3 janvier 2019 4 03 /01 /janvier /2019 10:07

Funeste hasard du calendrier, c'est au lendemain d'un Jour de l'An, traditionnellement empreint de gaieté et d'espoir, qu'est commémoré depuis soixante-quatorze ans le tragique drame survenu au Plateau de la Limate, sur les hauteurs de la commune de Signes, où l'occupant nazi a sauvagement assassiné de jeunes résistants d'un maquis varois ainsi que le berger qui les aidait à se cacher.

Comme tous les ans, j'y étais ce mercredi, en compagnie de Christian Pichard et Toussaint Codaccioni, actuel et ancien adjoints seynois chargés du devoir de mémoire, avec de nombreux autres élus de l'Ouest-Var et des communes limitrophes des Bouches-du-Rhône, autour d'Emmanuel Cayron, sous-préfet directeur de cabinet du préfet du Var, de Jean Michel, maire de Signes, de Philippe Vitel, vice-président de la Région Provence, des membres des corps constitués, civils et militaires, des associations d'anciens combattants et résistants, dont l'Association nationale des anciens combattants et amis de la Résistance (ANACR), organisatrice de la cérémonie, mais en l'absence – remarquée, incompréhensible et déplorée – de tout représentant du Département et du Parlement...

En ces temps de détresse citoyenne sur fond de fragilité des institutions républicaines, à l'heure où il est d'usage de formuler les vœux les meilleurs pour l'année qui s'ouvre, je me permets, avec son autorisation, de m'approprier, en guise de souhaits que je tiens à livrer à mes concitoyens pour 2019, le discours poignant prononcé par Gérard Estragon, président de l'ANACR du Var, qui a représenté pour moi une invitation en forme de serment à faire plus que jamais preuve de vigilance et à aiguiser notre esprit de résistance...

 

« Le Comité Varois de l'Association nationale des anciens combattants de la Résistance et amis de l'Association que j'ai l'honneur de présider dans le Var vous remercie pour votre présence fidèle, année après année, afin de commémorer le souvenir des dix maquisards et du courageux berger Ambroise Honnorat abattus à la ferme des Limates au petit matin du dimanche 2 janvier 1944. Un grand merci également à Monsieur Michel, le maire de Signes, vigilant gardien du passé résistant de son courageux village.

« A l'aube de ce dimanche tragique, un groupe d'environ 50 soldats allemands ou portant l'uniforme allemand, encadrés de leurs officiers, quittent le moulin du Gapeau et progressent en direction de la ferme des Limattes où se trouve basé le camp Marat tenu par 10 maquisards FTP.

« Ambroise Honnorat, un berger de 67 ans, est impitoyablement abattu, les jeunes maquisards âgés de 21 à 23 ans, leurs munitions épuisées, brisent leurs armes.

« Les soldats allemands obligent les combattants désarmés à creuser la fosse dans laquelle ils vont jeter leurs corps mutilés après les avoir exécutés. Sur l'un d'entre eux furent relevés 37 impacts d'arme blanche.

« Ces jeunes patriotes étaient des vétérans de la Résistance armée, pour la plupart fondateurs en 1943 du camp Faita dans les Maures. Les nazis les qualifiaient de terroristes, mais ils étaient d'authentiques combattants sans uniforme, affrontant l'ennemi à visages découverts. Leur sacrifice à contribué à sauver l'honneur de la France. 

« Dans la fosse de 7 mètres de long, le garde Jules Sansonetti et Ludovic Basset découvrent côte à côte les corps mutilés de Pierre Valcelli de Salernes, Serge Venturicci, boulanger au Luc, Paul Battaglia, ouvrier tailleur de Sainte-Maxime, Giamma Joseph et Perruca Jean, tous deux originaires de Savoie, le matelot Georges Lafon qui n'avait que 21 ans, le pompier parisien Amédée Huon, Joannis Yvan, le moniteur de ski, mais également, unis dans le combat comme dans la mort, l'officier aviateur italien Alphonso, ainsi que le corps d'un inconnu venu mourir sur ce plateau de Signes en ce matin glacial pour que vive la France.

« Aux noms de ces martyrs nous joignons ceux de Lucien Hennon, Sansonetti et Basset, décédés dans les camps de la mort où ils furent déportés pour avoir voulu donner une sépulture décente aux maquisards massacrés.

« Paul Battaglia a donné son nom au détachement du Bessillon ; Valcelli, au détachement Santerre de la 1ère Compagnie FTPF de Provence ; Venturucci au détachement Guy Mocquet. Au-delà de la mort le combat continuait : on peut abattre des résistants, on n'abat pas la Résistance !

« En ce début 44, la terre de Signes s'imbibait du sang de ces patriotes auquel devait s'ajouter celui des 8 jeunes de Siou-Blanc fusillés à La Rouvière, de deux autres à Méounes le 20 juin, mais aussi l'horrible assassinat de 29 patriotes le 18 juillet 44, suivi des 9 fusillés du 12 août après qu'ils ont subi d'effroyables tortures. 

« Lourd tribut payé par ceux qui refusaient la soumission à l'occupation nazie et à l'État français de Vichy sur cette terre républicaine du Var, à l'image de la population de Signes qui, pendant la tourmente, a fait preuve de courage et de dignité. Les enquêteurs n'ont jamais pu obtenir d'elle aucun renseignement : ça n'est pas un détail en un temps où la délation était monnaie courante.

 

DEVOIR DE VIGILANCE, PLUS QUE JAMAIS

« Les évènements tragiques qu'a subis notre pays depuis ces dernières années doivent nous rappeler notre devoir de vigilance. Trop de murs se dressent, trop de frontières se ferment dans cette Europe de 2018 que nous espérions pacifiée, fraternelle et solidaire.

« Trop de voix inspirées par la haine de l'autre, le racisme, le fanatisme aveugle, la résurgence de l'antisémitisme, se font entendre dans cette Europe que nous pensions apaisée et trouvent un trop large écho dans nos villes et nos villages. Ne laissons pas cette gangrène infecter nos cœurs, nos esprits ou, pire, nos institutions. La République, si chèrement restaurée au prix du sacrifice d'hommes et de femmes qui voulaient vivre libres, est aujourd'hui menacée. Face à ces réels dangers, la lâche indifférence serait coupable, l'esprit de résistance, celui qui fit se dresser les hommes et les femmes de 40/44, doit à nouveau habiter nos cœurs, armer nos consciences.

« Alors qu'en 2018 résister n'est plus risquer la mort, la déportation, la torture et les représailles qui furent le sort des résistants de Signes, les armes pacifiques de l'esprit de résistance sont la Raison, la détermination, le respect du Droit, nos consciences citoyennes, forts que nous sommes des valeurs de la République, des principes toujours actuels qui sous-tendaient le programme du Conseil National de la Résistance et des droits et devoirs sans cesse à défendre et à promouvoir de la Déclaration universelle des droits de l'Homme de 1948.

« Oui, ce sont bien là les armes pacifiques de ceux qui refusent l'intolérable, les injustices sociales, l'asservissement à l'argent roi,  l'obscurantisme et les habits neufs dont certains parent les dépouilles des fascismes rances ou des spectres du nazisme. Des pays amis, des pays frères, avec lesquels se construit pas à pas une Europe qui se veut pacifique, solide et solidaire dans le maëlstrom de la globalisation, ont déjà succombé aux pires dérives nationalistes prêchées par des démagogues populistes irresponsables.

« Face à ces dangers qui grondent, il faudra bien que les héritiers de ces combattants volontaires issus de la population civile, tels ceux de la Limate, se lèvent, parlent, résistent, et contribuent à faire reculer ces fantômes, ces morts vivants qui menacent notre art de vivre, nos institutions, notre vie démocratique et la Paix si chèrement acquise.

« Oui, la Paix. En ce début d'année 2019, trop de bruits de bottes, trop d'argent englouti dans le surarmement, le renforcement de la foudre nucléaire, trop de tentatives ou de tentations de régler les problèmes par le droit de la force plutôt que par la force du droit. Les résistants qui nous ont transmis le flambeau nous l'ont précisé jusqu'à leurs derniers souffles :  ils étaient des combattants de la paix.

« Il faudra bien que ceux qui n'ont pas oublié le sacrifice des 10 des Limates et la longue cohorte des suppliciés qui les accompagne disent "non" à la lente dérive de nos sociétés, à l'abandon des plus faibles, au refus de la solidarité, à l'ignorance et à l'obscurantisme, facteurs de guerre et de conflits.

 

LE VŒU D'UNE FRANCE OUVERTE, GÉNÉREUSE, ACCUEILLANTE, FRATERNELLE

« Il faudra bien qu'avant que la nouvelle peste brune qui s'insinue dans les gouvernements des états qui nous sont proches et qui contamine déjà une partie de notre opinion publique nationale en attendant d'infecter nos instances dirigeantes, il faudra bien, oui, que l'esprit de résistance fasse se dresser des citoyens actifs, refusant les injustices sociales, terreau fertile de tous les extrémismes, et exigent que liberté, égalité, fraternité, laïcité, ne soient pas des mots dévitalisés gravés dans le marbre glacé de nos temples républicains, mais irriguent de leur sang chaud une société française, ouverte, généreuse, accueillante. Oui, accueillante comme nous avons su le faire dans le passé, fraternelle, équitable, telle que la rêvaient ceux qui, dans les années sombres, allaient donner leur vie  pour l'avènement "des Jours Heureux" qu'espérait le toulonnais Gabriel Péri, antifasciste de la première heure, et qui inspire l'action de l'ANACR d'aujourd'hui.

« C'est ce rêve, n'en doutons pas, qui donna le courage aux 10 des Limates pour sortir de l'ombre, combattre sans uniforme et mourir en pleine lumière dans ce petit matin glacial du 2 janvier 44. Ils n'avaient pas trente ans. Tâchons en 2019 d'être à la hauteur de leurs espoirs. Je souhaite que nous pensions à eux lorsque, tous ensemble, nous entonnerons d'une seule voix ce vivant symbole de la Liberté des peuples, notre hymne national, La Marseillaise.

« Vive Signes la résistante, vive la Provence, terre des libertés, vive la France républicaine. »

 

HEUREUSE ANNÉE À NOS CONCITOYENS DE LA SEYNE,

TERRITOIRE À ÉNERGIE POSITIVE,

CITÉ FRATERNELLE D'OUVERTURE, D'ACCUEIL, D'ÉQUITÉ ET D'HARMONIE,

TERRE DE VIGILANCE FACE À TOUS LES OBSCURANTISMES

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Publié par Marc Vuillemot - dans Devoir de mémoire Idées et politique générale
11 novembre 2018 7 11 /11 /novembre /2018 17:03

 

 

Je suis en colère. Pourquoi ces gens-là se sont-ils autorisés à tenter de gâcher notre cérémonie de commémoration du centenaire de l'armistice de 1918 ?

 

Je le sais, leurs écœurants apartés, pourtant proférés suffisamment haut pour que nul de leurs voisins ne les ignore, ajoutés à leurs postures irrespectueuses, sont passés inaperçus de la presque totalité des gens qui ont pris part au moment solennel de ce 11 novembre.

 

Il n'empêche. Qui sont ces salauds – je pèse mes mots – qui ont tenu d'indicibles propos en direction des adolescents, jeunes Français de couleur d'un de nos collèges seynois, déclamant devant notre monument aux morts le beau texte de fraternité et de paix qu'ils avaient rédigé ?

 

Qui sont-ils, ces minables, pour attiser la haine tandis que, des corps constitués, forces de l'ordre, pompiers, officiers, marins et soldats du train, aux anciens combattants, des jeunes de nos établissements scolaires, avec leurs enseignants et leurs familles, à d'autres jeunes de notre Préparation Militaire Marine, avec les réservistes qui les forment et avec leurs proches, des élus de toutes sensibilités politiques – même si on a pu regretter l'absence inexplicable et remarquée de tout parlementaire ou représentant – aux musiciens et choristes, de nos concitoyens venus exprès aux passants se joignant à notre défilé, tout un chacun vivait avec ferveur un moment fort de communion mémorielle et réflexive républicaine ?

 

Qui sont-ils, ces grossiers et dangereux personnages dont l'attitude aura rappelé à ceux qui les ont entendus que nos valeurs de liberté, d'égalité et de fraternité, fussent-elles universelles, sont toujours d'une fragilité extrême ?...

 

Mais, au fond, qu'importe, en trente ans de participation aux commémorations, je n'y ai jamais vu autant de monde, de tous quartiers, de tous âges, de toutes conditions. Et ça, c'est encourageant.

 

Respectant les usages, j'ai prononcé un discours...

 

 

« Le 11 novembre 1918, à 11 heures, une volée de cloches annonça une nouvelle attendue depuis plus de quatre ans par des soldats épuisés et une population en deuil : l’armistice entre les Alliés et l’Allemagne.

 

« Une heure avant, Georges Clémenceau, qu'on surnommait "le Tigre", dans un palais Bourbon empli, avait déclaré : "Au nom du peuple français, au nom du gouvernement de la République française, j'envoie le salut de la France, une et indivisible, à l’Alsace et à la Lorraine retrouvées, et puis honneur à nos grands morts qui nous ont fait cette victoire !".

 

« Les négociations entre alliés avaient débuté dans l’ombre le 15 octobre. Se posait la question d’une conclusion rapide ou, au contraire, l’attente d’une victoire plus complète, plus décisive. Ce qui faisait débat était l’ampleur et la nature des clauses qui accompagneraient l’armistice.

 

« Le président français Poincaré ne voulait pas de l'armistice que prônait Clémenceau, le maréchal britannique Douglas Haig entendait en finir au plus vite, l'américain Pershing souhaitait poursuivre jusqu'à ce que les Allemands capitulent sans condition comme les Sudistes en 1865.

 

« Les généraux sont perplexes : n’obtenir qu’une retraite jusqu’à la frontière de 1914, hors Alsace-Lorraine, serait tomber dans un piège. Avec des lignes raccourcies, le général en chef des armées allemandes Ludendorff pourrait restaurer ses forces…

 

« Pour eux, il fallait que l'ennemi recule jusqu’au Rhin et qu’il y ait des têtes de pont sur la rive droite.

 

« On finit par s'entendre sur les clauses, intégrant par exemple une réserve anglaise sur "la liberté des mers" et une exigence française : l’Allemagne devra payer les réparations pour les dommages subis par les populations civiles.

 

« Le 5 novembre, une dernière note américaine informe le gouvernement allemand "que le Maréchal Foch a été autorisé à leur communiquer les conditions d’un armistice".

 

« Le texte est accepté.

 

« Ce n’était pas acquis. Au printemps l’offensive allemande avait enfoncé la ligne de front et avait mis Paris à portée de son terrible obusier, la Grosse Bertha. Il fallut les nouveaux chars Renault, l’apport déterminant des troupes fraiches américaines et de leur matériel, une erreur stratégique allemande pour reprendre les terrains perdus ; c’est pourquoi, le 29 septembre, Ludendorff, craignant un effondrement militaire, demanda un armistice immédiat et sans condition. Cependant, en octobre, son armée fait mieux que tenir. Il propose alors, avec le chancelier Hindenburg, à l'empereur Guillaume II la poursuite des hostilités. Guillaume II refuse. Ludendorff démissionne.

 

« Entre temps, la capitulation de l’Autriche sous la pression de l’Italie change la donne ; enfin, et surtout, la révolution éclate en Allemagne. L'intervention du peuple est déterminante. Le 9 novembre, Guillaume II abdique.

 

 

UN NOUVEAU MONDE, MAIS À QUEL PRIX ?...

 

« L’armistice est donc signé le 11 novembre à 5 heures 20, à Rethondes, dans le fameux wagon de Foch. Il sera effectif à 11 heures.

 

« La Grande Guerre a pris fin. Le soulagement des combattants, de leurs familles, est immense et revêt, du côté des vainqueurs, la forme d’une joie délirante.

 

« 2018... un siècle s’est écoulé. Le dernier poilu, Lazare Ponticelli, s’est éteint il y a dix ans. Pourtant le drame de cette immense déflagration ne s’est pas effacé. Rien ne fut plus après comme il en était avant. La société toute entière a changé de fond en comble. Cette colossale révolution, politique, économique, sociale, a bouleversé le monde.

 

« Dans cette boucherie de quatre années, seules deux batailles furent décisives : la première, parce qu’elle stoppe l’offensive allemande et fixe la ligne de front pour de longs mois dans le quasi immobilisme des tranchées ; et, bien sûr, la dernière, qui vit la reprise du mouvement, les forces de l’Entente sur le recul face à l’assaut de Ludendorff avant la contre-offensive et l’arrêt définitif des combats.

 

 

UN MONDE FAUTEUR DE GUERRE

 

« Cette réalité illustre le jugement des historiens qui qualifient les dirigeants politiques européens, qui ont permis le déclenchement de ce qui deviendra à l'époque la pire tuerie de l’Histoire, de médiocres, de "somnambules".

 

« En littérature aussi, la chose est évoquée. Serge Joncour nous raconte que "même là, au plus profond de la campagne la plus reculée, on voyait bien que le monde était soumis à l’inconséquence d’une poignée de régnants, tous cousins qui plus est, plus ou moins de la même famille (…), ces filiations prodigieuses où le Kaiser était le neveu du roi d’Angleterre et le cousin du tsar…"

 

« Car la réalité est bien celle-là : celle d'une course entre pays impérialistes et colonialistes, celle du poison nationaliste répandu, et celle du capitalisme assis sur l’exploitation déchaînée des hommes.

 

« On ne l'a réalisé qu'après 1918, cet ordre du monde fauteur de guerre n'était qu'une immense confusion qui a instillé chez les peuples une affreuse pulsion de mort. Et l'horrible résultat fut que cette guerre des puissants fit 18 millions de victimes. 18 millions ! Auxquels on ajoutera 21 millions de blessés.

 

« Parmi les 48 millions de soldats de l'Entente, et face aux 26 millions de soldats ennemis, la France a fait combattre près de 8 millions d'hommes, soit 20% de sa population, dont les précieux régiments d’Afrique, d’Asie et d'Océanie, les arrière-grands-pères de ceux que l'on rejette aujourd'hui, parfois même à la mer...

 

« Prodiguant l’action sans disposer des moyens voulus, notre nation perdit beaucoup de son sang, le sang de sa jeunesse : 1.400.000 soldats et 300.000 civils sont morts, on comptera plus de 4 millions de blessés.

 

 

UN MASSACRE À L'ÉCHELLE DU MONDE

 

« Car la République aura mobilisé, dès les premiers jours, une armée certes puissante et ardente… mais sous-équipée. Et maintes erreurs furent commises.

 

« Plus tard, le général Charles de Gaulle rendit un jugement sans appel : cette armée était dépourvue d’artillerie lourde, médiocrement outillée en moyens de transmissions, d’observation, et de transport. En ses débuts, les soldats portaient encore les uniformes hérités de ceux des guerres passées, avec les fameux pantalons rouge garance qui faisaient d'eux des cibles de choix…

 

« Pensant aux disparus, on ne peut omettre les fusillés pour l'exemple, accusés de s'être mutilés pour ne pas aller au front : plus de 600 Français, dont le Six-Fournais Augustin Odde, 22 ans, exécuté sans raison après un procès sommaire, dont la condamnation à mort a été annulée... un mois après son exécution. Il appartenait au XVème corps, une unité composée de soldats provençaux et corses, injustement accusée de lâcheté par ses chefs, heureusement réhabilitée par notre peuple du Midi lui-même, et dont le nom a été donné à des lieux publics par nombre de communes, dont la nôtre.

 

« Un massacre à l'échelle du Monde. Et pourtant le pays tint bon. Et vint le jour où il fut en mesure de saisir la victoire.

 

« C’est là, quelque part, son génie : l’amour de la patrie, la fureur, l’espoir, le dévouement, l’idée selon laquelle, si l’on gagnait, il n’y aurait plus de guerre.

 

 

DU TRAITÉ DE VERSAILLES À LA SECONDE GUERRE MONDIALE

 

« Des années plus tard, la question est formulée d’imputer, ou pas, aux conditions posées par l’armistice la responsabilité de la seconde guerre mondiale qui, une génération après, fit plus de 60 millions de morts.

 

« Parce que, d’une part, l’armistice préserva l’Allemagne dans certaines de ses ressources militaires de crainte que les spartakistes pro-bolcheviks ne s’emparent du pouvoir ; et, d’autre part, il est évoqué une forme d’humiliation propice à un désir de vengeance.

 

« La certitude historique quasi générale aujourd'hui est que les analyses sur lesquelles on a construit la paix après 1918 étaient fausses parce que soumises aux calculs revanchards des vainqueurs et à l’idéalisme américain. De fait, le responsable est le Traité de Versailles et la façon dont il a été appliqué. L’introduction des fameuses clauses humiliantes est un rajout tardif. On a d'ailleurs reproché au social-démocrate allemand Ebert d’avoir dit aux militaires "je vous salue, vous qui rentrez invaincus des champs de bataille". C’était fait pour se concilier l’armée.

 

« Toutes autres sont les sources du mythe que Ludendorff, oublieux de sa demande d’armistice de septembre 1918, que la droite nationaliste, que l’armée, vont faire naître les mois suivants, celui du Dolchstoß, le "coup de poignard dans le dos" : selon eux, c’est la trahison des civils, celle de la gauche, celle des socialistes, celle des Juifs, qui a suscité la défaite. Ceux-là, les Ludendorff et consorts, avec l’effondrement de l’économie, ont fait le lit des nazis.

 

 

RECULS DÉMOCRATIQUES, NATIONALISMES, BOUCS ÉMISSAIRES : ATTENTION, ÇA REVIENT...

 

« Il faut retenir, aujourd’hui encore, les leçons pour tenter de se rassurer devant les reculs démocratiques, les spasmes nationalistes, la désignation de boucs émissaires, les industriels armant les pires dictateurs, le retour à la logique des blocs pour aviver la guerre économique, fond de tableau au devant duquel on évoque une armée européenne…

 

« Certains me diront que ce n’est pas le lieu, mais permettez que je généralise en observant que l’intérêt général s’efface trop souvent devant un parti pris étroit…

 

« Mais, donc, le carnage passé, chaque ville, chaque village, érigea un monument aux morts, et les 11 novembre voient la population se rassembler autour des stèles et des drapeaux de nos gardiens de mémoire.

 

« Car ces commémorations doivent servir à consacrer la paix, hélas convertie sous la pression vengeresse en un "entracte dérisoire entre deux massacres de peuples", comme le pressentait Romain Rolland. Et comme l'évoquait d'ailleurs aussi, dans l'autre camp, et pour d'autres rasions moins pacifistes, le général Ludendorff, citant souvent l'historien romain Salluste pour qui "la paix est l’intervalle de temps entre deux guerres".

 

« Cette paix, comme le relevait cette semaine un éditorialiste, "évanouie la veille de la déclaration de guerre avec l’assassinat de Jean Jaurès par la propagande belliciste et chauvine incarnée. Cette paix que le mouvement ouvrier européen aura tenté, bien seul, de préserver"...

 

 

PÉDAGOGIE, HISTOIRE, ANALYSE, RÉFLEXION, POUR LA PAIX

 

« Cette paix que, aujourd'hui, chacun a l'immense devoir de protéger, encore et toujours par la pédagogie de l'histoire, de l'analyse et de la réflexion,

 

« ... comme le font nos anciens combattants seynois en témoignant dans nos écoles,

 

« ... comme le font nos personnels communaux chargés de nos jeunes, se formant au Camp des Milles pour développer des activités propices à l'éveil des consciences,

 

« comme le font nos enseignants seynois à l'origine de notre "classe défense", et ceux des "cadets de la défense du Var" dont bénéficient nos 4 collèges, ayant inscrit la mémoire et le civisme au programme de formation, de même que les réservistes chargés la "préparation militaire marine" dont La Seyne est la marraine,

 

« ou comme l'a fait notre conseil municipal, presque unanime en cette année du centenaire, choisissant de rejoindre trois autres communes du Var, Carnoules, Saint-Zacharie et Varages, dans l'association française des communes, départements et régions pour la Paix.

 

« Et, à chacune des commémorations qui jalonnent nos années, comme nous tous, assemblés ici – ou en juillet devant le monument des Justes parmi les nations, ou en mars devant la stèle en mémoire de Pierre Sémard à la cité SNCF –, sous nos couleurs.

 

« Et tous, nous le faisons...

« pour que vive la France de la République,

« pour que vive l’Europe sociale, garante de la Paix,

« et pour que vive l'amitié entre les peuples ! »

 

 

On l'aura compris, j'ai essayé en ce jour anniversaire, de prendre ma part dans cette œuvre de passage de mémoire, de réflexion et d'éveil des consciences. Je voudrais pour conclure inviter les visiteurs de mon blog à regarder et écouter les deux vidéos ci-après. Elles en disent long sur la tâche qui nous attend, mais aussi sur l'espoir qu'on doit placer en notre jeunesse pour des lendemains de Paix...

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Publié par Marc Vuillemot - dans Devoir de mémoire
3 novembre 2018 6 03 /11 /novembre /2018 11:07

J'ai cru de mon devoir, il y a quelques jours, d'organiser une visite de découverte et de réflexion au Camp des Milles, pour un certain nombre d'employés municipaux.

Cette ancienne tuilerie, proche d'Aix-en-Provence, a été réquisitionnée par le gouvernement français pour y interner, de 1939 à 1942, et sans que les nazis allemands ne le réclament, plus de 10.000 personnes, dont un cinquième, de confession juive, furent envoyés vers le camp d'extermination d'Auschwitz. Parmi eux, nombre d'Allemands, d'Autrichiens et autres Européens, ayant fui leurs pays dès 1933 et l'accession d'Hitler aux fonctions de Reichskanzler, pensaient trouver dans la France de la liberté, l'égalité et la fraternité, un refuge accueillant et sûr. L'histoire et son cortège de lâcheté et d'intolérance attesta du contraire. Nul n'est à l'abri du pire.

Depuis 2012, une fondation, soutenue par l'État, y a ouvert un musée qui, outre les apports en connaissances historiques sur le contexte européen qui, depuis la crise économique des années 20, a conduit à l'une des pires barbaries dont on veut croire, depuis 1945, que le Monde ne connaîtra « plus jamais ça », permet aussi de comparer les conditions du ferment de cette horrible période du XXe siècle à celles qui ont mené à d'autres génocides : peu avant, ceux des Tziganes et des Arméniens, ou, plus récemment, celui des Tutsis du Rwanda.

 

DES FONCTIONNAIRES REMPARTS FACE AUX BARBARIES

J'ai voulu que nos fonctionnaires territoriaux, garants des valeurs républicaines, soient sensibilisés non seulement aux causes de telles abominations (peurs, préjugés, stéréotypes, intérêts divergents, etc.), mais également à ce qui peut à tout moment en découler du fait de minorités agissantes non empêchées par des majorités passives, de crises et de déstabilisations, d'emballements racistes, sexistes, religieux, de désignation de boucs émissaires, de rumeurs, d'infox et de complots. Au bout, on parvient inexorablement au remplacement de la démocratie par des régimes autoritaires puis aux persécutions et aux menaces contre tous.

 

TOUS LES SERVICES MUNICIPAUX DOIVENT CONTRIBUER À RÉSISTER

Avec mes collègues Isabelle Renier et Mekki Boutekka, adjoints à l'éducation et à la jeunesse, qui m'ont accompagné lors de cette journée formative, nous avons demandé aux services municipaux de l'enfance et la jeunesse, de l'éducation scolaire, du sport et de la culture, des solidarités, qui seront soutenus et accompagnés en cela par les professionnels du Camp des Milles, d'imaginer et de conduire des actions de sensibilisation, de prévention et d'éducation en direction de leurs publics, depuis le plus jeune âge. J'ai aussi tenu à ce que tous les services communaux disposent en leur sein d'employés volontaires pour être des référents dédiés à la prévention des discriminations et des engrenages barbares auxquels toute institution publique républicaine, telle une mairie, a le devoir d'être en première ligne pour résister.

Cette démarche n'est pas un gadget. Ce que j'entends, ça et là, de plus en plus en plus souvent, de la bouche d'un nombre croissant de mes concitoyens seynois, fait froid dans le dos. Les votes qui ont été émis chez nous ces dernières années accroissent mon inquiétude. À La Seyne comme ailleurs, mais peut-être plus, les événements de violence et la pauvreté croissante, la dégradation urbaine, la ségrégation sociale, alimentent un funeste terreau.

 

RÉSISTER À L'OBSCURANTISME EST L'AFFAIRE DE TOUS !

Je crains pour nos valeurs républicaines et démocratiques. Je pose un regard inquiet sur ce qui se passe, élection après élection, dans le Monde et chez nos voisins d'Europe. L'élection européenne de 2019 pourrait nous réserver d'angoissantes surprises. Je partage le point de vue d'Alain Chouraqui, directeur de la Fondation du Camp des Milles : « les extrémismes nationaliste et islamiste se nourrissent l'un de l'autre et prenent en tenaille les sociétés européennes ».

J'invite aussi l'ensemble de mes concitoyens seynois à prêter attention aux dangers qui guettent nos démocraties. Et, c'est à une heure de route de chez nous, pourquoi pas, à découvrir ce musée historique, mémoriel et réflexif du Camp des Milles...

Ou, au moins, à parcourir le petit manuel de survie démocratique publié par la Fondation du Camp des Milles en cliquant sur l'image ci-dessous...

 

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23 juillet 2018 1 23 /07 /juillet /2018 05:40

Dans le discours que j'ai prononcé (on peut le lire ICIce dimanche devant la stèle érigée, sur le quai du Parc de la Navale, en hommage aux Justes parmi les Nations et à tous les anonymes, hommes et femmes, qui risquèrent leur vie, leur liberté et leur sécurité pour lutter contre la barbarie et pour sauver des innocents de la Shoah, j'ai rappelé que, « malheureusement, trop de crimes, au nom de la "race", de la religion, de la différence, sont encore perpétrés de par le monde », et que « inlassablement, le travail éducatif, citoyen et humaniste, est à remettre sur le métier, et notre mémoire à entretenir ».

Depuis plusieurs années, le Service municipal de la Jeunesse s'emploie, sous l'égide de Mekki Boutekka et Morad Yacoub, respectivement adjoint au maire et directeur chargés de la jeunesse, dans le cadre des activités qu'il offre à des centaines de jeunes seynois accueillis dans les cinq « Espaces Accueil Jeunes » ouverts sur l'ensemble des quartiers de la commune (2 au sud, 2 au centre, 1 au nord), à conduire des activités de sensibilisation et de réflexion aux faits atroces qui ont jalonné l'histoire pour éveiller leurs jeunes consciences et que les hommes et femmes qu'ils seront demain se battent contre toutes les formes d'antisémitisme, de racisme et de xénophobie qui continuent, ça et là sur la Terre, à générer d'indicibles abominations meurtrières.

 

UN DEVOIR ABSOLU D'ÉVEIL ÉDUCATIF DES CONSCIENCES

C'est un devoir absolu, pour les adultes que nous sommes, que de mener à bien cette mission éducative. Et de valoriser, autant que faire se peut, l'engagement des jeunes seynois, de tous quartiers et de toutes réalités culturelles, sociales et économiques, qui s'impliquent dans cette belle œuvre d'humanité pour préserver le respect d'autrui, la concorde et la Paix..

C'est un chantier permanent du temps de la famille, de celui de l'École, et de celui des temps libres et des loisirs. Et c'est un chantier d'autant plus efficace lorsqu'il s'appuie sur des méthodes actives d'éducation, permettant aux jeunes de se mettre en projet de création avec l'aide de leurs parents, de leurs aînés, de leurs enseignants ou de leurs animateurs.

Ce sont les enfants de l'école élémentaire Lucie Aubrac qui ont planté et entretiennent le « rosier de la résurrection » dans la cour de leur établissement scolaire, les collégiens et lycéens qui prennent part au Concours national de la Résistance, les jeunes de l'association Univers-Cité (photo ci-contre) qui ont écrit et lu un beau texte à la commémoration de la victoire du 8 mai 1945 sur les nazis allemands, ceux (photo ci-dessous) qui, à l'occasion de la Fête Nationale, ont fait de même, ou encore ces jeunes qui, avec la Fondation de la France Libre,  préparent et lisent des messages à l'occasion des commémorations qui rythment notre vie communale (ci-dessous pour le souvenir de la libération de La Seyne le 26 août 2017).

Et ce furent donc, ce week-end, ceux (photo en haut de cet article) de l'Espace Accueil Jeunes « Jules Renard », du quartier Berthe, qui, après avoir vécu des activités de sensibilisation dans le cadre de l'association « Adolescent Citoyen Souvenir » qu'ils ont créée avec l'aide de leurs animateurs municipaux, ont rédigé et prononcé un autre beau texte, reproduit au bas de cet article, devant notre stèle à la mémoire des Justes.

 

ÉDUCATEURS, POURSUIVEZ ET AMPLIFIEZ VOTRE BELLE ŒUVRE !

La Seyne peut à bon droit s'enorgueillir de l'implication de tous les adultes qui accompagnent ces jeunes dans leurs temps scolaires, périscolaires ou de loisirs, pour que brille toujours chez nous, sans vaciller, la flamme de la résistance à toutes les barbaries.

Alors que notre ville a récemment adhéré à l'Association française des communes pour la paix, je lance un appel à tous les enseignants, de tous niveaux de la scolarité, de toutes les matières, à tous les animateurs et éducateurs des services publics et des associations, pour qu'ils renforcent encore et toujours leurs actes éducatifs pour le devoir de mémoire et la promotion des valeurs républicaines de paix, de liberté et de fraternité.

Peu importent les supports pédagogiques, qu'ils soient textes, créations picturales, paysagères, musicales ou chorales. Tous les prétextes à concilier des objectifs pédagogiques scolaires ou extra scolaires avec ceux de la mémoire sont à explorer.

Un groupe de collégiens étudiant l'allemand entonneront-ils devant notre monument aux morts, accompagnés par notre philharmonique « La Seynoise », le dernier dimanche d'avril 2019, à l'occasion de la journée dédiée au souvenir des déportés dans les camps nazis de concentration et d'extermination, la version originale, dans la langue de Goethe, du « Chant des marais »... « Die Moorsoldaten », premier acte d'espoir et de résistance au nazisme composé par les premiers prisonniers politiques allemands dès 1933 ?...

Ça aurait de la gueule. Et nul doute que l'émotion serait au rendez-vous.

Pour prévenir la barbarie, inlassablement, éduquer et rappeler
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Publié par Marc Vuillemot - dans Éducation - enfance - jeunesse Devoir de mémoire
15 juillet 2018 7 15 /07 /juillet /2018 03:58

Dans quelques heures, ce sera LA finale. Le temps de la France – et de la Croatie, et du Monde, bien sûr – va s'arrêter pendant une heure et demie – peut-être un plus pour départager au cas où...

Mais restons-en au temps de la France. Pas par chauvinisme exacerbé, bien sûr. Surtout pas au lendemain d'un 14 juillet de fraternité et d'égalité républicaines où l'Universalité était à l'ordre du jour dans nos 35.000 communes !

Et, justement, cette Universalité, mon ami Driss Ettazaoui, élu MoDem d'Évreux, vice-président de la Communauté d'agglomération d'Évreux-Porte de Normandie chargé de la politique de la ville, et vice-président de l'Association des maires Ville & Banlieue de France, vient de m'en adresser un joli morceau, empreint d'émotion, en cette veillée d'armes de l'ultime moment fort de la Coupe du Monde de football, cent années après la fin de la Der des Ders, la si meurtrière première guerre mondiale de 1914-1918.

Un joli morceau qui sera diffusé dans le cadre d'un dispositif multimédia à Bondy, justement à l'occasion de ce centenaire. Je le livre avec quelques frissons et larmes contenues aux visiteurs de mon blog...

Allez, la France universelle !

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14 juillet 2018 6 14 /07 /juillet /2018 15:49

Comme tous les ans, j'ai présidé ce samedi la commémoration du 14 juillet, notre fête nationale. J'ai expliqué, dans un précédent article de ce blog, pourquoi j'ai décliné l'invitation du Président de la République à assister aux belles cérémonies se déroulant sur les Champs-Élysées.

 

Et je ne regrette nullement – loin de là ! – d'être resté à La Seyne pour prendre part aux festivités qui se sont déroulées ce vendredi, à la veille de notre 14 juillet, et sur lesquelles je reviendrai dans un autre article, ni d'avoir vécu le temps fort du défilé et du rassemblement de notre population devant notre monument aux Morts, au cours duquel, après la lecture par deux jeunes Seynois d'un très beau texte écrit dans le cadre des activités de l'association "Adolescent Citoyen Souvenir" en lien avec notre Service Municipal de la Jeunesse, j'ai prononcé une allocution que je livre ci-après...

 

 

« Mesdames, Messieurs,

 

« C’est en 1880 que le 14 juillet est devenu jour de fête nationale.

 

« Ce jour commémore à la fois la prise de la Bastille en juillet 1789 et l’anniversaire de la Fête de la Fédération réalisée le 14 juillet 1790. C’est pourquoi, en rappel de la mobilisation des citoyens venus de toutes les régions de France pour se retrouver au Champ-de-Mars à Paris, les services civils et militaires de défense et de sécurité défilent devant le peuple rassemblé.

 

« Cette fête est le manifeste, réaffirmé chaque année, de trois idées fortes issues de la Révolution.

 

« La première est l’affirmation que l’on naît libre... d’où que l’on vienne.

 

« La deuxième réside dans l’unicité de la Nation, elle est une et indivisible (dois-je préciser que ce principe n’exclut pas la diversité ?...) ; après la Liberté, c’est le volet Egalité.

 

« La troisième idée forte est que la Nation est partage, c’est la Fraternité, dont Jean Jaurès disait qu'elle est "au-dessus de toutes nos paresses, de tous nos égoïsmes".

 

« Ainsi, la Fête de la Fédération célébrait la nouvelle unité nationale fondée non plus sur la religion commune, celle du roi, mais sur la reconnaissance par toutes et tous de ces trois principes fondamentaux de notre République.

 

« Le texte fondateur de 1789, la "Déclaration des droits de l’homme et du citoyen", faisait voler en éclats les liens qui unissaient sous l’Ancien Régime le catholicisme et la société politique.

 

« La Révolution française nous a appris cette vérité : c'est de notre responsabilité que procède notre liberté.

 

« Pourquoi ai-je choisi cet aspect de la Révolution, l'émergence de la laïcité,  que nous fêtons les 14 juillet ?

 

« Pour trois raisons : d’abord, ce sont là les prolégomènes de la "laïcité à la française" : liberté des cultes, égalité de traitement devant la loi, acceptation des différences et donc fraternité.

 

« Ensuite parce que le Président de la République, eût-il tenu un discours devant la congrégation religieuse des Bernardins, et accepté du pape, peu de temps après, le titre de chanoine de Latran, a récemment rappelé devant le Congrès à Versailles ces principes intangibles. Il a souhaité en outre redéfinir le cadre des relations de la République avec les religions, une concorde – pas au sens du Concordat, on doit l'espérer ! – retrouvée dans une culture partagée.

 

« Enfin parce qu’une information, d’une portée mineure au regard du fil de l’actualité dramatique du Monde, a attiré mon attention : le gouvernement du Land de Bavière, en Allemagne, en dehors du fait de poser un ultimatum à la Chancelière sur la question des migrants, a décidé qu’à partir du 1erjuin, une croix figurerait à l’entrée de tous les bâtiments publics. Bien sûr, chaque pays a son histoire, sa constitution. C'est l'affaire des Bavarois. Mais un journaliste français qui a relaté ce fait a commenté : "La Bavière est un pays catholique. Là-bas, pas de laïcité agressive comme en France."

 

« A ces mots accolés, "laïcité" et "agressivité", mon sang républicain a tendu mes artères ! J’ai alors repensé à la réponse qu’avait faite Louis Germain à Albert Camus qui lui avait écrit une lettre hommage après avoir reçu le prix Nobel en 1957.

 

« Camus écrivait ainsi à son vieil instituteur : "On vient de me faire un bien trop grand honneur (…). Mais quand j'ai appris la nouvelle, ma première pensée, après ma mère, a été pour vous. Sans vous, sans cette main affectueuse que vous avez tendue au petit enfant pauvre que j'étais, sans votre enseignement, et votre exemple, rien de tout cela ne serait arrivé."

 

« C’est l’hommage d’un homme, distingué entre tous, à son instituteur, promoteur de l’institution républicaine, et à l’école formatrice, émancipatrice, des plus humbles aux bien-nés.

 

« Et Louis Germain répondait à Camus sa fierté, mais je n’extrais que la fin de sa lettre : "(…) Avant de terminer, je veux te dire le mal que j'éprouve en tant qu'instituteur laïc, devant les projets menaçants ourdis contre notre école. Je crois, durant toute ma carrière, avoir respecté ce qu'il y a de plus sacré dans l'enfant : le droit de chercher sa vérité. (...). Lorsqu'il était question de Dieu (c'est dans le programme), je disais que certains y croyaient, d'autres non. Et que, dans la plénitude de ses droits, chacun faisait ce qu'il voulait. (…) Le Canard Enchaîné a signalé que, dans un département, une centaine de classes de l'École laïque fonctionnent sous le crucifix accroché au mur. Je vois là un abominable attentat contre la conscience des enfants. (…) Ces pensées m'attristent profondément."

 

« Vous voyez, je rapproche des événements distants de soixante années. En soi, c’est déjà un questionnement.

 

« Je dois à la vérité de ma relation de ce fait d'actualité la réaction du cardinal Reinhard Marx, archevêque de Munich et Freising, à la décision du Land de Bavière. Je le cite : "on ne comprend pas ce qu’est la croix si on ne la voit qu’en tant que symbole culturel". Il n’a pas hésité à dénoncer "l’animosité, les divisions, les troubles" risquant d'être causés par cette décision.

 

« Nous le savons, le débat est récurrent, et cependant d’une grande actualité. Une actualité qui se préoccupe plus du "supposé signifiant" que de ce qui est réellement signifié. Le moindre signe est sur-interprété. Plus grave, et c’est ce que dénonce l’archevêque de Munich, le signe religieux perd toute signification spirituelle : la foi ne se porte pas au dehors mais au dedans.

 

« Que penser de toutes ces revendications publiques du religieux qui font de la vie spirituelle toute autre chose qu’une relation fondée sur la foi, si la religion ne se manifeste qu’en système de normes (par exemple contre l’avortement, contre le mariage pour tous, pour le port d'un voile, pour des repas spéciaux dans les cantines publiques) et non comme un système de valeurs (comme la fraternité que certains nomment "l’amour du prochain") ?

 

« Le concept de laïcité est interprété différemment selon les personnes et les contextes. Le rapport au religieux n’est pas seul en cause, je pourrai évoquer les concepts émergents de "racisation" ou "d’intersectionnalité" qui poussent à catégoriser l’individu selon son origine, ou sa sexualité, ou sa situation sociale.

 

« De fait, la laïcité, en incitant à la modération dans l’espace public, en imposant la neutralité dans la fonction publique, préserve chacun de l’intolérance, de la manipulation, religieuse ou différenciatrice.

 

« La primauté de la loi de la République sur toute autre loi évite la mise en concurrence des cultes ou des individus. En effet, d’une façon que je crois claire, la laïcité à la française, bien loin d’être agressive – j'en reviens à notre journaliste –, parle de libertés : liberté individuelle, celle du citoyen, liberté de croire ou de ne pas croire, liberté due aux autres...

 

« En cela, la laïcité est dans la continuité de l’esprit des Lumières qui présida à la Révolution. Elle rendit, la première, aux Juifs d’être des citoyens, aux femmes de divorcer, aux esclaves d’être libres. Cela, vous le savez, ne dura hélas pas et dut être réinstauré plus tard, non sans luttes. Rien n'est jamais acquis définitivement. Soyons vigilants.

 

« En tous cas, aujourd’hui, à fêter le 14 juillet comme le rassemblement des citoyens, dans leurs diversités et dans une communauté d’esprit à la française, dans notre défilé et notre rassemblement, ou sous les flonflons ou les feux d’artifices à l'image de celui d'hier soir non loin d'ici sur le Parc de la Navale, nous montrons notre attachement à la République démocratique.

 

« Alors, oui, vive La Seyne libre, égalitaire et fraternelle, Et, oui, vive la France républicaine, indivisible, laïque, démocratique et sociale. »

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Publié par Marc Vuillemot - dans Devoir de mémoire
12 juillet 2018 4 12 /07 /juillet /2018 05:03

Ce serait mentir d'indiquer que ça n'a pas été un dilemme. Mais un très bref dilemme, aussitôt posé, aussitôt effacé. Bien sûr, même le plus modeste doit toujours ressentir quelque fierté à recevoir une invitation du Président de la République, en l'occurrence à assister à la cérémonie du 14 juillet sur les Champs-Élysées. Et puis le spectacle en vaut sûrement la peine.

Mais je n'ai pas hésité une seconde. C'est avec les miens, notre fougueuse et attachante population seynoise, qu'est ma place, indiscutablement.

 

NULLE IRRÉVÉRENCE : MA PLACE EST JUSTE AVEC LES MIENS

Le Président de la République – du moins son cabinet – le comprendra : mon choix n'est en rien une manifestation de dénigrement ni d'irrespect – je mesure au contraire à sa juste valeur l'honneur fait aux communes abritant des quartiers populaires fragilisés en conviant à la Fête Nationale le président de « Ville & Banlieue », leur association nationale, que je suis –, mais c'est au cœur du défilé et devant le monument aux morts de La Seyne que je me dois d'être ce samedi.

Ce sera comme chaque année un moment solennel de rassemblement populaire autour des valeurs de notre belle République, traduisant localement notre volonté durable et partagée d'unité nationale. Ce sera également, comme d'habitude, avec la présence d'un détachement des forces de la défense, le rappel du lien indéfectible qui unit nos armées et notre peuple.

 

JE COMPTE SUR NOTRE POPULATION

C'est pourquoi, au-delà des élus, des représentants des associations patriotiques, d'anciens combattants, de résistants, de déportés, de victimes des guerres, de leurs porte-drapeaux, des marins, des soldats, des forces de sécurité et de sûreté, des corps constitués seynois et associations locales, je formule le souhait que notre population, et notamment sa jeunesse, de tous nos quartiers, prenne part en nombre à nos cérémonies qui débuteront à 10 heures, à la Porte de la Rotonde, à l'entrée du Parc de la Navale.

 

QUEL 14 JUILLET ? CELUI DE 1789, OU CELUI DE 1790, OU LES DEUX ?

J'ai tenu à expliquer au Chef de l'État la raison pour laquelle je me dois de demeurer à La Seyne et me résigner à décliner son invitation, dans un courrier où j'évoque le sens que la représentation nationale a voulu donner à cette commémoration annuelle, en instaurant en 1880 le 14 juillet comme jour de Fête Nationale.

Et notamment combien il demeure important pour le maire que je suis de relayer le message fraternel d'unité auprès de mes concitoyens. Et de nos vacanciers aussi, bien sûr, qui auront, je l'espère, profité nombreux des festivités de la veille, le vendredi 13 juillet de 18 heures à minuit passée, dans le cadre de l'événement « La Navale enchantée » !

 

 

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Publié par Marc Vuillemot - dans Vie sociale et ville pour tous Devoir de mémoire
19 juin 2018 2 19 /06 /juin /2018 04:38

Ce fut une cérémonie empreinte de solennité, ce lundi, à l'occasion du soixante-dix-huitième anniversaire de l'appel lancé par le général de Gaulle, devant la stèle installée sur le Parc Fernand-Braudel des Sablettes pour inviter les promeneurs à se souvenir de ce propos invitant les Français à ne pas se résigner et entrer en résistance après la défaite face aux nazis allemands.

Après les beaux textes lus par deux élèves du collège Paul-Éluard, la lecture de l'Appel du 18 juin 1940 par Christian Durand, président du « Souvenir français »,  et la communication, par notre adjoint Christian Pichard, de la déclaration de Madame Darrieussecq, secrétaire d'État, comme à chaque occasion mémorielle, j'ai tenté une nouvelle fois, dans mon allocution, de tirer, pour le présent et au regard de l'actualité les leçons de l'événement commémoré...

 

« Le 18 juin 1940, à 18 heures, un général deux étoiles proclame à la radio depuis Londres : "La France a perdu une bataille, mais n'a pas perdu la guerre".

« Le 16 juin, en apprenant la démission du Président du Conseil, Paul Reynaud, il avait décidé de partir "dès le matin" pour l’Angleterre afin de poursuivre le combat. 

« Le 17 juin, Pétain avait demandé l’armistice. 

« L'appel du 18 juin était un message d'espoir. Il affirmait que la mondialisation de la guerre ferait la victoire. Il se terminait par un appel à la Résistance.

« Que nous dit-il aujourd’hui ? Que refuser ce qui est présenté comme une évidence est parfois d’une rare clairvoyance ; que la vérité ne se révèle que dans les victoires qui durent ; que les victoires ne durent que lorsqu’elles sont justes.

« Le 10 juillet, 80 parlementaires sur 846 (669 se sont exprimés) ont refusé de donner les pleins pouvoirs à Pétain. Bien insuffisant.

« Pourquoi Charles de Gaulle s’est-il opposé à ce Maréchal présenté comme providentiel ?

« Parce qu’il ne se résignait pas à la défaite ; parce qu’il pensait que ce n’était pas celle de la France ; parce qu’il savait que les batailles se gagnent dans le rassemblement et la cohésion des hommes de conviction et de volonté.

« C’est ainsi que des hommes et des femmes de tous horizons, confessionnels ou politiques, se sont assemblés puis ont été rassemblés par Jean Moulin – un préfet renégat à l’ordre régalien du moment – pour résister, pour s’opposer aux nazis, pour préparer la paix, pour élaborer un programme de justice sociale "Les jours heureux »".

« Soixante dix-huit années ont passé…

 

NE JAMAIS SE RÉSIGNER... RÉSISTER

 

« Dans des circonstances bien moins dramatiques qui n'ont évidemment rien de comparable, j’ai lancé il y a quelques mois l’Appel de Grigny. Je n’étais pas seul, des élus, des acteurs économiques et associatifs… des hommes et des femmes de tous horizons, se sont réunis pour alerter suite à une sorte de capitulation de la puissance publique pour nos quartiers urbains fragilisés. Un rapport, commandé au plus haut niveau, beaucoup de travail et… on sait les suites données : un enterrement élyséen des propositions, portées par l'ancien ministre Jean-Louis Borloo, de résistance à l'impact sur les plus fragiles des affres de l'économie dévastatrice du monde d'aujourd'hui…

« On aurait pu se résigner. Or, jeudi dernier, ici à La Seyne, la septième étape des états généraux de la politique de la ville, initiative des arpètes du fameux rapport, s’est tenue sur le thème de la sécurité.

« Qu’avons-nous entendu ? Que la désespérance n’est pas de mise, que le rassemblement, la cohésion, les convictions et les volontés existent ; qu'un infime pourcentage de la population des quartiers populaires sont des voyous, des dealers. Entendez : presque 100% des habitants ne le sont pas, ils aspirent juste à mieux vivre dans la République.

« Or cette poignée occupe tout l’espace politique et médiatique, nourrissant les peurs et justifiant le retrait des services publics. 

« "Que fait la police ? – Ce qu’elle peut, ma bonne dame !" Avec les moyens qui sont les siens… insuffisants.

 

L'INDIGNATION, MOTEUR DE LA RÉSISTANCE

 

« Je n’ai pas pu m’empêcher de penser à un autre grand Résistant, Stéphane Hessel. Il nous disait "Indignez-vous !".

« Il y a de quoi, à constater que les politiques publiques se décident désormais à l’encan et au moins-dépensant ; à l’aune des bilans comptables.

« Où est le souffle ambitieux et courageux du lanceur de l’appel du 18 juin 40 ?

« On ne nous parle que de "pognon "! Et, de quelle manière, le plus souvent pour nous en priver.

« Oui, c’est une certitude : l’équité, la justice sociale, ça coûte ! La santé, ça coûte ! L’éducation, ça coûte !

« Pourtant, force est de constater : toutes les dépenses ne se valent pas.

« Des milliards sont octroyés ici et les promesses d’emploi ne sont pas mieux tenues là… Pire, on ferme, on licencie et on alloue des millions d’euros au PDG de Carrefour remercié pour ses échecs. "Indignez-vous", disait l'un !"La flamme de la résistance ne doit pas s'éteindre",disait l'autre !

« Le Conseil National de la Résistance, lui, parce qu’il a côtoyé le pire, voulait préparer le meilleur… quoiqu’il en coûte ! Persuadé que les petits ruisseaux font les grandes rivières… à l’inverse d’un ruissellement hypothétique… à trop pomper dans la mer d’Aral on en a fait une étendue désertique. 

« Pour finir, permettez que je paraphrase un aphorisme donné jeudi par une participante. Elle disait : "la prévention est comme le ménage dans une maison, c’est quand on ne le fait pas qu’on se rend compte qu’il est indispensable"...

 

UN DÉFI FACE À L'APPAUVRISSEMENT DES VALEURS ÉTHIQUES

 

« Aussi, je vous dis sans ambages que quand on ne se préoccupe plus de justice sociale, la poussière accumulée finit par attirer la vermine, le chancre s’installe, et le déloger devient de plus en plus difficile. La justice sociale est à l’image du ménage dans une maison : ne pas faire c’est se condamner à terme !

« Agir sur le destin, voilà une autre leçon de l’appel du 18 juin.

« L’espoir que portait Charles de Gaulle était de recouvrer la liberté, aujourd’hui il est de vivre ses aspirations selon ses mérites, sans semelles plombées ni cuillère d’argent… Si nous constatons un appauvrissement des valeurs éthiques, relevons collectivement le défi. Responsabiliser chacun dans une conscience collective, voilà la tâche qui incombe au décideur… avec équité, faut-il le rappeler ?

« Permettre la prise de conscience de ce que l’on est, dans l’environnement qui est le sien, et autoriser les personnes à jouer un rôle social dans le travail et dans la cité est notre devoir.

« Dans ce monde de mouvement, chacun devrait pouvoir, dans la mesure irréductible qui lui appartient, être son propre agent de problématique, de décision et de responsabilité. 

« Résistons aux déséquilibres présentés comme évidents car il est possible de faire autrement dans la paix, le partage, l’éducation, en préservant l’environnement, en retrouvant une humanité trop souvent négligée.

« L’histoire, ce sont les hommes qui la font. Demain, mieux et autrement !

« Juste ce que nous a enseigné, depuis Londres, le général De Gaulle. »

 

 

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Publié par Marc Vuillemot - dans Devoir de mémoire
9 mai 2018 3 09 /05 /mai /2018 05:05

Dans deux ans, trois quarts de siècle se seront écoulés depuis le 8 mai 1945, jour où, a été signée la capitulation de l'Allemagne nazie, que j'ai d'ailleurs, comme d'autres, qualifiée par erreur “d'armistice” dans l'allocution que j'ai prononcée ce mardi devant notre Monument aux Morts.

 

Merci aux nombreuses personnes présentes pour cette nécessaire commémoration : les élus, les associations d'anciens combattants, les cadres de nos forces armées (marine, régiment de transit, gendarmerie), de nos polices nationale et municipale, et de nos sapeurs-pompiers, les jeunes de la Préparation Militaire Marine dont La Seyne est la marraine, ceux du collège Marie-Curie et ceux de l'association Univers Cité, les musiciens de notre philharmonique La Seynoise et ceux de la La Clique Seynoise, et nos nombreux concitoyens et visiteurs présents.

 

Voici donc mon propos...

 

 

« Le 1er septembre 1939, l’Allemagne nazie déclenchait par l’invasion de la Pologne l’une des guerres les plus meurtrières de l’histoire de l’humanité.

 

« Le mois de mai 40 voyait la débâcle des troupes françaises. Dans la déroute, celles qui le pouvaient s’embarquaient pour l’Angleterre. Pétain, Président du Conseil, demandait à l’Allemagne l’arrêt des hostilités et signait l’armistice.

 

« Mais tous les Français n’allaient pas se résigner. Dès le 18 juin, De Gaulle lançait depuis Londres un appel radiodiffusé à reprendre la lutte. Des groupes de résistance s’organisèrent dans chaque région. En mai 1943, Jean Moulin prenait la tête du Conseil National de la Résistance qui coordonnait les différents réseaux. Leur action préparera le terrain aux troupes de libération qui organisèrent en grand secret les deux débarquements, le 6 juin 44 en Normandie, l'opération Overlord, et le 15 août en Provence, l'opération Dragoon. L’épilogue, nous le fêtons aujourd’hui en souvenir du 8 mai 45, jour de la capitulation de l’Allemagne nazie.

 

« Nous retiendrons que, durant ces mêmes mois d’occupation, beaucoup ont entretenu la flamme de l’espérance par leur courage insensé et souvent leurs vies sacrifiées ; et que la haine, la xénophobie, le racisme, ont été dénoncés trois ans après par les nations assemblées dans une Déclaration Universelle des Droits de l’Homme.

 

« Nous soufflons, cette année, les bougies du 73ème anniversaire de l'armistice de 45.

 

« Mais 2018 est aussi l'année des commémorations : la Ve République fête ses 60 ans et ce sera le centenaire de l’armistice de la Grande Guerre… dont le cinquantenaire fut célébré en 1968… il y a 50 ans !

 

« 50 ans... mai 68 ! Que de fantasmes, d’adhésion ou de rejet. L’expression “fake news”n’était pas de mode et pourtant que de clichés circulent, de la France qui ”s’ennuie“à “la plage sous les pavés”. Plus prosaïquement, le fait est, pour reprendre les mots d’un éditorialiste, “que la nuit, il y avait les yéyés, Johnny et France Gall, et le jour, l’uniforme gris d’une société d’obéissance.”

 

« Il faut bien le dire, enfants de ceux qui ont vu leur jeunesse traverser la guerre de 39-45, pourtant premiers bénéficiaires du Programme du Conseil National de la Résistance, les jeunes des sixties ressentaient la vacuité de cette promesse d’apporter le bien-être par le confort ménager ! Elle rejetait cette vie tracée de trois mots : métro boulot dodo. C’est pourquoi elle s’éclatait dans la musique et brassait, l’air de rien, les idées qui couvaient aussi bien en Californie (the summer of love) qu’à Prague (le socialisme à visage humain).

 

« La réalité est que mai 68 fut un événement sans précédent, à multiples facettes, où l’on s’inquiétait du déclassement des ouvriers et où les étudiants se révoltaient contre le conformisme et l’immobilisme.

 

« Ainsi ce fut, à la surprise générale, une contagion en chaîne, de Nanterre au Quartier Latin, aux universités de province, aux usines, aux administrations. Au total, près de 7 millions de salariés entrèrent dans la grève la plus puissante de l’histoire de France.

 

« Toute la France s’est mise à réfléchir et remise en question. D’un coup, dans les rues, les gens qui ne se connaissaient pas se sont mis à se parler. Ce fut la grève générale, les accords de Grenelle, l'augmentation de 35% du SMIG, rétribution des plus dominés, les femmes et les immigrés.

 

« Pourtant, face à l’autoritarisme, aux notables snobs, aux brimades à l’école, au moralisme du XIXe siècle, au statut rétrograde des femmes, aux violences… il coexistait, paradoxalement, une sociabilité, des liens de solidarité entre les gens de condition modeste, de l’humour, de la gaieté, des chansons, la passion de la vie (soit dit en passant, en l’absence de tout réseau social numérique plutôt âpre à pointer son prochain).

 

« En rompant l’ordre institutionnel, en bousculant les hiérarchies, le projet était de se délester de son identité sociale pour élaborer ensemble le commun.

 

« Pourtant, en mai, rien ne change — De Gaulle passe une journée à Baden-Baden… et l’ordre politique est rétabli —. Rien ne change, mais... tout change, un processus est enclenché qui va bouleverser l’esprit du temps. Naîtront, par exemple, le MLAC pour la liberté de l’avortement et de la contraception, le MLF, des journaux comme ActuelLibération, les mobilisations de Lip ou du Larzac… 

 

« En 68, une jeunesse se découvrait une force politico-sociale. C’était le rejet de l’autorité du monde adulte, qu’elle soit professorale, familiale, ou institutionnelle.

 

« Ne nous leurrons pas, les évolutions des mœurs, les transformations de l’école, le naufrage de l’autorité, auraient eu le même destin sans mai 68...

 

« La mentalité du “tout, tout de suite” s’inscrivait dans l’avant 68 : la libération des mœurs, l’accès au collège, la tutelle diminuée des femmes mariées, l’autorisation de la pilule, la musique émancipatrice, le mouvement pacifiste hippie. Mais il fallait désigner des responsables. Et, pour certains, aujourd’hui encore, c'est rassurant. Vous comprenez pourquoi j'ai évoqué cette période, au-delà de son cinquantenaire...

 

« Parce que, rassurés, 73 ans après le 8 mai 45, nous ne le sommes pas ! Le monde d’aujourd’hui ne nous y invite pas.

 

« Aussi, les 8 mai, au-delà de la commémoration de la victoire des Alliés sur les forces de l’Axe et l’Allemagne nazie, nous voulons célébrer la lutte victorieuse contre des idées monstrueuses de haine et de rejet, qui, hélas, renaissent sans cesse ça et là.

 

« S'il nous faut lutter contre les odieux fanatismes, il ne nous faut céder ni à la phobie de l’immigration clandestine, ni à la paranoïa anti-islam, ni à l’antisémitisme. L’intolérance que nous observons et qui gagne malheureusement les esprits ne véhicule jamais le bien, ni en politique ni en morale.

 

« Face aux dirigeants qui, dans de nombreux pays, en Europe et ailleurs, désignent des coupables, incitent au repli et au rejet, attisent les haines, nous devons crier, comme Athéna le fit dans l’Iliade “Arès, Arès, fléau des hommes, buveur de sang”, et dire à nos enfants ce que Priam dit à Hector “Pour le jeune guerrier qui tombe sur le champ de bataille tout est beau, tout est convenable. Mais la mort, pour un vieillard comme moi, si toi tu succombes, sera horrible”.

 

« Je pense bien sûr aux familles du gendarme Beltrame et des 3 autres victimes de ce fanatique meurtrier, et à tous les oppressés qui subissent les délires de quelques-uns.

 

« Notre moteur doit être l’ambition d’un projet qui s’occupe des hommes et de leur avenir. 

 

« Alors, oui, le 8 mai, devant vous, anciens combattants, porte-drapeau, élus, corps constitués, citoyens, devant les enfants, les adolescents, les jeunes, je rappelle que des hommes et des femmes que rien ne prédisposaient à agir ensemble, issus de partis politiques différents, de convictions religieuses exclusives, de racines sociales, culturelles et philosophiques diverses, parfois adversaires, ont su se rassembler pour la Libération sur des valeurs communes de solidarité, d’entraide, de préservation des libertés. 

 

« Ça s'appelle la République, celle que l'armistice de 45 a réinstallée. Mais ne croyons pas que les idées généreuses qui l’ont portée à l’organisation politique de nos contrées soient définitivement acquises. Au contraire, parce qu’elles se soucient des autres, elles sont fragiles.

 

« C’est pourquoi, elles doivent encore être promues, enseignées, diffusées, défendues.

 

« Vive l’Europe et le Monde des peuples amis, vive la Paix, vive la France républicaine ! »

 

 

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Publié par Marc Vuillemot - dans Devoir de mémoire
30 avril 2018 1 30 /04 /avril /2018 04:20

Soixante-treize ans après la libération des camps de la mort nazis, rendez-vous était pris, comme chaque année, ce dimanche, pour un défilé solennel qui a conduit les élus de notre majorité municipale, les représentants des polices nationale et communale, des forces armées, des anciens combattants, résistants, déportés et victimes des guerres, et notre population, autour de notre monument aux morts pour une commémoration visant à exercer, toujours, notre devoir de mémoire.

Avant que je ne prononce l'allocution que je retranscris ci-après, deux jeunes de lycées seynois ont lu, pour l'une, Priscille Laporte, un fort beau texte du pasteur Marin Niemoller, et pour l'autre, Max Robert, un hommage émouvant à Jean Gallon, instituteur déporté qui brava l'interdiction d'enseigner aux enfants tziganes du camp où ils étaient enfermés.

Ces témoignages de jeunes, après la prise de parole de Jacqueline Bonifay, alerte nonagénaire seynoise ayant survécu à la barbarie de la déportation, furent un moment empreint d'intense émotion. Merci à eux.

Mon propos, donc...

 

« Mesdames, Messieurs,

 

« Depuis dix ans, j’ai l’honneur de prendre la parole, ici-même, afin de renouveler le souvenir de la libération des camps. Au fil des interventions, je me suis donné une ligne de conduite : rappeler encore et toujours que l’impensable peut arriver dans un enchaînement fait de coups de force, d’indifférences, de calculs, de peurs, mais aussi, de l’utilisation légale d’un vote populaire, fût-il manipulé. C’est ainsi que les nazis arrivèrent au pouvoir, parce qu’un peuple, enivré de se croire le plus puissant, s’est laissé abuser et s’est rendu volontairement aveugle.

 

« Le texte dont notre jeune lycéenne vient de vous donner lecture, l’illustre parfaitement.

 

« Hitler est élu régulièrement avec l’appui irréfléchi du capitalisme allemand. Les hommes de la Sturmabteilung (les SA) ont créé les conditions de cette élection par la violence, la peur, la flatterie, la corruption, l’appât du gain. C’est, dès 1933, l’incendie du Reichstag, prélude utile à la proclamation de la "Reichstagsbrandverordnung" qui suspend sine die les libertés individuelles.

 

« Les nazis ne tarderont pas, en 34, à faire payer aux SA cette puissance par une purge lors de la nuit des Longs Couteaux qui n’exclut pas l’assassinat…

 

« Les méthodes expéditives ne s’arrêtent pas là. Sitôt la victoire acquise, même étriquée, les premiers camps d’internement sont installés.

 

« Sont arrêtés les opposants au régime, les dits "asociaux" (homosexuels, handicapés, juifs), tous ceux qui n’entrent pas dans la norme nationale-socialiste, avec comme point d’orgue, en 38, la nuit de cristal, pogrom contre les Juifs.

 

« Avec la guerre, le système concentrationnaire prend une autre dimension et, à partir de 1941, il s’intègre dans la mise en place de ce qu'on a appelé "die Endlösung der Judenfrage", c'est-à-dire la "solution finale de la question juive". Les camps se multiplient en Autriche, en Pologne, en France avec le camp de Struthof. Ils feront plus de six millions de victimes.

 

« La déportation, les camps d’internement, de travail, de mort, resteront à jamais comme la pire des dérives commises par les hommes contre l’humanité.

 

« Je vous disais  à l'occasion d'un précédente commémoration :

 

"Nous sommes rassemblés pour nous souvenir et rendre hommage aux victimes, à ceux qui ont sacrifié jusqu’à leur vie pour combattre le nazisme.

"Nous sommes rassemblés pour combattre ceux qui réfutent les évidences factuelles, ceux qui entretiennent un terreau de haine et d’exclusion.

"Nous sommes rassemblés parce que ce qui importe à de trop nombreuses personnes est ce qui nous différencie.

"Nous sommes rassemblés parce que notre société, devenue plus indifférente, plus égoïste, nous inquiète.

"Partout, aujourd’hui, reviennent les indifférences barbares, les attitudes racistes, l’antisémitisme, le rejet de l’autre."

 

« Comment ne pas évoquer deux événements survenus au mois de mars. L’un par référence à la barbarie et la réponse qu’apportèrent les Justes : le gendarme Arnaud Beltrame a risqué sa vie en sauvant l’otage d’un individu fanatique islamiste (je n’oublie pas que trois autres personnes furent assassinées) ; l’autre à un crime raciste, antisémite, puisque Madame Mireille Knoll fut torturée et assassinée parce qu’elle était juive.

 

« Aussi, je vous propose une réflexion sur quatre points qui, certes pourrait sembler nous éloigner de ce pourquoi nous sommes réunis ce jour, mais qui font débat et sont trop souvent sujets à désinformation. Désinformation, je l’ai dit, première source de dérive, il n’y a qu’à observer ce que fait Viktor Orbàn en Hongrie...

 

« Premier point, sur l’identité, d’abord et parce que je viens de parler de l’islamisme fondamentaliste. Nous ne devons pas céder à l’amalgame, les fascistes musulmans sont minoritaires, gardons-nous de caricaturer tous les autres et de nous caricaturer nous-mêmes. J’emprunte à Sélim, un personnage de fiction d’un roman récent : "Il a aimé la France, à la folie. Son école, ses rues propres, son réseau ferroviaire, son orthographe impossible, ses vignobles, ses philosophes, sa littérature et ses institutions. Mais autour de lui, les Français n’habitent plus la France qui l’a enchanté. (…) Quand ça a commencé, quand il a entendu des Français s’en prendre aux immigrés au son d’un tonitruant « pinard et saucisson », il a fait comme tant d’autres : il a préféré feindre de ne pas comprendre. Tout était dit, pourtant : voilà l’idée qu’ils se faisaient du pays des droits de l’homme. Du vin et de la cochonnaille. Tel est leur grand programme culturel."

 

« Deuxième point, sur la délation. Nous en avons horreur. Le délateur est un cafard. Pas la victime. Quand la dénonciation est une défense de soi-même, elle est un droit : je pense aux femmes agressées qui ne doivent plus hésiter à porter plainte. Mais quand la délation est une volonté de nuire, l’occasion de s’approprier des biens, d’exercer le mal pour le mal, elle est une abomination.

 

« Troisième point, sur l’antisémitisme. Il ne peut être considéré comme une opinion. Ici, dans cette commémoration, c’est une évidence. Faire du mal à quelqu’un pour ce qu’il représente indépendamment de lui-même, au nom d’une idéologie, est une barbarie.

 

« Parce que la confusion des esprits chez certains est grande, il nous revient cependant de dire et d’expliquer : Oui, certains peuvent se prononcer contre la politique de colonisation de l’Etat d’Israël et ne pas être antisémites. Non, on ne peut pas crier impunément "mort aux Juifs" au nom de la cause palestinienne. La haine est un poison.

 

« Quatrième point, enfin, parce que l’actualité persiste, sur les migrants. Gardons-nous de réactiver les oppositions simples et manichéennes entre ceux d’en-bas et ceux d’en-haut, entre ceux d’ici et ceux de partout (nomades et réfugiés), entre les "gens honnêtes" (que nous serions) et les "prédateurs" (que eux seraient).

 

« Parmi ces migrants honnis par certains, nombreux sont ceux qui avaient une situation non seulement honorable mais confortable avant qu’ils ne se résolvent à prendre le chemin de l’exil. La volonté de rester entre soi, de refuser et de rejeter l’étranger n’a rien à voir avec le patriotisme qui est l’amour des siens.

 

« Ces comportements sont aux antipodes d’une organisation sociale, politique, qui cherche, par la réflexion de tous, par la discussion, à se connaître et à comprendre les éléments constitutifs de la condition commune qui permettent des choix pertinents et collectifs, tout en rendant possible l’exercice des droits individuels.

 

« Ne baissons pas les bras et réaffirmons, avec force et conviction, que nous défendons une France laïque, où la liberté de conscience, la liberté de penser et la liberté d’exprimer des opinions dans le respect des lois est inscrite dans la Constitution.

 

« Notre République s’est donné les outils juridiques protecteurs. Faisons appliquer ses principes, partout et par tous. Ne dévoyons pas les vertus laïques, éduquons les citoyens, rejetons la tentation des communautarismes où les identités se consolident les unes contre les autres.

 

« L'écrivain Le Clézio écrit dans une tribune : "Prenons garde à ne pas dresser autour de nous des frontières mentales encore plus injustes que les frontières politiques".

 

« Pour conclure cette célébration contre l’oubli : Que devons-nous faire du passé ? Eh bien, se soucier du présent !

 

« Vive l’Europe et le Monde des peuples amis ! Vive la France de la République, de la laïcité et de la démocratie ! »

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Publié par Marc Vuillemot - dans Devoir de mémoire

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