14 juillet 2019 7 14 /07 /juillet /2019 15:08

Le 14 juillet a été célébré ce dimanche en présence de dizaines de Seynois et de nos visiteurs, des représentants des pompiers, des polices nationale et municipale, de la réserve communale de sécurité, de la Marine nationale, du 519ème groupe inter-armes de transit maritime avec lequel La Seyne est jumelé, de la Préparation militaire marine Amiral Trolley de Prévaux dont notre commune est la marraine, de la Gendarmerie maritime, de la Philharmonique « La Seynoise » et de la « Clique seynoise », et des maires et adjoints de certaines de nos villes jumelles et amies (Allonnes, Bizerte, Buti, Maardu et Menzel Bourguiba). Après la lecture d'un texte émouvant écrit par les jeunes adhérents de notre espace sportif et d'accueil jeunes (ESAJ) de Berthe, j'ai moi-même prononcé le traditionnel discours républicain...

 

 

« Parfois, avec le temps, nous perdons l’idée qui a fait sens dans une fête. Celle du 14 juillet est née en 1790. Mais, parce qu’elle apparut trop subversive après le sacre de Napoléon, elle a été supprimée en 1804.

 

« Elle revînt avec éclat, en 1880, pour les raisons exactement inverses : glorifier l’avènement de la République par le peuple. Encore de nos jours, elle commémore la Révolution française. 

 

« Le 14 juillet 1789, est décidé le port de la cocarde, le peuple de Paris, figuré par le rouge et le bleu du blason de la ville, entourant le Roi symbolisé par le blanc. Ce peuple a enlevé fusils et canons aux Invalides. Et il est parti prendre la prison de la Bastille, symbole de l’absolutisme.

 

« Ce peuple découvrait le droit de s’insurger : quand des ministres créent la famine, il ne se contente pas de brandir des piques et d’en appeler à l’arbitrage du roi : il se substitue à son autorité. 

 

 

LA FÊTE ÉTERNELLE DU GENRE HUMAIN

 

« Le 14 juillet est donc une fête symbolique qui marque notre démocratie par l’irruption du peuple dans la sphère du pouvoir.

 

« Michelet espérait que le 14 juillet représenterait un jour “la fête éternelle du genre humain”. Mais, dans cette quête, il y eut bien des aléas, trois révoltes, 1830, 1848, 1871, deux empires, trois monarchies, deux guerres mondiales, quatre républiques. En 1958, avec la Vème, est créé le Conseil constitutionnel : la loi exprimera la volonté générale dans le respect de la loi suprême qu'est la Constitution. Plutôt que la révolte et les armes, place au verdict des urnes. Une République apaisée, un triangle vertueux : le peuple, ses élus, la loi.

 

« La France a promu une organisation nouvelle, qui, en donnant à l’individu toute sa place, le situe dans un cadre collectif. Être un homme parmi les hommes est une responsabilité. C'est parce que je suis responsable que je peux être libre.

 

« D’ailleurs, notre première liberté est cette volonté autonome de nous opposer, non seulement aux actes immoraux des autres, mais d'abord à nos propres désirs égoïstes.

 

« La nation démocratique fonde sa légitimité sur le citoyen. Ce dernier dispose des mêmes droits et doit remplir les mêmes obligations, indépendamment de son sexe, de son appartenance à une collectivité historique, de sa religion ou de ses caractéristiques économiques et sociales.

 

« Aux doctrinaires intolérants qui prétendent qu’il y a qu’une seule façon de penser, la leur, rappelons le “Discours décisif”, dans lequel le philosophe Averroès critique les sectes parce qu’elles considèrent que ce qui importe n’est pas tant de respecter la loi que d’appliquer leurs propres principes.

 

 

LA NATION, UN PROJET CIVIQUE

 

« La nation est indissociablement une communauté de culture, un lieu de mémoire, et en même temps un projet civique.

 

« Mais le chemin est ardu, empli d’ornières creusées par un libre-échange qui n’a de libre que le droit de quelques-uns de s’enrichir sur le dos du plus grand nombre. Car, oui, le creusement des inégalités provoque des réactions antidémocratiques. L’affirmation abstraite de la liberté de l’individu et de l’économie, si elle se fait au détriment de l’égalité, déclenche une désaffection pour la démocratie, un rejet des autres, la tentation de désigner un coupable.

 

« Le philosophe Debray la désigne comme “l’expression d’un néolibéralisme économique le plus destructeur, et par là-même, en réaction, le fournisseur des nationalismes les plus obtus”.

 

« Tous les hommes sont en principe égaux, mais toute disproportion de fortune engendre de la domination. C'est un danger que pointait Rousseau : “Que nul citoyen ne soit assez opulent pour pouvoir acheter un autre, et nul assez pauvre pour être contraint de se vendre”.

 

« L’abîme entre les revenus du capital et ceux du travail, voilà ce qui met à mal la liberté. Les intérêts privés qui lorgnent sur les services publics, à l'instar, aujourd'hui, des aéroports, sont une menace pour l’équilibre républicain. 

 

« D'ailleurs, en 1868, les républicains, révoltés par la misère, ne s'y trompaient pas, s’écriant : “Nous voulons la république, une république sociale”. Hélas, la réponse, ce fut la guerre, voulue par Napoléon III pour discréditer ces forcément factieux.

 

« Mais l’Histoire a ses retournements. Ce sera Sedan, la défaite, et l'empereur prisonnier des Prussiens. Et voilà que, contre toute attente, le 4 septembre 1870, la République est à nouveau proclamée sur fond de guerre.

 

« Paris est en état de siège. En janvier 1871, c’est la capitulation. Les Parisiens n’en veulent pas, ce sera la Commune de Paris, en mars. Elle finira, trahie par les Versaillais, dans une “semaine sanglante” fin avril. La nouvelle assemblée est largement royaliste. Les Prussiens défilent sur les Champs-Elysées, l’Alsace et la Lorraine sont abandonnées.

 

« La république, vaincue, démembrée, rejetée en arrière par des malheurs sans nom, est réduite à recommencer son histoire. Mais c’est de là que naîtront les grandes lois constitutionnelles, les lois sur l’école, la presse, les syndicats, les associations, la laïcité, et que renaîtra... la fête du 14 juillet.

 

 

ON N'EMPORTE PAS LA PATRIE À LA SEMELLE DE SES SOULIERS

 

« La république est une longue histoire. D'ailleurs, on ne saurait s’inclure dans la nation française sans en connaître l’histoire. Elle s’est fondée sur l’idée révolutionnaire “d'adhésion volontaire” de libres citoyens, principe né avec la Constituante.

 

« La fête de la Fédération de 1790 est la première manifestation de ce patriotisme d’adhésion. Danton le dit avec des mots populaires : “On n’emporte pas la patrie à la semelle de ses souliers”.

 

« C’est également Renan qui parle de “referendum quotidien”, par référence à la règle commune fondée sur la laïcité, la reconnaissance des lois et de l’autorité de la République sur tous les citoyens sans distinction : “l’héritage indivis”.

 

« C’est cela aussi l’intégration républicaine.

 

Le Président de la République l’a rappelé à propos de la séparation des cultes et de l'État : “La loi de 1905 est notre pilier, pertinente, (…) Elle doit être appliquée”. Puisse-t-il – et puissions-nous – nous y tenir. Car le communautarisme ferait prendre le risque d’une dérive qui génèrerait la sécession de pans de notre République.

 

 

LA CONTINUATION DE L'ESPRIT DES LUMIÈRES PROCÈDE DE L'ÉDUCATION PERMANENTE

 

« D’autant que l’infrastructure des réseaux sociaux, nouveaux serviteurs d'un Moloch auquel on sacrifie nos enfants par le feu, est volontairement compartimentée, alimentée par un flux sélectionné selon des algorithmes qui orientent vers l’entre-soi, renforçant les certitudes initiales, tout esprit critique absent, en cultivant une illusion d’agora.

 

« Le conditionnement, la domination sans limite d’un réseau social, la perte des codes de transmission et de conduite, des règles les plus élémentaires de civilités, ouvrent la voie d’un grand charivari, une menace pour nos démocraties.

 

« Le débat public est de plus en plus dispersé, il devient “un grand bruit de fond” qui ratatine ou magnifie des événements à la faveur d’un tweet…

 

« C’est bien pourquoi nous devons promouvoir la République, et vivre la laïcité comme une ligne de conduite. La laïcité n’est ni ouverte, ni fermée. Elle n’a pas d’adjectif. Toute immixtion dans ce qui est de l’ordre de l’Etat ou de l’organisation d’une société du fait d'une croyance ou d'un dogme ne peut être acceptée.

 

« L’esprit des Lumières, la confiance dans la liberté et la raison, sont à l'origine de la Révolution. Et leur continuation réside dans l’éducation permanente. Ce que nous faisons aujourd'hui.

 

« N'ayons pas peur de l’avenir, mais soyons conscients de nos responsabilités. Notre chemin est l'action publique, l'ouverture aux autres et la protection désintéressée de la planète. Nous ne trouverons la force d’exercer cette responsabilité que par la médiation des uns avec les autres. Agir ensemble pour faire république.

« Vive donc la France de la République, sociale, laïque, et humaniste ! »

 

 

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Publié par Marc Vuillemot - dans Devoir de mémoire
19 juin 2019 3 19 /06 /juin /2019 04:51

Comme tous les ans, devant la stèle commémorant l'Appel à la résistance lancé le 18 juin 1940 par Charles de Gaulle, installée sous les ombrages du Parc Fernand-Braudel des Sablettes, élus, anciens combattants, corps constitués et citoyens se sont rassemblés pour rendre hommage à celui qui a appelé à résister au nazisme et à tous ceux qui y ont répondu.

 

Avant l'allocution de Jeanne Vaïsse, présidente de l'Association des Amis de la Résistance, celle de Christian Pichard, maire-adjoint communiquant le texte de la Secrétaire d'État aux Armées Geneviève Darrieussecq, puis la mienne, que je livre ci-après, a été brillamment lu un beau texte rédigé, sous la houlette de leur professeur Laurent Bourgeois, par deux élèves du collège Paul-Éluard, Inès Ben Hassen et Eden Grech, lauréats 2019 du Concours départemental de la Résistance et de la Déportation, que tout les participants ont à juste titre chaleureusement applaudis.

 

 

REFUSER UNE ÉVIDENCE EST PARFOIS D'UNE RARE CLAIRVOYANCE

 

« Le 18 juin 1940, à 18 heures, le général deux étoiles Charles de Gaulle proclame à la radio depuis Londres : "La France a perdu une bataille, mais n'a pas perdu la guerre". 

 

« Le 16 juin, il apprenait la démission du Président du Conseil, Paul Reynaud, et décidait de partir "dès le matin" pour l’Angleterre. 

 

« Les tenants, au sein du gouvernement où de Gaulle était sous-secrétaire d’Etat, de la poursuite des combats depuis l’Afrique du nord - les navires, les troupes, les armes étaient dans l’attente d’un ordre qui ne vint jamais – ont perdu la partie. Le Président de la République, Albert Lebrun, appelle Pétain, ambassadeur dans l’Espagne de Franco et convaincu qu’il faut trouver un terrain d’entente avec l’Allemagne.

 

« Le 17 juin, Pétain demande l’armistice. 

 

« L'appel du 18 juin était un message d'espoir. Il affirmait que la mondialisation de la guerre ferait la victoire. Il se terminait par un appel à la Résistance.

 

« Que nous dit-il aujourd’hui ? Que refuser ce qui est présenté comme une évidence est parfois d’une rare clairvoyance ; que la vérité ne se révèle que dans les victoires qui durent ; que les victoires ne durent que lorsqu’elles sont justes. Mais cela, l’Histoire le dira…

 

« Pourquoi Charles de Gaulle s’est-il opposé à ce Maréchal présenté comme providentiel ?

 

« Parce qu’il ne se résignait pas à la défaite ; parce qu’il savait que les batailles se gagnent dans le rassemblement et la cohésion des hommes de conviction et de volonté. Cette conviction, qu’il savait partagée par beaucoup, était que la France ne pouvait se soumettre ainsi à Hitler. Sa volonté  était de réunir tous les Français qui voulaient continuer la lutte.

 

« La Résistance est donc née du refus d’une poignée d’hommes, inconnus ou connus comme Emmanuel d’Astier de La Vigerie, Germaine Tillion, Jean Zay, et bien d’autres… beaucoup seront restés anonymes mais dans nos cœurs ils ne sont pas moins héroïques. Tous finiront par constituer l’armée des ombres, tandis que des militaires rejoignant Londres constitueront la première brigade des forces françaises libres.

 

« En France les premiers journaux clandestins surgissent, le renseignement intérieur s’organise. Alors que l’attentisme demeurait dans la population, que Vichy durcissait sa politique répressive, ce fut pour beaucoup, avec cet appel, l’heure du choix lucide.  

 

« Des regroupements s’opérèrent un peu partout… non sans que l’occupant réagisse avec violences. Ainsi fut le terrible été 1943. Il connut une vague d’arrestations et de déportations inégalée.

 

« Nonobstant, la Résistance se renforce. Certes, tous ces clandestins n’avaient pas la faveur de Londres, il faudra beaucoup de travail pour parvenir à réunir les réseaux. Ce fut le travail de Jean Moulin – un préfet renégat à l’ordre régalien du moment – Il y eu auparavant la stupeur que provoquèrent les rafles de l’été 42 – honneur au journal Combat qui titra "les juifs, nos frères" -, et les exécutions d’otages en représailles des actions de résistance.

 

 

LUTTER POUR LE BIEN PUBLIC, TOUJOURS...

 

« Tous luttaient pour le retour au modèle républicain, une société fondée sur la raison, la justice, la force du collectif. Ainsi naquirent les belles idées qui conduisirent à la création de programmes et d’organismes œuvrant pour le bien public : la sécurité sociale, la SNCF, la liberté d’expression, le droit de vote pour tous et toutes, le multipartisme…

 

« Le bien public… en merveilleux héritage de victoire ! Un appel du 18 juin à jamais lié à une haute idée de la France et de ses valeurs universelles…

 

« Notre époque, désormais numérisée, aurait, elle, pour valeur cardinale, la consommation, le culte du "maintenant, tout de suite", l’image de soi et son vecteur, bonheur-malheur, le réseau social.

 

« Il est remarquable d’observer qu’en réclamant plus de liberté pour soi, ces utilisateurs, souvent commentateurs compulsifs et désinformés, se soumettent, sans s’en rendre compte, aux lois du marketing, au pillage et à la vente des données personnelles, à la tyrannie des algorithmes inquisiteurs et prescripteurs.

 

« Dans l’entre soi les individus sont tous rois. Mais le roi est nu. Nous déchantons, adieu veau, vache, cochon ! Le pot au lait est brisé avant même d’être rempli : où s’en sont allées les promesses de jours heureux ? 

 

« La dérégulation du libéralisme économique contraint mieux que des liens.

 

« Le développement individuel grignote de l’intérieur ce qui a fait le socle républicain, ce qui a rassemblé la Résistance : l’intérêt général.

 

« Attention à ce que l’extension indéfinie des droits personnels  - qui ne seraient pas contrebalancés par le droit de tous - ne dégénère pas en tyrannie de tous ces individus sous emprise. Une ochlocratie, dénoncée déjà par Victor Hugo, qui s’exercerait sur la société toute entière : le pouvoir irréfléchi de la foule, masse manipulable.

 

 

L'ENTRE-SOI EXCLUSIF, UNE DÉRIVE QUI MÈNE DROIT À LA GUERRE

 

« Car, là est bien le problème, entre fausses informations, manque de discernement par méconnaissance, et ras-le-bol de ne jamais en être, nous courons irrémédiablement vers la désignation d’ennemis utiles. Hier, avec les nazis, les juifs, les handicapés, aujourd’hui, qui ? Le réfugié, l'autre ? Car, en effet, l’assignation à une identité nie nos appartenances multiples et trahit une forme de racisme. Est-il possible que les honnêtes gens ne voient pas le diable qui se niche dans leur recherche exclusive de l’entre-soi ? C’est la logique mortifère de ce type de dérive. Elle conduit à la guerre. De multiples exemples sont donnés par l’actualité du monde. 

 

« La Résistance combattait les nazis et l’idée de race inférieure. Elle promouvait l’idée d’agir pour le bien public. 

 

« Aujourd’hui, nous devons agir pour préserver le monde, sa diversité. Nous devons nous préoccuper de tous. Nous devons combattre les inégalités, car leur creusement provoque des réactions antidémocratiques, désigne des parias, induit, en réaction, les nationalismes les plus obtus.

 

« L’appel du 18 juin a rassemblé des femmes et des hommes d’horizons divers. Ils/elles ont pris les armes, donné leurs vies, et réfléchi à l’avenir de leurs enfants. Pour préparer la paix, pour dessiner la France de l’après-guerre, le Conseil National de la Résistance à l’ombre des maquis, dans le cœur des cheminots, des réfractaires du Service du Travail Obligatoire, des citoyens en révolte, malgré le déchaînement de l’occupant et de la collaboration sur le plateau des Glières, incita toutes ces femmes et tous ces hommes à s’unir pour élaborer un programme de justice sociale, pour rêver de "jours heureux".

 

« Ils se sont relevés d’un monde de haine et de destructions et transmis des valeurs… ne les décevons pas.

 

« Vive la France de la République, vive la Paix, vivent les peuples solidaires d'Europe et du Monde ! »

 

 

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Publié par Marc Vuillemot - dans Devoir de mémoire
9 juin 2019 7 09 /06 /juin /2019 08:43

 

Nous avons honoré ce samedi la mémoire des Morts pour la France au cours de la guerre d'Indochine terminée tragiquement il y a 65 ans.

 

Au-delà d'une réflexion sur les causes d'un conflit meurtrier, sur fond de droit des peuples à disposer d'eux-mêmes autant que de funestes enjeux de politique intérieure, cette journée nationale d'hommage instaurée en 2005 nous conduit chaque année à poser un regard sur les efforts déployés pour que, chez nous comme ailleurs sur la planète, vivent la Paix et l'amitié entre les peuples.

 

 

Dans les années 50, la décolonisation était en marche sous l’impulsion de la libre détermination des peuples, un mouvement que Pierre Messmer, administrateur des colonies bien avant de devenir Premier ministre de Georges Pompidou, considérait comme « irrésistible, dont les formes et les forces varient suivant les temps et les lieux, selon la sagesse, la folie ou le génie des hommes ».

 

L’actualité dans le monde montre que la détermination des peuples est désormais moins dirigée vers la libération d’un territoire que vers la conquête de plus de démocratie. Quel que soit l'enjeu, le chemin est long mais l’espoir demeure toujours très grand. On n’arrête pas l’Histoire. De Gaulle déclarait en 1965 qu'il fallait « savoir, quand le moment est venu, reconnaître, à tous, le droit de disposer d'eux-mêmes ».

 

 

UN BIEN TRISTE EXEMPLE DE L'ARGUMENT MILITAIRE EN SOUTIEN À DES ARGUMENTS DIPLOMATIQUES ET POLITIQUES

 

En 1945, après six décennies de colonisation, la France, tout juste libérée des nazis, malgré les recommandations du Général Leclerc de reconnaître à l'Indochine son indépendance dans le cadre de l'Union française, tenta de rétablir son autorité sur le Viêt-Nam dont Hô Chi Minh, fondateur dès 1941 de la Ligue pour l'Indépendance du Viêt-Nam, avait proclamé cette indépendance. Les négociations s’enlisèrent pour des raisons de politique intérieure. On connaît la suite : cette guerre durera huit ans. Il reviendra à Pierre Mendès-France, nommé en 1954 président du Conseil — l'équivalent, sous la IVème République, de nos actuels Premiers ministres – d’ouvrir la négociation après le carnage tragique de Diên Biên Phu.

Cette guerre fut un désastreux exemple de l’argument militaire pour soutenir les arguments diplomatiques et les enjeux de politique.

Les accords de Genève conclus entre la France et le Viêt-Nam n’ont pas donné d’issue définitive au problème indochinois, mais ont permis à la France de s’en dégager. Le peuple du Viêt-Nam connaîtra quant à lui sa seconde guerre, jusqu'en 1975, face aux Américains, sur fond d'enjeux haineux entre monde occidental et monde communiste d'alors.

À la fin du premier conflit, celui qui nous rassemble tous les 8 juin devant notre Monument aux Morts, fait de combats acharnés, de sauvagerie, de courage et de souffrance, on dénombrera, selon les sources, du côté du corps expéditionnaire français, entre 37 et 47.000 victimes, environ pour moitié métropolitains, et pour le reste étrangers engagés dans la Légion et soldats de l'Empire français, indochinois, subsahariens et maghrébins.

Nous avons commémoré le sacrifice héroïque de ceux qui sont tombés, leur ténacité farouche, mais aussi les souffrances de ceux qui ont été meurtris, au front, dans la guérilla, ou prisonniers dans les camps d'internement et de rééducation. Tous se battaient pour un combat décidé ailleurs, en militaires respectueux des ordres. Honneur à eux. Et que vive la Paix.

 

UNE COOPÉRATION ENTRE LA SEYNE ET CAN THO, PETIT PAS VERS L'AMITIÉ ENTRE LES PEUPLES

C'est cette Paix à laquelle La Seyne d'aujourd'hui veut contribuer à sa modeste place. En rejoignant, il y a quelques mois, l'Association Française des Communes, Départements et Régions pour la Paix, membre du réseau international Mayors for Peace (Maires pour la Paix) fort de près de 8000 collectivités de 163 pays, notre ville, comme trois autres communes varoises (Carnoules, Saint-Zacharie et Varages), a voulu franchir un pas supplémentaire dans ses efforts pour l'amitié et la solidarité entre les peuples.

Il est symboliquement fort que, parmi ses villes partenaires, La Seyne compte Can Tho, commune vietnamienne du delta du Mékong, et développe avec elle d'un programme de coopération décentralisée qui permettra à de jeunes étudiants de chez nous de répondre à la demande d'aide à la promotion de... la langue française. Celle-ci, vécue comme la langue de la colonisation, avait été, des années durant, mise au rebut par les autorités vietnamiennes. Et voilà que, sans oublier ni les affres de la France impérialiste ni les sacrifices de ses soldats qui ont péri ou souffert pour tenter de maintenir sur injonction de la Nation l'ordre colonial sur un peuple qui aspirait à vivre libre et debout, un petit pas vers la Paix du Monde est franchi par le lien entre deux communes portuaires que 10.036 kilomètres séparent...

CAN THO, VILLE VIETNAMIENNE AMIE DE LA SEYNE

 

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28 mai 2019 2 28 /05 /mai /2019 03:02

 

Comme tous les ans, ce lundi 27 mai, jour anniversaire de la création, en 1943, dans la clandestinité imposée par le joug de l'occupant nazi, du Conseil National de la Résistance, a vu notre population se rassembler autour du monument aux morts pour un moment de souvenir, de réflexion et d'honneur dû à ceux qui se sont battus, pour beaucoup au péril de leurs vies, pour qu'advienne la Libération et que la République retrouve ses droits.

Voici le propos que j'ai tenu à cette occasion...

 

« Je suis revenu lundi dernier, comme chaque année, du plateau des Glières, haut lieu des résistances d'hier et d’aujourd’hui. J'y vais chaque année avec quelques élus de notre équipe, cette année avec notre adjointe Denise Reverdito et une élue du précédent mandat. J'ai y entendu des paroles de grands de la Résistance et de résistants d'aujourd'hui.

« Dans ces hautes montagnes de Savoie, le message des différents orateurs est toujours vivifiant et se résume à ceci : "résister à l’oppression, pour la liberté et dans la fraternité, est un devoir ; c’est, encore et toujours, lutter pour l’espérance de lendemains heureux".

« Les combats d’aujourd’hui sont multiples, pour le droit de vivre, pour la liberté d’expression, contre les méfaits d’un géant pharmaceutique, pour une psychiatrie plus humaine, pour un journalisme d’investigation libre, contre la censure, et j’en oublie tellement… Tous ces combats sont aussi les nôtres et nous en sommes tous, un peu, les acteurs et les sentinelles, faute de quoi nous pourrions être un jour où l’autre les victimes du fait de ne pas les avoir conduits.

« Permettez moi de revenir inlassablement, mais je ne veux que cette histoire, la nôtre, ne fasse défaut à aucune mémoire - en cette année anniversaire des cinquante ans de la disparition de Toussaint Merle à qui nous avons rendu hommage vendredi dernier - à la création du Conseil National de la Résistance et à son programme au nom d’avenir permanent "Les jours heureux".

« C’est ce programme, sous l’impulsion initiale de Jean Moulin, fédérateur du rassemblement et de la coordination des forces opposées à l’occupant, qui prépara la réorganisation du pays, la victoire acquise.

« Aujourd’hui nous entendrons, et entonnerons pour certains, Le Chant des Partisans puis La Marseillaise. N’oublions pas que dans les maquis, dans les manifestations interdites, dans les prisons, au pied des pelotons d’exécution, c’est La Marseillaise, parfois associée à L’Internationale, qui surgit, telle qu’Aragon l’a évoquée dès 1943 dans sa Ballade de celui qui chanta dans les supplices :

Il chantait lui sous les balles

Des mots sanglant est levé

D'une seconde rafale

Il a fallu l'achever


Une autre chanson française

A ses lèvres est montée

Finissant la Marseillaise

Pour toute l'humanité

« Ainsi la Seconde Guerre mondiale, dans des conséquences imprévisibles que seule l’Histoire qui se fait imagine, a rendu à notre hymne national des vertus de rassemblement, de reconnaissance, d’espoir.

« Loin des polémiques, j’aime à rappeler que ce chant est un hymne de combat et de résistance. Le caractère sanguinaire de son premier couplet, le seul que l’on retient avec le refrain, est lié à ce moment d'exaltation, voire d'ivresse vitale. Notre hymne lie indissolublement l'identité de la République à la résistance aux tyrannies. Il lie non moins indissolublement l'idée de République à l'idée de France.

 

« Ce n'est pas pour rien que le gouvernement de Vichy a supprimé ce premier couplet, par haine de la République, et effacé la résistance à l'invasion parce que l’Etat français pratiquait la collaboration avec l'envahisseur.

 

« Vichy fut raciste. Au sens moderne, le sang n’est impur que dans les théories racistes de Gobineau et du nazisme, pas dans l’esprit des Révolutionnaires.

« Au contraire, dans plusieurs couplets de La Marseillaise, les notions d’égalité et de liberté sont glorifiées :

Couronné par l’Egalité

Quel triomphe, quelle victoire

D’avoir conquis la Liberté !

(...)

Et chaque citoyen respire

Sous les lois de l’Egalité

(...)

Et le Français n’arme son bras

Que pour détruire l’esclavage

(...)

Soyons unis ! Tout est possible

Alors les Français cesseront

De chanter ce refrain terrible.

 

« La Marseillaise retrouve alors toute son épaisseur d’hymne patriotique qui fut chanté, jadis, partout en Europe, par les peuples qui voulaient se libérer des jougs aristocratiques.

« Dans nos temps planétaires d'interdépendance des peuples et de communauté de destin de toute l'humanité, ces couplets portent en eux l'universalisme de la Déclaration des droits de l’Homme.

« Etre citoyen, c’est la capacité, pour chacun, de s’élever au dessus de ses seuls intérêts pour se soucier du bien public. 

« C’est bien de la Résistance que sont venues les idées de protection de la liberté de conviction des autres. 

« La Résistance a défendu la laïcité. La Résistance a bataillé pour la justice sociale et créé sa sécurité. 

« Voilà qu’hier, dimanche, nous avons été appelés à voter pour désigner les membres du Parlement européen. Sans évoquer les résultats qu’on connaît et qui doivent nous interroger, relevons que beaucoup ont voté avec les pieds… Comment peut-on se désintéresser de son propre avenir ?

« L’image de Balzac et de sa peau de chagrin devrait être pour eux une allégorie exemplaire : "Le cercle de vos jours, figuré par cette peau, se resserrera suivant la force et le nombre de vos souhaits, depuis le plus léger jusqu'au plus exorbitant".

« Cette peau, c’est la démocratie ; le pouvoir de chacun de s’exprimer. Les souhaits, c’est de profiter sans aucune réflexion de ce qu’ont laissé ceux qui ont sacrifié leur vie au bonheur des autres. Pouvoir aller à la pêche le dimanche est une liberté exorbitante quand on observe tous ceux qui en sont empêchés.

« L’idéal de la Résistance est encore lointain, son but social n’est malheureusement pas abouti, nous devons continuer inlassablement à nous battre pour la paix, la justice, les droits de l’homme, le service public...

« Nous aspirons à une Europe des citoyens. Encore faut-il qu’il y ait des citoyens. Les consommateurs que nous sommes pourraient bien être très vite lessivés puis balayés.

« C’est dans ces moments comme aujourd’hui que nous devons réaffirmer nos repères, notre désir de vivre ensemble, notre volonté de promouvoir une société plus juste, plus égalitaire, plus soucieuse des laissés pour compte. »

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Publié par Marc Vuillemot - dans Devoir de mémoire
8 mai 2019 3 08 /05 /mai /2019 13:39

Même si, m'a-t-il été rapporté, certains participants en uniforme à la commémoration du 74ème anniversaire du 8 mai 1945, jour de la reddition des nazis allemands, prenaient des « selfies »pendant mon traditionnel propos – et je ne leur en veux pas et souhaite simplement qu'il leur soit rappelé quelques règles de bons usages républicains –, la cérémonie de ce mercredi a une nouvelle fois été de belle tenue.

 

J'ai moi-même commis un faux pas en omettant de remercier publiquement, en entrée de mon propos, les musiciens de la Philharmonique « La Seynoise »et de notre sympathique clique qui ont rehaussé de leurs beaux savoir-faire ce moment solennel. Et je les prie m'en excuser.

 

Quoi qu'il en soit, plusieurs personnes, à l'issue de la commémoration, m'ont prié de leur adresser le message qu'il m'a été demandé de faire passer lors de mon allocution. Le voilà...

 

 

« Quatre-vingts années nous séparent du 1er septembre 1939, jour où l’Allemagne nazie déclenchait par l’invasion de la Pologne l’une des guerres les plus meurtrières de l’histoire de l’humanité.

 

« Le mois de mai 1940 voyait la débâcle des troupes françaises. Dans la déroute, celles qui le pouvaient s’embarquaient à Dunkerque pour l’Angleterre. Le Maréchal Pétain, Président du Conseil, demandait à l’Allemagne l’arrêt des hostilités et signait un armistice.

 

« Mais tous les Français n’allaient pas se résigner. Dès le 18 juin, le général De Gaulle lançait depuis Londres un appel radiodiffusé à reprendre la lutte. Des groupes de résistance s’organisèrent dans chaque région. En mai 1943, De Gaulle confiait à Jean Moulin la tête du Conseil National de la Résistance qui coordonnait les différents réseaux. Leur action préparera le terrain aux troupes de libération qui organisèrent en grand secret les deux débarquements, le 6 juin 1944 en Normandie, opération Overlord, et le 15 août en Provence, opération Dragoon.

 

« L’épilogue, nous le fêtons aujourd’hui en souvenir du 8 mai 1945, jour de  la capitulation de l’Allemagne nazie.

 

« Nous retiendrons que, durant ces longues cinq années d’occupation, beaucoup ont entretenu, par leur courage insensé et souvent leurs vies sacrifiées, la flamme de l’espérance.

 

« Nous retiendrons que la haine, la xénophobie, le racisme, ont été dénoncés par les Nations assemblées dans une Déclaration Universelle renouvelée des Droits de l’Homme.

 

« Nous retiendrons que la France, "outragée, brisée, martyrisée, mais libérée, – pour reprendre les mots de De Gaulle parlant en 44 depuis Paris – s’est dotée d’un programme révolutionnaire prônant Les Jours Heureux.

 

« Lequel programme rétablit, rien de moins, la démocratie, le suffrage universel, et la liberté de la presse –  le 21 avril 1944, le droit de vote est accordé aux femmes, elles voteront pour la première fois le 29 avril 1945 pour les élections municipales.

 

« Nous retiendrons que, par ailleurs, le Conseil National de la Résistance instaura – je cite – "une véritable démocratie économique et sociale, impliquant l’éviction des grandes féodalités économiques et financières de la direction de l’économie".

 

« Nous retiendrons qu’il eut le génie de prévoir – je cite encore – "un plan complet de sécurité sociale, visant à assurer à tous les citoyens des moyens d’existence…".

 

« Toute analogie avec l’actualité des débats est à conjecturer...

 

« Nous retiendrons également qu’au sortir de la guerre, la France s’est réconciliée avec l’Allemagne.

 

« Ensemble, ces deux pays se sont alliés avec quatre autres, l’Italie, la Belgique, les Pays-Bas, le Luxembourg, pour créer ce qui deviendra l’Union européenne… Des espérances immenses sont nées avec cette idée d’Europe unie pour la paix.

 

« Mais aujourd’hui, outre le feuilleton incroyable du brexit, cette Europe de 27+1 n’est plus qu’une zone de libre-échange qui apparaît bien faible face à la mondialisation et aux empires économiques, des USA à la Chine. La déception est grande.

 

« Pourtant, la désillusion, le recul des peuples, la montée des populismes, ne doivent pas nous décourager.

 

« Et, plus que jamais, il nous faut être vigilants. Un ouvrage récent montre combien sont nombreuses les similitudes entre la fin des années 30 et les temps d'aujourd’hui.

 

« L’Histoire ne se répète pas, mais des situations analogues peuvent provoquer les mêmes malheurs.

 

« Il nous faut persévérer, afin de construire une Europe qui défende les valeurs de liberté, de partage, d’égalité devant la loi, la capacité à subvenir aux besoins essentiels, d’éducation, d’alimentation, de logement, de sécurité, d’accès aux soins, de travail justement rémunéré.

 

« Nous devons nous référer à un patrimoine d’idée, de civilisation, et de droits, qui sont le fruit de ce qu’il y a de meilleur dans l’histoire démocratique de l’Europe.

 

« Nous devons jeter les bases d’une véritable citoyenneté européenne qui affirme des droits fondamentaux pour tous. Non seulement des droits politiques et civils, mais également des droits sociaux qui représentent l’expression la plus haute de l’humanisme européen qui fait notre spécificité, et parfois notre faiblesse, mais c’est là notre grandeur.

 

« De nombreux objectifs et valeurs doivent être partagés par tous, comme le maintien d’un Etat-providence actif et des règles sociales volontaires, sans oublier la solidarité, la lutte contre l’exclusion, l’égalité entre les hommes et les femmes. Rien d'autre que ce que, de De Gaulle aux communistes, nos anciens ont voulu forger en 1943-44.

 

« Dois-je rappeler l’article 1-bis du Traité de Lisbonne, dont certains savent que je ne pense pas le plus grand bien, mais qui est en vigueur puisqu’il nous fut imposé malgré que le non l’a emporté au referendum de 2005 : "L’Union est fondée sur des valeurs de respect de la dignité humaine, de liberté, de démocratie, d’égalité, de l’Etat de droit, ainsi que le respect des droits de l’homme, y compris le droit des minorités. Ces valeurs sont communes aux Etats membres dans une société caractérisée par le pluralisme, la non-discrimination, la tolérance, la justice, la solidarité et l’égalité entre les femmes et les hommes". Fin de citation.

 

« Faisons donc, dans les faits – dans les faits ! - vivre ce volet de ce traité qui reconnaît la nécessité de se donner les moyens de la cohésion sociale et territoriale, en particulier en améliorant les services publics.

 

« Ainsi nous ne ferons pas le lit du souverainisme qui choisit, lui, l’isolement, le protectionnisme, le repli sur soi.

 

« N’ayons pas peur de l’ouverture. Comme Léon Blum, disons  que nous voulons "des individus pleinement libres au sein d’une société organisée sur le plan de l’intérêt collectif…" Il ajoutait, et c’est important, "dans une société civilisée, l’individu est libre, mais non souverain. Là-dessus repose le contrat social."

 

« L’Europe, si imparfaite soit-elle, a fait beaucoup pour l’égalité et la solidarité.

 

N’oublions pas les progrès réalisés en une génération en Irlande, en Espagne, au Portugal, et même en Grèce avec ce qu’on connaît de ses difficultés, et aussi dans d’autres pays, nouvellement européens, qui critiquent son humanisme mais se gardent bien de la quitter après avoir tant réclamé de l’intégrer tant les progrès pour leur population, leur économie, ont été importants.

 

« Il est étonnant que cette Europe, si divisée sur tous les points, s’entende si bien à être ferme et unie dans sa négociation du brexit.

 

« "L’Europe, écrivait Jorge Semprun, résistant, déporté, grand témoin et grand écrivain, L’Europe n’est plus un projet, mais une réalité vivante, organique, en marche", et il reste cette idée de construire l’Europe selon nos vœux : fraternelle, sociale et libérale (entendez libérale en son sens premier : qui libère !), une Europe de la solidarité entre les peuples, contre la guerre et pour la prospérité.

 

« Aussi les 8 mai, Mesdames et Messieurs, – au-delà de la commémoration de la victoire des Alliés sur les forces de l’Axe – nous voulons célébrer la lutte victorieuse contre des idées monstrueuses de haine et de rejet.

 

« Il ne nous faut céder ni à la phobie de l’immigration, ni à la paranoïa anti-islam, ni à l’antisémitisme, ni à aucune des intolérances que nous observons et qui gagnent malheureusement les esprits et ne véhiculent jamais le bien, ni en politique ni en morale.

 

« Nous vivons un retour identitaire, c’est préoccupant. Il y a toujours eu des immigrés en France et leur religion n’est pas le problème : aux Etats-Unis, l’immigration est catholique et... les situations sont les mêmes !

 

« Les nationalistes spéculent sur le mécontentement. Le peuple, selon leurs avis, voudrait du travail, de la sécurité et de l’ordre... mais pas la liberté car cette dernière serait le chemin du chômage, du désordre. Le peuple serait en désir d’autorité : quelle outrecuidance !

 

« Croyez-vous que le peuple ait pu oublier que cette autorité-là, précisément, a conduit à valoriser une idée de pureté, à donner sens à l’élimination systématique des soi-disant impurs qu'on a connue sous le nom d'Endlösung – la solution finale ? Un seul d'entre nous est-il l’impur de quelqu’un ? Si oui, qu'il prenne garde, le pire peut advenir.

 

« Devant vous, anciens combattants, porte-drapeaux, élus, corps constitués, citoyens, devant les jeunes, je rappelle que des hommes et des femmes que rien ne prédisposait à travailler ensemble, issus de partis politiques différents, de convictions religieuses exclusives, de racines sociales, culturelles, philosophiques diverses, parfois adversaires, ont su se rassembler sur des valeurs communes de solidarité, d’entraide, de préservation des libertés.

 

« Cela s’est appelé la République. La République renaissant d'un État Français totalement soumis au nazisme.

 

« Ne croyons pas que les idées généreuses qui l’ont portée à l’organisation politique de nos contrées soient définitivement acquises. Au contraire, parce qu’elles se soucient des autres, elles sont fragiles.

 

« C’est pourquoi, elles doivent encore être promues, enseignées, diffusées, défendues. Ne renonçons jamais à le faire. De toutes nos forces. Ne refusons jamais la parole à ceux qui veulent les nommer et les encourager.

 

« Vive la France de la République, vive l’Europe et le Monde des peuples amis, vive la Paix ! »

 

 

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Publié par Marc Vuillemot - dans Devoir de mémoire
29 avril 2019 1 29 /04 /avril /2019 04:32

 

Presque trois-quarts de siècle après le printemps 1945 où les camps nazis ont été libérés, il est plus que jamais utile, dans un Monde où les relents de nationalisme exacerbé refont surface année après année, de rappeler comment des hommes, pourtant régulièrement élus par leurs semblables, peuvent, une fois parvenus au pouvoir, commettre d'abominables actes d'indicible souffrance et de mort envers leurs semblables.

 

C'est ce à quoi nous nous employons, devant notre Monument aux Morts, tous les derniers dimanches d'avril, en souvenir des déportés de l'Allemagne nazie, associant dans notre mémoire les victimes, parfois bien plus récentes, de tous les génocides.

 

Voici le propos que j'y ai tenu cette année, après les lectures de deux beaux textes poignants par Jacqueline Bonifay (ci-contre en photo à mes côtés), elle-même rescapée de la barbarie nazie, présidente de l'Association nationale des déportés, internés, résistants et patriotes, et par deux jeunes lycéens de Paul-Langevin (photo ci-dessous)...

 

 

« Une fois encore nous nous retrouvons à l’occasion du 74ème anniversaire de la libération des camps de déportation pour ne pas oublier que l’impensable est toujours possible.

 

« C'est une fois encore une nécessité, car il faut bien le constater, la volonté d’écarter l’horreur de l’action collective des hommes se dissout peu à peu dans l’indifférence, l’oubli, les préoccupations du moment.

 

« Ce mois-ci, nous célébrons également le 104ème anniversaire du génocide arménien mais aussi le 25ème anniversaire du génocide des Tutsis par les Hutus au Rwanda, cinquante années après les camps nazis d’extermination et la promesse que jamais plus les hommes céderaient à l’abomination.

 

« Oui, malheureusement, tout peut arriver dans un enchaînement de discriminations, de violences, de pusillanimité, d’indifférences, de calculs, de peurs projetées.

 

« L’Histoire enseigne – mais retenons-nous les leçons ?... – que ces génocidaires de tous les temps, comme le loup du conte, ont montré patte blanche pour s’imposer, y compris à nos démocraties.

 

« Et, en effet, ils ont été élus, souvent par le jeu de rejets multiples et hors de propos ou par une indifférence inconséquente des gens de tous les jours, de la vraie vie, dit-on, ceux qui ressassent : “Qu’a-t-on fait pour moi ?”“Tous des vendus !”“Rien à foutre !”. L’indifférent est souvent injuste et se laisse aller à la vulgarité.

 

« C’est ainsi que Hitler et les nazis arrivèrent au pouvoir, parce qu’un peuple, enivré de se voir dans le miroir déformant de la pureté de la race, de la dégénérescence des métèques, du besoin d’ordre et de discipline, s’est laissé abuser et s’est volontairement livré à l’absolutisme.

 

« J’entends, parfois, “pourquoi ressasser ces choses horribles du passé ? Tournons la page, préoccupons-nous de l’avenir !”

 

« Bien sûr ! C’est l’avenir qui compte : Leibniz disait “Le présent est gros de l’avenir” – çà, nos petits enfants qui constatent la souillure des terres et des océans, sont en droit de nous reprocher de ne pas y avoir pensé ces dernières années ! -. Cependant, Leibniz ajoutait que “le futur se pourrait lire dans le passé”. Il est donc bien utile de le connaître, ce passé…

 

« J’ai été  mortifié d’un récent sondage : deux Français sur dix ignorent que le génocide des Juifs a eu lieu pendant la Seconde Guerre mondiale ; 4% le situent avant la Première guerre, 6% pendant la guerre de 14/18, 9% dans l’entre-deux-guerres, et 2% pendant la guerre froide.

 

« Convenez qu’il est préoccupant d’entendre rejeter les commémorations annuelles sous l’argument d’un supposé passéisme alors même que la plupart de ces contempteurs ignorent les faits. 

 

« La logique autoritaire appelle de multiples justifications. La guerre en est une. Avec la guerre, le système concentrationnaire nazi prend une autre dimension et, à partir de 1941, il s’intègre dans la mise en place de l'Endlösung der Judenfrage, c'est-à-dire la “solution finale de la question juive”. Les camps se multiplient en Autriche, en Pologne, en France avec celui de Struthof en Alsace. Ils feront plus de 6 millions de victimes, Juifs, Résistants, Tziganes, handicapés, homosexuels, politiques, notamment communistes.

 

« La déportation, les camps d’internement, de travail, de mort, resteront à jamais comme une des pires dérives commises par les hommes contre l’humanité.

 

« Le nationalisme est destructeur.

 

« Je vous disais l’an passé, entre autres choses, que nous sommes rassemblés parce que ce qui importe à de trop nombreuses personnes est ce qui nous différencie, et que, notre société, devenue plus indifférente, plus égoïste, nous inquiète.

 

« Je sais que rien ne se répète jamais à l’identique.

 

« Pourtant, beaucoup font des parallèles avec la fin des années 30. Elles voient, après la chute du Front Populaire, advenir des gouvernances en faiblesse démocratique.

 

« En 1938, les démocraties enchaînent les renoncements. En France, le Parlement vote les pleins pouvoirs à Daladier parce que... “sous l’œil d’Hitler”, il faut être fort ! Si fort que l’on va céder l’essentiel avec les accords de Munich. Le même Daladier, de retour de Bavière, à la descente de son avion au Bourget, conscient d’avoir lâchement trahi la parole de la France sur l’annexion des Sudètes, est surpris de se faire acclamer par la foule soulagée. Il s’exclamera, mais pas trop fort : “Ah les cons, s’ils savaient !”.

 

« Mais comment pouvaient-ils savoir ? L’opinion d’alors était chauffée à blanc par une campagne abjecte. On appelait à la constitution d’un gouvernement technique, composé d’experts, seul à même de soi-disant préserver l’identité nationale. On voit combien se répand l’influence nauséabonde du journal Je suis partout. Son seul projet est la dénonciation des Juifs.

 

« En Allemagne, c’est la “nuit de cristal”.

 

« En France, on prend des mesures contre les étrangers : assignation, centre d’internement, criminalisation de l’entraide (oui, déjà, l’entraide est réprimée), déchéance de la nationalité.

 

« A l’issue de la grande grève du 30 novembre 1938, “Le Temps”, journal du patronat, écrira“Il n’y a plus ni droite ni gauche”, entendez : seuls restent les adeptes du Travail et de l’Ordre public.

 

« Les tenants de la droite extrême d'alors se désignent sous le vocable de “nationaux”, en soi, un programme, ils mènent une guerre civile contre une partie de la population française au lieu de se confronter au fascisme qui monte à leur porte… J’arrête là ce rappel qui résonne étrangement.

 

« Qu’est-ce que j’essaie de vous dire ? Gardons-nous, tous, de stigmatiser qui que ce soit. Gardons-nous de convertir la question sociale en angoisse identitaire. Gardons-nous de brandir la nation comme un bâton à chasser des intrus, ces personnes jetées sur le chemin de l’exil. Gardons-nous d’un monde où tout ce qui n’est pas obligatoire est interdit !

 

« Partout, aujourd’hui, reviennent les indifférences barbares, les attitudes racistes, l’antisémitisme, le rejet de l’autre. Heureusement, ces attitudes sont pour l'instant minoritaires.

 

« Observons, pour nous en garder, la montée du nationalisme xénophobe façon Orbàn, Erdogan ou Trump. Gardons-nous de favoriser une opposition “populisme versus progressisme” qui, alors, versera immanquablement vers la logique identitaire.

 

« Faire ou dire du mal de quelqu’un pour ce qu’il représente indépendamment de lui-même, au nom d’une idéologie, est une barbarie.

 

« Ne baissons pas les bras et contribuons à informer nos concitoyens, rejetons la tentation des communautarismes où les identités se consolident les unes contre les autres.

 

« Et pour conclure cette célébration contre l’oubli, je le répète : soucions-nous du présent !

 

« Vive l’Europe et le Monde des peuples amis ! Vive la France de la République ! »

 

 

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Publié par Marc Vuillemot - dans Devoir de mémoire
8 mars 2019 5 08 /03 /mars /2019 12:10

Comme tous les ans, La Seyne consacre une semaine à une programmation riche en événements autour du 8 mars, journée internationale des droits des femmes.

 

C'est devenu une tradition que huit Seynoises soient à cette occasion mises à l'honneur chez nous, pour leur implication sociale, économique ou culturelle, ou leurs engagements en faveur de l'émancipation des femmes.

 

Entorse à l'habitude, il n'y aura, en cette semaine de mars 2019, en plus des huit Seynoises, une neuvième femme que La Seyne tient à honorer, Simone Veil, citoyenne universelle du Monde décédée en 2017, dont le parcours de vie aura compté pour l'espoir en l'Humanité et la défense des droits de ses filles.

 

Je livre ci-après le discours que j'ai prononcé ce vendredi à l'occasion de l'événement d'ouverture de cette semaine et de la dénomination d'un lieu, au cœur du parc de la Navale, qui portera désormais le nom de Simone Veil...

 

 

« La question des droits des femmes est un sujet qui les concerne, mais doit aussi engager les hommes à soutenir et défendre cette cause qui est celle de leurs mères, de leurs filles, de celles qui partagent leurs vies.

 

« Faire avancer la condition des femmes, c’est faire avancer l’Humanité.

 

« En recréant en 2008 une délégation qui lui est spécifiquement dédiée, notre équipe municipale a souhaité faire une priorité de cette question de l’égalité homme-femme.

 

« Les élus et les services, en lien avec les partenaires institutionnels et associatifs, œuvrent toute l’année sur notre territoire à lutter contre les injustices, à faire avancer les droits, à soutenir les femmes dans leur processus d’émancipation.

 

« Oui, La Seyne est une terre qui aime les femmes et les accompagne dans leur vie (crèche, accueils de loisirs, insertion, emploi, sport, santé, et j'en oublie) et dans leurs combats (pour l'accès aux droits, contre les violences intraconjugales, pour l'exercice de la parentalité, et bien d'autres).

 

« Je tiens à remercier particulièrement Bouchra Reano, élue chargée de la promotion de l’égalité femme-homme, pour son engagement depuis cinq ans à porter la question de l’égalité et faire avancer les droits des femmes.

 

« Remerciements aussi à l’équipe-projet qui l’accompagne dans la construction de cette programmation : Patricia Maffiolo, chargée de projets, Nora Boujemaoui-Kabache, directrice du secteur des 0-25 ans, Dominique Maréchal, responsable du service des dispositifs sociaux et éducatifs, et Jamila Ari, directrice de l’association "Femmes dans la cité".

 

« Merci également aux services et aux associations partenaires qui nous offrent, cette année encore, une belle programmation qui s’adresse à tous les publics et propose des actions dans tous les quartiers de la ville.

 

« Mais nous sommes ici également, aujourd’hui, à l’occasion de la journée des droits des femmes, pour honorer une de ces dignes combattantes qu’aura été Madame Simone Veil.

 

« Nous ne pouvions engager cette nouvelle semaine sans rendre hommage à cette femme extraordinaire qui aura été un exemple pour nous tous, par sa vie, par ses combats, en tant que femme, qu'élue ou que militante.

 

« Une personnalité qui aura vécu l’horreur mais qui n’aura eu de cesse d’en appeler à l’humanité des hommes.

 

« L’équipe municipale et moi-même souhaitions faire de Madame Veil une de ses "Seynoises d'honneur", et c'est chose faite aujourd’hui par cette voie qui lui est dédiée au sein de notre magnifique parc.

 

« Un lieu de rencontre, de rires, de jeux, de partage, pour cette femme, survivante de l'horreur, qui n’aura cessé de défendre et d’aimer la vie.

 

« Si elle est connue de nous tous, je crois nécessaire de retracer la vie de cette femme au parcours exceptionnel.

 

« Simone Jacob est née en 1927 à Nice dans une famille juive aux origines lorraines.

 

« Jeune fille, elle fut victime de la Shoah, cette abominable traduction, pour des millions de Juifs, des choix politiques de l'Endlösung, la solution finale décrétée par les nazis, dont nous devons raconter les réalités à nos jeunes, et plus que jamais conserver la mémoire et les leçons, en ces temps d'inquiétant regain de l'antisémitisme, du racisme, de l'homophobie, et de tant d'autres formes de rejet de l'Autre.

 

« Simone Jacob fut en effet déportée à Auschwitz à l'âge de 16 ans. Son père, sa mère et son frère y furent exterminés.

 

« Rescapée avec ses deux sœurs, elle épousa Antoine Veil en 1946 puis, après des études de droit et de science politique, elle entra dans la magistrature comme haut fonctionnaire.

 

« En 1974, elle fut nommée ministre de la Santé par le président Valéry Giscard d'Estaing, qui la chargea de faire adopter la loi dépénalisant le recours par une femme à l'interruption volontaire de grossesse, loi qui sera ensuite couramment désignée comme la « loi Veil ».

 

« Elle apparut dès lors comme icône de la lutte contre la discrimination des femmes en France.

 

« Elle fut la première présidente du Parlement européen dès lors qu'il fut élu au suffrage universel, fonction qu’elle occupa de 1979 à 1982.

 

« Elle est considérée comme l'une des promotrices de la réconciliation franco-allemande et de la construction européenne.

 

« De 1993 à 1995, elle fut ministre d'État, ministre des Affaires sociales, de la Santé et de la Ville du gouvernement d'Édouard Balladur.

 

« Elle siégea au Conseil constitutionnel de 1998 à 2007, avant d'être élue à l'Académie française en 2008.

 

« Et, l'an dernier, un an après sa disparition, par une heureuse et forte décision du président Emmanuel Macron, Simone Veil a fait avec son époux une entrée méritée au Panthéon auprès des dépouilles des grands personnages qui ont marqué l'histoire de notre nation.

 

« Oui, ce chemin de vie et d'engagement doit pouvoir inspirer aujourd'hui tant d'hommes et de femmes, chez nous et dans le Monde.

 

« Pour les femmes, tant de libertés, d'égalités, de droits, demeurent en effet à gagner ou regagner, à défendre et à préserver, pour disposer de leurs corps et de leurs personnes, de leurs choix de vie, de leurs places choisies et respectées dans le couple et dans la famille comme dans la société et dans l'espace public, pour accéder à l'égalité des salaires, des professions, des fonctions électives – et je tiens à saluer à ce propos l'initiative toute récente à laquelle a pris part une ancienne élue de notre équipe municipale seynoise, Cécile Muschotti, qui a présenté avec 20 de ses collègues députés, une proposition de loi visant à garantir plus d'égalité entre les sexes dans les conseils des collectivités et intercommunalités, et notamment dans leurs instances exécutives.

 

« Le chemin de l'égalité est une longue route qui semble n'avoir pas de terme car, on le voit tous les jours, rien n'est jamais acquis. Puisse cette semaine dédiée aux droits des femmes constituer dans la convivialité un temps d'échange, de réflexion, et de dopage pour que, toute l'année, à La Seyne, hommes et femmes, nous ne baissions pas les bras pour prévenir les reculs et toujours avancer pour que liberté, égalité, fraternité et laïcité se déclinent, demain plus qu'hier, aux deux genres. »

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Publié par Marc Vuillemot - dans Devoir de mémoire Idées et politique générale
21 février 2019 4 21 /02 /février /2019 13:49
D. Hugonnet il y a 50 ans...

La Bourse du Travail était pleine à craquer ce jeudi pour la cérémonie civile d'adieu à Daniel Hugonnet, disparu il y a une semaine.

Ce fut un moment empreint de beaucoup d'émotion, avec des propos touchants de tous ses amis qui, depuis les années 60-70, se sont tant investis avec lui pour l'enfance et la jeunesse de La Seyne, posant des bases solides à la prise en compte sociale et éducative de plusieurs générations de nos concitoyens.

Après ces témoignages poignants de plusieurs responsables de l'OMASE (Office municipal – devenu mutuel – de l'action sociale et éducative), il m'a été proposé de prononcer un éloge que plusieurs personnes m'ont demandé de mettre en ligne...

 

 

« Lorsque, jeudi dernier, la nouvelle de la disparition de Daniel Hugonnet s'est répandue dans la ville, nous avons été très nombreux à nous remémorer des petits et grands moments que les uns et les autres avons passés avec lui.

 

« Depuis une semaine, nous n'avons cessé de partager des anecdotes et les grandes choses qui auront jalonné une vie hors du commun, d'une intensité et d'une complexité étonnantes. Une vie qui aura durablement marqué notre commune, en ce qu'elle est de son collectif en partage, par les actes et les réalisations qu'il a portés à bout de bras et dont les enfants de nos enfants profiteront encore. Mais qui aura compté aussi pour tant d'entre nous, en nos personnes singulières, par l'éveil habile que Daniel a instillé à nos consciences, par ses sentences subtilement édictées, et par les rails et aiguillages qu'il a su placer sur les voies de nos propres existences.

 

« Oui, en actes dits comme en propos agis, le verbe de Daniel était à l'image de ces langues rares aux multiples cas de déclinaisons, aux nombreux modes de conjugaisons, aux plurielles désinences, mais la phrase implexe de sa vie était puissamment nouée.

 

« Complexe. Il aurait pu nous donner à nous réunir aujourd'hui autour de sa dépouille sous la voûte d'un lieu de culte. Venu de la région lyonnaise, il a en effet passé ses jeunes années à l'Institution Sainte-Marie, il prenait part aux retrouvailles de l'association des anciens des Maristes et aux agapes mensuelles de celle des "anciens très anciens".

« Il a été forgé par ces Pères de la Société de Marie dont il ne manquait jamais de rappeler tel ou tel fait d'âme, en bien ou en mal, et il était à mes côtés pour honorer les derniers très vieux religieux lors de leur départ définitif de La Seyne.

 

« Il entretenait aussi une relation de vraie connivence active avec les prêtres ouvriers, sœurs, diacres et laïcs de la Mission de France, ces religieux qu'on rencontre où on ne les attend pas, mais aussi avec ceux de l'aumônerie des jeunes du lycée Beaussier, ou encore avec les Dominicains du centre international de la Sainte-Baume.

 

« On me pardonnera une pensée pour deux de ses amis curés, les deux Jean-Pierre : Agret, disparu trop jeune, et l'autre, Margier, son complice en insertion sociale, aussi célibataire que lui, et mort comme lui, comme un pied-de-nez au destin, un jour de Saint-Valentin.

 

« Et, malgré ce parcours, Daniel a choisi un départ rigoureusement et sobrement laïc, mais il plane tout de même pour beaucoup une énigme sur sa relation réelle à ce qu'un Président de la France appelait les "forces de l'esprit".

 

« Complexe. Et intense. Quand il découvre le judo au lendemain de la guerre, il n'a de cesse d'aller au plus vite au bout de son engagement, vite jusqu'à l'obtention de la ceinture noire, et de la ceinture marron de jiu-jitsu, vite jusqu'à son investissement comme adjoint du professeur de son club, et vite jusqu'à son implication dans les instances de la fédération.

 

« C'est peut-être là qu'il a attrapé le virus de l'éducation, celle de tous les instants, de tous les lieux de vie, de toutes les situations, de tous les âges. Celle dont les amis de l'OMASE ont si bien parlé et sur laquelle je ne reviendrai pas.

 

« Il aurait simplement dû mettre à profit sa formation d'imprimeur pour prendre le relais de son père à la tête de l'entreprise familiale, en pleine croissance avec son installation à l'avenue Mazen. Mais c'est ce virus de la confiance en des êtres aptes à leur propre progrès qui l'a conduit, comme si rien n'était plus naturel, à devenir maître d'apprentissage, puis moniteur-éducateur, puis éducateur technique, puis animateur socio-éducatif, délaissant un confort de vie tout tracé afin d'acquérir et toujours parfaire ses aptitudes de transmetteur inlassable de savoirs, de savoir-faire et de savoir-être, dans l'entreprise et dans la vie.

 

« Intense et complexe. Il devait être patron et il choisit d'être employé comme simple livreur dans l'imprimerie paternelle afin de se consacrer pleinement à son activité publique et associative.

 

« Il fut de la bourgeoisie commerçante locale et il fut communiste. Il l'a été à fond. Et au fond il l'était toujours.

 

« Entré dans l'équipe municipale en 1971 avec Philippe Giovannini, il a eu tôt fait, dès son adhésion au Parti communiste français, d'y suivre toutes les écoles du système pyramidal de formation des militants, avec à son sommet l'école centrale, rare Seynois à avoir connu ce lieu dédié à l'instruction des futurs cadres, à l'homogénéisation des pratiques de direction et de l'idéologie.

 

« Fort de ses acquis politiques venus en alliés de sa formation professionnelle, il aura été la fondation et la clef de voûte de d'un véritable projet social et éducatif communal, plaçant, dans tous leurs temps de vie, les enfants et les jeunes au cœur d'une attention globale, constante, et partagée, de la puissance publique et des associations.

 

« Si quelques-uns de ses camarades d'alors ne l'ont pas suivi avec un enthousiasme débordant, il avait la confiance totale de Philippe Giovannini puis gagné celle de Maurice Blanc, avant celle d'autres élus, y compris du "camp d'en face". De fait, les wagons municipaux qu'il a mis sur les rails du début des années 70 jusqu'en 1984 poursuivent leur route aujourd'hui, et il est rare qu'une année n'en voie d'autres s'accrocher à la longue rame solidaire et formatrice qu'il a imaginée et conçue avec nous.

 

« Sa vie au service de la formation aura eu une consécration en 2002 avec la remise la médaille d'or de la jeunesse, des sports et de la vie associative. Mais c'est presque un détail.

 

« Intense. S'il fut élu délégué à l'action socio-éducative, il fut également le premier à être en charge de l'environnement.

 

« Des milliers de Seynois de tous âges se remémorent leur participation active aux opérations de reboisement de la forêt de Janas qu'il a organisées, des années durant, après les incendies qui affectèrent notre massif forestier, débouchant sur la création de l'association toujours très active desAmis de Janas et du Cap Sicié.

 

« On lui doit aussi la réalisation de nos CRAPA, ces circuits d'activités physiques et sportives en cœur de forêt, et également un concours décisif au choix de la réalisation d'Amphitria, notre station d'épuration des eaux usées.

 

« Et, anticipant les dégâts irrémédiables du chancre coloré, c'est à lui qu'on doit que le boulevard Stalingrad soit bordé de micocouliers au lieu de traditionnels platanes. Je sais que ceux qui l'ignoraient chemineront désormais autrement sur la grande avenue de notre entrée de ville.

 

« Et c'est aussi grâce à lui que la culture s'est invitée au milieu de la nature, puisqu'il fit du Fort Napoléon abandonné par la Défense nationale le centre culturel que l'on connaît aujourd'hui, dont la notoriété rayonne bien au-delà de nos limites communales.

 

« Il aura ainsi vécu à très grande vitesse ses passions professionnelles, publiques et associatives, un peu comme s'il les avait conduites à bord de ces voitures rapides qu'il affectionnait tant de piloter de son œil unique rescapé des éclats d'obus de la guerre, depuis sa Gordini jusqu'à sa dernière Citroën C2 125 CV, ou de ce train pendulaire qu'il a imaginé à temps perdu ces dernières années et dont il a eu le toupet d'aller présenter le projet technologiquement abouti à Genève, chez le géant de l'industrie Bombardier.

 

« Intense, complexe, à l'image de ce système ferroviaire de pendulation active qu'il a conçu pour que nul, hormis quelques rares qui auront eu le tort ou la malchance de rester sur le quai, n'ait eu à souffrir de la force centrifuge résultant de la célérité du train dans les courbes, nombreuses pour contourner les multiples obstacles, pas tous naturels ou fortuits, de cette existence de partage et de convivialité à bord de laquelle Daniel Hugonnet a embarqué tant d'entre nous.

 

« La Seyne pleure un de ses grands mécaniciens de motrice.

 

« Vous avez ouvert bien des voies. On n'a pas fini de parler de vous, Monsieur Hugonnet, de toi, Hugonnacci, l'Oncle, Tonton, Daniel. »

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Publié par Marc Vuillemot - dans Devoir de mémoire Vie sociale et ville pour tous
15 février 2019 5 15 /02 /février /2019 08:08

 

D'innombrables Seynois sont tristement affectés, depuis que, ce jeudi, la nouvelle de la disparition de Daniel Hugonnet s'est répandue dans la ville.

 

Celui qui fut conseiller municipal communiste sous les municipalités de Philippe Giovannini puis de Maurice Blanc, de 1971 à 1983, aura durablement marqué La Seyne.

 

Des milliers de jeunes seynois lui doivent d'avoir connu les centres aérés, les camps d'adolescents et les cours d'animateurs municipaux, dont il fut à l'initiative. Nombre d'autres auront tiré parti, pour leur construction de futurs adultes, citoyens actifs et responsables, des offres d'activités socio-éducatives d'une kyrielle d'associations dont il aura été à l'origine ou co-initiateur, entouré d'une équipe riche de nombreux bénévoles et professionnels de l'enfance et la jeunesse qu'il aura su mobiliser à ses côtés : du Mille Clubs de Vignelongue à l'Association Maison intergénérationnelle de quartier (AMIQ), en passant par l'Amicale Seynoise des AdolescentsCiné-JeunesE-Lo-JeunesVidéomase, la Maison Associative Enfance Famille École (MAEFE) ou Vivre en famille (AVEF), et bien d'autres du champ de la prévention, de l'insertion sociale et professionnelle et de la formation : l'Association de Prévention et l'Aide à l'insertion (APEA), l'Association Seynoise pour l'Insertion (ASPI) ou encore Pro-Jeunes.

 

Cours municipaux d'animateurs (1970)

Fondateur de l'OMASE (Office municipal de l'action socio-éducative), regroupant jusqu'à une trentaine de ces associations seynoises, il aura été la clef de voûte de la patiente construction d'un véritable projet éducatif global communal, plaçant les enfants et les jeunes au cœur d'une attention constante et partagée de la puissance publique et des associations dans tous leurs temps de vie.

 

Après s'en être éloigné quelques années pour exercer son métier d'éducateur technique, appelé à prendre la succession de son père Élie à la tête de l'entreprise familiale d'imprimerie de l'avenue Docteur Mazen, il avait opté pour y renoncer et en être salarié afin de se consacrer pleinement à son activité publique et associative. Sa vie au service de l'éducation et l'apprentissage aura été consacrée par la remise en 2002 de la médaille d'or de la jeunesse, des sports et de la vie associative.

 

Conseiller municipal délégué à l'action socio-éducative, il était également en charge de l'environnement. Des milliers de Seynois de tous âges se remémoreront leur participation active aux opérations de reboisement de la forêt de Janas qu'il a organisées, des années durant, après les incendies qui affectèrent notre massif forestier, débouchant sur la création de l'association toujours très active des Amis de Janas et du Cap Sicié. On lui doit également la réalisation de nos CRAPA, ces circuits d'activités physiques en cœur de forêt, mais également son concours décisif à la réalisation de notre station d'épuration des eaux usées Amphitria. Et c'est aussi grâce à lui que la culture s'est invitée au milieu de la nature, puisqu'il fit du Fort Napoléon abandonné par la Défense nationale le centre culturel que l'on connaît aujourd'hui, dont l'activité rayonne bien au-delà de nos frontières communales.

 

Lors du départ des Maristes de La Seyne (2014)

Comme tant d'autres Seynois, j'ai perdu ce jeudi un formateur et maître à penser qui est loin d'être étranger à mon propre parcours de vie publique et associative.

 

Et La Seyne pleure un de ses grands serviteurs dont elle aura à cœur d'honorer la mémoire dans les prochains jours.

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16 janvier 2019 3 16 /01 /janvier /2019 04:29

 

Comme tous les 11 janvier, les élus, les anciens combattants, et certains de nos concitoyens se sont retrouvés sur le parc de stationnement de Saint-Elme, face à la stèle dédiée à sa mémoire, pour commémorer l'anniversaire du décès du maréchal Jean De Lattre de Tassigny, à l'endroit où, en août 1944, fut reçue la reddition de l'amiral de la Kriegsmarine Heinrich Ruhfus. L'occasion de se souvenir...

 

 

La République aura été son obligée en lui attribuant, pour ses faits d'armes au cours de l'une ou l'autre des guerres où il s'est illustré, pas moins de dix décorations glorieuses. Ce qu'on sait moins, c'est que le maréchal De Lattre a aussi été honoré comme civil et qu'il était aussi titulaire de la médaille d'or de l'éducation physique et de la médaille d'or de la santé publique.

 

Et les autres nations du monde ont aussi su reconnaître en lui l'un des artisans déterminants de la Paix et de la Liberté, ces biens de l'humanité qui devraient être universels. Et qui ne le sont toujours pas.

 

Peu d'entre nous savent que Jean De Lattre fut aussi honoré des plus hautes distinctions de l'Argentine, de la Belgique, du Brésil, du Bénin, de Cambodge, du Chili, de Cuba, du Danemark, du Laos, du Maroc, du Mexique, de la Norvège, des Pays-Bas, de la Pologne, du Royaume-Uni, de la Tchécoslovaquie, de la Tunisie, des Etats-Unis, de l'Union Soviétique.

 

Et même, bien qu'il fut haut-commissaire et commandant en chef du corps expéditionnaire français en Extrême-Orient de 1950 à sa mort, qu'il mit sur pied une armée nationale vietnamienne contre le Vietminh, et qu'il eut remporté trois victoires contre les hommes du général Giap, et même, donc, de la part du Vietnam qui a reconnu la valeur de l'homme en l'élevant à la dignité de Grand Croix de son ordre national.

 

Il est bien normal que La Seyne, qui doit sa liberté aux troupes qu'il commandait, lui rende chaque année hommage, aux alentours de ce 11 janvier où sa vie s'est arrêtée il y a 67 ans.

 

Car, sur quelque terrain d'action que ce soit, De Lattre a su jusqu'au bout faire rêver ses hommes, aussi disparates que furent ses armées, des soldats de la métropole aux troupes coloniales jusqu'aux Forces Françaises de l'Intérieur entre lesquels il avait réussi ce qu'on a appelé « l'amalgame », les faire rêver à la victoire de la volonté sur la fatalité en leur léguant la plus belle de ses devises : « Ne pas subir ».

 

Que la jeunesse contemporaine sache s'inspirer des gestes d'un tel homme. Et il avait lui-même pressenti l'importance de la mémoire pour que ne s'éteigne jamais le devoir de vigilance pour la Paix et la défense des valeurs de la République, en écrivant à ses hommes, à Berlin, le 9 mai 1945, au lendemain de la signature de la capitulation allemande : « Soldats vainqueurs, vos enfants apprendront la nouvelle épopée que vous doit la Patrie ».

 

Alors, nous aussi, souvenons-nous, et parlons-en inlassablement aux enfants de notre République.

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Publié par Marc Vuillemot - dans Devoir de mémoire

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