4 décembre 2011 7 04 /12 /décembre /2011 07:33

http://defenseglobale.fr/wp-content/uploads/2010/11/11-NOVEMBRE-2010-300x195.jpgOn m'a réclamé le discours que j'ai prononcé à l'occasion de la commémoration du 93ème anniversiare de l'armistice de 1918. Je le livre un peu tardivement, illustré d'une photo des jeunes des classes "défense globale" du collège Henri-Wallon qui sont toujours présents aux rendez-vous de la mémoire et que l'on peut retrouver sur leur blog...

Le 11 novembre, chaque année, nous célébrons l’Armistice qui, signée en 1918 dans le bois de Rethondes, mit fin aux combats après quatre années de guerre. Ces quatre années seront désormais connues sous le nom de « Grande Guerre ».

Quatre-vingt-treize années ont passé. L’émotion n’est plus la même, les souvenirs dans les familles ne sont plus relayés que par des personnes qui ont ouï-dire les combattants. Les « gueules cassées » n’évoquent plus qu’un vieux billet de la loterie nationale, elle aussi disparue.

Et, pourtant ! Nous sommes là, autorités civiles et militaires, associations d’anciens combattants, élus, enfants des écoles, population.

C’est que cette guerre, dont on dit qu’elle nous a fait entrer dans le XXe siècle, est à la fois l’adieu à l’ancien monde, des régiments en ligne aux uniformes colorés de bleu azur et de garance et des manufactures, et l’avènement de la modernité, de l’aviation, de l’industrialisation, des conquêtes sociales.

Le choc a été si violent. L’horreur si grande. Les morts si nombreux. Les décisions des Etats-Majors si cruelles et inconséquentes parfois. Les conditions de guerre si nouvelles. L’implication de l’arrière, des femmes, si importantes.

On le sait, la Grande Guerre fut, entre autres, le résultat d’une Europe divisée - l’actualité nous rattrape, souhaitons simplement que nous, les Européens d’aujourd’hui, saurons être intelligents et constructifs : si la guerre est devenue financière, elle peut être, elle aussi, dévastatrice pour les peuples).

La Grande Guerre fut aussi le fruit de l’expansion coloniale et de ses dérives ; le fruit du nationalisme le plus étroit ; le fruit du désir de revanche ; le fruit de la question territoriale ; et le fruit des grands enjeux capitalistes des marchands d’armes.

Au sortir de la guerre, peu de voix s’étaient élevées pour dénoncer la grande agression collective de 1914 – 1918.

C’est que la Paix, tant attendue pendant le conflit, a été une paix victorieuse, susceptible de légitimer, du moins dans un premier temps, les immenses sacrifices consentis par la Nation pour qu’advienne la victoire. Et, en effet, une sorte d’économie morale s’est mise en place, partout, pour célébrer les soldats français... un peu comme est née la légende des Grognards des armées napoléoniennes. Des monuments aux morts sont érigés dans le moindre des villages. La cérémonie du Soldat inconnu est instituée.

Rappelez-vous vos leçons d’histoire : ils étaient partis unanimes et enthousiastes ! Un départ en guerre magnifique de cohésion entre ceux qui partent et ceux qui restent, ces derniers faisant la haie dans les gares et le long des voies ferrées…

On le sait aujourd’hui, les historiens l’ont montré, la réalité est plus nuancée. Le mouvement pacifiste était très présent ; il y eut de la consternation, de la tristesse, les larmes se sont mêlées aux réactions d’enthousiasme…

Aussi, il fallut l’après-guerre et une plus complète analyse du pourquoi et du comment, pour qu’Anatole France ose écrire : « On croit mourir pour la Patrie, on meurt pour des marchands de canon ! ».

La guerre laisse une génération traumatisée par ce qu’on qualifie désormais de « grande boucherie ». Elle va marquer le siècle jusqu’à conduire à la construction de l’Europe. En effet, incidemment, la société française comprend que la parenthèse de la guerre ne sera jamais totalement refermée. Les idées pacifistes renaissent. Dans les années trente, sur le terreau de l’horreur des tranchées, elles irriguent l’ensemble de la société, elles traversent tous les partis, tous les milieux professionnels. Cela participera sans doute à ne pas vouloir ouvrir les yeux sur la réalité du réarmement de l’Allemagne, de l’idéologie du nazisme et de son bellicisme actif. La seconde guerre mondiale sera une réponse, et la communauté européenne du charbon et de l’acier en sera une autre.

Ces guerres ont été un accélérateur, et c’est malheureux que certains aient dit, du coup, les trouver nécessaires. C’est avec 14-18 que le bonheur est devenu un objectif. Le travail sera enfin réglementé, commençant à protéger le travailleur qui acquiert un statut. Une organisation sociale pour tous se dessine.

La guerre a révélé la fragilité de nos institutions, les écarts considérables entre les uns, le prolétariat, et les autres, la grande bourgeoisie, et leurs représentations respectives dans les Assemblées. Ainsi, de cette Grande Guerre, il sortit une notion confortée de la citoyenneté et de ce qu’un Etat responsable et solidaire doit et peut apporter.

Oui, oui vraiment, nous aurions tort de négliger l’utile compréhension des enchainements du passé ; ceux qui ont conduit à accepter comme inéluctable ce qui s’est avéré être inacceptable.

N’oublions pas que les totalitarismes sont toujours des expériences de croyances obscures rendues limpides par simplisme. Qu’ils ont attiré les foules et, parmi elles, des gens intelligents, instruits, cultivés. Aussi saluons ce qui se passe dans les pays arabes qui chassent peu à peu les tyrans et qui sauront peut-être construire un Etat de droit en respect avec les principes essentiels qui font une démocratie, - le plus dur est à venir : on sait, en France, qu’après une révolution ce chemin est chaotique. Ayons une pensée pour la Lybie libérée, pour la Tunisie qui a voté. Ces deux pays sont dans un processus encore incertain, souhaitons leur le meilleur, selon des idéaux démocratiques, dans le respect des personnes, de toutes les personnes, des croyances, toutes les croyances et toutes les incroyances.

Ces peuples, ces jeunes, ces femmes, nous ont montré que le courage, l’ambition pour tous, la volonté, ne sont pas vains. C’est aussi ce que je veux croire dans l’action des troupes françaises qui ont payé un lourd cette année en Afghanistan. 

Rien n’est irréversible. Il y a encore dix jours, je recevais à l’EAJ des Sablettes deux groupes de jeunes Polonais et Allemands et leurs professeurs, venus rencontrer et partager une pratique artistique et plastique avec des jeunes du collège Wallon. L’une des professeures berlinoises me disait que rien n’était plus efficace, pour le rapprochement et la compréhension des peuples, au-delà des beaux discours, que la réalité des confrontations dans les actes les plus quotidiens, comme préparer un petit déjeuner. C’est tellement vrai et tellement vérifié et vérifiable.

L’an passé, je citais Jaurès : « L’effort humain vers la clarté et le droit n’est jamais perdu ».

Je vais rester encore sur ces paroles, et, redire que nous devons user de notre mémoire dans un exercice critique : ce n’est pas seulement la fin de la guerre que nous devons célébrer, mais la solidarité des hommes dans l’adversité telle qu’elle fût vécue dans la boue des tranchées.

C’est cette solidarité qui doit permettre la construction d’un avenir dans la paix pour les enfants du Monde.

Oui, vive la Paix !

Vive l'Europe des peuples solidaires !

Vive la France républicaine !

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Publié par Marc Vuillemot - dans Devoir de mémoire

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Marc VUILLEMOT

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