19 juillet 2015 7 19 /07 /juillet /2015 16:22

Tandis que certains prennent le risque d'échauffer les esprits en revenant a posteriori sur une décision du Conseil municipal relative à une dénomination de voie publique contre laquelle ils ne se sont pas insurgés lorsqu'elle leur a été proposée et contre laquelle ils n'ont pas voté en séance, nous avons ce dimanche, d'ailleurs en leur absence remarquée par beaucoup et même un peu raillée par certains — ce que je regrette car ce n'était ni le lieu ni le moment —, rendu l'hommage dû aux victimes des crimes racistes et antisémites de l’Etat français et aux « Justes de France ». Devant les élus, les associations patriotiques, les membres des deux centres israélites de La Seyne, la famille du seul Juste seynois connu, et la population, j'ai prononcé une allocution...

 

"Aujourd’hui, à l’appel de la République — c'est le Président Jacques Chirac, en 2000, qui en a décidé ainsi —, nous appliquons ce que les hommes clairvoyants du siècle des Lumières enseignaient : on ne sort de la nuit que par le rassemblement clair de la mémoire, que par l’obsession de transmettre, que par la lutte contre l’amnésie – si sélective.

"Ils nous ont enseigné qu’il faut lutter, sans relâche ; lutter pour la préservation de l’esprit critique ; lutter pour la liberté de penser. Cette année nous a montré que cette liberté est toujours à défendre et à protéger. La démocratie est tellement sensible à la violence qu’il est facile de la meurtrir.

"Pour l’heure, c’est à des femmes et des hommes qui, dans les heures très sombres de l’occupation, mirent en œuvre une « résistance non violente » qui sauva de nombreuses vies que nous rendons hommage, et aux victimes des crimes racistes et antisémites de l’Etat français.

Mais pas seulement, l’époque et l’actualité remettent dans nos consciences cette « France des haines », unie et désunie par la morale des intérêts que Chateaubriand dénonça en son temps.

"Cette sentence s’applique bien sûr à cet Etat français qui alla au devant des souhaits des nazis, qui les amplifia ; mais aussi à ceux qui aujourd’hui prônent le repli et l’exclusion.

"Haine de l’étranger, parce que Tzigane ; haine de l’étranger en son pays, parce que Juif ; haine de l’étranger aux bonnes mœurs, parce qu'homosexuel ; haine du journaliste, parce que critique ; haine du policier, parce que garant de l’ordre républicain ; haine du migrant, parce que trop pauvre ou encombrant.

"Il faut avoir à l’esprit qu’il est bien plus facile de retourner à la barbarie que d’en sortir...

"Et c’est donc dans la boue la plus noire que se sont révélés des femmes et des hommes d’exception qui, non seulement ne crièrent pas avec les loups, mais ont eu le courage, dans la plus grande discrétion, de venir au secours de victimes. Parmi eux, il y eut beaucoup de « simples gens » dont l’héroïsme quotidien consista à accueillir des enfants juifs, à cacher leurs familles, à les soigner, ou à les faire passer en zone libre. Simples gens, parce qu’ils n’en tirèrent pas gloire mais surent, contre l’autorité, garder leurs valeurs d’humanisme, de partage, de communion. Ils sont à jamais des Justes parmi les Nations.

"En rendant hommage aux victimes des crimes racistes et antisémites de l’Etat français, du régime nazi, en rendant hommage aux Justes, nous rendons justice à l’humanité. « Il y a dans les hommes plus de choses à admirer que de choses à mépriser », écrivait Camus.

"Par leurs actions désintéressées, ils nous ont enseigné que, même dans la plus grande adversité, alors même que le désespoir envahit les âmes, la moindre action positive, si ténue et insignifiante sur l’instant, sera réconfortante plus tard.

"Aujourd’hui, nombreuses sont les régions du monde où les hommes s’affrontent. De plus en plus, les conflits s’enlisent du fait, moins de velléités de conquêtes, que de volontés d'imposer une idéologie, une religion, des mœurs. Les raisons de s’opposer traversent les habitants des mêmes contrées, niant aux uns ce que l’on exige pour les autres.

"Alors, devant cette sculpture que La Seyne doit à la pugnacité de notre ami Jean, fils de Roland Huillet, reconnu Juste pour avoir caché et aidé des Juifs lors de sa captivité dans un hôpital militaire en Allemagne, devant le seul mémorial — à ma connaissance — dans le Var, si l'on excepte une plaque à Belgentier, devant cette œuvre de Michel Stefanini que nous avons érigée il y a quatre ans, faisons le vœu, en nous inclinant avec respect face aux victimes et aux Justes parmi les Nations, que l'on se garde d'attiser les braises des haines, notamment pour des questions de petite politique, y compris locale, et surtout que les irrédentistes de tous bords soient enfin touchés par les grâces des valeurs des Lumières."

 
Publié par Marc Vuillemot - dans Devoir de mémoire
15 juillet 2015 3 15 /07 /juillet /2015 01:17

Comme chaque année, après le défilé traditionnel, à l'occasion de la Fête Nationale, j'ai prononcé un discours devant notre Monument aux Morts, en présence des représentants de la Marine Nationale, et notamment la Préparation militaire marine dont La Seyne est la marraine, le 519ème groupe de transit maritime jumelé avec notre ville, les élus, les associations d'anciens combattants, résistants et victimes des guerres, leurs porte-drapeaux, notre philharmonique "La Seynoise", notre clique, les corps constitués, la population et nos visiteurs...

"Cette fête du 14 juillet est la remémoration du rassemblement des fédérés venus en 1790 à Paris de toutes les régions du pays pour marquer son unité, à l'occasion du premier anniversaire de la chute de la Bastille, aboutissement imprévu d’une longue réflexion conduite par des esprits novateurs tout au long de ce XVIIIe siècle qualifié par l’Histoire de siècle des Lumières.

"C’est l’avènement de la démocratie, la suprématie de l’organisation citoyenne sur l’absolutisme royal ou divin. C’est aussi l’émergence de l’individu dans le groupe.

"Mais l’esprit des Lumières se heurte à la réalité de la nature humaine qui n'est peut-être pas à la hauteur des exigences. C'est Montaigne qui disait : « Le caractère, les idées, dépendent de la fortune, des circonstances, et subissent les secousses du chaos intime des passions ».

"Etre un homme parmi les hommes est en effet une responsabilité.

"Car, en ce 14 juillet de l'an 223 de la République, notre Fête Nationale est fille et petite-fille de la fête de la Fédération, symbole de la Nation émergente, et de la prise de la Bastille, symbole de la fin de l’absolutisme, le pouvoir de quelques-uns qui cède devant tout un peuple. La Révolution française nous a appris cette vérité : c'est de la responsabilité de tous et de chacun que procède notre liberté, et non pas l’inverse.

"C’est aussi l’éclairage que donne la crise économique et monétaire que traverse l’Europe et le coup de projecteur que provoque l’actualité de la Grèce. Nous sommes confrontés à une situation dont on certains se demandent si la Grèce en est la victime ou la responsable. S’il y avait responsabilité, elle serait pour le moins partagée, car les génies de l’Eurogroupe, depuis toutes ces années, ont laissé faire une succession de dirigeants et de prestigieux banquiers malhonnêtes.

"Ou bien nous nous croyons des hommes libres, capables de responsabilité, et le peuple choisit ; ou bien nous pensons que, finalement, le peuple est incapable de se conduire lui-même. Et un boulevard est alors ouvert pour toutes les formes d'obscurantisme et d'autoritarisme. Et, pour ne rien alléger, ces moments de tension sont aussi l’occasion de dénonciations, de calomnies… Au Moyen-Age, le sport à la mode était d’accuser l’autre de sorcellerie… la calomnie est un moyen redoutablement efficace d’attiser la haine des ignorants et des imbéciles… un jeu dangereux.

"Tentons alors de dissiper une partie de l’ignorance par un rapide retour sur notre histoire.

"Avant la France, nous étions une juxtaposition de peuples celtes, gaulois, romains, de cultures diverses, païennes, plus ou moins inféodés au culte gréco-romain de l’Empereur. Et puis l'empire s’est effondré et s'est christianisé.

"Et puis sont venues les invasions. Les Barbares – c'est-à-dire tous les autres que nous – ont déferlé. Ils sont venus du nord, du centre, de l’est du continent. Ils ont traversé les territoires, et ils ont fait souche. Nous sommes ces barbares. Ce sont eux qui ont créé nos identités régionales, toujours présentes, qui formaient un paysage morcelé, qui vivait d’échanges commerciaux, parfois lointains, et rythmé de guerres locales incessantes. A Vix, à Bourges, et récemment à Lavau, dans l’Aube, des fouilles montrent que l’ambre de la Baltique côtoie le lapis-lazuli des Indes.

"Et ce fut alors une suite de chefs, de rois, qui de Clovis à Mérovée, de Carolus à Capet, découpèrent en trois entités ce qui n’est pas encore l’Europe. L’une d’elles, après moult péripéties, deviendra le Domaine royal (en surface l’équivalent de trois départements) avec une zone d’influence sur les contrées proches dirigées par un Prince ou un Duc. Les siècles passaient, la situation n’évoluait guère ; en 1432, Paris est aux mains des Plantagenêt, ces Anglais honnis de nos vieux livres d’histoire, en vérité une simple affaire de famille : le domaine royal, réduit à la portion congrue, est administré depuis Bourges.

"C’est seulement à la Renaissance, et après les guerres de religion, que l’unité territoriale de la France est réalisée. C’est seulement avec l’ordonnance de Villers-Cotterêts que le français devient langue officielle en 1539. Mais c’est aussi l’acte de naissance de l’Absolutisme.

"Ainsi la France, à l’échelle du temps, n’est la France que depuis peu, et encore, c’est alors une France de populations qui ne se comprennent pas, qui ne maitrisent pas la langue commune. Ces populations subissent les guerres et elles sont assujetties.

"Il faudra la Révolution pour que se forge le Peuple français. C’est en lui et par lui que réside l’unité nationale, la Nation, le patriotisme, la Liberté (on abolit l’esclavage en 1794), l’Egalité (les citoyens sont égaux en droits), la Fraternité (la Nation organise la solidarité des uns et des autres), la laïcité (la Loi protège la Foi, et la Foi ne fait pas la Loi).

"Là est l’apport majeur de la Révolution : Universalisme, Unité et Solidarité

"Aujourd’hui, bien sûr, l'idée de Nation est traversée de celle de l’Europe des peuples, comme précédemment était la France des peuples.

"A l’échelle des territoires, la solidarité nationale française sait s’exercer, comme dans le cadre des politiques des quartiers prioritaires, pour ne pas parler de notre système de protection sociale qui nous a sauvés en 2008.

"Et, cependant, justement, en 2008, à l’échelle du Monde, les Etats ont bien été complices ou impuissants pour que les financiers continuent, avec cynisme et arrogance, de régir ce que pudiquement on appelle le marché : une vaste bulle spéculative qui se fiche du bien-être de du citoyen et de l’épargnant.

"Mais, à l’échelle de l’Europe, pourquoi tant de palabres pour savoir s'il faut aider les Grecs qui, ayant subi des gouvernements impécunieux, devraient subir au-delà du raisonnable des restrictions drastiques ?

"Alors... 222 ans après la fête des fédérés, la nouvelle ambition de la France dans l'Europe ne devrait-elle être de réactiver partout le concept de fraternité laïque : vivre ensemble, penser collectif, accepter la diversité, organiser le partage ?

"Alors... 222 ans après la fête des fédérés, ne faudrait-il pas, dans un esprit de justice, se donner quelques objectifs simples ? Assurer à chacun sa subsistance avec des chances égales pour tous, améliorer la vie collective en maintenant les outils de la Nation que nous apprécions tant, pour la sécurité, les mobilités, la santé et l'éducation, le développement durable, favoriser l’épanouissement de la personne humaine, la vie de l’esprit, celle de la culture...

"Je terminerai avec la traduction de quelques mots de cette chanson de 1971, vous la connaissez, elle est de John Lennon, et elle a fait parler d'elle, il y a quelques semaines, autour de l'école d'un village de Corse :

Imagine qu'il n'y ait plus de pays.
Ce n'est pas dur à faire.
Plus aucune raison de tuer ou de mourir.
Et pas de religion non plus.
Imagine tous les gens
Vivant leur vie paisibleme
nt...

N'imagine aucune possession.
Je me demande si tu en es capable.
Nul besoin de cupidité ou de faim.
Dans une fraternité,
Imagine les gens,
Se partageant le monde enti
er...

Tu peux dire que je suis un rêveur,
Mais je ne suis pas le seul.
J'espère qu'un jour tu nous rejoindras.
Et que le monde sera u
ni.

"Vive la France de la République, vive l’Europe solidaire, et vive le Monde des peuples amis !"

Publié par Marc Vuillemot - dans Devoir de mémoire
28 mai 2015 4 28 /05 /mai /2015 06:59

On m'a demandé de mettre en ligne le propos que j'ai tenu, devant les élus, les anciens combattants, résistants, déportés, victimes des guerres, les corps constitués, notre population et nos visiteurs, lors de la commémoration du soixante-dixième anniversaire de l'armistice du 8 mai 1945. Il fut cette année un peu long, donc peut-être plus pénible à lire qu'à entendre, ce qui avait justifié que, contrairement à mon habitude, j'avais opté pour ne pas le mettre en ligne, mais je réponds néanmoins à cette sollicitation...

 

"Durant les 5 années précédant septembre 1939, le Reich avait insolemment réarmé, annexé des territoires en toute impunité, développé des théories nationalistes, racistes, antisémites. Il ne laissait plus le choix aux démocraties européennes jusqu'à lors trop poltronnes. Ce fut la guerre.

"Et ce furent alors l’avancée irrésistible des Panzer, le réembarquement à Dunkerque, la drôle de guerre, l’exode des populations ; l’appel du général De Gaulle; les pleins pouvoirs accordés à Pétain ; Pearl Harbour et l’entrée en guerre des Etats-Unis ; l’Afrique Occidentale Française libérée, l’occupation de la zone sud ; Stalingrad, qui marqua le tournant du conflit ; Jean Moulin, préfet démissionnaire dès 1940, fédérateur national des différents réseaux, qui initia la création du Conseil National de la Résistance, le 27 mai 1943 ; les deux débarquements, le 6 juin 1944 en Normandie et le 15 août en Provence. La Libération. Une organisation intérieure qui évita l’assujettissement aux Américains…

"Après plus de cinq années de guerre, les 8 et 9 mai 1945, l’Allemagne capitulait sans condition.

"C’est un rapide exposé pour un long affrontement planétaire. prolongement de la Grande Guerre, une sorte de postface du Traité de Versailles.

"Tirons-en toujours les leçons. Ce fut une guerre d’anéantissement, dont les enjeux idéologiques et nationaux, pensés et préparés dans les temps de paix et d’accession au pouvoir, réapparaissent hélas aujourd’hui ça et là sous des oripeaux politico-religieux.

"Ainsi, ultra-national, guerrier, antisémite et raciste, le régime hitlérien a voulu établir la domination d'un peuple sur un prétendu absolument nécessaire large « espace vital ». Il s’est caractérisé par la suppression des libertés, l’omniprésence de la police et du parti unique, la terreur, une économie orientée vers la guerre.

"Or ça existe encore un peu partout, de la Corée à l'Afrique, en passant par le Moyen Orient. Les régimes totalitaires se fondent sur des projets de nature différente, mais présentent des caractéristiques communes toujours en vigueur.

"Ces régimes s’appuient sur l’adhésion d’une partie des populations… mettent en œuvre des pratiques appuyées sur la violence… éliminent les oppositions… uniformisent leur société ou se confortent dans une vision d’un monde coupé en deux, entre « nous » et « eux ». C'est pour ça qu'il faut être vigilants quand, en France et en Europe même, certains n’hésitent pas à distinguer « les Nationaux » et « l’étranger ». Ce populisme, dénoncé par l’histoire, est toujours à l’œuvre.

"Il promet tout par la magie de l’ostracisme et du repliement, mais il réfute être xénophobe ; mais ne l’est-on pas lorsqu’on estime qu’être Français, c’est être né et issu de parents nés en Anjou ou en Guyenne, comprenez en France ?

"Vous savez bien que l’ambiguïté est entretenue ! Les mentalités se rétrécissent. La peur et la suspicion s’immiscent dans les esprits… Or le jugement juste voudrait que, si on renvoie tout le temps à sa supposée origine tel groupe social abusivement et erronément constitué en vue d être ciblé, comme les gens se référant à une confession donnée, alors on doit renvoyer tout le monde à son origine. Et, pour faire court, il faut rappeler que nous venons tous de quelque part : notre grand-père à tous, homo sapiens, est parti d’Afrique !

"Qu’est ce qui a bien pu pousser un élu de la République à dire que posséder une carte d’identité française ne suffisait pas à être Français ? Oh, je sais bien, les choses ne sont pas si simples, mais celui-là a joué sciemment sur l’émotion provocatrice ; pour éclairer le débat, il eût suffi qu’il explicitât sa pensée. Hélas, les raccourcis habilement voilés font du simplisme une arme à détente reportée.

"Eux, les généraux et les soldats des armées de libération de la France, ne se sont pas posé la question. Les Africains, les Malgaches, les Algériens, les Tunisiens, les Marocains, les Indochinois, les Pondichériens, les Tahitiens, les Calédoniens, les Canaques, les Libanais, les Syriens, les Antillais, les Bretons et les Provençaux, qu’ils fussent fusiliers-marins, commandos ou spahis, du groupe naval d’assaut, de la 1ère Division Française Libre, de la 3ème Division d’Infanterie, ou encore des Marsouins de la 9ème Division d’Infanterie Coloniale, tous ceux-là offrirent leur sang à la France.

"Il l'offrirent à une France qui accoucha, avant même la victoire, d’un programme humaniste inédit, issu du Conseil National de la Résistance, qui institua, entre autres avancées, un système social qu'il nous faudrait mieux sauvegarder.

"Le passé nourrit l’avenir, ne l’oublions pas.

"Les 8 mai, Mesdames et Messieurs, - au-delà de la commémoration de la victoire des Alliés sur les forces de l’Axe réunies pour le pire autour de l’Allemagne nazie – nous célébrons la victoire sur des idées monstrueuses de haine et de rejet. Nous célébrons, aussi, ce qui a suivi : la réconciliation des peuples au sein de l’Europe.

"Notre défi, aujourd’hui encore, c'est le projet du « vivre ensemble », celui qui garantit la paix pour les générations, celui qui travaille à une prospérité collective, celui qui, parce qu’il nous concernerait tous, redonnerait de l’espoir à tous.

"70 ans ont passé et l’effroi des peuples, découvrant l’enfer des camps, la folie des hommes, ne peut plus être notre seul moteur.

"70 ans ont passé et nous ne pouvons accepter que la terreur soit le moteur de ces nouveaux combattants de l’horreur qui assassinent au nom d’une religion sans vraiment chercher à la connaître ou s’en remettant à d’odieux manipulateurs et falsificateurs.

"70 ans ont passé et il ne faut céder ni à la phobie de l’immigration clandestine, ni à la paranoïa anti-Islam. Qu’on cesse de forcer les gens issus de pays où l'Islam est la religion principale qui a pétri leur culture, à se penser musulmans. Ils ne forment pas un bloc mais sont, comme tous, une communauté humaine citoyenne traversée de tendances diverses, de la libre-pensée à l’intégrisme radical. Ne globalisons jamais et réduisons pas son image à celle de l’extrémisme.

"70 ans ont passé et notre moteur, c’est avoir l’ambition d’un projet qui s’occupe des hommes et de leur avenir.

"Notre moteur, c’est l’Education qui permet de questionner les dogmes et les prétendues vérités, et qui lutte contre la vanité de l’ignorance. Nous devons donner à chacun les outils qui lui permettront de combattre l’uniformité imposée par les fondamentalismes et d’éviter la réaction violente des identités religieuses ou idéologiques.

"Nous avons un libre arbitre, nous revendiquons notre liberté individuelle, sachons l’utiliser. N’oublions pas que la liberté – au nom de laquelle la Résistance s’est levée – est un commandement que l’on se donne à soi-même.

"L’intolérance que nous observons et qui gagne hélas les esprits ne véhicule jamais le bien, ni en politique ni en morale.

"Alors, oui, le 8 mai, devant vous, anciens combattants, porte-drapeaux, élus, corps constitués, citoyens, devant les enfants, je rappelle que des hommes et des femmes que rien ne prédisposaient à agir ensemble, issus de partis politiques différents, de convictions religieuses exclusives, de racines sociales, culturelles, philosophiques diverses, parfois adversaires, ont su se rassembler sur des valeurs communes de solidarité, d’entraide, de préservation des libertés. Ils ont réfléchi sur l’éducation, sur le partage, l’économie, la santé, le transport, sur la conscience d’être un groupe qui avance ensemble.

"Oui, le 8 mai, nous célébrons la réconciliation, le partage, les échanges. Le 8 mai, nous avons foi en l’avenir de jours heureux.

"Vive la France de la République, vive l’Europe de la démocratie, vive le Monde des peuples amis.

Publié par Marc Vuillemot - dans Devoir de mémoire
28 mai 2015 4 28 /05 /mai /2015 06:43

Ce mercredi était Journée nationale de la Résistance. Comme chaque année, La Seyne a connu sa commémoration devant notre Monument aux Morts. J'y ai prononcé un discours...

 

"Je reviens, comme chaque année, du plateau des Glières, haut lieu des résistances d'hier et d’aujourd’hui. J'ai y entendu des grands de la Résistance des années 40, Walter Bassan et Annette Beaumanoir. J'y ai entendu des résistants d'aujourd'hui, invités à porter témoignage comme je l'ai moi-même été en 2012 après notre combat pour notre maternité : Irène Frachon, lanceuse d'alerte pour le Médiator, Denis Robert, menacé depuis ses révélations lors de l'affaire Clearstream, Claire Millot qui se bat pour le migrants à Calais, ou encore Soha Bechara, résistante libanaise qui se bat aujourd'hui pour la cause des Palestiniens.

"Dans ces hautes montagnes de Savoie, le message des différents orateurs est toujours vivifiant et se résume à ceci : « résister à l’oppression, pour la liberté et dans la fraternité, est un devoir ; c’est, encore et toujours, lutter pour l’espérance de lendemains heureux ».

"Je regrette d'ailleurs que l'initiative d'associations que nous avons connue ces dernières années, ce pique-nique citoyen sur la parc de la Navale, se soit étiolée avec les années. Et je formule le vœu de voir renaître cet événement.

"Les Résistants, militants d’une France libre, ont souvent payé de leur vie leur engagement, ils ont montré que les heures les plus sombres ne sont pas dénuées d’espoir et qu’elles peuvent être suivies de grands bonheurs.

"Cette année est particulière, plus de sept décennies se sont écoulées depuis la Libération et sur décision du Président de la République, quatre figures de la Résistance vont entrer au Panthéon « Deux femmes et deux hommes qui ont incarné les valeurs de la France quand elle était à terre ».

"Je comprends qu'on puisse relever que d'autres aussi auraient pu être choisis, tels Marie-Claude Vaillant-Couturier, mais c’est à la Résistance toute entière que l’hommage est rendu, héros connus, méconnus ou inconnus.

"Germaine Tillion, Geneviève de Gaulle-Anthonioz, Pierre Brossolette et Jean Zay reposeront désormais auprès de Jean Moulin dans la crypte de la montagne Sainte-Geneviève, cette « maison des grands hommes » inventée par la Révolution.

"Résister, alors, c’était risquer sa vie mais aussi vivre dans l’exaltation pour la patrie et pour l’humanité. Ces femmes et ces hommes avaient la conviction qu’après la guerre, ils pourraient créer une société nouvelle, un monde nouveau.

"Deux femmes et deux hommes remarquables dont les biographies et les mérites sont développés dans tous les journaux. Permettez cependant à l’enseignant que je suis de dire un mot sur Jean Zay, dont un groupe scolaire seynois porte le nom.

"Authentique résistant de la première heure, dès le 20 juin 1940, il est assassiné par la Milice en juin 1944. Il fut ministre de l’Education nationale et des Beaux-Arts durant le Front populaire. Son bilan ministériel est inégalé.

"Pour lui, la République repose sur le civisme et l’intelligence des citoyens.

"Il réforme les Ecoles normales primaires et donne « toute liberté d’initiative » à l’instituteur à qui il demande de former les esprits et les corps par la culture et le sport.

"Je passerai sur la création de l’ENA... pour retenir qu'il a initié le sport scolaire, qu'il a préconisé l’entrée du plus grand nombre - et donc des jeunes filles - dans les lycées qu’il voulait plus démocratiques, qu'il a prolongé de 13 à 14 ans l’obligation scolaire, imaginé les réseaux d’orientation, ce qui deviendra le le centre des œuvres universitaires et scolaires en 1955, posé les fondations du centre national de la recherche scientifique. Et participé à la création des centres d'entraînement aux méthodes d'éducation active, les CEMEA, qui ont formé tant de jeunes Seynois, non seulement à l'encadrement des enfants en colonies de vacances, mais à la vie et à l'engagement citoyen.

"Ce qu'on sait moins, c'est qu'on lui doit aussi la création des théâtres lyriques nationaux, des bibliobus, et la proposition de naissance du festival de Cannes.

"Autant de lieux de formation et d'élévation des consciences du plus grand nombre aujourd'hui menacés par ceux qui ne jurent que par la finance, auxquels se joignent ceux qui, surfant sur la détresse des plus humbles, s'approprient indûment le nom de patriotes, qui est notre bien commun - comme l'est la République..., et ne visent qu'à préparer un retour par la voie démocratique des tenants de ces idéologies funestes qui ont guidé les pétainistes collaborateurs du fascisme et du nazisme.

"Alors oui, l’idéal de la Résistance est encore à atteindre, nous devons continuer inlassablement à nous battre pour la paix, la justice, les droits de l’Homme, l'éducation, la culture, le service public...

"Nous devons continuer et réaffirmer nos repères, notre désir de vivre ensemble, notre volonté de promouvoir une société plus juste, plus égalitaire, plus soucieuse des laissés pour compte."

Publié par Marc Vuillemot - dans Devoir de mémoire
12 novembre 2014 3 12 /11 /novembre /2014 04:38

http://www.theatrum-belli.com/media/02/01/2067683780.jpgComme à chacune des commémorations patriotiques, j'ai prononcé un discours ce 11 novembre, jour du 96ème anniversaire de l'armistice de 1918. J'ai, du moins, prononcé... une partie du discours prévu, car la pluie qui s'est abattue m'a conduit à l'écourter, mes feuillets détrempés s'étant mués en pâte à papier ! Ce dont ne se sont pas plaints celles et ceux de mon auditoire qui avaient oublié d'apporter un parapluie ! Voici donc mon propos...

 

"Le 1er août de cette année, à 16 heures, le tocsin a sonné dans les communes de France. Il a résonné en mémoire de ce qu’il avait sonné, 100 ans plus tôt, faisant comprendre à nos anciens sa triste signification : la guerre !

"Le 28 juin 1914, les télégraphes avaient répandu la nouvelle de l'assassinat de l'héritier d'Autriche-Hongrie à Sarajevo. Il n’aura fallu que cinq semaines pour que la première guerre mondiale éclate le 1er août.

"17 millions de morts, 37 millions de victimes.

"Cette guerre devait être rapide et limitée. Elle fut longue et mondiale.

"Si les Français se sont levés pour défendre la Patrie et pour l’idée qu’ils se faisaient de la République, on occulte souvent l’esprit revanchard qui animait les mentalités en ce début du XXe siècle. En effet, la défaite de 1870 contribua beaucoup à l’élan patriotique : la France qui avait perdu l’Alsace et la Lorraine était toujours meurtrie.

"Les appelés de 14 avaient été nourris de cette situation à l’école de Jules Ferry où l’histoire que racontaient les hussards noirs de la IIIe République était quelque peu remaniée. Les vaincus de 1870 devinrent des héros, à l’image d’Epinal d’un Vercingétorix montré comme un glorieux résistant face à l’empire romain. Sur les gravures, c’est un géant qui jette fièrement ses armes aux pieds d’un Jules César assis et grave. Je ne parle pas de cette autre image, connue de tous, de Jeanne d’Arc boutant l’Anglais hors de France, la Mère patrie ! Ainsi, les enfants chantaient dans les écoles « vous n’aurez pas l’Alsace et la Lorraine » et « nous sommes les petits enfants qui voulons servir la patrie. Nous lui donnerons dans dix ans une armée aguerrie. »

"En août 14, ces écoliers sont les hommes qui partent au front. Ils ont en tête l’esprit de devoir et de sacrifice et sont mûrs pour devenir de la chair à canon.

"Les belligérants croient en la paix mais rêvent d’en découdre, les ambitions territoriales, politiques, économiques sont en fait les vrais moteurs de la course à la confrontation. Les évènements s’emballent, la guerre, prévue courte et de mouvements, s’enlise. Ce sera l’effroyable boucherie où on mourra par milliers pour gagner cent mètres, qu'on reperdra dans la foulée. A la mi-septembre, après un mois de conflit, les armées françaises comptaient déjà 720 000 victimes, 400 000 blessés évacués et 320 000 tués ou disparus.

"C’est dans ce premier mois de guerre qu’intervient ce qui deviendra l’affaire des soldats du XVe corps d'armée. Le conseil municipal a récemment délibéré et nous dénommerons bientôt une avenue en reconnaissance de l’injustice qui leur a été faite.

"Le 11 novembre 14, c’en est presque fini de la guerre de mouvement. La bataille de la Marne et ses taxis réquisitionnés par Gallieni, la course à la mer, sont du passé. Les armées vont s’enterrer pour 4 longues années.

"L’année dernière, j’avais emprunté à la littérature pour décrire l’enfer que vécurent les Poilus.

"Cette guerre reste gravée en lettres de feu dans la mémoire collective qui, comme les sols des sanglants combats, n’oublie pas la mort horrible dans les tranchées. Des hectares entiers sont laissés en friche du fait des sols à jamais souillés par les métaux lourds, les gaz, les munitions inertes ou pas.

"En France, on dit, aujourd'hui encore, simplement, la « Grande Guerre ». D'autres, comme l’historien américain George Kennan, parlent la « catastrophe originelle » du XXe siècle.

"A l'occasion du 100e anniversaire du début de cette catastrophe, de nombreuses études ont été publiées qui tentent de nous expliquer l'inconcevable. Elles retracent minutieusement les calculs des acteurs dans les capitales européennes, les prévisions irréfléchies d'une campagne rapide et glorieuse, la définition d'objectifs de guerre aventureux, ainsi que les erreurs d'appréciation qui ont conduit les nations dans ce chaos.

"Il semble, - il semblait ! -, inconcevable, aujourd'hui, qu'une guerre puisse éclater au cœur de l'Europe. J’espère que le présent – il faudrait que ce qui se passe dans l’est de l’Ukraine s'arrête vite - restera la réalité.

"Car, après la rupture de civilisation que fut la seconde guerre mondiale déclenchée cette fois par l'Allemagne nazie, nous avons remplacé l'équilibre toujours précaire des alliances changeantes entre Etats qui marquait notre continent il y a un siècle par une communauté européenne de droit. L'Union européenne doit continuer à nous permettre de trouver une voie pour régler pacifiquement nos divergences d'intérêts.

"Au lieu de la loi du plus fort, c'est à la force de la loi de régir les rapports entre les Européens.

"La perte de confiance dans le projet européen, du fait du chômage et du manque de perspectives d'avenir, renferme de grands dangers. Un tel climat est propice à la renaissance d'accents nationalistes, emballés dans la mélodie facile de la critique européenne. L'Histoire nous commande de nous y opposer résolument.

"Dans de nombreuses régions du monde, le système fragile de l'équilibre des forces n'appartient toujours pas au passé. Vingt-cinq ans après la chute du Mur et l'ouverture du rideau de fer, de nombreux foyers de crise persistent.

"Cette « Grande guerre », cent ans plus tard, recèle ainsi cette autre résonnance : c’est en 1916 que la ligne Sykes-Picot est imaginée. Elle fixe la carte du Moyen-Orient que nous connaissons.

"Chez nous, le déclenchement de la Première Guerre mondiale est un moment d’histoire, douloureux mais maintenant lointain. En Orient, c’est un évènement fondateur qui redessine les frontières et crée de nouveaux pays : la Turquie moderne, le Liban, la Syrie, l’Irak, la Jordanie.

"L’ancien empire ottoman, entré en guerre auprès de l’Allemagne et de l’Autriche-Hongrie, sera combattu et démembré à l’est dans la neige et la boue du Caucase par les Russes, aux Dardanelles ou depuis l’Iran à Bassora par les Français et les Anglais, appuyés par la révolte des tribus arabes. Mais, la promesse du grand royaume arabe promis par Lawrence d’Arabie n’est pas tenue.

"Ainsi, d’une seule terre et de trois promesses (protection des Chrétiens d’Orient, sionisme, et panarabisme) les vainqueurs ont tissé un sac d’embrouilles qui dure encore : comment agréger des populations de coutumes et de religions diverses, Kurdes, Arméniens, Turcs, Perses, Sémites, Arabes, Chrétiens, Juifs, Sunnites, Chiites et d’autres encore… ?

"Aujourd'hui, notre monde est plus interdépendant que jamais. Oui, nous devons rechercher la prospérité et des espaces de liberté, mais dans un univers vulnérable où il existe de nombreux points de friction et de non moins nombreux conflits d'intérêts.

"N’oublions pas, qu’en fait, la Grande Guerre a mis fin à la première mondialisation ; que les liens entre les économies et les cultures européennes étaient tels que nombre de contemporains de l'époque jugeaient la guerre impossible, irrationnelle et contraire à leurs intérêts. .. Et, que pourtant, elle a eu lieu.

"La conviction des soldats qui l’ont fait était que, s’ils en revenaient, ils n’oublieraient jamais, absolument jamais.

"Alors pour cette guerre, la profonde, la vraie de vraie, pitié pour ces soldats qui sont morts même s’ils en sont revenus ! Ils n'avaient pas le sang des héros (H.E.R.O.S). Ils ont été des hérauts (H.E.R.A.U.T) de la paix !

"Il est indispensable, désormais, de considérer calmement non seulement nos propres intérêts, mais aussi ceux de nos voisins et partenaires, d'agir de façon responsable et de songer objectivement aux conséquences.

"Les années de la déclaration de guerre de 1914 à l'armistice de 1918 constituent hélas un riche exemple de ce qui arrive quand nous ignorons ces principes.

"Alors, vive l'amitié entre les peuples et les nations, vive la paix dans l'Europe et dans le Monde, et vive la France et sa République !"

Publié par Marc Vuillemot - dans Devoir de mémoire
25 septembre 2014 4 25 /09 /septembre /2014 18:10

http://referentiel.nouvelobs.com/file/3129206-les-deputes-votent-la-penalisation-des-injures-a-l-egard-des-harkis.jpgCe jeudi soir, devant le monument aux morts, nous nous sommes rassemblés pour l'hommage annuel aux harkis et autres supplétifs de l'armée française lors de la guerre d'Algérie et des combats de Tunisie et du Maroc. Je livre aux visiteurs de mon blog le discours que j'ai prononcé à cette occasion. Et qui semble n'avoir pas eu l'heur de convenir à certains, qui ont manifesté leur  désapprobation pendant mon propos et après, alors même que la cérémonie se poursuivait, obligeant le maître de cérémonie à les rappeler à l'ordre. Je laisse chacun juge...

 

« Je le disais il y a deux ans, les harkis, et les autres membres des formations supplétives de l’armée française, comme vous et moi, étaient des gens ordinaires.

« Français, ils ont cru l’être à part entière. Mais ceux qui arrivèrent en métropole après 1962 ne furent pas les bienvenus. Cette situation a été vécue avec beaucoup d’amertume et de rancœur. Ils ont séjourné dans des camps, des hameaux forestiers, des cités de transit qui ne leur ont pas permis de trouver une place convenable au sein de la société française.

« L’histoire ne se refait pas. Mais le temps, le recul, une meilleure connaissance, font que la compréhension des situations complexes, même tardive, est possible, et que cette compréhension rend à son tour possible l’hommage réparateur.

« C’est pourquoi nous sommes rassemblés les 25 septembre pour cet hommage national à ceux qui, après avoir apporté leur contribution à l’action de l’armée française, n’ont pas bien été payés de retour. Le Président Jacques Chirac, il y a une douzaine d'années, a voulu cet hommage, et c’est bien ainsi.

« Encore et toujours se pose la question de l’Autre, et de ce que certains appellent « son intégration ». En France, nation des droits de l’Homme, fiers de l’esprit des Lumières, nous pensons qu’une intégration réussie est une assimilation.

« J’ai dit « assimilation ». Ce n’est pas un vilain mot. Oh, je sais que certains voudraient que nous soyons tous des Gaulois, et que, à défaut, seuls ceux-ci aient droit à la considération ! D’autres encore, au contraire, refusent violemment d’en être et se recherchent des racines incertaines »

« Non, l’assimilation ce n’est pas cela. En entendant « assimilation », on entend « similaire ». La plus ancienne définition que le centre national des ressources textuelles et lexicales a pu retrouver est celle de Goulain, en 1374 : « action de bien intégrer un élément extérieur ».

« L’assimilation, c’est considérer que l’accueilli veut être, non l’identique, mais le similaire de son semblable qui l‘accueille, et que ce dernier veut faire acte d’accueil.

« Alors, oui, l’assimilation, c’est reconnaître chacun pleinement et égalitairement comme citoyen dans le cadre de la République.

« Bien sûr, la sphère privée peut être revendiquée et la République la protège. C’est pourquoi nous devons être très attentifs à ne pas renverser les priorités. La République, son organisation laïque qui défend les libertés individuelles, prime sur la conviction intime… qui doit le rester : pas d’ostentation, pas de diktat dans le domaine public. C’est la modération et la discrétion qui font le bien-vivre ensemble… et c’est vrai pour tous.

« Nous vivons dans un monde de rencontres, de mélanges, et de remises en cause. Les mélanges et les flux migratoires existent depuis toujours, La Seyne en est un exemple avec l’immigration italienne ; puis des Polonais et des asiatiques ont fait souche ; puis ce fut l’immigration subsaharienne, tunisienne, algérienne, marocaine, et l’est de l’Europe a pris le relais.

« L’anthropologie a montré depuis longtemps que la migration, les mélanges, sont à l’origine de la race humaine moderne : l’homo sapiens est la seule race des hommes qui soit admise par les scientifiques. D’ailleurs, depuis 2013, le mot « race » a été supprimé de la législation française, première étape vers une disparition, souhaitée par beaucoup, de ce terme dans le préambule de notre Constitution. Bien sûr, comme le député communiste André Chassaigne, qui a porté le projet de loi, nous sommes convaincus que « ce geste ne suffira pas à effacer le racisme ».

« Et c’est pour cela que nous devons lutter ensemble contre la fabrique des ghettos, contre l’isolement des cultures et le durcissement des radicalismes.

« Le seul espoir que nous ayons n’est pas dans la nostalgie d’une pureté originelle, complètement illusoire, mais dans l’ouverture vers l’interculturel. Rêver d’une identité nationale figée sur le modèle du XIXe siècle serait aujourd’hui une imbécillité. Dans la rencontre des cultures et des civilisations, chaque apport a son importance, et nous ne pouvons demander à quiconque de renoncer à la moindre part de son héritage.

« Et c’est ce que nous faisons, entre autres, en organisant cette journée solennelle d’hommage : nous montrons notre capacité à regarder sereinement à la fois notre avenir et notre histoire, dans tous ses aspects.

« Vous le savez, il ne peut y avoir d’humanité sans mémoire, sans l’oubli des rancœurs. Se souvenir doit nous ressouder, c’est le but de cet hommage rendu à toutes les victimes, les mortes pour la patrie qu’on honore aussi en d’autres occasions, et, en particulier ce 25 septembre, celles ayant échappé à la mort mais meurtries de la guerre d’Algérie et de ses suites que, pour beaucoup, la France a trop longtemps oubliées.

« Souvenons-nous. Ressoudons-nous. Ainsi, de toutes nos forces, nous lutterons contre la propagation du racisme et de la xénophobie.

« Et puissent - et en cette semaine ça a du sens ! - ces desseins-là irriguer la planète ! La France républicaine a le devoir d’y contribuer. Vive la France républicaine ! »

Publié par Marc Vuillemot - dans Devoir de mémoire
28 août 2014 4 28 /08 /août /2014 03:51

http://jcautran.free.fr/archives_familiales/autobiographies/vie_marius_autran/bombardements2.jpgCe mardi était commémoré le 70ème anniversaire de la libération de La Seyne, l'une des étapes de celle du pays. Le propos que j'ai prononcé à cette occasion...

"Voilà donc 70 ans notre ville, martyr des bombardements, fut libérée.

"Dans l’esprit des Alliés, le débarquement en Provence est la suite nécessaire à celui de Normandie. Libérer les grands ports de Toulon et Marseille pour approvisionner les troupes de libération.

"Les troupes engagées sont américaines, françaises, anglaises et canadiennes.

"Sur le terrain, cela a été dit, le général De Lattre de Tassigny commande la 1ère Armée Française. Elle fait feu de tout bois.

"La 1ère  Division Française Libre, les Marsouins de la 9ème Division d’Infanterie Coloniale, la 3ème Division d’Infanterie Algérienne, le groupe naval d’assaut, les commandos d’Afrique, et les commandos de choc, débarquent le 15 août dans le golfe de St-Tropez, dans la baie de Cavalaire et au cap Nègre. Leur volonté farouche fera mentir les prévisions, les libérations interviennent avec plusieurs semaines d’avance.

"Avec eux, luttèrent les combattants de l’ombre des maquis, des villages et des villes. Ils avaient préparé le terrain.

"Le territoire de La Seyne est donc libéré le 26 août.

"En 1944, la situation de la population seynoise était préoccupante, sur les 26 000 résidents habituels, il ne restait que 9 000 habitants.

"La population manquait de tout. A la faim s’ajoutait la peur : Le 11 juillet 1944, le bombardement de la ville entraînait une formidable panique dans l’émissaire du Cap Sicié, qui, contre toutes les règles, servait d’abri. On déplora 88 morts.

"Le port et les chantiers navals étaient un enjeu et donc une cible.

"L’ennemi se livra aux destructions des infrastructures de manière à ralentir les futurs approvisionnements arrière.

"A La Seyne, conformément aux ordres donnés par leur État-Major, les troupes allemandes s’ingénièrent à réduire à néant toutes les installations portuaires : quais, grues, machines, ateliers, entrepôts, cales de lancement, ...

"Le 17 août, ce que les bombardements des Alliés n’avaient pu faire, ils allaient le réaliser en quelques heures. Les explosions de mines puissantes ruinèrent la construction navale pour longtemps.

"Seul le pont basculant est miraculeusement épargné.

"Il fallut réduire les batteries de Brégaillon, de Mar-Vivo ; les forts Napoléon et Balaguier ; la formidable batterie anti-navale et anti-aérienne du Peyras.

"Le 21 août verra la fusillade du poste de police, boulevard du 4 septembre.

"Le 27 août, la presqu’île de Saint-Mandrier restait la seule position résistante. L’Amiral Ruhfus et son État-Major y étaient réfugiés. Sur la demande du colonel Le Puloch, il se résoudra à capituler.

"En relisant l'intéressant ouvrage de notre regretté concitoyen Paul Gaujac, « La bataille et la libération de Toulon », j’ai relevé l’extrême diversité des combattants qui ont permis la libération de notre ville. Soldats et officiers de Régiments d’Infanterie Coloniale du Maroc, Régiment Colonial de Chasseurs de Chars, Chasseurs d’Afrique, Division Blindée, Régiments de Tirailleurs Sénégalais, Régiments de Spahis Algériens de Reconnaissance, Marsouins de l’Infanterie de Marine, Marins Pompiers, Forces françaises de l’intérieur, ouvriers résistants de la construction navale, et tant d’autres.

"A La Seyne, on a eu une belle illustration de ce qu’on a appelé « l’amalgame » réalisé par le général De Lattre, et, en ces temps où on peut s’inquiéter d’une recrudescence des racismes, il est peut-être utile de méditer sur cette 1ère Armée, constituée d’hommes venus de la France métropolitaine, du Maghreb, de l’Afrique noire, rejoints par les volontaires des forces de l’intérieur, qui ont conjugué leurs belles déterminations pour libérer la nation et restaurer la République.

"Il restait à reconstruire La Seyne. Sur les 5902 immeubles que comptait la ville, il y eut 4310 habitations sinistrées dont 277 détruites en totalité. Les chantiers de construction navale seront aussi à rebâtir.

"Cet été, sur ces mêmes quais réaménagés, les Seynois et les visiteurs ont pu profiter d’animations estivales, de promenades et de loisirs.

"Nous honorons les hommes et les femmes qui ont permis cela en luttant durant les années sombres pour la liberté, la démocratie, la République.

"Nous n’oublions pas que la guerre sévit encore dans bien des endroits du monde.

"Alors, même si les temps économiques sont rudes, il ne faut pas bouder notre chance, nous vivons en paix, dans des conditions enviées, dans une ville qui se renouvelle et qui avance !

"Que vive La Seyne ! Que vive la France de la République !"

 

 

> Jean-Claude Autran ne m'en voudra pas d'avoir "piqué" sur son site Internet la photo illustrant ce billet

Publié par Marc Vuillemot - dans Devoir de mémoire
28 mai 2014 3 28 /05 /mai /2014 04:22

http://www.resistance-corse.asso.fr/files/2113/6756/2807/plaque-premiere-reunion-clandestine_27-04-1943.jpgCe mardi a été commémorée, comme chaque année, la « Journée de la résistance », le 27 mai, jour anniversaire du rassemblement de partis et de mouvements qui a constitué le Conseil National de la Résistance. Le discours que j’ai prononcé à cette occasion...

« Il vous a été rappelé les circonstances qui conduisirent à la création du Conseil National de la Résistance. Daniel Corigliano, pour l’association des combattants de la Résistance, a évoqué son programme « Les jours heureux ».

« C’est ce programme, sous l’impulsion initiale de Jean Moulin, fédérateur du rassemblement et de la coordination des forces opposées à l’occupant, qui prépara la réorganisation du pays, la victoire acquise.

« Aujourd’hui nous entonnerons le chant des Partisans puis La Marseillaise. N’oublions pas que dans les maquis, dans les manifestations interdites, dans les prisons, au pied des pelotons d’exécution, c’est La Marseillaise, parfois associée à l’Internationale, qui surgit, telle qu’Aragon l’a évoquée dès 1943 dans sa Ballade de celui qui chanta dans les supplices :

Il chantait lui sous les balles …
Il a fallu l'achever

Une autre chanson française
A ses lèvres est montée
Finissant la Marseillaise
Pour toute l'humanité

« Ainsi la Seconde Guerre mondiale, dans des conséquences imprévisibles que seule l’Histoire qui se fait imagine, à rendu à notre hymne national, des vertus de rassemblement, de reconnaissance, d’espoir.

« Loin des polémiques, j’aime à rappeler que ce chant est un hymne de combat  et de résistance. Le caractère sanguinaire de son 1er couplet, le seul que l’on retient avec le refrain, est lié à ce moment d'exaltation, voire d'ivresse vitale. Notre hymne lie indissolublement l'identité de la République à la résistance aux tyrannies. Il lie non moins indissolublement l'idée de République à l'idée de France.

« Vichy a supprimé ce premier couplet, par haine de la République, et effacé la résistance à l'invasion parce que l’Etat français pratiquait la collaboration avec l'envahisseur.

« Vichy fut raciste. Au sens moderne, le sang n’est impur que dans les théories racistes de Gobineau et du nazisme, pas dans l’esprit des Révolutionnaires.

« Au contraire, dans plusieurs couplets de la Marseillaise les notions d’égalité et de liberté sont glorifiées :

Couronné par l’Egalité/ Quel triomphe, quelle victoire/ D’avoir conquis la Liberté !/…

Et chaque citoyen respire/ Sous les lois de l’Egalité/…

Et le Français n’arme son bras/ Que pour détruire l’esclavage/ …

Soyons unis ! Tout est possible/ Alors les Français cesseront/ De chanter ce refrain terrible. 

« La Marseillaise retrouve alors toute son épaisseur d’hymne patriotique qui fut chanté, jadis, partout en Europe, par les peuples qui voulaient se libérer des jougs aristocratiques. Dans nos temps planétaires d'interdépendance des peuples et de communauté de destin de toute l'humanité, ces couplets portent en eux l'universalisme de la Déclaration des droits de l’Homme.

« Etre citoyen, c’est la capacité, pour chacun, de s’élever au dessus de ses seuls intérêts pour se soucier du bien public.

« C’est bien de la Résistance que sont venues les idées de protection de la liberté de conviction des autres.

« La Résistance a défendu la laïcité.

« La Résistance a bataillé pour la justice sociale et créé sa sécurité.

« Voilà que dimanche dernier nous avons été appelé à voter pour désigner les membres du Parlement européen. Sans évoquer les résultats qu’on connaît et qui doivent nous interroger, relevons que beaucoup ont voté avec les pieds… Comment peut-on se désintéresser de son propre avenir ?

« L’image de Balzac et de sa peau de chagrin devrait être pour eux une allégorie exemplaire : « Le cercle de vos jours, figuré par cette Peau, se resserrera suivant la force et le nombre de vos souhaits, depuis le plus léger jusqu'au plus exorbitant ».

« Cette peau, c’est la démocratie ; le pouvoir de chacun de s’exprimer. Les souhaits, c’est de profiter sans aucune réflexion de ce qu’ont laissé ceux qui ont sacrifié leur vie au bonheur des autres. Pouvoir aller à la pêche le dimanche est une liberté exorbitante quand on observe tous ceux qui en sont empêchés.

« L’idéal de la Résistance est encore lointain, son but social n’est malheureusement pas abouti, nous devons continuer inlassablement à nous battre pour la paix, la justice, les droits de l’homme, le service public...

« Nous aspirons à une Europe des citoyens. Encore faut-il qu’il y ait des citoyens. Les consommateurs que nous sommes pourraient bien être très vite lessivés puis balayés.

« C’est dans ces moments comme aujourd’hui que nous devons réaffirmer nos repères, notre désir de vivre ensemble, notre volonté de promouvoir une société plus juste, plus égalitaire, plus soucieuse des laissés pour compte. »

Publié par Marc Vuillemot - dans Devoir de mémoire
9 mai 2014 5 09 /05 /mai /2014 07:36

http://www.ghisonaccia.fr/photo/art/default/4170346-6328905.jpg?v=1336462213Ce jeudi a été commémorée la capitulation des nazis. Nous étions une nouvelle fois nombreux, élus, anciens combattants, déportés, résistants, victimes des guerres, porte-drapeaux de leurs associations, représentants des polices nationale et communale, de la défense nationale, dont les jeunes de la préparation militaire marine parrainée par la ville de La Seyne, citoyens seynois et visiteurs, avec les orchestres de la Clique seynoise et de notre Philharmonique. Le discours que j’ai prononcé à cette occasion...

« Du 1er septembre 1939, jour où l’Allemagne nazie a déclenché l’invasion de la Pologne, au 8 mai 1945 qui voit la capitulation de l’Allemagne nazie, on aura sûrement vécu l’une des guerres les plus meurtrières de l’histoire de l’humanité.

« Les précédents orateurs ont rappelé à notre mémoire des temps forts de cette page de notre histoire. Ce conflit horrible aura a mis en jeu – ignoble gâchis ! - la mobilisation de la totalité des ressources humaines et économiques des nations engagées.

« Rejetant le joug fasciste et nazi, les États qui se voulaient libres et les nombreux mouvements de la Résistance de ceux qui étaient asservis, dans de nombreux pays de l'Europe et du Monde, ont défendu les valeurs de liberté, de démocratie, et les droits de l'homme.

« Cette guerre restera marquée bien sûr par des millions de morts, qu'ils aient été des soldats répondant à l'appel de leurs nations ou des civils décimés par les atrocités commises par les régimes totalitaires.

« Elles ont durement frappé, et j’évoquais ici même il y a quelques jours « die Endlösung », la "solution finale", le génocide des Juifs, programmé en janvier 1942, techniquement et méthodiquement organisé lors de la conférence de Wannsee.

« Alors, on parle, dans les livres d'histoire, de la guerre de 39-45.

« Ces années-là sont certes les bornes temporelles du "conflit officiel", depuis la déclaration de guerre de la France et l'Angleterre à l'Allemagne en réponse à l'agression de la Pologne, leur alliée, jusqu'à la signature de la capitulation allemande de 1945.

« Mais nous-mêmes et nos enfants devrons toujours avoir en mémoire que c'est sur le terreau d'une idéologie funeste qu'a mûri cette guerre.

« C'est bien, en effet, parmi les Allemands et les Italiens eux-mêmes que l'on compta les premières victimes du nazisme et du fascisme, bien avant le début des hostilités guerrières de nos livres d'histoire.

« N'envoya-t-on pas en déportation et à la mort, dès 1927, ceux qui en Italie se refusèrent à adhérer à des slogans comme "Credere, obbedire, combattere" (« Croire, obéir, combattre »), car, pour les fascistes, l'homme ne devait pas trop réfléchir, et ne pouvait se réaliser que par la guerre ?

« Et le Börgermoorlied, le "Chant des marais", qui a, depuis, été entonné dans le monde entier, n'a-t-il pas été composé dès 1933 par des prisonniers politiques allemands internés en camp de concentration par d'autres Allemands aveuglés par le nazisme ?

« Ayons-le en mémoire pour les générations futures : l'un des plus inhumains des conflits qu'a connus l'humanité a germé sur un socle de barbarie plus que sur une simple confrontation entre nations.

« Mais souvenons-nous que, déjà, des années avant le début de la guerre, se levait chez les victimes l'espoir d'un monde meilleur, vainqueur des tenants des idéologies nauséabondes qui avaient submergé les belles nations de Cervantès, de Goethe et de Dante.

Doch für uns gibt es kein Klagen.

Ewig kann's nicht Winter sein.

Einmal werden froh wir sagen :

Heimat, du bist wieder mein !

ce qu'on peut traduire à peu près par...

Mais ne nous plaignons pas.

L'hiver ne peut être éternel.

Un jour, nous dirons joyeusement :

Ô Patrie, je te retrouve !

« Nous n’étions qu'en 1933... six ans avant la guerre et douze longues années avant l'armistice de 1945.

« Et, hélas, aujourd'hui, huit décennies plus tard, l’hydre monstrueuse est toujours tapie au fond des âmes obscures, et ce combat, contre la haine, contre le négativisme, contre le rejet de l’autre, de l’étranger, du différent, est encore et toujours d’une brûlante actualité. Et notre vigilance doit être d’autant plus forte aujourd’hui que la bête, habile, se pare d’habits honorables.

« C’est pourquoi il convient que nous perpétuions, par des cérémonies simples, sans tapage médiatique outrancier, ouvertes à toutes les composantes de notre peuple, mais pourtant solennelles, comme celle d'aujourd'hui, au fond de notre coeur et de notre mémoire, le souvenir de ce comportement exemplaire de milliers d’hommes et de femmes, soldats et civils, qui, au milieu de tant de lâchetés, de trahisons, de tentatives d’avilissements, ont su élever leur vertu d’humanisme, de courage, et d’abnégation.

« Et, aux jeunes qui sont là, je dirai que la véritable leçon, le véritable mérite, sont peut-être ailleurs : ils doivent être, dans les temps de paix que nous avons la chance de connaître, dans notre capacité, au quotidien, à vivre ensemble, les uns, les autres, avec nos différences, mais dans des valeurs humanistes communes.

« Et nous devons toujours nous garder de succomber aux sirènes de ceux qui jouent avec les mots qui incarnent les valeurs fondamentales de la République, tels la laïcité.

« Ce sont des mots qu’ils n’hésitent pas à dévoyer en les utilisant au service d’une sémantique xénophobe, manière de fustiger adroitement, comme on l’entend ça et là, par exemple à propos de la restauration scolaire, non plus les immigrés venant d’une région du monde, mais les pratiquants de la religion qui y est majoritaire, en une habile façon de camoufler les discriminations raciales en discriminations culturelles car cultuelles, instrumentalisant la laïcité afin de faire passer un discours de haine pour des propos républicains.

« Car ceux-là mêmes qui distillent ces messages prônent l’assimilation, donc la dissolution des cultures dans une vision étroite de l’identité. Dans leurs esprits et dans leurs logorrhées de bon aloi, « assimiler », c’est digérer les cultures des autres, c’est nier le droit à la différence et à l’existence de tous et de chacun sur les terres de ce Monde que nous avons en partage.

« L’histoire nous a montré combien il est dangereux de hiérarchiser ainsi les cultures selon un pseudo-degré de compatibilité avec la laïcité. Ça permet, par exemple, à certains faux amis, mais vrais ennemis, des valeurs des Lumières du XVIIIe siècle français qui ont rayonné sur le Monde, d’exclure de la République certains de ses enfants tout en masquant leur xénophobie derrière un discours pseudo-laïc et souvent, de surcroît, pseudo-féministe.

« Et ce sont ces mêmes logiques pernicieuses, et le silence assourdissant de ceux qui en tiraient un profit de l’immédiateté, comme certains, parés des atours de la légitimité élective pour trahir la mémoire de leur pères qui ont résisté à l’indicible, savent encore le faire aujourd’hui, qui ont conduit le monde du milieu du XXe siècle à s’entre-déchirer au point de pleurer des millions de morts et de disparus.

« Alors, le chantier est plus que jamais ouvert, et il est immense.

« Et, il doit nous attacher, à la veille de la fête de notre continent, à garantir durablement la réconciliation des peuples au sein de l’Europe.

« Une Europe aujourd’hui à la fois formidable parce que cette association libre de pays souverains est unique dans le monde, et, très en difficulté parce que trop centrée sur la stricte économie, une Europe qui oublie ses réflexes solidaires imaginés voilà plus de cinq décennies.

« A l’échelle de l’histoire, ces décennies sont un balbutiement. L’union économique était le point de départ d’un projet qui devait renverser les frontières, rassembler les peuples aux antipodes des idées nationalistes. Hélas, le dogmatisme monétaire, l’obsession identitaire, renversent la table et l’ambitieux projet se ratatine comme un mauvais soufflet.

« Voilà ce qu’écrit un commentateur, je cite « L’œuvre commune s’étiole, les peuples se détournent d’une construction dont ils ne comprennent ni l’utilité ni la finalité, et qu’ils voient comme le bras armé d’une ouverture à tous vents, menaçants leurs acquis et leur avenir... L’Europe comme projet démocratique, comme œuvre commune des nations qui ont passé leur histoire à se faire la guerre et qui ont décidé il y a soixante ans de faire vivre la paix, se meurt. Elle meurt de l’inconscience, de l’égoïsme de classe ».

« Notre défi, aujourd’hui encore, est de revenir au projet initial, celui des peuples fraternels, celui qui garantit la paix pour les générations, celui qui travaille à une prospérité collective, celui qui, parce qu’il nous concernerait tous, serait en mesure de redonner, à tous, de l’espoir.

« 69 ans ont passé et l’effroi des peuples, découvrant l’enfer des camps, la folie des hommes, ne peut plus être notre moteur. Il doit être l’ambition d’un projet qui s’occupe des hommes et de leur avenir.

« Dans les valeurs que nous devons nous interdire de dévoyer, il y a la mémoire, qui est le ferment de l’espérance, et le moteur de ceux qui veulent aller de l’avant.

« Souvenons-nous, toujours, afin de ne pas revivre les mêmes erreurs.

« Et que, dans nos têtes, se fredonnent sans cesse quelques mots de la version française du "Chant des marais" :

Liberté, Liberté chérie,

Je dirai : Tu es à moi,

Ô terre enfin libre

Où nous pourrons revivre,

Aimer. »

Publié par Marc Vuillemot - dans Devoir de mémoire
29 avril 2014 2 29 /04 /avril /2014 03:52

http://www.cibr.fr/sites/default/files/upload/auschwitz_img.jpgDimanche avait lieu, face au Monument aux Morts, la commémoration de la libération des camps nazis de la seconde guerre mondiale. L’occasion pour moi, comme chaque année, outre l’hommage dû aux victimes et aux libérateurs, de lancer un appel à la vigilance...

« Nous commémorons, les derniers dimanches d’avril, la libération des camps de concentration et le souvenir de ceux qui y furent déportés.

« La déportation, les camps d’internement, de travail, de mort, resteront à jamais comme la pire des dérives commise par les hommes contre l’humanité. Cette horreur a eu lieu en Europe, foyer de civilisation, dans la première moitié du XXème siècle, après et malgré la Grande Guerre.

« La mise en œuvre de l’extermination systématique d'un groupe humain qui pouvait être de même langue, de même nationalité, de même culture, au nom de la soi-disant race ou de la religion est une abomination.

« Et pourtant… Ces idées nauséabondes continuent de circuler et trouvent encore des partisans et des hommes politiques pour les soutenir. Oh ! « Bien sûr en les habillant d’habits plus honorables ! Au nom de quoi ? Je n’ai qu’une réponse, de la folie qu’engendre la haine de la différence.

« Je répète les termes de notre Constitution et les répèterai sans fin : La France est une République indivisible, laïque, démocratique et sociale.Elle assure l’égalité devant la loi de tous les citoyens sans distinction d’origine, de race ou de religion. Elle respecte toutes les croyances.

« Ainsi, la laïcité garantit la liberté de culte et de pensée à chaque citoyen, mais, en même temps, aucune idéologie, aucune religion, aucun groupe ne doit imposer ses normes de vie à l’Etat et à la société.

« La Laïcité est donc la formidable opportunité de permettre à chacun de pratiquer sa croyance librement et publiquement sans pouvoir en être inquiété. C'est aussi l'engagement de l'État à ne favoriser aucune croyance ni aucun culte par rapport à un autre.

« Il est bon de rappeler cela, ici, où nous n’oublions pas le génocide des Juifs par les nazis. Où nous n’oublions pas, non plus, qu’ils ne furent pas les seuls : les opposants, les handicapés mentaux, les homos, les Tsiganes, les résistants furent aussi des victimes.

« Chacun est donc une victime potentielle dès lors qu’une stigmatisation s’organise.

« Là doit être notre vigilance. Nous sommes là pour combattre ceux qui réfutent les évidences factuelles, ceux qui cultivent un terreau de haine et d’exclusion.

« Aujourd’hui, nous entretenons le souvenir conscient de la longue chaîne des évènements qui conduisirent des esprits ordinaires à se pervertir et à imaginer devoir mettre en œuvre à partir de janvier 1942 cette « solution finale » qui dépasse notre humanité et qui nous fige, encore, dans l’horreur et la douleur.

« Cette cérémonie est un appel à la préservation des mémoires.

« Pour dénoncer les ferments qui ont nourri les idées destructrices ayant légitimé l’internement et l’extermination de millions d’hommes, de femmes et d’enfants pour leurs idées politiques, leurs orientations sexuelles, leurs croyances, leurs origines nationales ou ethniques, leurs choix de vie et de culture, leurs handicaps, nous devons dire, avec force et conviction, que nous défendons une France laïque, où la liberté de conscience, la liberté de penser et la liberté d’exprimer des opinions dans le respect des lois est inscrite dans la constitution.

« Notre volonté doit être, encore et toujours, et même si c’est difficile en ces temps de crise économique, de perpétuer le projet de vivre ensemble, dans la richesse de nos différences.

« C’est ça la République. Alors vive la République ! Vivent ses valeurs, ici et dans le Monde ! »

Publié par Marc Vuillemot - dans Devoir de mémoire

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Marc VUILLEMOT
Maire (PS) de La Seyne-sur-Mer
Vice-président de l'agglo de Toulon

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