28 mai 2013 2 28 /05 /mai /2013 04:38

http://www.anacr.com/images/moulinbas.jpgL'association des anciens combattants et amis de la Résistance (ANACR) a convié ce lundi les élus et la population à célébrer le 70ème anniversaire de la création, autour de Jean Moulin, du Conseil national de la résistance, organisme réunissant les divers réseaux de résistants, qui, dans son programme "Les jours heureux", a fixé ses orientations stratégiques pour faciliter la victoire des Alliés contre les armées nazies et a posé le socle de la reconstruction d’une société démocratique et solidaire au lendemain de l'armistice. Après l'allocution de Jeanne Vaisse, présidente du comité local de l'ANACR, j’ai moi-même prononcé un discours...

« Vous avez rappelé les circonstances qui conduisirent à la création du Conseil National de la Résistance.

« Vous avez évoqué l’action de Jean Moulin, fédérateur d’organisations bien différentes, leur rassemblement et la coordination de leurs actions qui permirent la victoire des Alliés et la préparation de la réorganisation du pays, une fois la victoire acquise.

« C’est sur ce dernier aspect que je souhaite nous interroger. Faut-il accumuler les malheurs d’une guerre pour que soient admises et acceptées par une majorité indiscutable des mesures qui, en profitant à tous, demandent à chacun un effort en proportion de ses capacités réelles ?

« On pourrait hélas le croire, tant les résistances au mieux-être de certaines parties de la population sont le reflet assourdissant d’égoïsmes divers, de préservation de prés-carrés historiquement dépassés, ou de conservatismes improductifs.

« Est-ce donc la guerre ou bien plutôt la bonne intelligence des hommes et des femmes de la Résistance qui, au sortir d’un combat si inégal, ont su imaginer une nouvelle démocratie ?

« Une République laïque et sociale où la solidarité est un devoir national à organiser. Oui, à organiser, non pas comme on fait l’aumône, non pas comme une charité, mais comme une dépense nécessaire à la dignité de tous dans un Etat moderne qui se préoccupe de toutes ses populations.

« Vous devinez ma réponse. Qui, je le crois, est notre réponse à tous, ici. « Je veux croire que c’est la bonne intelligence des hommes et des femmes de la Résistance qui les a fait opter simplement et totalement pour la devise républicaine « liberté, égalité, fraternité » ; non pas que les notions de travail et de famille soient mineures, - elles sont simplement réductrices - alors que la Liberté, collective, individuelle, dans le respect du groupe, des groupes, est un espoir universel, que l’Egalité, devant la loi, l’éducation, la formation, le logement, l’accès aux soins, est un objectif universel, que la Fraternité, qui rend possible le partage, car même si nous naissons égaux, les premiers pas des uns sont bien différents de ceux des autres selon que l’on naît ici ou bien ailleurs, est un message universel.

« Un espoir, des objectifs, un message, voilà ce que nous a apporté le Conseil National de la Résistance. C’est de sa réflexion que sont venues les idées de protection de la liberté de conviction des autres, des minoritaires, des faibles, des fragiles et des fragilisés.

« Ce que je veux souligner, c’est que ces femmes et ces hommes ont choisi de résister contre la résignation, contre l’injustice, contre la violence de la vie telle qu’elle est, contre les violences, contre l’arbitraire, contre l’ignominie.

« Ils ont, par cette volonté singulière, qui, je le rappelle, est indépendante de leur histoire, de leur milieu, de leur religion, lié les citoyens que nous sommes à une République solidaire, démocratique, fraternelle. Notre vigilance aujourd’hui est de ne perdre ni la solidarité, ni la fraternité. « Certes ce ne sont que des mots, - mais les mots ne sont dérisoires que lorsqu’ils sont vides de sens – aussi prenons garde à ne pas les réduire à notre bonne conscience car ces mots ont soulevé et soulèveront encore des populations désespérées.

« L’idéal de la Résistance est encore lointain, son but social n’est malheureusement pas abouti, nous devons continuer inlassablement à nous battre pour la paix, la justice, les droits de l’homme, le service public... J’aime à rappeler qu’être citoyen, c’est la capacité, pour chacun, de s’élever au dessus de ses seuls intérêts pour se soucier du bien public et je veux croire Georges Semprun lorsqu’il dit  « Les Hommes peuvent être admirablement solidaires ».

« Solidaires vers des jours heureux... à construire, encore et toujours. »

 

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Publié par Marc Vuillemot - dans Devoir de mémoire
13 mai 2013 1 13 /05 /mai /2013 04:40

130512 mai citoyenLe mistral violent a un peu gâché la fête, ce dimanche au Parc de la Navale. Mais les quelques centaines de courageux qui l’ont bravé pour être présents à l'un ou l'autre des moments de la journée de témoignages et de convivialité qu’a été le troisième « mai citoyen » organisé par une trentaine d’associations et syndicats n’auront pas perdu leur journée. Des avis que j’ai entendus des uns et des autres, résistants d’hier et d’aujourd’hui, ce que, dans mon petit propos d’accueil à La Seyne, j’ai qualifié de « piqûre de rappel pour conserver notre aptitude de républicains à l’indignation » aura bien fonctionné. Si la météo avait été plus clémente, je n’aurais pas renoncé à prononcer le propos que j’avais préparé à la demande des organisateurs, mais le bruit du vent était assourdissant et rendait les prises de parole difficilement audibles. Je m’en suis tenu à un discours de mémoire, très synthétique, reprenant rapidement quelques points de ce que j’avais préparé. Et que je livre aujourd’hui...

«  La mémoire est le ferment de l’espérance, le moteur de ceux qui veulent aller de l’avant.

« Cette mémoire nous raconte que des hommes et des femmes que rien ne prédisposaient à travailler ensemble ont su se rassembler sur des valeurs communes de solidarité, d’entre aide, de préservation des libertés, pour libérer la France puis pour fonder le socle sur lequel elle devait se reconstruire. C’était avant la fin de la guerre de 39-45. Et c’était le programme du Conseil national de la Résistance, appelé « Les jours heureux », avec ses orientations sur l’éducation, sur le partage, l’économie, la santé, le transport… sur la conscience d’être un groupe qui avance ensemble.

« Cette mémoire nous raconte que ce programme a été mis en œuvre dans des conditions autrement plus difficiles qu’aujourd’hui, un pays dévasté, des rancœurs accumulées.

« Cette mémoire, enfin, nous raconte que, oui, si tous ensemble nous le voulons, il reste, toujours, une capacité à agir.

« Je suis le maire de cette ville ; édile au service de la population, mes préoccupations sont banales et quotidiennes,  permanentes et essentielles : Ne pas être indifférent les uns aux autres, encourager une responsabilité des uns envers les autres, accompagner le recours des uns au secours des autres.

« L’actualité, douloureuse, si elle provoque mon indignation, ne me détourne pas de ces nobles objectifs. Cependant, elle conforte, ce que nous savions malheureusement déjà, cette idée selon laquelle la prospérité découvrirait nos vices et l’adversité nos vertus.

« Alors, oui, le chantier est ouvert. La partie n’est pas gagnée. Mais si tous ceux qui ont levé la tête dans les ténèbres du nazisme avaient renoncé, serions-nous là à gloser sur les turpitudes de quelques-uns ?

« Ce que je veux souligner c’est que des hommes ordinaires, modestes ou élevés, sans grade ou distingués, paysans ou lettrés, ouvriers ou ingénieurs, artisans ou fonctionnaires, hommes ou femmes, ont su révéler, à eux-mêmes, aux autres,  certes dans des circonstances extraordinaires, une disposition où le courage dispute à l’abnégation, la fraternité à l’engagement, l’amour à la violence, l’individu au groupe, la peur de mourir au devoir, l’oubli de soi au secours des  autres…

« Ceux-là, ces femmes et ces hommes qui ont choisi de résister contre la résignation, contre l’injustice, contre la violence aveugle, contre l’arbitraire, contre l’ignominie, ont à jamais, par cette volonté singulière, lié les citoyens que nous sommes à une République solidaire, démocratique, fraternelle envers tous les hommes.

« Alors, à leur exemple, adhérons aux nouveaux défis qui devraient aboutir à une meilleure justice sociale.

« Les adversaires de la République usent encore des vieilles ficelles de la xénophobie, de la stigmatisation, de la peur provoquée irrationnelle. Ils sont aidés par la crise économique qui accroit la pauvreté des plus humbles.

« Ces défis sont exprimés ainsi : si l’on ne peut pas distribuer les richesses que l’on n’a pas ou plus – quoique -, il faut que les êtres humains soient au moins respectés, que la jeunesse soit la première des priorités, que la vieillesse soit protégée, que l’on en finisse avec la tyrannie de l’argent dans une société gangrenée par la pauvreté et la stigmatisation de l’autre.

« Nous voulons un pays conscient, adulte, un peuple ouvert et responsable, averti et non pas perverti d’idées simples, radicales et mensongères.

« Soyons persuadés que la vigueur du combat économique et social dépendra de la qualité de la vie démocratique, de notre volonté de maintenir, comme désormais, la séparation effective des pouvoirs, l’indépendance de la justice, le respect des contre-pouvoirs institutionnels.

« Cela ne se fera pas sans que l’action des services publics ne soit réhabilitée.

« Aujourd’hui, le travail manque, les remèdes proposés par les organisations mondiales oublient le quotidien des populations, ne parlent que de grands équilibres mais exigent des efforts démesurés aux plus démunis tout en protégeant les actionnaires. Les Grecs, les Espagnols vont mourir guéris ! Et demain, à l’échelle de nos territoires ? La pauvreté, le souillon, comme les émigrés, comme l’étranger seront montrés du doigt. Les riches auront-ils leurs bonnes œuvres comme au meilleur de la capitalisation ?

« Si nous devons éviter le repli sur soi, dévastateur, nous pouvons écouter notre mémoire et parler « identité nationale » ! Qui sommes-nous ? Des enfants des Lumières. Des démocrates en République. Je ne suis pas naïf, je sais que la représentation n’est pas la démocratie directe, je sais que les lobbies agissent dans l’ombre, je sais que le populisme guette ; méfions-nous des lendemains qui déchantent et restons simples, appliquons notre devise républicaine : Egalité, Liberté, Fraternité. Fraternité ? Elle rend possible le partage, si nécessaire. Egalité ? Elle doit exister devant la loi, l’éducation, la formation, le logement, l’accès aux soins. Liberté ? Si elle doit être celle de l’individu, c’est dans le respect du groupe.

« Oui, chers amis, ensemble nous pouvons encore construire solidaire. Oui, c’est difficile ! Oui, ces idéaux sont loin d’être atteints ! Faut-il pour autant renoncer ? »

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Publié par Marc Vuillemot - dans Devoir de mémoire
9 mai 2013 4 09 /05 /mai /2013 03:34

photo-5.jpgMon discours à l'occasion de l'armistice du 8 mai 1945...

"Le 1er septembre 1939, l’Allemagne nazie déclenchait la Seconde Guerre mondiale en envahissant la Pologne. Deux jours plus tard, la France et la Grande-Bretagne s’engageaient dans ce conflit.

"Le Reich, encouragé par la faiblesse des démocraties, avait insolemment réarmé, développé des théories nationalistes, racistes, annexé des territoires en toute impunité et, enfin, franchi son Rubicon ne laissant plus le choix aux démocraties trop poltronnes.

"Ce furent alors la « drôle de guerre » ; l’évacuation de Dunkerque ; l’exode du nord du pays ; l’appel du 18 juin du général De Gaulle ; les pleins pouvoirs accordés à Pétain ; Pearl Harbour et l’entrée en guerre des Etats-Unis ; la création du Conseil National de la  Résistance en mai 1943 ; Jean Moulin, fédérateur des réseaux de résistance ; Stalingrad ; la France libre en Afrique, les deux débarquements de 1944, en juin en Normandie et en août en Provence.

"Et, après plus de cinq années de guerre, les 8 et 9 mai 1945, le Reich capitulait sans condition.

"Ça, c’est un rapide survol de quelques faits. Il n’est pas exhaustif, les professeurs complètent dans leurs leçons d’histoire.

"Maintenant, nous pouvons nous interroger, au-delà de la commémoration de la victoire des Alliés sur les forces de l’Axe et l’Allemagne nazie, sur ce que représente aujourd’hui ce 8 mai.

"Sans doute la victoire sur des idées monstrueuses de haine et de rejet.

"Sans doute l’avènement d’un projet national généreux élaboré par le Conseil National de la Résistance, appelé « Les jours heureux », qui a fondé nombre des acquis sociaux de la deuxième moitié du XXe siècle, et que certains veulent aujourd’hui, je les cite, « défaire méthodiquement ».

"Sans doute la réconciliation des peuples au sein de l’Europe. Une Europe aujourd’hui à la fois formidable parce que cette association libre de pays souverains est originale dans l’histoire du monde, et à la fois très en difficulté parce que trop centrée sur la seule économie et trop souvent oublieuse de ses réflexes solidaires imaginés voilà plus de cinq décennies par les Schuman, les De Gaulle et autres Adenauer.

"Car 68 ans ont passé et l’effroi des peuples, découvrant l’enfer des camps, la folie des hommes, l’exclusion terrible que portent les nationalismes étroits, l’effroi, oui, l’effroi retombe avec le temps.

"Il y a quelques semaines, un chroniqueur posait la question : Finirons-nous [avec les évènements sociaux et sociétaux que nous vivons] par entrer dans une séquence « préfasciste » ?

"Poser cette interrogation est en soi un signe… Il y aurait quelque chose d’empoisonné dans l’air que nous respirons. Ce quelque chose pourrait bien être le « vivre ensemble », et le poison le refus de celui-ci. L’antithèse étant le « vivre entre soi ».

"Certains, - ce ne sont pas, encore, heureusement, les plus nombreux - nourrissent leur haine de la haine de l’autre, et la figure diabolisée de cet autre finit par anéantir les efforts de coopération et d’intégration.

"La grande erreur, c’est de ne plus se battre POUR quelque chose, mais – avec acharnement – contre quelque autre. De façon anthropologique, le phénomène est bien connu : comme on ne peut pas vivre longtemps une telle situation d’hostilité, la solution est souvent trouvée dans la désignation d’un bouc émissaire. Je dis « souvent » parce que parfois l’alternative est encore plus radicale, c’est la guerre !

"Le bouc émissaire réconcilie tout le monde dans la commune détestation d’un pseudo-coupable. La guerre de 39 – 45 a désigné son bouc émissaire dès le début des années 30, le Juif, mais n’a pas pour autant évité la guerre.

"Quel sera le nouveau bouc émissaire ? Chacun a une idée ; attention à ce que ce ne soit pas simplement la pauvreté.

"Nous avons un libre arbitre, nous revendiquons notre liberté individuelle, sachons l’utiliser. N’oublions pas que la liberté – au nom de laquelle la Résistance s’est levée – est un commandement que l’on se donne à soi-même. Cette bonne intelligence est en celui qui… connaît ET reconnaît.

"Et la Connaissance n’a qu’une légitimité : c’est de mener à la sagesse. La connaissance de la vérité – cette transparence réclamée – implique la compréhension du monde, des situations, des complexités, une justice. L’intolérance que nous observons et qui gagne malheureusement les esprits ne véhicule jamais le bien, ni en politique ni en morale.

"Alors, oui, le 8 mai, devant vous, anciens combattants, porte-drapeaux, élus, corps constitués, citoyens, devant les enfants du collège, je rappelle que des hommes et des femmes que rien ne prédisposait à travailler ensemble, issus de partis politiques différents, de convictions religieuses exclusives, de racines sociales, culturelles, philosophiques diverses, parfois adversaires, ont su se rassembler sur des valeurs communes de solidarité, d’entraide, de préservation des libertés.

"Ils ont réfléchi sur l’éducation, sur le partage, l’économie, la santé, le transport, sur la conscience d’être un groupe qui avance ensemble.

"Oui, le 8 mai, nous célébrons la réconciliation, le partage, les échanges culturels. Je souhaite que ce soit l’œuvre de tous et de chacun. Il suffit d’en avoir la volonté individuelle.

"C’est pourquoi vous permettrez, pour finir, que je cite un poète allemand que vous connaissez tous, au moins par son nom, Johann Wolfgang von Goethe : « Il reste toujours assez de force à chacun pour accomplir ce dont il est convaincu ».

"Alors soyons convaincus que vivent l’Europe et le Monde de l’amitié entre les peuples, et que vive la France de la République."

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Publié par Marc Vuillemot - dans Devoir de mémoire
8 mai 2013 3 08 /05 /mai /2013 05:16

http://marcelpoulet.free.fr/wp-content/Le%20dormeur%20du%20val.JPGComme chaque année, la commune a volontiers répondu ce 7 mai à la sollicitation des associations d'anciens combattants et de parachutistes de pavoiser au monument aux morts et de tenir une cérémonie commémorative en mémoire de la bataille de Diên Biên Phu qui a conduit en cette année 1954 à la fin de la guerre d'Indochine. Nous y étions avec quelques élus communaux, Christian Barlo, Rachid Maziane et Patrick Valle. Il est toujours difficile, au-delà de l'hommage à rendre à ceux qui ont fait leur devoir de soldats, de repondre à la sollicitation de tenir un propos. Mais je me devais de le faire, m'inspirant d'un article de Carole Vann présentant "Diên Biên Phu vu d'en face", un ouvrage de journalistes ayant recueilli des paroles de vétérans vietnamiens...


“Du côté français, ils furent 16.000 hommes équipés qui avaient été parachutés dans la région. Vos frères, amis parachutistes, des troupes de marine, des régiments étrangers et de l'infanterie coloniale.

“Du côté vietnamien, ils étaient 55.000 combattants vietminh, les « bôdoi », bien moins armés, mais ils étaient surtout 260.000 civils, les pieds nus pour la plupart. Sans oublier les 21.000 conducteurs de bicyclettes qui ont acheminé des armes et des vivres.

“Transporteurs de riz ou de munitions, artistes envoyés au front pour remonter le moral des troupes, journalistes, médecins, infirmiers, femmes et hommes,  ils se sont livrés  à leur combat au côté des « bôdoi », ces « hommes verts » au casque rond.

“On ne refait pas l’histoire. Peut-être que les mêmes valeurs qui guidaient ceux qui avaient libéré la France de l’oppression nazie dix ans auparavant, Forces françaises libres, Forces françaises de l’intérieur, résistants, simples citoyens, hommes, femmes et jeunes qui ont commis de petits et de grands actes de combattants de l’ombre entre 40 et 45, ont guidé ces gens du peuple d’Indochine.

“On ne refait pas l’histoire. Vos frères, amis soldats, ne se sont pas questionnés sur les causes de la colonisation, sur les choix stratégiques de leurs chefs, sur la renaissance d’un Monde au lendemain d’une guerre mondiale dont nous commémorerons demain l’armistice. Ils ont rempli le devoir que la Nation leur demandait d’accomplir, dans la souffrance et la peur, mais aussi avec la force du courage, le sens de l’obéissance et la valeur de la fraternité.

“On ne refait pas l’histoire. Il y aura 60 ans l’an prochain. Ce que je voudrais que nos jeunes générations retiennent, c’est ce témoignage de l’horreur partagée dans chaque camp rapportée par un ancien soldat vietnamien :

“« Je parle français. J’entends parfois des soldats adverses crier avant de mourir. Des frères d’armes illettrés me demandent : “Que dit-il ?” “Il appelle sa maman...” Mourants, mercenaires ou colonialistes, ils sont comme nous, des jeunes hommes qui n’ont pas encore de femme et qui invoquent leur maman avant de s’éteindre. »

“Plus jamais ça !”




> J'ai illustré cet article d'une œuvre de Marcel Poulet, "Le dormeur du val", évoquant le poème d'Arthur Rimbaud. À découvrir dans sa galerie virtuelle sur son très beau site. (je peux naturellement la retirer sur demande)


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Publié par Marc Vuillemot - dans Devoir de mémoire
29 avril 2013 1 29 /04 /avril /2013 04:26

http://www.cndp.fr/crdp-creteil/images/stories/resistance/2012-4_leger_dessin_1955.jpgComme chaque année, l'émotion était bien palpable, hier dimanche, lorsque, après avoir lu le message commun des associations nationales de déportés, Jacqueline Bonifay, une Seynoise rescapée des camps de la mort nazis, a égrené la liste de ces camps et, pour chacun, le nombre de victimes de cette barbarie.

Avant que Marie Bouchez, représentant le président de la Région PACA Michel Vauzelle, Hélène Rigal, remplaçante du député Jean-Sébastien Vialatte, puis Pierre Pardon, autre rescapé seynois des camps, et moi-même ne déposions des gerbes, j'ai prononcé une allocution, insistant sur le principe de laïcité facteur de prévention des idées de rejet qui ont conduit, et pourraient encore conduire, à de telles horreurs...

"La déportation, les camps d’internement, de travail, de mort,  resteront à jamais comme la pire des dérives commise par les hommes contre l’humanité. Cette horreur a eu lieu en Europe, foyer de civilisation, dans la première moitié du XXe siècle, après et malgré la Grande Guerre.

"Malheureusement, l’histoire du monde montre que l’homme n’est toujours pas guéri de massacres.

"Un génocide est l’extermination systématique d'un groupe humain, de même race, même si on doit se questionner sur la pertinence de ce terme, de même langue, de même nationalité, de même religion, de même culture, parce que ce groupe de même identité ou partageant les mêmes idées, et uniquement pour ces raisons, sans considération autre que le racisme ou la folie, devient aux yeux des massacreurs un groupe qui ne doit plus vivre. Au nom de quoi ? Je n’ai qu’une réponse, de la folie qu’engendre la haine de la différence.

"Si nous ne devions avoir qu’un seul projet de vie, il serait « Vivre ensemble, riches de nos différences ». Nous avons un outil pour cela, contre tous les intégrismes, tous les rejets, cet instrument majeur est « le principe de laïcité ».

"Quel est-il ? Tout le monde n’est pas au fait de sa définition. La Constitution de la Vème République nous éclaire : La France est une République indivisible, laïque, démocratique et sociale. Elle assure l’égalité devant la loi de tous les citoyens sans distinction d’origine, de race ou de religion. Elle respecte toutes les croyances.

"Ainsi, la laïcité garantit la liberté de culte et de pensée à chaque citoyen, mais, en même temps, aucune idéologie, aucune religion, aucun groupe ne doit imposer ses normes de vie à l’Etat et à la société.

"La Laïcité est donc la formidable opportunité de permettre à chacun de pratiquer sa croyance librement et publiquement sans pouvoir en être inquiété. C'est aussi l'engagement de l'État à ne favoriser aucune croyance ni aucun culte par rapport à un autre.

"Il est bon de rappeler cela, ici, où nous n’oublions pas le génocide des Juifs par les nazis. Où nous n’oublions pas, non plus, qu’ils ne furent pas les seuls : les opposants, les handicapés mentaux, les homosexuels, les Tsiganes, les résistants furent aussi des victimes.

"Chacun est donc une victime potentielle dès lors qu’une stigmatisation s’organise.

"Là doit être notre vigilance. Nous sommes là pour combattre ceux qui réfutent les évidences factuelles, ceux qui cultivent un terreau de haine et d’exclusion.

"Aujourd’hui, nous entretenons le souvenir conscient de la longue chaîne des évènements qui conduisirent des esprits ordinaires à se pervertir et à imaginer devoir mettre en œuvre à partir de janvier 1942 « die Endlösung » techniquement et méthodiquement organisée lors de la conférence de Wannsee, cette « solution finale » qui dépasse notre humanité et qui nous fige, encore, dans l’horreur et la douleur.

"Oui, cette cérémonie est un appel à la préservation des mémoires.

"Pour dénoncer les ferments qui ont nourri les idées destructrices ayant légitimé l’internement et l’extermination de millions d’hommes, de femmes et d’enfants pour leurs idées politiques, leurs orientations sexuelles, leurs croyances, leurs origines nationales ou ethniques, leurs choix de vie et de culture, leurs handicaps, nous devons dire, avec force et conviction, que nous défendons une France laïque, où la liberté de conscience, la liberté de penser et la liberté d’exprimer des opinions dans le respect des lois est inscrite dans la constitution.

"Notre volonté doit être, encore et toujours, de perpétuer le projet de vivre ensemble, dans la richesse de nos différences.

"Et la France, la nation des Lumières, a, encore et toujours, le devoir de promouvoir cette idée en forme d’évidence dans l’Europe et dans le Monde.

"Honneur à celles et ceux qui ont péri ou sont revenus effroyablement meurtris de l’indicible. Honneur aussi à celles et ceux qui se sont levés contre la folie. Et vive la France des valeurs de la République."

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Publié par Marc Vuillemot - dans Devoir de mémoire
25 avril 2013 4 25 /04 /avril /2013 03:51

http://www.contrepoints.org/wp-content/uploads/2012/05/paix.jpg?d126beDans deux ans, il y aura cent ans, ce 24 avril, qu’auront été déclenchés les massacres qui ont conduit le régime de l’époque de l’empire ottoman à exterminer un million et demi de ses sujets, Arméniens d’Anatolie.

Comme chaque année pour cet anniversaire commémoratif, nous avons pris part, avec Patrick Valle, adjoint en charge des relations avec la défense nationale, aux côtés d’Hubert Falco, sénateur-maire, de Robert Cavanna, vice-président du département, et d’élus de Toulon et de La Valette, à un moment solennel de mémoire aux côtés des Varois d'origine arménienne, dont des familles seynoises.

Bien sûr que l'actuel gouvernement turc n'a aucune part de responsabilité dans le déclenchement du génocide des Arméniens dû au parti « Jeunes Turcs » de 1915, mais sa reconnaissance par la Turquie concourra pour les temps à venir non seulement à une œuvre de mémoire nécessaire à l'amitié entre les peuples, mais aussi à la paix et à l’équilibre entre l'Arménie et la Turquie d’aujourd’hui.

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Publié par Marc Vuillemot - dans Devoir de mémoire
19 mars 2013 2 19 /03 /mars /2013 19:25

http://p2.storage.canalblog.com/23/06/113362/84801600_o.jpgCe soir s'est tenu à La Seyne un rassemblement patriotique à la mémoire des victimes de la guerre d'Algérie. Le propos que j'ai prononcé à cette occasion...

"Le 19 mars 1962, à midi, prend officiellement effet un cessez-le-feu qui aurait dû mettre fin à huit ans de guerre en Algérie. La veille, à Évian, le gouvernement français a cédé au gouvernement provisoire de la république algérienne ses pouvoirs sur l'Algérie et le Sahara. Les Algériens prononceront l'indépendance officielle de leur pays le 4 juillet 1962. Les combats et les massacres vont se prolonger jusqu'à cette date, et le lendemain même, avec une violence redoublée. Les principales victimes des derniers massacres d’après le cessez-le-feu seront les Pieds-noirs et les harkis.

"La Nation avait décidé il y a quelques années d’associer, également, dans le même hommage, à une autre date, les victimes de cette guerre, soldats, appelés du contingent, rapatriés d'Afrique du Nord et les personnes disparues, les populations civiles, victimes de massacres ou d’exactions commis avant et après le 19 mars 1962 en violation des accords d’Evian, ainsi que les victimes civiles des combats de Tunisie et du Maroc.

"Elle - la Nation - a aujourd’hui souhaité que le jour officiel soit le jour du cessez-le-feu. Cela répond notamment à un vœu de la fédération des associations des anciens combattants d’Afrique du Nord, dont Jo Pentagrossa, notre adjoint aux finances et aux anciens combattants, fut l’un des fondateurs nationaux.

"Cela n’enlève rien, quel que soit le jour officiel, à l’importance du devoir de mémoire. Des hommes, des femmes, des familles, des enfants et des jeunes gens d’alors, cinquante et un ans après, gardent leurs âmes meurtries. Comme j’ai été présent à vos côtés depuis 5 ans les 19 mars et les 5 décembre, je le serai encore demain si les deux commémorations perdurent.

"Pour le gamin que j’étais à l’époque et l’homme que je suis aujourd’hui, maire d’une ville peut-être plus riche de ses diversités qu’aucune autre, et dussé-je blesser certains en disant cela, peu m’importent les dates. Ce qui est indispensable, c’est que, dans un Monde où les Hommes se déchirent encore aujourd’hui ici ou là, et en particulier sur les pourtours de notre Méditerranée, nous puissions avec solennité, chaque fois que possible, dire notre volonté de Paix, d’Humanité, et de respect des autres.

"Ce qui s’est passé sur ces terres d’Afrique du Nord, depuis 1830, a ouvert une blessure profonde dans l’Histoire de France. Beaucoup de femmes et d’hommes gardent au cœur le souvenir douloureux de ces années. Ceux qui combattirent autant que ceux qui furent arrachés à cette terre et conservent en eux le soleil de leur pays perdu et le regret de ceux qu’ils ont laissés là-bas.

"De 1952 à 1962, sur ces terres de lumière, plus de deux millions d’hommes ont servi sous les drapeaux. Plus de vingt mille y ont laissé la vie. Ils avaient vingt ans, ils crapahutaient sous le soleil qui brûle les djebels, dans les Aurès, en Kabylie ou ailleurs.

"A cet instant, nos pensées ne doivent pas s’arrêter sur l’acte de ceux - qui ne sont d’ailleurs pas d’ici et ne savent rien du respect mutuel que se témoignent les anciens combattants seynois, dans leurs diversités, au sein de leur comité de coordination - de ceux, donc, qui ont cru, samedi dernier, devoir faire acte de discorde en choisissant, pour dire leur regret du choix d’une date, une des rares communes de la région à commémorer avec une même ferveur, au début comme à la fin de l’hiver, la mémoire des victimes de ces heures douloureuses de notre histoire partagée.

"Nos pensées à tous vont, au contraire, j’en suis certain, dans un esprit républicain rassembleur, vers les victimes, de toutes origines et de toutes confessions, vers toutes les familles endeuillées et meurtries par ces années d’un long conflit entre des peuples qui avaient pourtant partagé tant d’épreuves, notamment en combattant côte à côte pour la liberté au cours des deux conflits mondiaux de 14 et de 39.

"A tous, anciens combattants, rapatriés, harkis, civils, je renouvelle l’expression de notre estime. La fraternité, c’est la compréhension, le respect, la solidarité. Nous le devons, pour l’idée que nous nous faisons de la communauté nationale. Nous le devons à ceux qui ont démontré leur attachement à notre pays républicain.

"Pour nos enfants, pour ceux qui n’ont pas vécu tout ça dans leurs âmes et dans leurs chairs, osons l’affirmer : Oui, vive la France républicaine. Et vive l’amitié entre les peuples, ici, et partout dans le Monde."

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Publié par Marc Vuillemot - dans Devoir de mémoire
15 juillet 2012 7 15 /07 /juillet /2012 19:26

http://www.larousse.fr/ressources/contrib/data/media/11020203.jpgHier, 14 juillet, nous célébrions nombreux la fête nationale, qui est autre chose de plus que les bals et les animations du soir. Nous étions certes nombreux, mais sûrement pas encore assez nombreux, pour réaffirmer l'attachement aux valeurs qui sont nôtres, citoyens d'une France républicaine selon les termes de sa Constitution, et à faire vivre républicaine, encore et toujours. Et elle en a besoin, notre France, après les dix années qu'elle a connues...

J'ai prononcé une allocution face au Monument aux Morts...

"Le 14 juillet est notre fête nationale depuis 1880, commémorant la fête de la fédération de 1790, elle-même premier anniversaire de la prise de la Bastille.

"La chute de la Bastille est l’aboutissement imprévu d’une longue réflexion conduite par des esprits novateurs tout au long de ce XVIIIe siècle que l’Histoire retiendra comme le siècle des Lumières.

"C’est, au-delà de la Révolution, l’avènement de la démocratie, la suprématie de l’organisation citoyenne sur l’absolutisme royal ou divin.

"C’est aussi l’émergence de l’individu dans le groupe et donc de la responsabilité individuelle.

"En ce jour de fête nationale, c’est de cette responsabilité que je souhaite vous parler.

"L'expérience commune, acquise des tribunaux ou de la vie courante, montre que les hommes ont l'habitude de porter des jugements du fait d’avoir la capacité à développer une volonté autonome.

"Les hommes, en effet, sont responsables de leurs actes. Dans nos sociétés, avancées dit-on, ils peuvent même, éventuellement, se complaire à agir de façon immorale. Et, même des puissants s’y plaisent, à voir comment la situation en divers points du Globe pose problème au Monde.

"Ainsi et pourtant, il est donné la possibilité à chaque homme, par le fait qu'il est doué de raison, d'opposer la loi morale et l'exigence de sa pensée à ses intérêts personnels d'agir. La loi est faite pour l’aider, le contraindre, à avoir du discernement.

"Notre première liberté est cette volonté autonome de nous opposer, non seulement aux actes immoraux des autres, mais d'abord à nos propres désirs égoïstes. En fait, vous le savez bien, les hommes sont moins libres qu’on ne le croit et la moralité peut rester un vœu pieux à cause de la faiblesse humaine.

"L’esprit des Lumières, la confiance dans la liberté et la raison à l'origine de la Révolution française, se heurte au sentiment de ce que la nature humaine n'est peut-être pas à la hauteur des exigences.

"C'est là aujourd'hui le grand débat entre les défenseurs des Lumières et ceux qui les critiquent comme étant des humanistes bercés d’illusion.

"Ou bien nous nous croyons des hommes libres, capables de moralité et à l'abri des défaillances morales ; ou bien nous pensons que, finalement, l'homme est incapable de se conduire lui-même, ce qui peut alors mener à toutes les formes d'obscurantisme et d'autoritarisme.

"C'est là un choix qui reste fondamental : conserver l'héritage des Lumières sans tomber dans l'illusion.

"Cela demande des efforts. La responsabilité n'est pas quelque chose dont on décide librement mais quelque chose qui s'impose à nous. En d’autres termes, nous devrions apprendre que c'est de la responsabilité que procède notre liberté et non pas l’inverse : c’est parce que je suis responsable que je peux être libre.

"Mais d'où alors procède la responsabilité ? Etre un homme parmi les hommes est une responsabilité.

"Défendons l’idée d’une autonomie collective, une « hétéronomie », une volonté qui puise hors d’elle-même dans les règles sociales le principe de son action.

"Les scientifiques ont montré que l'homme dispose d'une capacité, disons, "neurologique" qui l'a ouvert à la possibilité d'actions désintéressées. Il est capable d'inventer son avenir au-delà de ce qui est donné par la nature, de donner un sens à ce qui existe, de transcender le Monde tel qu'il est, et à partir de cette action, il le reconstruit et se construit lui-même.

"Aussi il ne faut pas avoir peur de l’avenir mais être conscient de ses responsabilités. C’est le défi de chacun ; ne pas être rebuté par cette société sans visage qu’on nous propose, par cette inhumanité du Monde qu'on ne sait pas comment humaniser.

"L'inhumanité fait passer la puissance et le souci de la subsistance avant le service. C'est un monde où les hommes travaillent pour la société au lieu que la société serve les hommes.

"Notre chemin est l'action publique, l'ouverture aux autres, et la protection désintéressée de la nature. Nous ne trouverons la force d’exercer cette  responsabilité que par la médiation des uns avec les autres. Agir ensemble...

"C’était déjà la promesse des Lumières… Près de trois siècles sont passé. La route est encore longue, mais ne désespérons pas. Modèle en son temps, la France des Lumières a connu des hauts et des bas en son histoire, et n’est fort heureusement plus seule aujourd’hui.

"Que notre République se préserve sur ces bases. Vivent les valeurs de la République, en France, en Europe et dans le Monde. Et, en ce qu’elle a fait germer et sait encore faire rayonner les idées des Lumières, vive la France !"

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Publié par Marc Vuillemot - dans Devoir de mémoire
18 juin 2012 1 18 /06 /juin /2012 18:57

http://www.clg-rondeau-rambouillet.ac-versailles.fr/local/cache-vignettes/L358xH480/appelgaldegaulle18juin40-9cb58-2-6bc3f.jpgCeux qui me connaissent savent combien je suis attaché aux cérémonies commémoratives et patriotiques. Au-delà du protocole et des symboles, elles constituent des jalons de notre existence de l'urgence perpétuelle. Des jalons utiles pour nous poser un instant, réfléchir aux leçons à tirer de faits historiques, et honorer la mémoire de ces hommes et femmes qui, trop nombreux, ont donné leurs vies pour nous permettre d'être des citoyens libres et droits.

Beaucoup d'entre eux étaient des militaires, professionnels, enrôlés, mobilisés, ou engagés volontaires. Ils forcent le respect du très moyen militariste que je suis. De Gaulle était de ceux-là. J'ai prononcé une allocution hier lundi à l'occasion du 72ème anniversaire de l'Appel qu'il a lancé, depuis Londres, à ne pas se résigner à la défaite et à résister à l'occupant nazi...

"Le 18 juin 1940, à 18h, un général deux étoiles proclame à la radio depuis Londres : "La France a perdu une bataille, mais n'a pas perdu la guerre ».

"En apprenant la démission de Paul Reynaud, Président du Conseil, le 16 juin, Charles De Gaulle décide de partir « dès le matin » pour l’Angleterre afin de poursuivre le combat.

"Le 17 juin, Pétain avait, lui, demandé l’armistice.

"Aujourd’hui, l'appel du 18 juin est perçu comme un message d'espoir, un appel à entrer en Résistance. Le terme est entré désormais dans le vocabulaire politique du XXe siècle.

"Quant à notre siècle, il enrichit la notion par une injonction : « Résistez ! Indignez-vous ! Bousculez les citadelles oppressives ! ». Faites valoir les valeurs de liberté, de libre choix lorsque ce dernier est collectif et compatible avec des constitutions démocratiques.

"Aujourd’hui il est moins question d’hégémonie et de conquêtes de nouveaux territoires que d’autodétermination des peuples et de libération du joug d’un dictateur.

"Car, oui, définitivement, la liberté des hommes réside dans la notion de choix.

"Ce choix est lié à l’adaptation des comportements et des décisions, aux conditions anticipées du futur. L’honneur est de décider au delà de l’intention privée ou de l’intérêt d’un groupe défini pour privilégier l’intérêt général.

"Voilà posée la question de la responsabilité. Et pour le coup, celle de la responsabilité individuelle, dans une personnalisation de l’action... aller voter, par exemple. Responsabiliser chacun dans une conscience collective.

"Lorsqu’il prend sa décision, le Général est seul.

"J’ai la conviction, j’ai le sentiment, que toute action conduite engage son auteur. Cette notion est un pilier de la pensée morale qui a tant manqué au capitalisme financier qui joue, et a joué, sur des chimères.

"Et, en effet, les bases qui permettent de trancher entre l’action à mener et celle à éviter reposent, bien sûr, sur des critères d’intérêt, de recherche du plaisir, mais aussi, et préliminairement, sur la sensibilité morale qui trouve appui sur la reconnaissance de la valeur de l’autre, sur les valeurs de la République dûment expliquées… il est si facile de les instrumentaliser, je pense à la laïcité qui est le contraire de la dénonciation d’une communauté.

"La défense des valeurs de la République, en opposition à ce qui fondera l’Etat français, l’état vichyste, c’est la grande leçon de l’appel du 18 juin.

"Notre enjeu collectif est d’améliorer le présent et de préparer des lendemains où le spectacle pénible des inégalités serait aboli.

"L’éducation est une de nos armes, elle doit permettre la prise de conscience de ce que l’on est, dans l’environnement qui est le nôtre, et autoriser les personnes à jouer un rôle social dans le travail et dans la cité.

"On nous parle de la crise. Oui les temps sont durs, oui il faut prendre des décisions ; et parmi elles développer l’éducation.

"Parce que les progrès en éducation accompagnent ceux de l’économie.

"Aujourd’hui les progrès scientifiques et techniques, les moyens de communication dépassent les problématiques passées, on n’en est plus à faciliter le travail de l’homme mais à penser l’homme : le progrès scientifique et technique pose le problème de la connaissance et de la formation dans une optique totalement nouvelle. Dans ces conditions, l’éducation, en produisant des sachants de plus en plus citoyens, appelle, accompagne ou consacre les évolutions sociales et politiques, techniques et économiques.

"Il est en effet indispensable dans notre monde de mouvement que chacun puisse, dans la mesure irréductible qui lui appartient, être son propre agent de problématique, de décision et de responsabilité.

"Il y a alors nécessité d’aller vers « une société éducative » développant le goût et le plaisir d’apprendre, la capacité d’apprendre à apprendre, la curiosité de l’esprit. C’est la condition nécessaire pour avoir la possibilité d’agir sur son propre destin dans ce monde de mouvement et de changement.

"Agir sur le destin, voilà une autre leçon de l’appel du 18 juin.

"Ces nouveaux droits créent des devoirs. Ceux de nous astreindre à mieux comprendre l’autre, à mieux comprendre le monde. Il s’agit d’apprendre à vivre ensemble en développant la connaissance des autres, de s’appuyer sur nos interdépendances pour la réalisation de projets communs, de conjurer les périls et réduire les nuisances,  de dégager les priorités. Cela suppose des hommes et des femmes instruits, informés et conscients, pour que cette intelligence populaire puisse accéder à la conscience d’elle-même, de ses aspirations, de sa force. Il faut combattre la résignation, il faut lutter et résister.

"Cela peut paraître utopique, mais, vous le savez bien, les utopies d’aujourd’hui sont les réalisations de demain.

"En réfléchissant, qui aurait parié un sou sur l’Appel du 18 juin ?"

 


http://www.corlobe.tk/IMG/jpg/pmm_ls190512_041.jpgÀ propos de militaires, je veux rappeler que la ville de La Seyne est la marraine de la Préparation Militaire Marine (PMM) "Amiral Trolley de Prévaux" qui poursuit son dévelopement. Je n'en ai pas parlé au cours de la campagne électorale car j'ai tenu à respecter l'obligation de réserve à laquelle était astreinte, peut-être plus que tout autre corps d'État, la Marine nationale, mais j'ai eu le plaisir de participer au Fort Saint-Elme à la remise des dipômes de fin de formation aux jeunes gens et jeunes filles qui, le mois dernier, ont achevé leur parcours d'instruction. Une excellente chose pour ces volontaires, dont beaucoup de Seynoises et Seynois, qui n'opteront pas forcément pour une carrière militaire, mais qui, à défaut du service national que les plus anciens d'entre nous avons connu, se sont retrouvés toute l'année scolaire sur leurs temps libres pour acquérir des savoirs et, surtout, des savoir faire et des savoir être sociaux. J'invite d'ailleurs mes visiteurs à jeter un coup d'oeil sur ce sujet sur le portail des sous-marins.

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Publié par Marc Vuillemot - dans Devoir de mémoire
8 mai 2012 2 08 /05 /mai /2012 12:23

8_mai_2012.jpgHier, 8 mai 2012, soixante-sept ans après l'armistice de 1945, se déroulaient, à La Seyne comme dans tout le pays, les cérémonies commémorant la fin de la plus terrible guerre que l'histoire avait jamais connue. J'ai prononcé une allocution...

"Après cinq années de guerre, les 8 et 9 mai 1945, l’Allemagne capitulait sans condition. Auparavant, il y avait eu l’appel du 18 juin  1940 lancé par le général Charles De Gaulle depuis Londres ; la création du Conseil National de la  Résistance, le 27 mai 1943 ; Jean Moulin, fédérateur des divers réseaux de résistance ; l’héroïsme des soldats des armées alliées, les deux débarquements de 1944, le 6 juin en Normandie et le 15 août en Provence.

"Vous conviendrez que, si la commémoration d’aujourd’hui est bien celle du devoir de mémoire dû aux millions de victimes civiles et militaires, si elle est celle de la victoire sur l’Allemagne nazie, qui a voulu la guerre, si elle est celle sur la faiblesse des démocraties qui n’ont pas voulu voir le réarmement et les montées d’un nationalisme guerrier, elle est aussi, et peut-être surtout, surtout, celle de la victoire sur des idées monstrueuses de haine et de rejet de l’autre, l’autre différent, l’autre étranger.

http://www.leparisien.fr/images/2012/05/08/1990454_sarkozy-hollande-triomphe.jpg"Oui, vous conviendrez qu’en ce 8 mai un peu particulier, où deux hommes seront tout à l’heure côte à côte à Paris, je souligne combien ce combat reste douloureusement d’actualité.

"Non pas que nous vivions la même époque ni les mêmes situations, mais le ferment de la xénophobie, de la stigmatisation de catégories de gens, de la peur irrationnelle, a été encore une fois utilisé, instrumentalisé, dans les mois qui viennent de s’écouler.

"C’est pourquoi, devant vous, anciens combattants, porte-drapeaux, élus, corps constitués, citoyens, devant les enfants du collège, je souhaite rappeler que des hommes et des femmes que rien ne prédisposaient à travailler ensemble, issus de mouvements politiques différents, de convictions religieuses exclusives, de racines sociales, culturelles, philosophiques, diverses, parfois adversaires, ont su se rassembler sur des valeurs communes de solidarité, d’entraide, de préservation des libertés.

"Ces gens ont réfléchi ensemble sur l’éducation, sur le partage, sur l’économie, la santé, le transport, et sur la conscience même d’être un groupe qui avance ensemble.

"Ces personnes ont élaboré un programme, celui du Conseil National de la Résistance. Elles l’ont mis en œuvre dans des conditions autrement difficiles, un pays dévasté, déchiré, des rancœurs accumulées, et pourtant, il a servi de socle à la construction du modèle social et démocratique de la France pendant des décennies.

"Alors, à l’exemple de ces résistants, adhérons aux nouveaux défis qui devraient aboutir à un nouvel ordre du Monde !

"Si l’on ne peut pas distribuer les richesses que l’on n’a pas ou plus, il faut que les êtres humains soient enfin respectés, que la jeunesse soit la première des priorités, que la vieillesse soit protégée, que l’on en finisse avec la tyrannie de l’argent dans une société gangrenée par la pauvreté et la stigmatisation des étrangers et des immigrés.

"Nous voulons un pays conscient, une nation adulte, un peuple ouvert et responsable, averti, et non pas perverti d’idées simples, radicales, mensongères.

"La vigueur du combat économique et du progrès social dépend de la qualité de la vie démocratique, de la séparation effective des pouvoirs, de l’indépendance de la justice, du respect des contre-pouvoirs institutionnels, de l’action et la pérennité des services publics réhabilités.

"C’est cela que le Conseil National de la Résistance a su mettre en œuvre.

"Alors, oui, perpétuons la mémoire, le souvenir de ces hommes et de ces femmes qui, au milieu de tant de lâchetés, de trahisons, de tentatives d’avilissements, ont su élever leur vertu d’humanisme, de courage, d’abnégation, et qui l’ont fait partager et mis en actes.

"C’est cette victoire là, plus que celle sur un pays agresseur, que je souhaite célébrer.

"Ces hommes et ces femmes nous obligent. Nous devons croire en notre capacité, au quotidien, à vivre ensemble, les uns, les autres, avec nos différences et dans des valeurs humanistes communes.

"Le combat pour la liberté de tous, pour l’égale dignité de tous, est un combat toujours fécond. C’est déjà ce que nous avaient appris les Révolutionnaires qui, en 1794, entonnaient l’Hymne à la Liberté, aussi appelé Chant du départ, qui doit toujours nous rappeler que... « La Liberté guide nos pas » et que « La République nous appelle »."

Oui, répondons à son appel : Vive la France de la République !

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Publié par Marc Vuillemot - dans Devoir de mémoire

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