin, Pétain demande l’armistice. 

 

« L'appel du 18 juin était un message d'espoir. Il affirmait que la mondialisation de la guerre ferait la victoire. Il se terminait par un appel à la Résistance.

 

« Que nous dit-il aujourd’hui ? Que refuser ce qui est présenté comme une évidence est parfois d’une rare clairvoyance ; que la vérité ne se révèle que dans les victoires qui durent ; que les victoires ne durent que lorsqu’elles sont justes. Mais cela, l’Histoire le dira…

 

« Pourquoi Charles de Gaulle s’est-il opposé à ce Maréchal présenté comme providentiel ?

 

« Parce qu’il ne se résignait pas à la défaite ; parce qu’il savait que les batailles se gagnent dans le rassemblement et la cohésion des hommes de conviction et de volonté. Cette conviction, qu’il savait partagée par beaucoup, était que la France ne pouvait se soumettre ainsi à Hitler. Sa volonté  était de réunir tous les Français qui voulaient continuer la lutte.

 

« La Résistance est donc née du refus d’une poignée d’hommes, inconnus ou connus comme Emmanuel d’Astier de La Vigerie, Germaine Tillion, Jean Zay, et bien d’autres… beaucoup seront restés anonymes mais dans nos cœurs ils ne sont pas moins héroïques. Tous finiront par constituer l’armée des ombres, tandis que des militaires rejoignant Londres constitueront la première brigade des forces françaises libres.

 

« En France les premiers journaux clandestins surgissent, le renseignement intérieur s’organise. Alors que l’attentisme demeurait dans la population, que Vichy durcissait sa politique répressive, ce fut pour beaucoup, avec cet appel, l’heure du choix lucide.  

 

« Des regroupements s’opérèrent un peu partout… non sans que l’occupant réagisse avec violences. Ainsi fut le terrible été 1943. Il connut une vague d’arrestations et de déportations inégalée.

 

« Nonobstant, la Résistance se renforce. Certes, tous ces clandestins n’avaient pas la faveur de Londres, il faudra beaucoup de travail pour parvenir à réunir les réseaux. Ce fut le travail de Jean Moulin – un préfet renégat à l’ordre régalien du moment – Il y eu auparavant la stupeur que provoquèrent les rafles de l’été 42 – honneur au journal Combat qui titra "les juifs, nos frères" -, et les exécutions d’otages en représailles des actions de résistance.

 

 

LUTTER POUR LE BIEN PUBLIC, TOUJOURS...

 

« Tous luttaient pour le retour au modèle républicain, une société fondée sur la raison, la justice, la force du collectif. Ainsi naquirent les belles idées qui conduisirent à la création de programmes et d’organismes œuvrant pour le bien public : la sécurité sociale, la SNCF, la liberté d’expression, le droit de vote pour tous et toutes, le multipartisme…

 

« Le bien public… en merveilleux héritage de victoire ! Un appel du 18 juin à jamais lié à une haute idée de la France et de ses valeurs universelles…

 

« Notre époque, désormais numérisée, aurait, elle, pour valeur cardinale, la consommation, le culte du "maintenant, tout de suite", l’image de soi et son vecteur, bonheur-malheur, le réseau social.

 

« Il est remarquable d’observer qu’en réclamant plus de liberté pour soi, ces utilisateurs, souvent commentateurs compulsifs et désinformés, se soumettent, sans s’en rendre compte, aux lois du marketing, au pillage et à la vente des données personnelles, à la tyrannie des algorithmes inquisiteurs et prescripteurs.

 

« Dans l’entre soi les individus sont tous rois. Mais le roi est nu. Nous déchantons, adieu veau, vache, cochon ! Le pot au lait est brisé avant même d’être rempli : où s’en sont allées les promesses de jours heureux ? 

 

« La dérégulation du libéralisme économique contraint mieux que des liens.

 

« Le développement individuel grignote de l’intérieur ce qui a fait le socle républicain, ce qui a rassemblé la Résistance : l’intérêt général.

 

« Attention à ce que l’extension indéfinie des droits personnels  - qui ne seraient pas contrebalancés par le droit de tous - ne dégénère pas en tyrannie de tous ces individus sous emprise. Une ochlocratie, dénoncée déjà par Victor Hugo, qui s’exercerait sur la société toute entière : le pouvoir irréfléchi de la foule, masse manipulable.

 

 

L'ENTRE-SOI EXCLUSIF, UNE DÉRIVE QUI MÈNE DROIT À LA GUERRE

 

« Car, là est bien le problème, entre fausses informations, manque de discernement par méconnaissance, et ras-le-bol de ne jamais en être, nous courons irrémédiablement vers la désignation d’ennemis utiles. Hier, avec les nazis, les juifs, les handicapés, aujourd’hui, qui ? Le réfugié, l'autre ? Car, en effet, l’assignation à une identité nie nos appartenances multiples et trahit une forme de racisme. Est-il possible que les honnêtes gens ne voient pas le diable qui se niche dans leur recherche exclusive de l’entre-soi ? C’est la logique mortifère de ce type de dérive. Elle conduit à la guerre. De multiples exemples sont donnés par l’actualité du monde. 

 

« La Résistance combattait les nazis et l’idée de race inférieure. Elle promouvait l’idée d’agir pour le bien public. 

 

« Aujourd’hui, nous devons agir pour préserver le monde, sa diversité. Nous devons nous préoccuper de tous. Nous devons combattre les inégalités, car leur creusement provoque des réactions antidémocratiques, désigne des parias, induit, en réaction, les nationalismes les plus obtus.

 

« L’appel du 18 juin a rassemblé des femmes et des hommes d’horizons divers. Ils/elles ont pris les armes, donné leurs vies, et réfléchi à l’avenir de leurs enfants. Pour préparer la paix, pour dessiner la France de l’après-guerre, le Conseil National de la Résistance à l’ombre des maquis, dans le cœur des cheminots, des réfractaires du Service du Travail Obligatoire, des citoyens en révolte, malgré le déchaînement de l’occupant et de la collaboration sur le plateau des Glières, incita toutes ces femmes et tous ces hommes à s’unir pour élaborer un programme de justice sociale, pour rêver de "jours heureux".

 

« Ils se sont relevés d’un monde de haine et de destructions et transmis des valeurs… ne les décevons pas.

 

« Vive la France de la République, vive la Paix, vivent les peuples solidaires d'Europe et du Monde ! »

 

 

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Publié par Marc Vuillemot - dans Devoir de mémoire
9 juin 2019 7 09 /06 /juin /2019 08:43

 

Nous avons honoré ce samedi la mémoire des Morts pour la France au cours de la guerre d'Indochine terminée tragiquement il y a 65 ans.

 

Au-delà d'une réflexion sur les causes d'un conflit meurtrier, sur fond de droit des peuples à disposer d'eux-mêmes autant que de funestes enjeux de politique intérieure, cette journée nationale d'hommage instaurée en 2005 nous conduit chaque année à poser un regard sur les efforts déployés pour que, chez nous comme ailleurs sur la planète, vivent la Paix et l'amitié entre les peuples.

 

 

Dans les années 50, la décolonisation était en marche sous l’impulsion de la libre détermination des peuples, un mouvement que Pierre Messmer, administrateur des colonies bien avant de devenir Premier ministre de Georges Pompidou, considérait comme « irrésistible, dont les formes et les forces varient suivant les temps et les lieux, selon la sagesse, la folie ou le génie des hommes ».

 

L’actualité dans le monde montre que la détermination des peuples est désormais moins dirigée vers la libération d’un territoire que vers la conquête de plus de démocratie. Quel que soit l'enjeu, le chemin est long mais l’espoir demeure toujours très grand. On n’arrête pas l’Histoire. De Gaulle déclarait en 1965 qu'il fallait « savoir, quand le moment est venu, reconnaître, à tous, le droit de disposer d'eux-mêmes ».

 

 

UN BIEN TRISTE EXEMPLE DE L'ARGUMENT MILITAIRE EN SOUTIEN À DES ARGUMENTS DIPLOMATIQUES ET POLITIQUES

 

En 1945, après six décennies de colonisation, la France, tout juste libérée des nazis, malgré les recommandations du Général Leclerc de reconnaître à l'Indochine son indépendance dans le cadre de l'Union française, tenta de rétablir son autorité sur le Viêt-Nam dont Hô Chi Minh, fondateur dès 1941 de la Ligue pour l'Indépendance du Viêt-Nam, avait proclamé cette indépendance. Les négociations s’enlisèrent pour des raisons de politique intérieure. On connaît la suite : cette guerre durera huit ans. Il reviendra à Pierre Mendès-France, nommé en 1954 président du Conseil — l'équivalent, sous la IVème République, de nos actuels Premiers ministres – d’ouvrir la négociation après le carnage tragique de Diên Biên Phu.

Cette guerre fut un désastreux exemple de l’argument militaire pour soutenir les arguments diplomatiques et les enjeux de politique.

Les accords de Genève conclus entre la France et le Viêt-Nam n’ont pas donné d’issue définitive au problème indochinois, mais ont permis à la France de s’en dégager. Le peuple du Viêt-Nam connaîtra quant à lui sa seconde guerre, jusqu'en 1975, face aux Américains, sur fond d'enjeux haineux entre monde occidental et monde communiste d'alors.

À la fin du premier conflit, celui qui nous rassemble tous les 8 juin devant notre Monument aux Morts, fait de combats acharnés, de sauvagerie, de courage et de souffrance, on dénombrera, selon les sources, du côté du corps expéditionnaire français, entre 37 et 47.000 victimes, environ pour moitié métropolitains, et pour le reste étrangers engagés dans la Légion et soldats de l'Empire français, indochinois, subsahariens et maghrébins.

Nous avons commémoré le sacrifice héroïque de ceux qui sont tombés, leur ténacité farouche, mais aussi les souffrances de ceux qui ont été meurtris, au front, dans la guérilla, ou prisonniers dans les camps d'internement et de rééducation. Tous se battaient pour un combat décidé ailleurs, en militaires respectueux des ordres. Honneur à eux. Et que vive la Paix.

 

UNE COOPÉRATION ENTRE LA SEYNE ET CAN THO, PETIT PAS VERS L'AMITIÉ ENTRE LES PEUPLES

C'est cette Paix à laquelle La Seyne d'aujourd'hui veut contribuer à sa modeste place. En rejoignant, il y a quelques mois, l'Association Française des Communes, Départements et Régions pour la Paix, membre du réseau international Mayors for Peace (Maires pour la Paix) fort de près de 8000 collectivités de 163 pays, notre ville, comme trois autres communes varoises (Carnoules, Saint-Zacharie et Varages), a voulu franchir un pas supplémentaire dans ses efforts pour l'amitié et la solidarité entre les peuples.

Il est symboliquement fort que, parmi ses villes partenaires, La Seyne compte Can Tho, commune vietnamienne du delta du Mékong, et développe avec elle d'un programme de coopération décentralisée qui permettra à de jeunes étudiants de chez nous de répondre à la demande d'aide à la promotion de... la langue française. Celle-ci, vécue comme la langue de la colonisation, avait été, des années durant, mise au rebut par les autorités vietnamiennes. Et voilà que, sans oublier ni les affres de la France impérialiste ni les sacrifices de ses soldats qui ont péri ou souffert pour tenter de maintenir sur injonction de la Nation l'ordre colonial sur un peuple qui aspirait à vivre libre et debout, un petit pas vers la Paix du Monde est franchi par le lien entre deux communes portuaires que 10.036 kilomètres séparent...

CAN THO, VILLE VIETNAMIENNE AMIE DE LA SEYNE

 

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28 mai 2019 2 28 /05 /mai /2019 03:02

 

Comme tous les ans, ce lundi 27 mai, jour anniversaire de la création, en 1943, dans la clandestinité imposée par le joug de l'occupant nazi, du Conseil National de la Résistance, a vu notre population se rassembler autour du monument aux morts pour un moment de souvenir, de réflexion et d'honneur dû à ceux qui se sont battus, pour beaucoup au péril de leurs vies, pour qu'advienne la Libération et que la République retrouve ses droits.

Voici le propos que j'ai tenu à cette occasion...

 

« Je suis revenu lundi dernier, comme chaque année, du plateau des Glières, haut lieu des résistances d'hier et d’aujourd’hui. J'y vais chaque année avec quelques élus de notre équipe, cette année avec notre adjointe Denise Reverdito et une élue du précédent mandat. J'ai y entendu des paroles de grands de la Résistance et de résistants d'aujourd'hui.

« Dans ces hautes montagnes de Savoie, le message des différents orateurs est toujours vivifiant et se résume à ceci : "résister à l’oppression, pour la liberté et dans la fraternité, est un devoir ; c’est, encore et toujours, lutter pour l’espérance de lendemains heureux".

« Les combats d’aujourd’hui sont multiples, pour le droit de vivre, pour la liberté d’expression, contre les méfaits d’un géant pharmaceutique, pour une psychiatrie plus humaine, pour un journalisme d’investigation libre, contre la censure, et j’en oublie tellement… Tous ces combats sont aussi les nôtres et nous en sommes tous, un peu, les acteurs et les sentinelles, faute de quoi nous pourrions être un jour où l’autre les victimes du fait de ne pas les avoir conduits.

« Permettez moi de revenir inlassablement, mais je ne veux que cette histoire, la nôtre, ne fasse défaut à aucune mémoire - en cette année anniversaire des cinquante ans de la disparition de Toussaint Merle à qui nous avons rendu hommage vendredi dernier - à la création du Conseil National de la Résistance et à son programme au nom d’avenir permanent "Les jours heureux".

« C’est ce programme, sous l’impulsion initiale de Jean Moulin, fédérateur du rassemblement et de la coordination des forces opposées à l’occupant, qui prépara la réorganisation du pays, la victoire acquise.

« Aujourd’hui nous entendrons, et entonnerons pour certains, Le Chant des Partisans puis La Marseillaise. N’oublions pas que dans les maquis, dans les manifestations interdites, dans les prisons, au pied des pelotons d’exécution, c’est La Marseillaise, parfois associée à L’Internationale, qui surgit, telle qu’Aragon l’a évoquée dès 1943 dans sa Ballade de celui qui chanta dans les supplices :

Il chantait lui sous les balles

Des mots sanglant est levé

D'une seconde rafale

Il a fallu l'achever


Une autre chanson française

A ses lèvres est montée

Finissant la Marseillaise

Pour toute l'humanité

« Ainsi la Seconde Guerre mondiale, dans des conséquences imprévisibles que seule l’Histoire qui se fait imagine, a rendu à notre hymne national des vertus de rassemblement, de reconnaissance, d’espoir.

« Loin des polémiques, j’aime à rappeler que ce chant est un hymne de combat et de résistance. Le caractère sanguinaire de son premier couplet, le seul que l’on retient avec le refrain, est lié à ce moment d'exaltation, voire d'ivresse vitale. Notre hymne lie indissolublement l'identité de la République à la résistance aux tyrannies. Il lie non moins indissolublement l'idée de République à l'idée de France.

 

« Ce n'est pas pour rien que le gouvernement de Vichy a supprimé ce premier couplet, par haine de la République, et effacé la résistance à l'invasion parce que l’Etat français pratiquait la collaboration avec l'envahisseur.

 

« Vichy fut raciste. Au sens moderne, le sang n’est impur que dans les théories racistes de Gobineau et du nazisme, pas dans l’esprit des Révolutionnaires.

« Au contraire, dans plusieurs couplets de La Marseillaise, les notions d’égalité et de liberté sont glorifiées :

Couronné par l’Egalité

Quel triomphe, quelle victoire

D’avoir conquis la Liberté !

(...)

Et chaque citoyen respire

Sous les lois de l’Egalité

(...)

Et le Français n’arme son bras

Que pour détruire l’esclavage

(...)

Soyons unis ! Tout est possible

Alors les Français cesseront

De chanter ce refrain terrible.

 

« La Marseillaise retrouve alors toute son épaisseur d’hymne patriotique qui fut chanté, jadis, partout en Europe, par les peuples qui voulaient se libérer des jougs aristocratiques.

« Dans nos temps planétaires d'interdépendance des peuples et de communauté de destin de toute l'humanité, ces couplets portent en eux l'universalisme de la Déclaration des droits de l’Homme.

« Etre citoyen, c’est la capacité, pour chacun, de s’élever au dessus de ses seuls intérêts pour se soucier du bien public. 

« C’est bien de la Résistance que sont venues les idées de protection de la liberté de conviction des autres. 

« La Résistance a défendu la laïcité. La Résistance a bataillé pour la justice sociale et créé sa sécurité. 

« Voilà qu’hier, dimanche, nous avons été appelés à voter pour désigner les membres du Parlement européen. Sans évoquer les résultats qu’on connaît et qui doivent nous interroger, relevons que beaucoup ont voté avec les pieds… Comment peut-on se désintéresser de son propre avenir ?

« L’image de Balzac et de sa peau de chagrin devrait être pour eux une allégorie exemplaire : "Le cercle de vos jours, figuré par cette peau, se resserrera suivant la force et le nombre de vos souhaits, depuis le plus léger jusqu'au plus exorbitant".

« Cette peau, c’est la démocratie ; le pouvoir de chacun de s’exprimer. Les souhaits, c’est de profiter sans aucune réflexion de ce qu’ont laissé ceux qui ont sacrifié leur vie au bonheur des autres. Pouvoir aller à la pêche le dimanche est une liberté exorbitante quand on observe tous ceux qui en sont empêchés.

« L’idéal de la Résistance est encore lointain, son but social n’est malheureusement pas abouti, nous devons continuer inlassablement à nous battre pour la paix, la justice, les droits de l’homme, le service public...

« Nous aspirons à une Europe des citoyens. Encore faut-il qu’il y ait des citoyens. Les consommateurs que nous sommes pourraient bien être très vite lessivés puis balayés.

« C’est dans ces moments comme aujourd’hui que nous devons réaffirmer nos repères, notre désir de vivre ensemble, notre volonté de promouvoir une société plus juste, plus égalitaire, plus soucieuse des laissés pour compte. »

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Publié par Marc Vuillemot - dans Devoir de mémoire
8 mai 2019 3 08 /05 /mai /2019 13:39

Même si, m'a-t-il été rapporté, certains participants en uniforme à la commémoration du 74ème anniversaire du 8 mai 1945, jour de la reddition des nazis allemands, prenaient des « selfies »pendant mon traditionnel propos – et je ne leur en veux pas et souhaite simplement qu'il leur soit rappelé quelques règles de bons usages républicains –, la cérémonie de ce mercredi a une nouvelle fois été de belle tenue.

 

J'ai moi-même commis un faux pas en omettant de remercier publiquement, en entrée de mon propos, les musiciens de la Philharmonique « La Seynoise »et de notre sympathique clique qui ont rehaussé de leurs beaux savoir-faire ce moment solennel. Et je les prie m'en excuser.

 

Quoi qu'il en soit, plusieurs personnes, à l'issue de la commémoration, m'ont prié de leur adresser le message qu'il m'a été demandé de faire passer lors de mon allocution. Le voilà...

 

 

« Quatre-vingts années nous séparent du 1er septembre 1939, jour où l’Allemagne nazie déclenchait par l’invasion de la Pologne l’une des guerres les plus meurtrières de l’histoire de l’humanité.

 

« Le mois de mai 1940 voyait la débâcle des troupes françaises. Dans la déroute, celles qui le pouvaient s’embarquaient à Dunkerque pour l’Angleterre. Le Maréchal Pétain, Président du Conseil, demandait à l’Allemagne l’arrêt des hostilités et signait un armistice.

 

« Mais tous les Français n’allaient pas se résigner. Dès le 18 juin, le général De Gaulle lançait depuis Londres un appel radiodiffusé à reprendre la lutte. Des groupes de résistance s’organisèrent dans chaque région. En mai 1943, De Gaulle confiait à Jean Moulin la tête du Conseil National de la Résistance qui coordonnait les différents réseaux. Leur action préparera le terrain aux troupes de libération qui organisèrent en grand secret les deux débarquements, le 6 juin 1944 en Normandie, opération Overlord, et le 15 août en Provence, opération Dragoon.

 

« L’épilogue, nous le fêtons aujourd’hui en souvenir du 8 mai 1945, jour de  la capitulation de l’Allemagne nazie.

 

« Nous retiendrons que, durant ces longues cinq années d’occupation, beaucoup ont entretenu, par leur courage insensé et souvent leurs vies sacrifiées, la flamme de l’espérance.

 

« Nous retiendrons que la haine, la xénophobie, le racisme, ont été dénoncés par les Nations assemblées dans une Déclaration Universelle renouvelée des Droits de l’Homme.

 

« Nous retiendrons que la France, "outragée, brisée, martyrisée, mais libérée, – pour reprendre les mots de De Gaulle parlant en 44 depuis Paris – s’est dotée d’un programme révolutionnaire prônant Les Jours Heureux.

 

« Lequel programme rétablit, rien de moins, la démocratie, le suffrage universel, et la liberté de la presse –  le 21 avril 1944, le droit de vote est accordé aux femmes, elles voteront pour la première fois le 29 avril 1945 pour les élections municipales.

 

« Nous retiendrons que, par ailleurs, le Conseil National de la Résistance instaura – je cite – "une véritable démocratie économique et sociale, impliquant l’éviction des grandes féodalités économiques et financières de la direction de l’économie".

 

« Nous retiendrons qu’il eut le génie de prévoir – je cite encore – "un plan complet de sécurité sociale, visant à assurer à tous les citoyens des moyens d’existence…".

 

« Toute analogie avec l’actualité des débats est à conjecturer...

 

« Nous retiendrons également qu’au sortir de la guerre, la France s’est réconciliée avec l’Allemagne.

 

« Ensemble, ces deux pays se sont alliés avec quatre autres, l’Italie, la Belgique, les Pays-Bas, le Luxembourg, pour créer ce qui deviendra l’Union européenne… Des espérances immenses sont nées avec cette idée d’Europe unie pour la paix.

 

« Mais aujourd’hui, outre le feuilleton incroyable du brexit, cette Europe de 27+1 n’est plus qu’une zone de libre-échange qui apparaît bien faible face à la mondialisation et aux empires économiques, des USA à la Chine. La déception est grande.

 

« Pourtant, la désillusion, le recul des peuples, la montée des populismes, ne doivent pas nous décourager.

 

« Et, plus que jamais, il nous faut être vigilants. Un ouvrage récent montre combien sont nombreuses les similitudes entre la fin des années 30 et les temps d'aujourd’hui.

 

« L’Histoire ne se répète pas, mais des situations analogues peuvent provoquer les mêmes malheurs.

 

« Il nous faut persévérer, afin de construire une Europe qui défende les valeurs de liberté, de partage, d’égalité devant la loi, la capacité à subvenir aux besoins essentiels, d’éducation, d’alimentation, de logement, de sécurité, d’accès aux soins, de travail justement rémunéré.

 

« Nous devons nous référer à un patrimoine d’idée, de civilisation, et de droits, qui sont le fruit de ce qu’il y a de meilleur dans l’histoire démocratique de l’Europe.

 

« Nous devons jeter les bases d’une véritable citoyenneté européenne qui affirme des droits fondamentaux pour tous. Non seulement des droits politiques et civils, mais également des droits sociaux qui représentent l’expression la plus haute de l’humanisme européen qui fait notre spécificité, et parfois notre faiblesse, mais c’est là notre grandeur.

 

« De nombreux objectifs et valeurs doivent être partagés par tous, comme le maintien d’un Etat-providence actif et des règles sociales volontaires, sans oublier la solidarité, la lutte contre l’exclusion, l’égalité entre les hommes et les femmes. Rien d'autre que ce que, de De Gaulle aux communistes, nos anciens ont voulu forger en 1943-44.

 

« Dois-je rappeler l’article 1-bis du Traité de Lisbonne, dont certains savent que je ne pense pas le plus grand bien, mais qui est en vigueur puisqu’il nous fut imposé malgré que le non l’a emporté au referendum de 2005 : "L’Union est fondée sur des valeurs de respect de la dignité humaine, de liberté, de démocratie, d’égalité, de l’Etat de droit, ainsi que le respect des droits de l’homme, y compris le droit des minorités. Ces valeurs sont communes aux Etats membres dans une société caractérisée par le pluralisme, la non-discrimination, la tolérance, la justice, la solidarité et l’égalité entre les femmes et les hommes". Fin de citation.

 

« Faisons donc, dans les faits – dans les faits ! - vivre ce volet de ce traité qui reconnaît la nécessité de se donner les moyens de la cohésion sociale et territoriale, en particulier en améliorant les services publics.

 

« Ainsi nous ne ferons pas le lit du souverainisme qui choisit, lui, l’isolement, le protectionnisme, le repli sur soi.

 

« N’ayons pas peur de l’ouverture. Comme Léon Blum, disons  que nous voulons "des individus pleinement libres au sein d’une société organisée sur le plan de l’intérêt collectif…" Il ajoutait, et c’est important, "dans une société civilisée, l’individu est libre, mais non souverain. Là-dessus repose le contrat social."

 

« L’Europe, si imparfaite soit-elle, a fait beaucoup pour l’égalité et la solidarité.

 

N’oublions pas les progrès réalisés en une génération en Irlande, en Espagne, au Portugal, et même en Grèce avec ce qu’on connaît de ses difficultés, et aussi dans d’autres pays, nouvellement européens, qui critiquent son humanisme mais se gardent bien de la quitter après avoir tant réclamé de l’intégrer tant les progrès pour leur population, leur économie, ont été importants.

 

« Il est étonnant que cette Europe, si divisée sur tous les points, s’entende si bien à être ferme et unie dans sa négociation du brexit.

 

« "L’Europe, écrivait Jorge Semprun, résistant, déporté, grand témoin et grand écrivain, L’Europe n’est plus un projet, mais une réalité vivante, organique, en marche", et il reste cette idée de construire l’Europe selon nos vœux : fraternelle, sociale et libérale (entendez libérale en son sens premier : qui libère !), une Europe de la solidarité entre les peuples, contre la guerre et pour la prospérité.

 

« Aussi les 8 mai, Mesdames et Messieurs, – au-delà de la commémoration de la victoire des Alliés sur les forces de l’Axe – nous voulons célébrer la lutte victorieuse contre des idées monstrueuses de haine et de rejet.

 

« Il ne nous faut céder ni à la phobie de l’immigration, ni à la paranoïa anti-islam, ni à l’antisémitisme, ni à aucune des intolérances que nous observons et qui gagnent malheureusement les esprits et ne véhiculent jamais le bien, ni en politique ni en morale.

 

« Nous vivons un retour identitaire, c’est préoccupant. Il y a toujours eu des immigrés en France et leur religion n’est pas le problème : aux Etats-Unis, l’immigration est catholique et... les situations sont les mêmes !

 

« Les nationalistes spéculent sur le mécontentement. Le peuple, selon leurs avis, voudrait du travail, de la sécurité et de l’ordre... mais pas la liberté car cette dernière serait le chemin du chômage, du désordre. Le peuple serait en désir d’autorité : quelle outrecuidance !

 

« Croyez-vous que le peuple ait pu oublier que cette autorité-là, précisément, a conduit à valoriser une idée de pureté, à donner sens à l’élimination systématique des soi-disant impurs qu'on a connue sous le nom d'Endlösung – la solution finale ? Un seul d'entre nous est-il l’impur de quelqu’un ? Si oui, qu'il prenne garde, le pire peut advenir.

 

« Devant vous, anciens combattants, porte-drapeaux, élus, corps constitués, citoyens, devant les jeunes, je rappelle que des hommes et des femmes que rien ne prédisposait à travailler ensemble, issus de partis politiques différents, de convictions religieuses exclusives, de racines sociales, culturelles, philosophiques diverses, parfois adversaires, ont su se rassembler sur des valeurs communes de solidarité, d’entraide, de préservation des libertés.

 

« Cela s’est appelé la République. La République renaissant d'un État Français totalement soumis au nazisme.

 

« Ne croyons pas que les idées généreuses qui l’ont portée à l’organisation politique de nos contrées soient définitivement acquises. Au contraire, parce qu’elles se soucient des autres, elles sont fragiles.

 

« C’est pourquoi, elles doivent encore être promues, enseignées, diffusées, défendues. Ne renonçons jamais à le faire. De toutes nos forces. Ne refusons jamais la parole à ceux qui veulent les nommer et les encourager.

 

« Vive la France de la République, vive l’Europe et le Monde des peuples amis, vive la Paix ! »

 

 

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Publié par Marc Vuillemot - dans Devoir de mémoire
29 avril 2019 1 29 /04 /avril /2019 04:32

 

Presque trois-quarts de siècle après le printemps 1945 où les camps nazis ont été libérés, il est plus que jamais utile, dans un Monde où les relents de nationalisme exacerbé refont surface année après année, de rappeler comment des hommes, pourtant régulièrement élus par leurs semblables, peuvent, une fois parvenus au pouvoir, commettre d'abominables actes d'indicible souffrance et de mort envers leurs semblables.

 

C'est ce à quoi nous nous employons, devant notre Monument aux Morts, tous les derniers dimanches d'avril, en souvenir des déportés de l'Allemagne nazie, associant dans notre mémoire les victimes, parfois bien plus récentes, de tous les génocides.

 

Voici le propos que j'y ai tenu cette année, après les lectures de deux beaux textes poignants par Jacqueline Bonifay (ci-contre en photo à mes côtés), elle-même rescapée de la barbarie nazie, présidente de l'Association nationale des déportés, internés, résistants et patriotes, et par deux jeunes lycéens de Paul-Langevin (photo ci-dessous)...

 

 

« Une fois encore nous nous retrouvons à l’occasion du 74ème anniversaire de la libération des camps de déportation pour ne pas oublier que l’impensable est toujours possible.

 

« C'est une fois encore une nécessité, car il faut bien le constater, la volonté d’écarter l’horreur de l’action collective des hommes se dissout peu à peu dans l’indifférence, l’oubli, les préoccupations du moment.

 

« Ce mois-ci, nous célébrons également le 104ème anniversaire du génocide arménien mais aussi le 25ème anniversaire du génocide des Tutsis par les Hutus au Rwanda, cinquante années après les camps nazis d’extermination et la promesse que jamais plus les hommes céderaient à l’abomination.

 

« Oui, malheureusement, tout peut arriver dans un enchaînement de discriminations, de violences, de pusillanimité, d’indifférences, de calculs, de peurs projetées.

 

« L’Histoire enseigne – mais retenons-nous les leçons ?... – que ces génocidaires de tous les temps, comme le loup du conte, ont montré patte blanche pour s’imposer, y compris à nos démocraties.

 

« Et, en effet, ils ont été élus, souvent par le jeu de rejets multiples et hors de propos ou par une indifférence inconséquente des gens de tous les jours, de la vraie vie, dit-on, ceux qui ressassent : “Qu’a-t-on fait pour moi ?”“Tous des vendus !”“Rien à foutre !”. L’indifférent est souvent injuste et se laisse aller à la vulgarité.

 

« C’est ainsi que Hitler et les nazis arrivèrent au pouvoir, parce qu’un peuple, enivré de se voir dans le miroir déformant de la pureté de la race, de la dégénérescence des métèques, du besoin d’ordre et de discipline, s’est laissé abuser et s’est volontairement livré à l’absolutisme.

 

« J’entends, parfois, “pourquoi ressasser ces choses horribles du passé ? Tournons la page, préoccupons-nous de l’avenir !”

 

« Bien sûr ! C’est l’avenir qui compte : Leibniz disait “Le présent est gros de l’avenir” – çà, nos petits enfants qui constatent la souillure des terres et des océans, sont en droit de nous reprocher de ne pas y avoir pensé ces dernières années ! -. Cependant, Leibniz ajoutait que “le futur se pourrait lire dans le passé”. Il est donc bien utile de le connaître, ce passé…

 

« J’ai été  mortifié d’un récent sondage : deux Français sur dix ignorent que le génocide des Juifs a eu lieu pendant la Seconde Guerre mondiale ; 4% le situent avant la Première guerre, 6% pendant la guerre de 14/18, 9% dans l’entre-deux-guerres, et 2% pendant la guerre froide.

 

« Convenez qu’il est préoccupant d’entendre rejeter les commémorations annuelles sous l’argument d’un supposé passéisme alors même que la plupart de ces contempteurs ignorent les faits. 

 

« La logique autoritaire appelle de multiples justifications. La guerre en est une. Avec la guerre, le système concentrationnaire nazi prend une autre dimension et, à partir de 1941, il s’intègre dans la mise en place de l'Endlösung der Judenfrage, c'est-à-dire la “solution finale de la question juive”. Les camps se multiplient en Autriche, en Pologne, en France avec celui de Struthof en Alsace. Ils feront plus de 6 millions de victimes, Juifs, Résistants, Tziganes, handicapés, homosexuels, politiques, notamment communistes.

 

« La déportation, les camps d’internement, de travail, de mort, resteront à jamais comme une des pires dérives commises par les hommes contre l’humanité.

 

« Le nationalisme est destructeur.

 

« Je vous disais l’an passé, entre autres choses, que nous sommes rassemblés parce que ce qui importe à de trop nombreuses personnes est ce qui nous différencie, et que, notre société, devenue plus indifférente, plus égoïste, nous inquiète.

 

« Je sais que rien ne se répète jamais à l’identique.

 

« Pourtant, beaucoup font des parallèles avec la fin des années 30. Elles voient, après la chute du Front Populaire, advenir des gouvernances en faiblesse démocratique.

 

« En 1938, les démocraties enchaînent les renoncements. En France, le Parlement vote les pleins pouvoirs à Daladier parce que... “sous l’œil d’Hitler”, il faut être fort ! Si fort que l’on va céder l’essentiel avec les accords de Munich. Le même Daladier, de retour de Bavière, à la descente de son avion au Bourget, conscient d’avoir lâchement trahi la parole de la France sur l’annexion des Sudètes, est surpris de se faire acclamer par la foule soulagée. Il s’exclamera, mais pas trop fort : “Ah les cons, s’ils savaient !”.

 

« Mais comment pouvaient-ils savoir ? L’opinion d’alors était chauffée à blanc par une campagne abjecte. On appelait à la constitution d’un gouvernement technique, composé d’experts, seul à même de soi-disant préserver l’identité nationale. On voit combien se répand l’influence nauséabonde du journal Je suis partout. Son seul projet est la dénonciation des Juifs.

 

« En Allemagne, c’est la “nuit de cristal”.

 

« En France, on prend des mesures contre les étrangers : assignation, centre d’internement, criminalisation de l’entraide (oui, déjà, l’entraide est réprimée), déchéance de la nationalité.

 

« A l’issue de la grande grève du 30 novembre 1938, “Le Temps”, journal du patronat, écrira“Il n’y a plus ni droite ni gauche”, entendez : seuls restent les adeptes du Travail et de l’Ordre public.

 

« Les tenants de la droite extrême d'alors se désignent sous le vocable de “nationaux”, en soi, un programme, ils mènent une guerre civile contre une partie de la population française au lieu de se confronter au fascisme qui monte à leur porte… J’arrête là ce rappel qui résonne étrangement.

 

« Qu’est-ce que j’essaie de vous dire ? Gardons-nous, tous, de stigmatiser qui que ce soit. Gardons-nous de convertir la question sociale en angoisse identitaire. Gardons-nous de brandir la nation comme un bâton à chasser des intrus, ces personnes jetées sur le chemin de l’exil. Gardons-nous d’un monde où tout ce qui n’est pas obligatoire est interdit !

 

« Partout, aujourd’hui, reviennent les indifférences barbares, les attitudes racistes, l’antisémitisme, le rejet de l’autre. Heureusement, ces attitudes sont pour l'instant minoritaires.

 

« Observons, pour nous en garder, la montée du nationalisme xénophobe façon Orbàn, Erdogan ou Trump. Gardons-nous de favoriser une opposition “populisme versus progressisme” qui, alors, versera immanquablement vers la logique identitaire.

 

« Faire ou dire du mal de quelqu’un pour ce qu’il représente indépendamment de lui-même, au nom d’une idéologie, est une barbarie.

 

« Ne baissons pas les bras et contribuons à informer nos concitoyens, rejetons la tentation des communautarismes où les identités se consolident les unes contre les autres.

 

« Et pour conclure cette célébration contre l’oubli, je le répète : soucions-nous du présent !

 

« Vive l’Europe et le Monde des peuples amis ! Vive la France de la République ! »

 

 

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Publié par Marc Vuillemot - dans Devoir de mémoire

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