19 novembre 2018 1 19 /11 /novembre /2018 16:04

Nul ne comprendrait que, acteur de la vie politique, fût-elle seulement locale, de crainte de me faire qualifier de « récupérateur », je ne livre pas mon analyse de la situation préoccupante que traverse la France, dont sont victimes des milliers de Seynois, et pas seulement les plus humbles, et de ce qui me semble pouvoir concourir à l'imagination de solutions républicaines et démocratiques...

 

« On ne veut pas de récupération politique ! ». Cette phrase, comme pour me prévenir, on me l'a dite spontanément plusieurs fois au cours du dernier week-end. C'est une situation plutôt inédite pour moi. Car, hormis sur les sujets concernant les collectivités locales et leurs relations avec l'État ou l'Europe, comme élu local, je ne suis à La Seyne que rarement à l'initiative d'échanges sur des sujets de politique nationale ou internationale, même si, en bon Méditerranéen, je ne rechigne jamais à défendre mes points de vue dans ces débats vifs à la gestuelle enflammée dont nous raffolons à La Seyne. Et ces mises en garde m'interrogent d'autant plus que, chaque fois qu'on m'a interpellé sur le sujet des « gilets jaunes », je n'étais pas en train de commenter le mouvement. Un peu comme si, croisant un élu, quel qu'il soit, il fallait lui envoyer un avertissement, avant même qu'il n'ait ouvert la bouche.

 

Pourtant, je pense qu'il faut... récupérer. Et sans tarder.

 

Pas récupérer le mouvement. Mais récupérer les erreurs des trois ou quatre décennies passées au cours desquelles on a, peu à peu, abruti les consciences, tari les moyens de l'argumentaire, asséché les analyses dialectiques, gommé les différences de projets de société, laissé fructifier le terreau du « tous les mêmes, tous des pourris », berné les citoyens en faisant le contraire de ce qu'on a proposé. À force de fermer les robinets des appuis à l'éducation, scolaire et populaire, de l'accès à la culture, du soutien à la presse d'opinion, de l'expérience du faire-ensemble et du réfléchir-ensemble, ce sont désormais deux générations dont on a réussi à étourdir les esprits, engourdir la capacité à choisir leur destin, et paralyser la soif naturelle à se défendre, seul et collectivement. Jusqu'à ce que le couvercle de la cocote saute.

 

Ce qui est en question aujourd'hui, ce sont juste les moyens de la liberté, de l'égalité et de la fraternité. Et de leur fil rouge laïque. Un rien...

 

Chacun pense ce qu'il veut. Mais, dans ma sensibilité, à gauche, ayons seulement, pour commencer, le courage de nos opinions. On a insidieusement instillé le concept de gauche « de gouvernement » marginalisant celle « de rupture », faussement et injustement reléguée sous le vocable de « les extrêmes » dans un même sac fourre-tout à mettre au ban des alternatives démocratiques. C'est plutôt réussi, au moins provisoirement. Dans l'esprit de millions de nos concitoyens, il n'y a aucun espoir de ce côté-là. Mais ça s'est aussi retourné contre les instigateurs de la manœuvre fratricide. Et, comme les gens, dans leur majorité, n'ont pas plus confiance, ni en la droite républicaine, ni en ceux prônant le « ni–ni » aujourd'hui grimé en « et–et », soufflé dont je ne pensais pas qu'il allait si vite retomber, il faut craindre que tout ça ne profite qu'à ceux qui haïssent la république et la démocratie.

 

Pourtant ce qui semble être la cause de l'emballement social est un sentiment d'injustice et d'inégalité croissantes, bien plus important et profond que la partie émergée de l'iceberg qu'est la taxe sur les carburants. On ne peut plus s'en tenir à une sorte de résignation nationale justifiée par la mondialisation. On peut agir à l'échelle du continent ou au moins du pays. Il faut notamment rétablir des équilibres, c'est-à-dire prendre le trop-plein d'argent là où il ne cesse de s'accroître pour le reverser là où il fait de plus en plus défaut.

 

Est-il en effet acceptable que l'on ait supprimé l'impôt de solidarité sur la fortune ? Est-il convenable que l'on ait réduit la progressivité de l'impôt sur le revenu ? Est-il admissible que l'on ait renoncé à envisager la fusion de l'impôt sur le revenu avec la contribution sociale généralisée ? Est-il supportable de refuser de ponctionner des domaines improductifs de l'économie comme ceux des rentiers, de la grande finance ou du grand immobilier, ce qui permettrait de dégager des contreparties en allégeant les revenus du travail ? Est-il recevable de ne pas envisager une modulation de l'impôt sur les sociétés en fonction de l'évolution comparée des dividendes versés à leurs actionnaires et de leur masse salariale ? Est-il tolérable que la charge fiscale des artisans, commerçants, petites et moyennes entreprises, demeure lourde tandis que de grandes sociétés transnationales, dont celles bien connues de l'Internet ou de la vente en ligne, passent entre les mailles du filet de la contribution fiscale nationale ? Est-il soutenable qu'on avance à pas de fourmi vers la taxation des nuisances environnementales tandis qu'on ne touche en rien à la TVA et aux accises prélevées sur des produits de consommation courante ? Est-il approuvable que l'on n'accroisse pas les moyens des services de l'État dédiés à la traque des fraudeurs du fisc et des cotisations sociales ?

 

Contrairement à ceux qui le fustigent par démagogie, je crois, comme ceux qui ont en ont gravé le principe dans le marbre de la déclaration des droits de l'homme et du citoyen de 1789, que le problème n'est pas l'impôt, outil de la solidarité nationale, c'est-à-dire instrument de l'Égalité et de la Fraternité qui fondent nos institutions. Le problème, c'est l'oubli de son objet, l'omission de l'information pédagogique de son sens profond, et sa fragilisation par une application injuste et inégalitaire.

 

Et, quand on est maire d'une commune aussi sociologiquement diverse que La Seyne, on le mesure chaque jour, lorsque certains de ceux qui s'acquittent, souvent lourdement, de leur fiscalité locale, en sont à faire part de leur regret, voire de leur indignation, que leur contribution ne serait utilisée – ce qui est inexact – qu'au service des plus humbles qui, eux, sont montrés du doigt parce qu'exemptés, faute de ressources, de participation aux recettes de la collectivité.

 

On en revient toujours au même point. On est là dans une situation préoccupante résultant de la combinaison d'un déficit durable très grave d'éducation citoyenne et d'une politique inégalitaire assumée au seul bénéfice de la minorité des plus aisés, pour beaucoup bien éloignés de la Nation elle-même. Oui, il faut donc en effet « récupérer ». Mais, je le répète, pas « récupérer » le mouvement qui interroge et inquiète. Ce qu'il faut « récupérer », c'est la capacité de la puissance publique nationale à éduquer pour éclairer les esprits, et son aptitude à offrir une perspective républicaine juste et humaine.

 

Simplement, si possible, en gardant en tête un propos d'un certain Charles De Gaulle, pas spécialement classé parmi les « gauchos », alors qu'il exposait, en 1944, sur fond de programme du Conseil national de la Résistance, les principes qui allaient devoir guider son action :

 

« (...) tout en assurant à tous le maximum de liberté, et tout en favorisant en toute matière l'esprit d'entreprise, elle [la France] veut faire en sorte que l'intérêt particulier soit toujours contraint de céder à l'intérêt général, que les grandes sources de la richesse commune soient exploitées et dirigées (...) pour l'avantage de tous, que les coalitions d'intérêt (...) soient abolies une fois pour toutes, et qu'enfin chacun de ses fils, chacune de ses filles, puisse vivre, travailler, élever ses enfants, dans la sécurité et la dignité (...) »

 

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Publié par Marc Vuillemot - dans Idées et politique générale

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