13 novembre 2013 3 13 /11 /novembre /2013 05:00

131111_armistice_3.jpgMon discours à l’occasion de la commémoration de l’armistce de 1918 a été, cette année, un peu plus long qu’à l’ordinaire. C’est que j’ai voulu y glisser quelques références locales et confirmer mon appel à participer à la Grande Collecte. Les lecteurs de ce blog y retrouveront des questions déjà évoquées ici...

« Lorsqu’on évoque les bornes de la Première Guerre mondiale, on parle de la seule guerre qui symbolisa à un tel point l’unité nationale, la défense unanime de la Patrie, la reconquête territoriale , et donc, en 1914, la liesse des premiers départs, la fleur au fusil... pour en arriver, en 1918, à l’horrible monstruosité des chiffres : 19 millions de morts et 21 millions de blessés, militaires et civils, dans le monde.

« Pour ma génération, c’est un souvenir des récits de nos grands-pères. Pour la jeunesse, un chapitre du programme d’histoire.

« Les guerres sont cruelles, dévastatrices, remplies de larmes, de sang, de cendres. Alors pourquoi celle-là, plutôt qu’une autre dans notre mémoire collective après près de cent ans ? On l’a dit, l’unité nationale ! Sans défaut. Le sentiment patriotique. Mais, si c’est une première mondiale, c’est aussi celle de plusieurs premières : les nationalismes jamais autant exacerbés, les États aux ordres des capitaines d’industrie, les Scheider, les Renault, et d’autres chez nous, ces vrais maîtres de l’Europe revenant des champs de bataille les crocs humides de sang, jouant les va-t-en-guerre avec les avances effroyables des techniques : l’aviation, les chars d’assaut, les sous-marins, le gaz…

« C’était quoi, la guerre des tranchées ? Selon le Journal de guerre, d’Otto Dix : « Des poux, des rats, des barbelés, des puces, des grenades, des bombes, des cavernes, des cadavres, du sang, de l’eau-de-vie, des souris, des chats, des gaz, des canons, de la crotte, des balles, du mortier, du feu, de l’acier, voilà ce que c’est la guerre ! »

« Le 12 mars 2008 disparaissait Lazare Ponticelli, le dernier poilu. Il me revint l’honneur de rendre un dernier hommage au dernier poilu de la Grande Guerre. Ainsi ce fut l’une de mes premières interventions devant ce monument, et aujourd’hui, 11 novembre 2013, c’est l’une des dernières de ce mandat.

« Or nous sommes à la veille du centenaire du début de ce conflit qui bouleversa les hommes, les territoires, les équilibres anciens, l’économie mondiale, la pyramide des âges, les mentalités, les mœurs. C’est pourquoi, pour commémorer le 95ème anniversaire de la signature de l’armistice, parce qu’il n’y a plus de témoins vivants, parce qu’on ne doit pas oublier les souffrances, que l’horreur fut grande et que nous devrions en tirer toutes les leçons, j’incite mes concitoyens à participer, de demain mardi à vendredi, à la Grande Collecte des archives familiales relatives à cette guerre, opération à laquelle La Seyne s’honore d’être la seule commune varoise à participer, grâce à la bonne volonté et l’enthousiasme des agents de notre service d’archives.

« Pour ma part, aujourd’hui, j’ai choisi la distance et la puissance évocatrice qu’offre la littérature...

« Aussi loin que je cherchais dans ma mémoire, je ne leur avais rien fait aux Allemands.

« Au-dessus de nos têtes, à deux millimètres, à un millimètre peut-être des tempes, venaient vibrer l’un derrière l’autre, ces longs fils d’acier que tracent les balles qui veulent vous tuer, dans l’air chaud de l’été.

Fermes désertes au loin, des églises vides et ouvertes, je n’avais que vingt ans d’âge.

« Je pensais à cette incroyable affaire internationale, où je m’étais embarqué d’enthousiasme… je l’avoue.

« On est puceau de l’horreur comme on l’est de la volupté. Je découvrais d’un coup la guerre toute entière. Il faut être seul devant elle comme je l’étais à ce moment-là pour bien la voir, la vache, en face et de profil.

« Et, avec quel effroi !... Perdu parmi deux millions de fous héroïques et déchainés et armés jusqu’aux cheveux ; à genoux, creusant, pétaradant, enfermés sous la terre, pour tout détruire, Allemagne, France et continents.

« Donc, pas d’erreur ? Ce qu’on faisait à se tirer dessus, comme ça, sans même se voir, n’était pas défendu ! Cela faisait partie des choses qu’on peut faire sans mériter une bonne engueulade. C’était même reconnu, encouragé par des gens sérieux. Rien à dire.

« (...) Ils n’ont pas duré les villages… Au bout d’un mois, il y en avait déjà plus. Les forêts, on a tiré dessus aussi, au canon. Elles n’ont pas existé huit jours les forêts.

« Après ce temps-là, les convois d’artillerie prirent toutes les routes dans un sens et les civils qui se sauvaient, dans l’autre.

« (...) Il n’y avait plus rien que la nuit.

« (...) Alors pour cette guerre, la profonde, la vraie de vrai, pitié pour nos soldats qui sont morts ! Pitié pour nous vivants qui étions auprès d'eux. Pitié pour nous, forçats de guerre qui n'avions pas voulu cela, pour nous tous qui étions des hommes, et qui désespérions de jamais le redevenir. Nous n'avions pas le sang des héros. Nous avions même comme un frisson quand la mort nous frôlait de trop près et, machinalement, nous faisions ce qu'on appelle notre devoir. »

« Fin de citation. C’étaient des évocations du « Voyage au bout de la nuit » de Céline. Souvenons-nous.

« Souvenons-nous aussi de ce que fut cette guerre à La Seyne, si éloignée des fronts : du collège des Maristes transformé en hôpital militaire, du rassemblement à l'Eden-Théâtre, sur la place de la Lune, des soldats mobilisés rejoignant les militaires d'active, de la caserne de La Gatonne en effervescence à l'heure de la mobilisation, de la construction des navires avisos aux chantiers navals qui, pour la terrible circonstance, diversifièrent leurs activités pour l'industrie de guerre : artillerie, projectiles, chevaux de frise, et le fameux char lourd FCM1A dit "de type La Seyne", commandé aux "Forges et Chantiers de Méditerranée" en 1916, dont les essais ont été réalisés en 1917 aux Sablettes, et livré à la fin de la guerre

 « Souvenons-nous de Joseph Julien, Philémon Zunino ou Alexandre Maurel, ces soldats seynois du XVème corps d'armée, dont les témoignages ont permis, plusieurs années après la guerre, de réhabiliter Marius Marcel, l'un de ces mobilisés au 7ème Colonial, originaire de Carcès, fusillé pour l'exemple comme six centaines de ses camarades pour avoir soi-disant déserté le front.

« Souvenons-nous des proches restés ici dans une angoisse croissante que, dans beaucoup de nos familles, rappelle une missive abandonnée dans un tiroir de commode, souvent malhabilement rédigée à la hâte par un soldat à l'intention des siens qui l'ont vu partir de Provence, à l'instar de celle de mon arrière-grand-oncle qui écrivait en septembre 14 à sa jeune épouse "Je pense bien que dans 30 jours, je serai de retour" et qui, cinq semaines plus tard, mourait pour la France dans l'enfer du front belge. Sans avoir rien compris de la raison de sa fin tragique. Sans même sûrement avoir pensé comme Trumbo que « personne en dehors des morts ne sait si toutes ces idées dont parlent les gens valent la peine qu’on meure pour elles ou non ».

« Souvenons-nous. Pour que, par l’inoffensif combat permanent de la mémoire face à l’oubli, vive la Paix en Europe et dans le Monde, et l’amitié entre les peuples. »

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Publié par Marc Vuillemot - dans Devoir de mémoire

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