9 mai 2016 1 09 /05 /mai /2016 03:48

Voici le discours que j'ai prononcé ce dimanche devant le monument aux morts, lors de la cérémonie de commémoration de l’armistice du 8 mai 1945...

 

« Le 8 mai 1945, l’Allemagne nazie signait sa capitulation. Durant des années avant 1939, le Reich, encouragé par la faiblesse des démocraties, avait insolemment réarmé, annexé des territoires en toute impunité, développé ses théories nationalistes, racistes, antisémites. On sait quelles en furent les conséquences.

« Aujourd’hui certaines similitudes sont alarmantes : les crispations identitaires, nationalistes, intégristes. Elles doivent nous inquiéter. Ici ou là, resurgissent des régimes autoritaires ; au-delà des crises, des conflits, et des migrations qu’ils entraînent, c’est la montée des populismes, du désintérêt citoyen que traduit, entre autres, l’abstentionnisme électoral. La tendance qui prévaut, c’est le repli, le rejet, la fermeture, la haine du vis-à-vis. Et, de fait, un péril réel menace la démocratie.

 

L'héritage de la Résistance...

« Un essayiste a écrit : « Cette fois-ci, c’est sérieux, vraiment sérieux. Cette fois-ci, c’est notre bien le plus précieux, la démocratie, qui est ébranlé. En Europe, à peu près partout. En France maintenant. Attentats, réfugiés, chômage (…). Nous assistons, impuissants et inconscients, à un basculement historique de notre vie publique… Le débat sur l’égalité s’étiole. Le débat sur l’identité prospère. »

« Des mois avant le 8 mai 1945, le Conseil National de la Résistance, au nom de la France libre et de De Gaulle, avait minutieusement préparé le retour à la démocratie.

« Un de ses axes pour souder la communauté française fut la promotion de l’égalité sociale, constitutive de l’identité nationale. Mutualisation des risques (maladie, vieillesse), mécanisme de solidarité (minima sociaux, retraite par répartition) instituèrent l’identité de notre pays qui devait se relever.

« Oui, l’adversité la plus dure crée le rassemblement et les attitudes altruistes. A contrario, l’abondance, si on n’y est pas attentif, crée le consumérisme, les égoïsmes, et la prévalence d’une indifférence redoutable. Car l'aisance est illusoire, la richesse, concentrée entre très peu de mains, est donnée à voir comme fascinante à une population appauvrie, la richesse épate mais reste inaccessible… Un miroir aux alouettes !

« Notre démocratie, attaquée de l’extérieur, doit se garder d’être bousculée de l’intérieur. L’intérieur, c’est un projet partagé, une identité commune et... des identités.

 

…et celui de la Révolution française

« Certes, la démocratie n’existe pas sans clivages, mais l’identité, telle qu’on la pense perfidement aujourd’hui, de provenance ou de religion, est exclusive. Elle est le contraire du concept de « société ouverte » qu’a donné au Monde la Révolution française.

« Ne négligeons pas non plus que notre nation, qui est une identité partagée, s’est structurée par l’affirmation de l’égalité et la recherche de solidarité. C’est ce qui en a fait longtemps un exemple, et malgré les guerres napoléoniennes.

« La Marseillaise, c'est un chant de libération. Notre devise - Liberté, Egalité, Fraternité - adossée à la Laïcité, valeurs républicaines qui en « saoulent » certains, mais, heureusement, pas la plupart d'entre nous, c'est, et ça reste, le compromis universel entre les libertés individuelles et le vivre en société.

« Si la Révolution a assis et révélé au Monde les principes des Lumières, il aura fallu un siècle, et plusieurs guerres, pour que ses attendus recueillent la quasi unanimité de nos suffrages. Et, enfin, il y a peu, seules quelques pensées extrêmes faisaient exception. Or elles sont de nouveau en progrès et elles mettent en danger notre démocratie. Car, comme naguère, elles portent le ferment des atrocités, dont celles des guerres.

« À ce sujet, comment, en ce printemps 2016, ne pas évoquer Verdun ? Il y a tout juste cent ans, les hommes s’enterraient sous un déluge de bombes. La folie de leurs dirigeants, au nom des idées dévoyées de l’identité et de la nation et obéissant à des logiques impérialistes, a conduit à cette tuerie entre ces gens qui, en plus, partageaient une même religion. Chaque camp était persuadé d’avoir le même Dieu à ses côtés. Et nous n’en tirons malheureusement pas leçon.

 

Je souhaite un débat actif sur la laïcité

« J’ai souhaité qu’un débat actif ait lieu sur la laïcité à La Seyne. A la fin du XIXe siècle et au début du XXe, le pays était divisé sur la question. Les laïcs s’opposaient aux clercs. Cet anticléricalisme n’a plus lieu d’être : au sommet de l’Etat ou guidant les hommes, l’hégémonie catholique d’antan n’est plus. La séparation des églises et de l’Etat ne fait plus débat.

« La laïcité est désormais pour le plus grand nombre un principe juridique de neutralité de l’Etat et un principe philosophique de liberté et de tolérance.

« De ce point de vue, c’est bien la laïcité qui nous permet, en remettant les croyances individuelles à leur juste place, dans la sphère privée, de vivre en partageant les mêmes valeurs, dans une même espérance citoyenne.

« Face à cela, nous devons être forts, c’est-à-dire unis, soudés autour des valeurs que nous défendons et que nous arborons au fronton de nos édifices publics.

« C’est ce sentiment d’appartenance et de défense de ces valeurs que les Français ont exprimé après le 11 janvier et le 13 novembre de l'an dernier, puis les Belges à leur triste tour. Ils se sont levés, dans un formidable élan, pour faire front ensemble.

 

Partout, les cœurs se sont refroidis

« De même, notre émotion est grande devant le drame des réfugiés. En Allemagne, Angela Merkel, un peu par surprise (son intransigeance sur la situation grecque a marqué), a montré la voie ; et elle y a perdu une partie de la population et de sa majorité. Et elle a reculé. Partout, les cœurs se sont refroidis, les portes se sont fermées, certains se croient malins d'oser voir de la veulerie chez ces êtres humains qui ne vivent rien d'autre ce que les 8 à 10 millions de Français du nord de notre pays (un quart de notre population d'alors !), ont connu avec l'exode devant l'avancée des troupes nazies, et que tant de familles généreuses ont alors accueillies.

« Heureusement, s’il y a montée du repli sur soi, voire de la xénophobie, ce n’est pas dans toute la société. La majorité ne cède pas à ce sentiment détestable.

« Combattre les peurs, c’est défendre notre culture. C’est une chose de respecter la peur, c’en est une autre de la flatter, voire de l’amplifier. Paraphrasant Einstein, je vous dis que ceux qui aiment ne voir qu’une « seule tête » (je cite) « ce ne peut être que par erreur qu’ils ont reçu un cerveau : une moelle épinière leur suffirait amplement ».

« Combattons ces croyances qui égarent, ces croyances qui ne défendent qu’une vue identitaire de rejet, un seul modèle, une seule religion, qui opposent aux mots « liberté, pensée critique, égalité des droits » un nationalisme ethno-centré, une France réservée... au Français – quel Français ? ça ne veut rien dire ! —, et qui rejettent de fait, c’est paradoxal, la devise nationale par l’intolérance à ce qui n’est pas soi.

 

Egalité des chances devant la formation, le logement, la santé : voilà qui rassemble une société !

« Ne soyons pas dupes, l’Histoire a montré que la prospérité fait suite à la générosité, et les souffrances au repliement. Pourtant, il faut constater que la tactique éculée qui consiste à dénoncer l’ennemi extérieur qui mettrait en péril nos valeurs, fonctionne hélas encore très bien. « Or, dans les faits, nos valeurs, cette tactique les ruine.

« Quand les nazis ont pris le pouvoir en Allemagne entre 1924 et 1933, ils n’ont pas dit qu’ils allaient ruiner la culture allemande, ni mettre le Monde à feu et à sang. C’est pourtant exactement ce qu’ils ont fait !

« L’Ancien Régime avait fait de la nationalité une sujétion : on appartenait au royaume où l’on était né. La République a rééquilibré droit du sol et droit du sang. La nation est désormais le fruit de la socialisation de l’individu, par les droits et les devoirs, politiques et sociaux, par l’adhésion au projet national.

« La scolarisation en était d'ailleurs le bras séculier. Renan la proclamait comme un « plébiscite de tous les jours ». Promouvoir l’égalité des chances devant la scolarité, la formation, le logement, la santé, c’est montrer ce qui rassemble une société, c’est donner une identité partagée.

« C’est pourquoi il faut prendre garde aux apprentis sorciers qui hystérisent la question identitaire : ils déforment la réalité. Le sentiment éprouvé supplée le réel et nous fait prendre des vessies pour des lanternes.

 

Ce clair-obscur d'où surgissent les monstres...

« Au sortir de la guerre, après le 8 mai 45, ce combat, regarder les réalités de chacun et chercher à les améliorer, était une évidence pour tous les acteurs de la Libération. Ils avaient connu dans l’adversité ce que vaut la fraternité, cette petite lumière qui guide vers plus de justice et de solidarité.

« Moi, je crois avec beaucoup d'entre vous en la force de ces mots, « liberté », « justice », « solidarité », ils ont su renverser des montagnes. D’autres mots qu'on ne prononce pas, mais qu'on promeut derrière des propos habiles d'exclusion et de haine, nous entrainent sur des chemins qui ne sont jamais sans conséquences.

« Si nous ne réagissons pas, nous perdrons ce qui fait ce que nous sommes. Nous serons des étrangers à nous-mêmes et… en toute logique, nous nous combattrons les uns les autres.

« Nous ne pouvons, comme dans un jeu de cartes, mettre le pique d’un côté, le carreau de l’autre, et laisser les sans atout, les sans grade, comme toujours, être écrasés sur les côtés.

« Nous devons faire de l’égalité des chances notre horizon, en visant à donner à chacun les moyens de son émancipation. Ça rendrait désirable la quête d’égalité. Les utopies d’aujourd’hui sont les avancées de demain… Antonio Gramsci disait « La crisi consiste appunto nel fatto che il vecchio muore e il nuovo non può nascere » — « Il y a crise quand le vieux ne veut pas mourir et que le neuf ne peut pas naître », et il ajoutait « et c'est dans ce clair-obscur que surgissent les monstres ».

« Alors, faisons que ces monstres-là, ressuscités de mai 45, qui se parent ici et aujourd'hui des atours bleu-blanc-rouge qu'ils subtilisent au vrai patriotisme républicain, demeurent dans les abysses de l’Histoire, comme doivent y rester les fanatiques des Saint-Barthélemy, des croisades des Albigeois, et de toutes les guerres saintes.

« Vive la France unie dans la République et préservée des funestes identitaires ! Vive la fraternité et l'égalité entre les hommes et les peuples, dans un monde de liberté et de laïcité ! »

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Publié par Marc Vuillemot - dans Idées et politique générale

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