8 mars 2019 5 08 /03 /mars /2019 12:10

Comme tous les ans, La Seyne consacre une semaine à une programmation riche en événements autour du 8 mars, journée internationale des droits des femmes.

 

C'est devenu une tradition que huit Seynoises soient à cette occasion mises à l'honneur chez nous, pour leur implication sociale, économique ou culturelle, ou leurs engagements en faveur de l'émancipation des femmes.

 

Entorse à l'habitude, il n'y aura, en cette semaine de mars 2019, en plus des huit Seynoises, une neuvième femme que La Seyne tient à honorer, Simone Veil, citoyenne universelle du Monde décédée en 2017, dont le parcours de vie aura compté pour l'espoir en l'Humanité et la défense des droits de ses filles.

 

Je livre ci-après le discours que j'ai prononcé ce vendredi à l'occasion de l'événement d'ouverture de cette semaine et de la dénomination d'un lieu, au cœur du parc de la Navale, qui portera désormais le nom de Simone Veil...

 

 

« La question des droits des femmes est un sujet qui les concerne, mais doit aussi engager les hommes à soutenir et défendre cette cause qui est celle de leurs mères, de leurs filles, de celles qui partagent leurs vies.

 

« Faire avancer la condition des femmes, c’est faire avancer l’Humanité.

 

« En recréant en 2008 une délégation qui lui est spécifiquement dédiée, notre équipe municipale a souhaité faire une priorité de cette question de l’égalité homme-femme.

 

« Les élus et les services, en lien avec les partenaires institutionnels et associatifs, œuvrent toute l’année sur notre territoire à lutter contre les injustices, à faire avancer les droits, à soutenir les femmes dans leur processus d’émancipation.

 

« Oui, La Seyne est une terre qui aime les femmes et les accompagne dans leur vie (crèche, accueils de loisirs, insertion, emploi, sport, santé, et j'en oublie) et dans leurs combats (pour l'accès aux droits, contre les violences intraconjugales, pour l'exercice de la parentalité, et bien d'autres).

 

« Je tiens à remercier particulièrement Bouchra Reano, élue chargée de la promotion de l’égalité femme-homme, pour son engagement depuis cinq ans à porter la question de l’égalité et faire avancer les droits des femmes.

 

« Remerciements aussi à l’équipe-projet qui l’accompagne dans la construction de cette programmation : Patricia Maffiolo, chargée de projets, Nora Boujemaoui-Kabache, directrice du secteur des 0-25 ans, Dominique Maréchal, responsable du service des dispositifs sociaux et éducatifs, et Jamila Ari, directrice de l’association "Femmes dans la cité".

 

« Merci également aux services et aux associations partenaires qui nous offrent, cette année encore, une belle programmation qui s’adresse à tous les publics et propose des actions dans tous les quartiers de la ville.

 

« Mais nous sommes ici également, aujourd’hui, à l’occasion de la journée des droits des femmes, pour honorer une de ces dignes combattantes qu’aura été Madame Simone Veil.

 

« Nous ne pouvions engager cette nouvelle semaine sans rendre hommage à cette femme extraordinaire qui aura été un exemple pour nous tous, par sa vie, par ses combats, en tant que femme, qu'élue ou que militante.

 

« Une personnalité qui aura vécu l’horreur mais qui n’aura eu de cesse d’en appeler à l’humanité des hommes.

 

« L’équipe municipale et moi-même souhaitions faire de Madame Veil une de ses "Seynoises d'honneur", et c'est chose faite aujourd’hui par cette voie qui lui est dédiée au sein de notre magnifique parc.

 

« Un lieu de rencontre, de rires, de jeux, de partage, pour cette femme, survivante de l'horreur, qui n’aura cessé de défendre et d’aimer la vie.

 

« Si elle est connue de nous tous, je crois nécessaire de retracer la vie de cette femme au parcours exceptionnel.

 

« Simone Jacob est née en 1927 à Nice dans une famille juive aux origines lorraines.

 

« Jeune fille, elle fut victime de la Shoah, cette abominable traduction, pour des millions de Juifs, des choix politiques de l'Endlösung, la solution finale décrétée par les nazis, dont nous devons raconter les réalités à nos jeunes, et plus que jamais conserver la mémoire et les leçons, en ces temps d'inquiétant regain de l'antisémitisme, du racisme, de l'homophobie, et de tant d'autres formes de rejet de l'Autre.

 

« Simone Jacob fut en effet déportée à Auschwitz à l'âge de 16 ans. Son père, sa mère et son frère y furent exterminés.

 

« Rescapée avec ses deux sœurs, elle épousa Antoine Veil en 1946 puis, après des études de droit et de science politique, elle entra dans la magistrature comme haut fonctionnaire.

 

« En 1974, elle fut nommée ministre de la Santé par le président Valéry Giscard d'Estaing, qui la chargea de faire adopter la loi dépénalisant le recours par une femme à l'interruption volontaire de grossesse, loi qui sera ensuite couramment désignée comme la « loi Veil ».

 

« Elle apparut dès lors comme icône de la lutte contre la discrimination des femmes en France.

 

« Elle fut la première présidente du Parlement européen dès lors qu'il fut élu au suffrage universel, fonction qu’elle occupa de 1979 à 1982.

 

« Elle est considérée comme l'une des promotrices de la réconciliation franco-allemande et de la construction européenne.

 

« De 1993 à 1995, elle fut ministre d'État, ministre des Affaires sociales, de la Santé et de la Ville du gouvernement d'Édouard Balladur.

 

« Elle siégea au Conseil constitutionnel de 1998 à 2007, avant d'être élue à l'Académie française en 2008.

 

« Et, l'an dernier, un an après sa disparition, par une heureuse et forte décision du président Emmanuel Macron, Simone Veil a fait avec son époux une entrée méritée au Panthéon auprès des dépouilles des grands personnages qui ont marqué l'histoire de notre nation.

 

« Oui, ce chemin de vie et d'engagement doit pouvoir inspirer aujourd'hui tant d'hommes et de femmes, chez nous et dans le Monde.

 

« Pour les femmes, tant de libertés, d'égalités, de droits, demeurent en effet à gagner ou regagner, à défendre et à préserver, pour disposer de leurs corps et de leurs personnes, de leurs choix de vie, de leurs places choisies et respectées dans le couple et dans la famille comme dans la société et dans l'espace public, pour accéder à l'égalité des salaires, des professions, des fonctions électives – et je tiens à saluer à ce propos l'initiative toute récente à laquelle a pris part une ancienne élue de notre équipe municipale seynoise, Cécile Muschotti, qui a présenté avec 20 de ses collègues députés, une proposition de loi visant à garantir plus d'égalité entre les sexes dans les conseils des collectivités et intercommunalités, et notamment dans leurs instances exécutives.

 

« Le chemin de l'égalité est une longue route qui semble n'avoir pas de terme car, on le voit tous les jours, rien n'est jamais acquis. Puisse cette semaine dédiée aux droits des femmes constituer dans la convivialité un temps d'échange, de réflexion, et de dopage pour que, toute l'année, à La Seyne, hommes et femmes, nous ne baissions pas les bras pour prévenir les reculs et toujours avancer pour que liberté, égalité, fraternité et laïcité se déclinent, demain plus qu'hier, aux deux genres. »

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Publié par Marc Vuillemot - dans Devoir de mémoire Idées et politique générale
21 février 2019 4 21 /02 /février /2019 13:49
D. Hugonnet il y a 50 ans...

La Bourse du Travail était pleine à craquer ce jeudi pour la cérémonie civile d'adieu à Daniel Hugonnet, disparu il y a une semaine.

Ce fut un moment empreint de beaucoup d'émotion, avec des propos touchants de tous ses amis qui, depuis les années 60-70, se sont tant investis avec lui pour l'enfance et la jeunesse de La Seyne, posant des bases solides à la prise en compte sociale et éducative de plusieurs générations de nos concitoyens.

Après ces témoignages poignants de plusieurs responsables de l'OMASE (Office municipal – devenu mutuel – de l'action sociale et éducative), il m'a été proposé de prononcer un éloge que plusieurs personnes m'ont demandé de mettre en ligne...

 

 

« Lorsque, jeudi dernier, la nouvelle de la disparition de Daniel Hugonnet s'est répandue dans la ville, nous avons été très nombreux à nous remémorer des petits et grands moments que les uns et les autres avons passés avec lui.

 

« Depuis une semaine, nous n'avons cessé de partager des anecdotes et les grandes choses qui auront jalonné une vie hors du commun, d'une intensité et d'une complexité étonnantes. Une vie qui aura durablement marqué notre commune, en ce qu'elle est de son collectif en partage, par les actes et les réalisations qu'il a portés à bout de bras et dont les enfants de nos enfants profiteront encore. Mais qui aura compté aussi pour tant d'entre nous, en nos personnes singulières, par l'éveil habile que Daniel a instillé à nos consciences, par ses sentences subtilement édictées, et par les rails et aiguillages qu'il a su placer sur les voies de nos propres existences.

 

« Oui, en actes dits comme en propos agis, le verbe de Daniel était à l'image de ces langues rares aux multiples cas de déclinaisons, aux nombreux modes de conjugaisons, aux plurielles désinences, mais la phrase implexe de sa vie était puissamment nouée.

 

« Complexe. Il aurait pu nous donner à nous réunir aujourd'hui autour de sa dépouille sous la voûte d'un lieu de culte. Venu de la région lyonnaise, il a en effet passé ses jeunes années à l'Institution Sainte-Marie, il prenait part aux retrouvailles de l'association des anciens des Maristes et aux agapes mensuelles de celle des "anciens très anciens".

« Il a été forgé par ces Pères de la Société de Marie dont il ne manquait jamais de rappeler tel ou tel fait d'âme, en bien ou en mal, et il était à mes côtés pour honorer les derniers très vieux religieux lors de leur départ définitif de La Seyne.

 

« Il entretenait aussi une relation de vraie connivence active avec les prêtres ouvriers, sœurs, diacres et laïcs de la Mission de France, ces religieux qu'on rencontre où on ne les attend pas, mais aussi avec ceux de l'aumônerie des jeunes du lycée Beaussier, ou encore avec les Dominicains du centre international de la Sainte-Baume.

 

« On me pardonnera une pensée pour deux de ses amis curés, les deux Jean-Pierre : Agret, disparu trop jeune, et l'autre, Margier, son complice en insertion sociale, aussi célibataire que lui, et mort comme lui, comme un pied-de-nez au destin, un jour de Saint-Valentin.

 

« Et, malgré ce parcours, Daniel a choisi un départ rigoureusement et sobrement laïc, mais il plane tout de même pour beaucoup une énigme sur sa relation réelle à ce qu'un Président de la France appelait les "forces de l'esprit".

 

« Complexe. Et intense. Quand il découvre le judo au lendemain de la guerre, il n'a de cesse d'aller au plus vite au bout de son engagement, vite jusqu'à l'obtention de la ceinture noire, et de la ceinture marron de jiu-jitsu, vite jusqu'à son investissement comme adjoint du professeur de son club, et vite jusqu'à son implication dans les instances de la fédération.

 

« C'est peut-être là qu'il a attrapé le virus de l'éducation, celle de tous les instants, de tous les lieux de vie, de toutes les situations, de tous les âges. Celle dont les amis de l'OMASE ont si bien parlé et sur laquelle je ne reviendrai pas.

 

« Il aurait simplement dû mettre à profit sa formation d'imprimeur pour prendre le relais de son père à la tête de l'entreprise familiale, en pleine croissance avec son installation à l'avenue Mazen. Mais c'est ce virus de la confiance en des êtres aptes à leur propre progrès qui l'a conduit, comme si rien n'était plus naturel, à devenir maître d'apprentissage, puis moniteur-éducateur, puis éducateur technique, puis animateur socio-éducatif, délaissant un confort de vie tout tracé afin d'acquérir et toujours parfaire ses aptitudes de transmetteur inlassable de savoirs, de savoir-faire et de savoir-être, dans l'entreprise et dans la vie.

 

« Intense et complexe. Il devait être patron et il choisit d'être employé comme simple livreur dans l'imprimerie paternelle afin de se consacrer pleinement à son activité publique et associative.

 

« Il fut de la bourgeoisie commerçante locale et il fut communiste. Il l'a été à fond. Et au fond il l'était toujours.

 

« Entré dans l'équipe municipale en 1971 avec Philippe Giovannini, il a eu tôt fait, dès son adhésion au Parti communiste français, d'y suivre toutes les écoles du système pyramidal de formation des militants, avec à son sommet l'école centrale, rare Seynois à avoir connu ce lieu dédié à l'instruction des futurs cadres, à l'homogénéisation des pratiques de direction et de l'idéologie.

 

« Fort de ses acquis politiques venus en alliés de sa formation professionnelle, il aura été la fondation et la clef de voûte de d'un véritable projet social et éducatif communal, plaçant, dans tous leurs temps de vie, les enfants et les jeunes au cœur d'une attention globale, constante, et partagée, de la puissance publique et des associations.

 

« Si quelques-uns de ses camarades d'alors ne l'ont pas suivi avec un enthousiasme débordant, il avait la confiance totale de Philippe Giovannini puis gagné celle de Maurice Blanc, avant celle d'autres élus, y compris du "camp d'en face". De fait, les wagons municipaux qu'il a mis sur les rails du début des années 70 jusqu'en 1984 poursuivent leur route aujourd'hui, et il est rare qu'une année n'en voie d'autres s'accrocher à la longue rame solidaire et formatrice qu'il a imaginée et conçue avec nous.

 

« Sa vie au service de la formation aura eu une consécration en 2002 avec la remise la médaille d'or de la jeunesse, des sports et de la vie associative. Mais c'est presque un détail.

 

« Intense. S'il fut élu délégué à l'action socio-éducative, il fut également le premier à être en charge de l'environnement.

 

« Des milliers de Seynois de tous âges se remémorent leur participation active aux opérations de reboisement de la forêt de Janas qu'il a organisées, des années durant, après les incendies qui affectèrent notre massif forestier, débouchant sur la création de l'association toujours très active desAmis de Janas et du Cap Sicié.

 

« On lui doit aussi la réalisation de nos CRAPA, ces circuits d'activités physiques et sportives en cœur de forêt, et également un concours décisif au choix de la réalisation d'Amphitria, notre station d'épuration des eaux usées.

 

« Et, anticipant les dégâts irrémédiables du chancre coloré, c'est à lui qu'on doit que le boulevard Stalingrad soit bordé de micocouliers au lieu de traditionnels platanes. Je sais que ceux qui l'ignoraient chemineront désormais autrement sur la grande avenue de notre entrée de ville.

 

« Et c'est aussi grâce à lui que la culture s'est invitée au milieu de la nature, puisqu'il fit du Fort Napoléon abandonné par la Défense nationale le centre culturel que l'on connaît aujourd'hui, dont la notoriété rayonne bien au-delà de nos limites communales.

 

« Il aura ainsi vécu à très grande vitesse ses passions professionnelles, publiques et associatives, un peu comme s'il les avait conduites à bord de ces voitures rapides qu'il affectionnait tant de piloter de son œil unique rescapé des éclats d'obus de la guerre, depuis sa Gordini jusqu'à sa dernière Citroën C2 125 CV, ou de ce train pendulaire qu'il a imaginé à temps perdu ces dernières années et dont il a eu le toupet d'aller présenter le projet technologiquement abouti à Genève, chez le géant de l'industrie Bombardier.

 

« Intense, complexe, à l'image de ce système ferroviaire de pendulation active qu'il a conçu pour que nul, hormis quelques rares qui auront eu le tort ou la malchance de rester sur le quai, n'ait eu à souffrir de la force centrifuge résultant de la célérité du train dans les courbes, nombreuses pour contourner les multiples obstacles, pas tous naturels ou fortuits, de cette existence de partage et de convivialité à bord de laquelle Daniel Hugonnet a embarqué tant d'entre nous.

 

« La Seyne pleure un de ses grands mécaniciens de motrice.

 

« Vous avez ouvert bien des voies. On n'a pas fini de parler de vous, Monsieur Hugonnet, de toi, Hugonnacci, l'Oncle, Tonton, Daniel. »

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Publié par Marc Vuillemot - dans Devoir de mémoire Vie sociale et ville pour tous
15 février 2019 5 15 /02 /février /2019 08:08

 

D'innombrables Seynois sont tristement affectés, depuis que, ce jeudi, la nouvelle de la disparition de Daniel Hugonnet s'est répandue dans la ville.

 

Celui qui fut conseiller municipal communiste sous les municipalités de Philippe Giovannini puis de Maurice Blanc, de 1971 à 1983, aura durablement marqué La Seyne.

 

Des milliers de jeunes seynois lui doivent d'avoir connu les centres aérés, les camps d'adolescents et les cours d'animateurs municipaux, dont il fut à l'initiative. Nombre d'autres auront tiré parti, pour leur construction de futurs adultes, citoyens actifs et responsables, des offres d'activités socio-éducatives d'une kyrielle d'associations dont il aura été à l'origine ou co-initiateur, entouré d'une équipe riche de nombreux bénévoles et professionnels de l'enfance et la jeunesse qu'il aura su mobiliser à ses côtés : du Mille Clubs de Vignelongue à l'Association Maison intergénérationnelle de quartier (AMIQ), en passant par l'Amicale Seynoise des AdolescentsCiné-JeunesE-Lo-JeunesVidéomase, la Maison Associative Enfance Famille École (MAEFE) ou Vivre en famille (AVEF), et bien d'autres du champ de la prévention, de l'insertion sociale et professionnelle et de la formation : l'Association de Prévention et l'Aide à l'insertion (APEA), l'Association Seynoise pour l'Insertion (ASPI) ou encore Pro-Jeunes.

 

Cours municipaux d'animateurs (1970)

Fondateur de l'OMASE (Office municipal de l'action socio-éducative), regroupant jusqu'à une trentaine de ces associations seynoises, il aura été la clef de voûte de la patiente construction d'un véritable projet éducatif global communal, plaçant les enfants et les jeunes au cœur d'une attention constante et partagée de la puissance publique et des associations dans tous leurs temps de vie.

 

Après s'en être éloigné quelques années pour exercer son métier d'éducateur technique, appelé à prendre la succession de son père Élie à la tête de l'entreprise familiale d'imprimerie de l'avenue Docteur Mazen, il avait opté pour y renoncer et en être salarié afin de se consacrer pleinement à son activité publique et associative. Sa vie au service de l'éducation et l'apprentissage aura été consacrée par la remise en 2002 de la médaille d'or de la jeunesse, des sports et de la vie associative.

 

Conseiller municipal délégué à l'action socio-éducative, il était également en charge de l'environnement. Des milliers de Seynois de tous âges se remémoreront leur participation active aux opérations de reboisement de la forêt de Janas qu'il a organisées, des années durant, après les incendies qui affectèrent notre massif forestier, débouchant sur la création de l'association toujours très active des Amis de Janas et du Cap Sicié. On lui doit également la réalisation de nos CRAPA, ces circuits d'activités physiques en cœur de forêt, mais également son concours décisif à la réalisation de notre station d'épuration des eaux usées Amphitria. Et c'est aussi grâce à lui que la culture s'est invitée au milieu de la nature, puisqu'il fit du Fort Napoléon abandonné par la Défense nationale le centre culturel que l'on connaît aujourd'hui, dont l'activité rayonne bien au-delà de nos frontières communales.

 

Lors du départ des Maristes de La Seyne (2014)

Comme tant d'autres Seynois, j'ai perdu ce jeudi un formateur et maître à penser qui est loin d'être étranger à mon propre parcours de vie publique et associative.

 

Et La Seyne pleure un de ses grands serviteurs dont elle aura à cœur d'honorer la mémoire dans les prochains jours.

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16 janvier 2019 3 16 /01 /janvier /2019 04:29

 

Comme tous les 11 janvier, les élus, les anciens combattants, et certains de nos concitoyens se sont retrouvés sur le parc de stationnement de Saint-Elme, face à la stèle dédiée à sa mémoire, pour commémorer l'anniversaire du décès du maréchal Jean De Lattre de Tassigny, à l'endroit où, en août 1944, fut reçue la reddition de l'amiral de la Kriegsmarine Heinrich Ruhfus. L'occasion de se souvenir...

 

 

La République aura été son obligée en lui attribuant, pour ses faits d'armes au cours de l'une ou l'autre des guerres où il s'est illustré, pas moins de dix décorations glorieuses. Ce qu'on sait moins, c'est que le maréchal De Lattre a aussi été honoré comme civil et qu'il était aussi titulaire de la médaille d'or de l'éducation physique et de la médaille d'or de la santé publique.

 

Et les autres nations du monde ont aussi su reconnaître en lui l'un des artisans déterminants de la Paix et de la Liberté, ces biens de l'humanité qui devraient être universels. Et qui ne le sont toujours pas.

 

Peu d'entre nous savent que Jean De Lattre fut aussi honoré des plus hautes distinctions de l'Argentine, de la Belgique, du Brésil, du Bénin, de Cambodge, du Chili, de Cuba, du Danemark, du Laos, du Maroc, du Mexique, de la Norvège, des Pays-Bas, de la Pologne, du Royaume-Uni, de la Tchécoslovaquie, de la Tunisie, des Etats-Unis, de l'Union Soviétique.

 

Et même, bien qu'il fut haut-commissaire et commandant en chef du corps expéditionnaire français en Extrême-Orient de 1950 à sa mort, qu'il mit sur pied une armée nationale vietnamienne contre le Vietminh, et qu'il eut remporté trois victoires contre les hommes du général Giap, et même, donc, de la part du Vietnam qui a reconnu la valeur de l'homme en l'élevant à la dignité de Grand Croix de son ordre national.

 

Il est bien normal que La Seyne, qui doit sa liberté aux troupes qu'il commandait, lui rende chaque année hommage, aux alentours de ce 11 janvier où sa vie s'est arrêtée il y a 67 ans.

 

Car, sur quelque terrain d'action que ce soit, De Lattre a su jusqu'au bout faire rêver ses hommes, aussi disparates que furent ses armées, des soldats de la métropole aux troupes coloniales jusqu'aux Forces Françaises de l'Intérieur entre lesquels il avait réussi ce qu'on a appelé « l'amalgame », les faire rêver à la victoire de la volonté sur la fatalité en leur léguant la plus belle de ses devises : « Ne pas subir ».

 

Que la jeunesse contemporaine sache s'inspirer des gestes d'un tel homme. Et il avait lui-même pressenti l'importance de la mémoire pour que ne s'éteigne jamais le devoir de vigilance pour la Paix et la défense des valeurs de la République, en écrivant à ses hommes, à Berlin, le 9 mai 1945, au lendemain de la signature de la capitulation allemande : « Soldats vainqueurs, vos enfants apprendront la nouvelle épopée que vous doit la Patrie ».

 

Alors, nous aussi, souvenons-nous, et parlons-en inlassablement aux enfants de notre République.

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Publié par Marc Vuillemot - dans Devoir de mémoire
3 janvier 2019 4 03 /01 /janvier /2019 10:07

Funeste hasard du calendrier, c'est au lendemain d'un Jour de l'An, traditionnellement empreint de gaieté et d'espoir, qu'est commémoré depuis soixante-quatorze ans le tragique drame survenu au Plateau de la Limate, sur les hauteurs de la commune de Signes, où l'occupant nazi a sauvagement assassiné de jeunes résistants d'un maquis varois ainsi que le berger qui les aidait à se cacher.

Comme tous les ans, j'y étais ce mercredi, en compagnie de Christian Pichard et Toussaint Codaccioni, actuel et ancien adjoints seynois chargés du devoir de mémoire, avec de nombreux autres élus de l'Ouest-Var et des communes limitrophes des Bouches-du-Rhône, autour d'Emmanuel Cayron, sous-préfet directeur de cabinet du préfet du Var, de Jean Michel, maire de Signes, de Philippe Vitel, vice-président de la Région Provence, des membres des corps constitués, civils et militaires, des associations d'anciens combattants et résistants, dont l'Association nationale des anciens combattants et amis de la Résistance (ANACR), organisatrice de la cérémonie, mais en l'absence – remarquée, incompréhensible et déplorée – de tout représentant du Département et du Parlement...

En ces temps de détresse citoyenne sur fond de fragilité des institutions républicaines, à l'heure où il est d'usage de formuler les vœux les meilleurs pour l'année qui s'ouvre, je me permets, avec son autorisation, de m'approprier, en guise de souhaits que je tiens à livrer à mes concitoyens pour 2019, le discours poignant prononcé par Gérard Estragon, président de l'ANACR du Var, qui a représenté pour moi une invitation en forme de serment à faire plus que jamais preuve de vigilance et à aiguiser notre esprit de résistance...

 

« Le Comité Varois de l'Association nationale des anciens combattants de la Résistance et amis de l'Association que j'ai l'honneur de présider dans le Var vous remercie pour votre présence fidèle, année après année, afin de commémorer le souvenir des dix maquisards et du courageux berger Ambroise Honnorat abattus à la ferme des Limates au petit matin du dimanche 2 janvier 1944. Un grand merci également à Monsieur Michel, le maire de Signes, vigilant gardien du passé résistant de son courageux village.

« A l'aube de ce dimanche tragique, un groupe d'environ 50 soldats allemands ou portant l'uniforme allemand, encadrés de leurs officiers, quittent le moulin du Gapeau et progressent en direction de la ferme des Limattes où se trouve basé le camp Marat tenu par 10 maquisards FTP.

« Ambroise Honnorat, un berger de 67 ans, est impitoyablement abattu, les jeunes maquisards âgés de 21 à 23 ans, leurs munitions épuisées, brisent leurs armes.

« Les soldats allemands obligent les combattants désarmés à creuser la fosse dans laquelle ils vont jeter leurs corps mutilés après les avoir exécutés. Sur l'un d'entre eux furent relevés 37 impacts d'arme blanche.

« Ces jeunes patriotes étaient des vétérans de la Résistance armée, pour la plupart fondateurs en 1943 du camp Faita dans les Maures. Les nazis les qualifiaient de terroristes, mais ils étaient d'authentiques combattants sans uniforme, affrontant l'ennemi à visages découverts. Leur sacrifice à contribué à sauver l'honneur de la France. 

« Dans la fosse de 7 mètres de long, le garde Jules Sansonetti et Ludovic Basset découvrent côte à côte les corps mutilés de Pierre Valcelli de Salernes, Serge Venturicci, boulanger au Luc, Paul Battaglia, ouvrier tailleur de Sainte-Maxime, Giamma Joseph et Perruca Jean, tous deux originaires de Savoie, le matelot Georges Lafon qui n'avait que 21 ans, le pompier parisien Amédée Huon, Joannis Yvan, le moniteur de ski, mais également, unis dans le combat comme dans la mort, l'officier aviateur italien Alphonso, ainsi que le corps d'un inconnu venu mourir sur ce plateau de Signes en ce matin glacial pour que vive la France.

« Aux noms de ces martyrs nous joignons ceux de Lucien Hennon, Sansonetti et Basset, décédés dans les camps de la mort où ils furent déportés pour avoir voulu donner une sépulture décente aux maquisards massacrés.

« Paul Battaglia a donné son nom au détachement du Bessillon ; Valcelli, au détachement Santerre de la 1ère Compagnie FTPF de Provence ; Venturucci au détachement Guy Mocquet. Au-delà de la mort le combat continuait : on peut abattre des résistants, on n'abat pas la Résistance !

« En ce début 44, la terre de Signes s'imbibait du sang de ces patriotes auquel devait s'ajouter celui des 8 jeunes de Siou-Blanc fusillés à La Rouvière, de deux autres à Méounes le 20 juin, mais aussi l'horrible assassinat de 29 patriotes le 18 juillet 44, suivi des 9 fusillés du 12 août après qu'ils ont subi d'effroyables tortures. 

« Lourd tribut payé par ceux qui refusaient la soumission à l'occupation nazie et à l'État français de Vichy sur cette terre républicaine du Var, à l'image de la population de Signes qui, pendant la tourmente, a fait preuve de courage et de dignité. Les enquêteurs n'ont jamais pu obtenir d'elle aucun renseignement : ça n'est pas un détail en un temps où la délation était monnaie courante.

 

DEVOIR DE VIGILANCE, PLUS QUE JAMAIS

« Les évènements tragiques qu'a subis notre pays depuis ces dernières années doivent nous rappeler notre devoir de vigilance. Trop de murs se dressent, trop de frontières se ferment dans cette Europe de 2018 que nous espérions pacifiée, fraternelle et solidaire.

« Trop de voix inspirées par la haine de l'autre, le racisme, le fanatisme aveugle, la résurgence de l'antisémitisme, se font entendre dans cette Europe que nous pensions apaisée et trouvent un trop large écho dans nos villes et nos villages. Ne laissons pas cette gangrène infecter nos cœurs, nos esprits ou, pire, nos institutions. La République, si chèrement restaurée au prix du sacrifice d'hommes et de femmes qui voulaient vivre libres, est aujourd'hui menacée. Face à ces réels dangers, la lâche indifférence serait coupable, l'esprit de résistance, celui qui fit se dresser les hommes et les femmes de 40/44, doit à nouveau habiter nos cœurs, armer nos consciences.

« Alors qu'en 2018 résister n'est plus risquer la mort, la déportation, la torture et les représailles qui furent le sort des résistants de Signes, les armes pacifiques de l'esprit de résistance sont la Raison, la détermination, le respect du Droit, nos consciences citoyennes, forts que nous sommes des valeurs de la République, des principes toujours actuels qui sous-tendaient le programme du Conseil National de la Résistance et des droits et devoirs sans cesse à défendre et à promouvoir de la Déclaration universelle des droits de l'Homme de 1948.

« Oui, ce sont bien là les armes pacifiques de ceux qui refusent l'intolérable, les injustices sociales, l'asservissement à l'argent roi,  l'obscurantisme et les habits neufs dont certains parent les dépouilles des fascismes rances ou des spectres du nazisme. Des pays amis, des pays frères, avec lesquels se construit pas à pas une Europe qui se veut pacifique, solide et solidaire dans le maëlstrom de la globalisation, ont déjà succombé aux pires dérives nationalistes prêchées par des démagogues populistes irresponsables.

« Face à ces dangers qui grondent, il faudra bien que les héritiers de ces combattants volontaires issus de la population civile, tels ceux de la Limate, se lèvent, parlent, résistent, et contribuent à faire reculer ces fantômes, ces morts vivants qui menacent notre art de vivre, nos institutions, notre vie démocratique et la Paix si chèrement acquise.

« Oui, la Paix. En ce début d'année 2019, trop de bruits de bottes, trop d'argent englouti dans le surarmement, le renforcement de la foudre nucléaire, trop de tentatives ou de tentations de régler les problèmes par le droit de la force plutôt que par la force du droit. Les résistants qui nous ont transmis le flambeau nous l'ont précisé jusqu'à leurs derniers souffles :  ils étaient des combattants de la paix.

« Il faudra bien que ceux qui n'ont pas oublié le sacrifice des 10 des Limates et la longue cohorte des suppliciés qui les accompagne disent "non" à la lente dérive de nos sociétés, à l'abandon des plus faibles, au refus de la solidarité, à l'ignorance et à l'obscurantisme, facteurs de guerre et de conflits.

 

LE VŒU D'UNE FRANCE OUVERTE, GÉNÉREUSE, ACCUEILLANTE, FRATERNELLE

« Il faudra bien qu'avant que la nouvelle peste brune qui s'insinue dans les gouvernements des états qui nous sont proches et qui contamine déjà une partie de notre opinion publique nationale en attendant d'infecter nos instances dirigeantes, il faudra bien, oui, que l'esprit de résistance fasse se dresser des citoyens actifs, refusant les injustices sociales, terreau fertile de tous les extrémismes, et exigent que liberté, égalité, fraternité, laïcité, ne soient pas des mots dévitalisés gravés dans le marbre glacé de nos temples républicains, mais irriguent de leur sang chaud une société française, ouverte, généreuse, accueillante. Oui, accueillante comme nous avons su le faire dans le passé, fraternelle, équitable, telle que la rêvaient ceux qui, dans les années sombres, allaient donner leur vie  pour l'avènement "des Jours Heureux" qu'espérait le toulonnais Gabriel Péri, antifasciste de la première heure, et qui inspire l'action de l'ANACR d'aujourd'hui.

« C'est ce rêve, n'en doutons pas, qui donna le courage aux 10 des Limates pour sortir de l'ombre, combattre sans uniforme et mourir en pleine lumière dans ce petit matin glacial du 2 janvier 44. Ils n'avaient pas trente ans. Tâchons en 2019 d'être à la hauteur de leurs espoirs. Je souhaite que nous pensions à eux lorsque, tous ensemble, nous entonnerons d'une seule voix ce vivant symbole de la Liberté des peuples, notre hymne national, La Marseillaise.

« Vive Signes la résistante, vive la Provence, terre des libertés, vive la France républicaine. »

 

HEUREUSE ANNÉE À NOS CONCITOYENS DE LA SEYNE,

TERRITOIRE À ÉNERGIE POSITIVE,

CITÉ FRATERNELLE D'OUVERTURE, D'ACCUEIL, D'ÉQUITÉ ET D'HARMONIE,

TERRE DE VIGILANCE FACE À TOUS LES OBSCURANTISMES

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Publié par Marc Vuillemot - dans Devoir de mémoire Idées et politique générale
11 novembre 2018 7 11 /11 /novembre /2018 17:03

 

 

Je suis en colère. Pourquoi ces gens-là se sont-ils autorisés à tenter de gâcher notre cérémonie de commémoration du centenaire de l'armistice de 1918 ?

 

Je le sais, leurs écœurants apartés, pourtant proférés suffisamment haut pour que nul de leurs voisins ne les ignore, ajoutés à leurs postures irrespectueuses, sont passés inaperçus de la presque totalité des gens qui ont pris part au moment solennel de ce 11 novembre.

 

Il n'empêche. Qui sont ces salauds – je pèse mes mots – qui ont tenu d'indicibles propos en direction des adolescents, jeunes Français de couleur d'un de nos collèges seynois, déclamant devant notre monument aux morts le beau texte de fraternité et de paix qu'ils avaient rédigé ?

 

Qui sont-ils, ces minables, pour attiser la haine tandis que, des corps constitués, forces de l'ordre, pompiers, officiers, marins et soldats du train, aux anciens combattants, des jeunes de nos établissements scolaires, avec leurs enseignants et leurs familles, à d'autres jeunes de notre Préparation Militaire Marine, avec les réservistes qui les forment et avec leurs proches, des élus de toutes sensibilités politiques – même si on a pu regretter l'absence inexplicable et remarquée de tout parlementaire ou représentant – aux musiciens et choristes, de nos concitoyens venus exprès aux passants se joignant à notre défilé, tout un chacun vivait avec ferveur un moment fort de communion mémorielle et réflexive républicaine ?

 

Qui sont-ils, ces grossiers et dangereux personnages dont l'attitude aura rappelé à ceux qui les ont entendus que nos valeurs de liberté, d'égalité et de fraternité, fussent-elles universelles, sont toujours d'une fragilité extrême ?...

 

Mais, au fond, qu'importe, en trente ans de participation aux commémorations, je n'y ai jamais vu autant de monde, de tous quartiers, de tous âges, de toutes conditions. Et ça, c'est encourageant.

 

Respectant les usages, j'ai prononcé un discours...

 

 

« Le 11 novembre 1918, à 11 heures, une volée de cloches annonça une nouvelle attendue depuis plus de quatre ans par des soldats épuisés et une population en deuil : l’armistice entre les Alliés et l’Allemagne.

 

« Une heure avant, Georges Clémenceau, qu'on surnommait "le Tigre", dans un palais Bourbon empli, avait déclaré : "Au nom du peuple français, au nom du gouvernement de la République française, j'envoie le salut de la France, une et indivisible, à l’Alsace et à la Lorraine retrouvées, et puis honneur à nos grands morts qui nous ont fait cette victoire !".

 

« Les négociations entre alliés avaient débuté dans l’ombre le 15 octobre. Se posait la question d’une conclusion rapide ou, au contraire, l’attente d’une victoire plus complète, plus décisive. Ce qui faisait débat était l’ampleur et la nature des clauses qui accompagneraient l’armistice.

 

« Le président français Poincaré ne voulait pas de l'armistice que prônait Clémenceau, le maréchal britannique Douglas Haig entendait en finir au plus vite, l'américain Pershing souhaitait poursuivre jusqu'à ce que les Allemands capitulent sans condition comme les Sudistes en 1865.

 

« Les généraux sont perplexes : n’obtenir qu’une retraite jusqu’à la frontière de 1914, hors Alsace-Lorraine, serait tomber dans un piège. Avec des lignes raccourcies, le général en chef des armées allemandes Ludendorff pourrait restaurer ses forces…

 

« Pour eux, il fallait que l'ennemi recule jusqu’au Rhin et qu’il y ait des têtes de pont sur la rive droite.

 

« On finit par s'entendre sur les clauses, intégrant par exemple une réserve anglaise sur "la liberté des mers" et une exigence française : l’Allemagne devra payer les réparations pour les dommages subis par les populations civiles.

 

« Le 5 novembre, une dernière note américaine informe le gouvernement allemand "que le Maréchal Foch a été autorisé à leur communiquer les conditions d’un armistice".

 

« Le texte est accepté.

 

« Ce n’était pas acquis. Au printemps l’offensive allemande avait enfoncé la ligne de front et avait mis Paris à portée de son terrible obusier, la Grosse Bertha. Il fallut les nouveaux chars Renault, l’apport déterminant des troupes fraiches américaines et de leur matériel, une erreur stratégique allemande pour reprendre les terrains perdus ; c’est pourquoi, le 29 septembre, Ludendorff, craignant un effondrement militaire, demanda un armistice immédiat et sans condition. Cependant, en octobre, son armée fait mieux que tenir. Il propose alors, avec le chancelier Hindenburg, à l'empereur Guillaume II la poursuite des hostilités. Guillaume II refuse. Ludendorff démissionne.

 

« Entre temps, la capitulation de l’Autriche sous la pression de l’Italie change la donne ; enfin, et surtout, la révolution éclate en Allemagne. L'intervention du peuple est déterminante. Le 9 novembre, Guillaume II abdique.

 

 

UN NOUVEAU MONDE, MAIS À QUEL PRIX ?...

 

« L’armistice est donc signé le 11 novembre à 5 heures 20, à Rethondes, dans le fameux wagon de Foch. Il sera effectif à 11 heures.

 

« La Grande Guerre a pris fin. Le soulagement des combattants, de leurs familles, est immense et revêt, du côté des vainqueurs, la forme d’une joie délirante.

 

« 2018... un siècle s’est écoulé. Le dernier poilu, Lazare Ponticelli, s’est éteint il y a dix ans. Pourtant le drame de cette immense déflagration ne s’est pas effacé. Rien ne fut plus après comme il en était avant. La société toute entière a changé de fond en comble. Cette colossale révolution, politique, économique, sociale, a bouleversé le monde.

 

« Dans cette boucherie de quatre années, seules deux batailles furent décisives : la première, parce qu’elle stoppe l’offensive allemande et fixe la ligne de front pour de longs mois dans le quasi immobilisme des tranchées ; et, bien sûr, la dernière, qui vit la reprise du mouvement, les forces de l’Entente sur le recul face à l’assaut de Ludendorff avant la contre-offensive et l’arrêt définitif des combats.

 

 

UN MONDE FAUTEUR DE GUERRE

 

« Cette réalité illustre le jugement des historiens qui qualifient les dirigeants politiques européens, qui ont permis le déclenchement de ce qui deviendra à l'époque la pire tuerie de l’Histoire, de médiocres, de "somnambules".

 

« En littérature aussi, la chose est évoquée. Serge Joncour nous raconte que "même là, au plus profond de la campagne la plus reculée, on voyait bien que le monde était soumis à l’inconséquence d’une poignée de régnants, tous cousins qui plus est, plus ou moins de la même famille (…), ces filiations prodigieuses où le Kaiser était le neveu du roi d’Angleterre et le cousin du tsar…"

 

« Car la réalité est bien celle-là : celle d'une course entre pays impérialistes et colonialistes, celle du poison nationaliste répandu, et celle du capitalisme assis sur l’exploitation déchaînée des hommes.

 

« On ne l'a réalisé qu'après 1918, cet ordre du monde fauteur de guerre n'était qu'une immense confusion qui a instillé chez les peuples une affreuse pulsion de mort. Et l'horrible résultat fut que cette guerre des puissants fit 18 millions de victimes. 18 millions ! Auxquels on ajoutera 21 millions de blessés.

 

« Parmi les 48 millions de soldats de l'Entente, et face aux 26 millions de soldats ennemis, la France a fait combattre près de 8 millions d'hommes, soit 20% de sa population, dont les précieux régiments d’Afrique, d’Asie et d'Océanie, les arrière-grands-pères de ceux que l'on rejette aujourd'hui, parfois même à la mer...

 

« Prodiguant l’action sans disposer des moyens voulus, notre nation perdit beaucoup de son sang, le sang de sa jeunesse : 1.400.000 soldats et 300.000 civils sont morts, on comptera plus de 4 millions de blessés.

 

 

UN MASSACRE À L'ÉCHELLE DU MONDE

 

« Car la République aura mobilisé, dès les premiers jours, une armée certes puissante et ardente… mais sous-équipée. Et maintes erreurs furent commises.

 

« Plus tard, le général Charles de Gaulle rendit un jugement sans appel : cette armée était dépourvue d’artillerie lourde, médiocrement outillée en moyens de transmissions, d’observation, et de transport. En ses débuts, les soldats portaient encore les uniformes hérités de ceux des guerres passées, avec les fameux pantalons rouge garance qui faisaient d'eux des cibles de choix…

 

« Pensant aux disparus, on ne peut omettre les fusillés pour l'exemple, accusés de s'être mutilés pour ne pas aller au front : plus de 600 Français, dont le Six-Fournais Augustin Odde, 22 ans, exécuté sans raison après un procès sommaire, dont la condamnation à mort a été annulée... un mois après son exécution. Il appartenait au XVème corps, une unité composée de soldats provençaux et corses, injustement accusée de lâcheté par ses chefs, heureusement réhabilitée par notre peuple du Midi lui-même, et dont le nom a été donné à des lieux publics par nombre de communes, dont la nôtre.

 

« Un massacre à l'échelle du Monde. Et pourtant le pays tint bon. Et vint le jour où il fut en mesure de saisir la victoire.

 

« C’est là, quelque part, son génie : l’amour de la patrie, la fureur, l’espoir, le dévouement, l’idée selon laquelle, si l’on gagnait, il n’y aurait plus de guerre.

 

 

DU TRAITÉ DE VERSAILLES À LA SECONDE GUERRE MONDIALE

 

« Des années plus tard, la question est formulée d’imputer, ou pas, aux conditions posées par l’armistice la responsabilité de la seconde guerre mondiale qui, une génération après, fit plus de 60 millions de morts.

 

« Parce que, d’une part, l’armistice préserva l’Allemagne dans certaines de ses ressources militaires de crainte que les spartakistes pro-bolcheviks ne s’emparent du pouvoir ; et, d’autre part, il est évoqué une forme d’humiliation propice à un désir de vengeance.

 

« La certitude historique quasi générale aujourd'hui est que les analyses sur lesquelles on a construit la paix après 1918 étaient fausses parce que soumises aux calculs revanchards des vainqueurs et à l’idéalisme américain. De fait, le responsable est le Traité de Versailles et la façon dont il a été appliqué. L’introduction des fameuses clauses humiliantes est un rajout tardif. On a d'ailleurs reproché au social-démocrate allemand Ebert d’avoir dit aux militaires "je vous salue, vous qui rentrez invaincus des champs de bataille". C’était fait pour se concilier l’armée.

 

« Toutes autres sont les sources du mythe que Ludendorff, oublieux de sa demande d’armistice de septembre 1918, que la droite nationaliste, que l’armée, vont faire naître les mois suivants, celui du Dolchstoß, le "coup de poignard dans le dos" : selon eux, c’est la trahison des civils, celle de la gauche, celle des socialistes, celle des Juifs, qui a suscité la défaite. Ceux-là, les Ludendorff et consorts, avec l’effondrement de l’économie, ont fait le lit des nazis.

 

 

RECULS DÉMOCRATIQUES, NATIONALISMES, BOUCS ÉMISSAIRES : ATTENTION, ÇA REVIENT...

 

« Il faut retenir, aujourd’hui encore, les leçons pour tenter de se rassurer devant les reculs démocratiques, les spasmes nationalistes, la désignation de boucs émissaires, les industriels armant les pires dictateurs, le retour à la logique des blocs pour aviver la guerre économique, fond de tableau au devant duquel on évoque une armée européenne…

 

« Certains me diront que ce n’est pas le lieu, mais permettez que je généralise en observant que l’intérêt général s’efface trop souvent devant un parti pris étroit…

 

« Mais, donc, le carnage passé, chaque ville, chaque village, érigea un monument aux morts, et les 11 novembre voient la population se rassembler autour des stèles et des drapeaux de nos gardiens de mémoire.

 

« Car ces commémorations doivent servir à consacrer la paix, hélas convertie sous la pression vengeresse en un "entracte dérisoire entre deux massacres de peuples", comme le pressentait Romain Rolland. Et comme l'évoquait d'ailleurs aussi, dans l'autre camp, et pour d'autres rasions moins pacifistes, le général Ludendorff, citant souvent l'historien romain Salluste pour qui "la paix est l’intervalle de temps entre deux guerres".

 

« Cette paix, comme le relevait cette semaine un éditorialiste, "évanouie la veille de la déclaration de guerre avec l’assassinat de Jean Jaurès par la propagande belliciste et chauvine incarnée. Cette paix que le mouvement ouvrier européen aura tenté, bien seul, de préserver"...

 

 

PÉDAGOGIE, HISTOIRE, ANALYSE, RÉFLEXION, POUR LA PAIX

 

« Cette paix que, aujourd'hui, chacun a l'immense devoir de protéger, encore et toujours par la pédagogie de l'histoire, de l'analyse et de la réflexion,

 

« ... comme le font nos anciens combattants seynois en témoignant dans nos écoles,

 

« ... comme le font nos personnels communaux chargés de nos jeunes, se formant au Camp des Milles pour développer des activités propices à l'éveil des consciences,

 

« comme le font nos enseignants seynois à l'origine de notre "classe défense", et ceux des "cadets de la défense du Var" dont bénéficient nos 4 collèges, ayant inscrit la mémoire et le civisme au programme de formation, de même que les réservistes chargés la "préparation militaire marine" dont La Seyne est la marraine,

 

« ou comme l'a fait notre conseil municipal, presque unanime en cette année du centenaire, choisissant de rejoindre trois autres communes du Var, Carnoules, Saint-Zacharie et Varages, dans l'association française des communes, départements et régions pour la Paix.

 

« Et, à chacune des commémorations qui jalonnent nos années, comme nous tous, assemblés ici – ou en juillet devant le monument des Justes parmi les nations, ou en mars devant la stèle en mémoire de Pierre Sémard à la cité SNCF –, sous nos couleurs.

 

« Et tous, nous le faisons...

« pour que vive la France de la République,

« pour que vive l’Europe sociale, garante de la Paix,

« et pour que vive l'amitié entre les peuples ! »

 

 

On l'aura compris, j'ai essayé en ce jour anniversaire, de prendre ma part dans cette œuvre de passage de mémoire, de réflexion et d'éveil des consciences. Je voudrais pour conclure inviter les visiteurs de mon blog à regarder et écouter les deux vidéos ci-après. Elles en disent long sur la tâche qui nous attend, mais aussi sur l'espoir qu'on doit placer en notre jeunesse pour des lendemains de Paix...

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Publié par Marc Vuillemot - dans Devoir de mémoire
3 novembre 2018 6 03 /11 /novembre /2018 11:07

J'ai cru de mon devoir, il y a quelques jours, d'organiser une visite de découverte et de réflexion au Camp des Milles, pour un certain nombre d'employés municipaux.

Cette ancienne tuilerie, proche d'Aix-en-Provence, a été réquisitionnée par le gouvernement français pour y interner, de 1939 à 1942, et sans que les nazis allemands ne le réclament, plus de 10.000 personnes, dont un cinquième, de confession juive, furent envoyés vers le camp d'extermination d'Auschwitz. Parmi eux, nombre d'Allemands, d'Autrichiens et autres Européens, ayant fui leurs pays dès 1933 et l'accession d'Hitler aux fonctions de Reichskanzler, pensaient trouver dans la France de la liberté, l'égalité et la fraternité, un refuge accueillant et sûr. L'histoire et son cortège de lâcheté et d'intolérance attesta du contraire. Nul n'est à l'abri du pire.

Depuis 2012, une fondation, soutenue par l'État, y a ouvert un musée qui, outre les apports en connaissances historiques sur le contexte européen qui, depuis la crise économique des années 20, a conduit à l'une des pires barbaries dont on veut croire, depuis 1945, que le Monde ne connaîtra « plus jamais ça », permet aussi de comparer les conditions du ferment de cette horrible période du XXe siècle à celles qui ont mené à d'autres génocides : peu avant, ceux des Tziganes et des Arméniens, ou, plus récemment, celui des Tutsis du Rwanda.

 

DES FONCTIONNAIRES REMPARTS FACE AUX BARBARIES

J'ai voulu que nos fonctionnaires territoriaux, garants des valeurs républicaines, soient sensibilisés non seulement aux causes de telles abominations (peurs, préjugés, stéréotypes, intérêts divergents, etc.), mais également à ce qui peut à tout moment en découler du fait de minorités agissantes non empêchées par des majorités passives, de crises et de déstabilisations, d'emballements racistes, sexistes, religieux, de désignation de boucs émissaires, de rumeurs, d'infox et de complots. Au bout, on parvient inexorablement au remplacement de la démocratie par des régimes autoritaires puis aux persécutions et aux menaces contre tous.

 

TOUS LES SERVICES MUNICIPAUX DOIVENT CONTRIBUER À RÉSISTER

Avec mes collègues Isabelle Renier et Mekki Boutekka, adjoints à l'éducation et à la jeunesse, qui m'ont accompagné lors de cette journée formative, nous avons demandé aux services municipaux de l'enfance et la jeunesse, de l'éducation scolaire, du sport et de la culture, des solidarités, qui seront soutenus et accompagnés en cela par les professionnels du Camp des Milles, d'imaginer et de conduire des actions de sensibilisation, de prévention et d'éducation en direction de leurs publics, depuis le plus jeune âge. J'ai aussi tenu à ce que tous les services communaux disposent en leur sein d'employés volontaires pour être des référents dédiés à la prévention des discriminations et des engrenages barbares auxquels toute institution publique républicaine, telle une mairie, a le devoir d'être en première ligne pour résister.

Cette démarche n'est pas un gadget. Ce que j'entends, ça et là, de plus en plus en plus souvent, de la bouche d'un nombre croissant de mes concitoyens seynois, fait froid dans le dos. Les votes qui ont été émis chez nous ces dernières années accroissent mon inquiétude. À La Seyne comme ailleurs, mais peut-être plus, les événements de violence et la pauvreté croissante, la dégradation urbaine, la ségrégation sociale, alimentent un funeste terreau.

 

RÉSISTER À L'OBSCURANTISME EST L'AFFAIRE DE TOUS !

Je crains pour nos valeurs républicaines et démocratiques. Je pose un regard inquiet sur ce qui se passe, élection après élection, dans le Monde et chez nos voisins d'Europe. L'élection européenne de 2019 pourrait nous réserver d'angoissantes surprises. Je partage le point de vue d'Alain Chouraqui, directeur de la Fondation du Camp des Milles : « les extrémismes nationaliste et islamiste se nourrissent l'un de l'autre et prenent en tenaille les sociétés européennes ».

J'invite aussi l'ensemble de mes concitoyens seynois à prêter attention aux dangers qui guettent nos démocraties. Et, c'est à une heure de route de chez nous, pourquoi pas, à découvrir ce musée historique, mémoriel et réflexif du Camp des Milles...

Ou, au moins, à parcourir le petit manuel de survie démocratique publié par la Fondation du Camp des Milles en cliquant sur l'image ci-dessous...

 

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23 juillet 2018 1 23 /07 /juillet /2018 05:40

Dans le discours que j'ai prononcé (on peut le lire ICIce dimanche devant la stèle érigée, sur le quai du Parc de la Navale, en hommage aux Justes parmi les Nations et à tous les anonymes, hommes et femmes, qui risquèrent leur vie, leur liberté et leur sécurité pour lutter contre la barbarie et pour sauver des innocents de la Shoah, j'ai rappelé que, « malheureusement, trop de crimes, au nom de la "race", de la religion, de la différence, sont encore perpétrés de par le monde », et que « inlassablement, le travail éducatif, citoyen et humaniste, est à remettre sur le métier, et notre mémoire à entretenir ».

Depuis plusieurs années, le Service municipal de la Jeunesse s'emploie, sous l'égide de Mekki Boutekka et Morad Yacoub, respectivement adjoint au maire et directeur chargés de la jeunesse, dans le cadre des activités qu'il offre à des centaines de jeunes seynois accueillis dans les cinq « Espaces Accueil Jeunes » ouverts sur l'ensemble des quartiers de la commune (2 au sud, 2 au centre, 1 au nord), à conduire des activités de sensibilisation et de réflexion aux faits atroces qui ont jalonné l'histoire pour éveiller leurs jeunes consciences et que les hommes et femmes qu'ils seront demain se battent contre toutes les formes d'antisémitisme, de racisme et de xénophobie qui continuent, ça et là sur la Terre, à générer d'indicibles abominations meurtrières.

 

UN DEVOIR ABSOLU D'ÉVEIL ÉDUCATIF DES CONSCIENCES

C'est un devoir absolu, pour les adultes que nous sommes, que de mener à bien cette mission éducative. Et de valoriser, autant que faire se peut, l'engagement des jeunes seynois, de tous quartiers et de toutes réalités culturelles, sociales et économiques, qui s'impliquent dans cette belle œuvre d'humanité pour préserver le respect d'autrui, la concorde et la Paix..

C'est un chantier permanent du temps de la famille, de celui de l'École, et de celui des temps libres et des loisirs. Et c'est un chantier d'autant plus efficace lorsqu'il s'appuie sur des méthodes actives d'éducation, permettant aux jeunes de se mettre en projet de création avec l'aide de leurs parents, de leurs aînés, de leurs enseignants ou de leurs animateurs.

Ce sont les enfants de l'école élémentaire Lucie Aubrac qui ont planté et entretiennent le « rosier de la résurrection » dans la cour de leur établissement scolaire, les collégiens et lycéens qui prennent part au Concours national de la Résistance, les jeunes de l'association Univers-Cité (photo ci-contre) qui ont écrit et lu un beau texte à la commémoration de la victoire du 8 mai 1945 sur les nazis allemands, ceux (photo ci-dessous) qui, à l'occasion de la Fête Nationale, ont fait de même, ou encore ces jeunes qui, avec la Fondation de la France Libre,  préparent et lisent des messages à l'occasion des commémorations qui rythment notre vie communale (ci-dessous pour le souvenir de la libération de La Seyne le 26 août 2017).

Et ce furent donc, ce week-end, ceux (photo en haut de cet article) de l'Espace Accueil Jeunes « Jules Renard », du quartier Berthe, qui, après avoir vécu des activités de sensibilisation dans le cadre de l'association « Adolescent Citoyen Souvenir » qu'ils ont créée avec l'aide de leurs animateurs municipaux, ont rédigé et prononcé un autre beau texte, reproduit au bas de cet article, devant notre stèle à la mémoire des Justes.

 

ÉDUCATEURS, POURSUIVEZ ET AMPLIFIEZ VOTRE BELLE ŒUVRE !

La Seyne peut à bon droit s'enorgueillir de l'implication de tous les adultes qui accompagnent ces jeunes dans leurs temps scolaires, périscolaires ou de loisirs, pour que brille toujours chez nous, sans vaciller, la flamme de la résistance à toutes les barbaries.

Alors que notre ville a récemment adhéré à l'Association française des communes pour la paix, je lance un appel à tous les enseignants, de tous niveaux de la scolarité, de toutes les matières, à tous les animateurs et éducateurs des services publics et des associations, pour qu'ils renforcent encore et toujours leurs actes éducatifs pour le devoir de mémoire et la promotion des valeurs républicaines de paix, de liberté et de fraternité.

Peu importent les supports pédagogiques, qu'ils soient textes, créations picturales, paysagères, musicales ou chorales. Tous les prétextes à concilier des objectifs pédagogiques scolaires ou extra scolaires avec ceux de la mémoire sont à explorer.

Un groupe de collégiens étudiant l'allemand entonneront-ils devant notre monument aux morts, accompagnés par notre philharmonique « La Seynoise », le dernier dimanche d'avril 2019, à l'occasion de la journée dédiée au souvenir des déportés dans les camps nazis de concentration et d'extermination, la version originale, dans la langue de Goethe, du « Chant des marais »... « Die Moorsoldaten », premier acte d'espoir et de résistance au nazisme composé par les premiers prisonniers politiques allemands dès 1933 ?...

Ça aurait de la gueule. Et nul doute que l'émotion serait au rendez-vous.

Pour prévenir la barbarie, inlassablement, éduquer et rappeler
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Publié par Marc Vuillemot - dans Éducation - enfance - jeunesse Devoir de mémoire
15 juillet 2018 7 15 /07 /juillet /2018 03:58

Dans quelques heures, ce sera LA finale. Le temps de la France – et de la Croatie, et du Monde, bien sûr – va s'arrêter pendant une heure et demie – peut-être un plus pour départager au cas où...

Mais restons-en au temps de la France. Pas par chauvinisme exacerbé, bien sûr. Surtout pas au lendemain d'un 14 juillet de fraternité et d'égalité républicaines où l'Universalité était à l'ordre du jour dans nos 35.000 communes !

Et, justement, cette Universalité, mon ami Driss Ettazaoui, élu MoDem d'Évreux, vice-président de la Communauté d'agglomération d'Évreux-Porte de Normandie chargé de la politique de la ville, et vice-président de l'Association des maires Ville & Banlieue de France, vient de m'en adresser un joli morceau, empreint d'émotion, en cette veillée d'armes de l'ultime moment fort de la Coupe du Monde de football, cent années après la fin de la Der des Ders, la si meurtrière première guerre mondiale de 1914-1918.

Un joli morceau qui sera diffusé dans le cadre d'un dispositif multimédia à Bondy, justement à l'occasion de ce centenaire. Je le livre avec quelques frissons et larmes contenues aux visiteurs de mon blog...

Allez, la France universelle !

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14 juillet 2018 6 14 /07 /juillet /2018 15:49

Comme tous les ans, j'ai présidé ce samedi la commémoration du 14 juillet, notre fête nationale. J'ai expliqué, dans un précédent article de ce blog, pourquoi j'ai décliné l'invitation du Président de la République à assister aux belles cérémonies se déroulant sur les Champs-Élysées.

 

Et je ne regrette nullement – loin de là ! – d'être resté à La Seyne pour prendre part aux festivités qui se sont déroulées ce vendredi, à la veille de notre 14 juillet, et sur lesquelles je reviendrai dans un autre article, ni d'avoir vécu le temps fort du défilé et du rassemblement de notre population devant notre monument aux Morts, au cours duquel, après la lecture par deux jeunes Seynois d'un très beau texte écrit dans le cadre des activités de l'association "Adolescent Citoyen Souvenir" en lien avec notre Service Municipal de la Jeunesse, j'ai prononcé une allocution que je livre ci-après...

 

 

« Mesdames, Messieurs,

 

« C’est en 1880 que le 14 juillet est devenu jour de fête nationale.

 

« Ce jour commémore à la fois la prise de la Bastille en juillet 1789 et l’anniversaire de la Fête de la Fédération réalisée le 14 juillet 1790. C’est pourquoi, en rappel de la mobilisation des citoyens venus de toutes les régions de France pour se retrouver au Champ-de-Mars à Paris, les services civils et militaires de défense et de sécurité défilent devant le peuple rassemblé.

 

« Cette fête est le manifeste, réaffirmé chaque année, de trois idées fortes issues de la Révolution.

 

« La première est l’affirmation que l’on naît libre... d’où que l’on vienne.

 

« La deuxième réside dans l’unicité de la Nation, elle est une et indivisible (dois-je préciser que ce principe n’exclut pas la diversité ?...) ; après la Liberté, c’est le volet Egalité.

 

« La troisième idée forte est que la Nation est partage, c’est la Fraternité, dont Jean Jaurès disait qu'elle est "au-dessus de toutes nos paresses, de tous nos égoïsmes".

 

« Ainsi, la Fête de la Fédération célébrait la nouvelle unité nationale fondée non plus sur la religion commune, celle du roi, mais sur la reconnaissance par toutes et tous de ces trois principes fondamentaux de notre République.

 

« Le texte fondateur de 1789, la "Déclaration des droits de l’homme et du citoyen", faisait voler en éclats les liens qui unissaient sous l’Ancien Régime le catholicisme et la société politique.

 

« La Révolution française nous a appris cette vérité : c'est de notre responsabilité que procède notre liberté.

 

« Pourquoi ai-je choisi cet aspect de la Révolution, l'émergence de la laïcité,  que nous fêtons les 14 juillet ?

 

« Pour trois raisons : d’abord, ce sont là les prolégomènes de la "laïcité à la française" : liberté des cultes, égalité de traitement devant la loi, acceptation des différences et donc fraternité.

 

« Ensuite parce que le Président de la République, eût-il tenu un discours devant la congrégation religieuse des Bernardins, et accepté du pape, peu de temps après, le titre de chanoine de Latran, a récemment rappelé devant le Congrès à Versailles ces principes intangibles. Il a souhaité en outre redéfinir le cadre des relations de la République avec les religions, une concorde – pas au sens du Concordat, on doit l'espérer ! – retrouvée dans une culture partagée.

 

« Enfin parce qu’une information, d’une portée mineure au regard du fil de l’actualité dramatique du Monde, a attiré mon attention : le gouvernement du Land de Bavière, en Allemagne, en dehors du fait de poser un ultimatum à la Chancelière sur la question des migrants, a décidé qu’à partir du 1erjuin, une croix figurerait à l’entrée de tous les bâtiments publics. Bien sûr, chaque pays a son histoire, sa constitution. C'est l'affaire des Bavarois. Mais un journaliste français qui a relaté ce fait a commenté : "La Bavière est un pays catholique. Là-bas, pas de laïcité agressive comme en France."

 

« A ces mots accolés, "laïcité" et "agressivité", mon sang républicain a tendu mes artères ! J’ai alors repensé à la réponse qu’avait faite Louis Germain à Albert Camus qui lui avait écrit une lettre hommage après avoir reçu le prix Nobel en 1957.

 

« Camus écrivait ainsi à son vieil instituteur : "On vient de me faire un bien trop grand honneur (…). Mais quand j'ai appris la nouvelle, ma première pensée, après ma mère, a été pour vous. Sans vous, sans cette main affectueuse que vous avez tendue au petit enfant pauvre que j'étais, sans votre enseignement, et votre exemple, rien de tout cela ne serait arrivé."

 

« C’est l’hommage d’un homme, distingué entre tous, à son instituteur, promoteur de l’institution républicaine, et à l’école formatrice, émancipatrice, des plus humbles aux bien-nés.

 

« Et Louis Germain répondait à Camus sa fierté, mais je n’extrais que la fin de sa lettre : "(…) Avant de terminer, je veux te dire le mal que j'éprouve en tant qu'instituteur laïc, devant les projets menaçants ourdis contre notre école. Je crois, durant toute ma carrière, avoir respecté ce qu'il y a de plus sacré dans l'enfant : le droit de chercher sa vérité. (...). Lorsqu'il était question de Dieu (c'est dans le programme), je disais que certains y croyaient, d'autres non. Et que, dans la plénitude de ses droits, chacun faisait ce qu'il voulait. (…) Le Canard Enchaîné a signalé que, dans un département, une centaine de classes de l'École laïque fonctionnent sous le crucifix accroché au mur. Je vois là un abominable attentat contre la conscience des enfants. (…) Ces pensées m'attristent profondément."

 

« Vous voyez, je rapproche des événements distants de soixante années. En soi, c’est déjà un questionnement.

 

« Je dois à la vérité de ma relation de ce fait d'actualité la réaction du cardinal Reinhard Marx, archevêque de Munich et Freising, à la décision du Land de Bavière. Je le cite : "on ne comprend pas ce qu’est la croix si on ne la voit qu’en tant que symbole culturel". Il n’a pas hésité à dénoncer "l’animosité, les divisions, les troubles" risquant d'être causés par cette décision.

 

« Nous le savons, le débat est récurrent, et cependant d’une grande actualité. Une actualité qui se préoccupe plus du "supposé signifiant" que de ce qui est réellement signifié. Le moindre signe est sur-interprété. Plus grave, et c’est ce que dénonce l’archevêque de Munich, le signe religieux perd toute signification spirituelle : la foi ne se porte pas au dehors mais au dedans.

 

« Que penser de toutes ces revendications publiques du religieux qui font de la vie spirituelle toute autre chose qu’une relation fondée sur la foi, si la religion ne se manifeste qu’en système de normes (par exemple contre l’avortement, contre le mariage pour tous, pour le port d'un voile, pour des repas spéciaux dans les cantines publiques) et non comme un système de valeurs (comme la fraternité que certains nomment "l’amour du prochain") ?

 

« Le concept de laïcité est interprété différemment selon les personnes et les contextes. Le rapport au religieux n’est pas seul en cause, je pourrai évoquer les concepts émergents de "racisation" ou "d’intersectionnalité" qui poussent à catégoriser l’individu selon son origine, ou sa sexualité, ou sa situation sociale.

 

« De fait, la laïcité, en incitant à la modération dans l’espace public, en imposant la neutralité dans la fonction publique, préserve chacun de l’intolérance, de la manipulation, religieuse ou différenciatrice.

 

« La primauté de la loi de la République sur toute autre loi évite la mise en concurrence des cultes ou des individus. En effet, d’une façon que je crois claire, la laïcité à la française, bien loin d’être agressive – j'en reviens à notre journaliste –, parle de libertés : liberté individuelle, celle du citoyen, liberté de croire ou de ne pas croire, liberté due aux autres...

 

« En cela, la laïcité est dans la continuité de l’esprit des Lumières qui présida à la Révolution. Elle rendit, la première, aux Juifs d’être des citoyens, aux femmes de divorcer, aux esclaves d’être libres. Cela, vous le savez, ne dura hélas pas et dut être réinstauré plus tard, non sans luttes. Rien n'est jamais acquis définitivement. Soyons vigilants.

 

« En tous cas, aujourd’hui, à fêter le 14 juillet comme le rassemblement des citoyens, dans leurs diversités et dans une communauté d’esprit à la française, dans notre défilé et notre rassemblement, ou sous les flonflons ou les feux d’artifices à l'image de celui d'hier soir non loin d'ici sur le Parc de la Navale, nous montrons notre attachement à la République démocratique.

 

« Alors, oui, vive La Seyne libre, égalitaire et fraternelle, Et, oui, vive la France républicaine, indivisible, laïque, démocratique et sociale. »

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Publié par Marc Vuillemot - dans Devoir de mémoire

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Marc VUILLEMOT

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