28 octobre 2014 2 28 /10 /octobre /2014 00:10

http://www.seronet.info/sites/default/files/styles/image-full-node-680x420/public/images/article/pauvrete_jeune.jpg?itok=nECXd-dDMadame la ministre,

C'est même pas juste ! Pourquoi toujours moi ?

Pourquoi pas mes collègues maires des communes voisines de la mienne qui, pour certains, revendiquent haut et fort d'assumer ne pas assurer une offre de logement social en quantité suffisante au regard des besoins ? Et même vilipendent le Conseil régional de chez nous qui a décidé de réduire ses aides aux communes qui ne respectent pas le quota légal d'HLM imposé par la loi ?

Pourquoi pas le préfet de mon département, qui ne parvient pas, malgré les amendes, à imposer aux maires "hors la loi" de faire preuve d'un minimum de compassion pour les mal-logés d'un département dont 8 sur 10 des habitants sont éligibles à l'habitat social ?

Pourquoi pas vous - pardonnez-moi - qui, en votre qualité de ministre en charge du logement et de l'égalité des territoires, incarnez cet État qui, faute de se donner les moyens, notamment financiers, de l'application du droit au logement pour tous, n'a pas d'autre solution que d'accorder le recours à la force publique pour mettre en œuvre des expulsions locatives plutôt qu'assurer un toit à tous ceux qui n'en ont pas ?

Oui, dans ma commune, pauvre entre les pauvres, il y a 5000 logements sociaux gérés par un bailleur social historique, notre ancien office municipal d'HLM, dont 3000 bénéficient d'un beau programme de rénovation urbaine (je vous y ai accueillie, vous vous en souvenez sûrement), occupés à 80% par des foyers au-dessous du seuil de pauvreté. Il y a 1200 foyers en difficulté pour régler leurs loyers et charges qui sont pourtant, de loin, les plus modestes du département. Il y a plus de 300 d'entre eux qui, malgré l'accompagnement social et familial qui est mis en place, sont expulsables au regard de la loi, faute de pouvoir s'acquitter de leurs dettes. Et dont l'organisme public de logement social devrait demander l'expulsion pour satisfaire aux injonctions de ses instances de tutelle comme la Caisse de garantie du logement locatif social (CGLLS) qui conditionne son appui au maintien de la tête hors de l'eau de ce bel outil d'HLM à une inversion de la courbe des impayés qui se montent aujourd'hui à 5 millions d'euros ! 

Et, oui, il y a une infime proportion (moins de 0,4%) de squatteurs de logements et de locataires qui, manifestement considérés de mauvaise foi, malgré les accompagnements qui leur sont offerts avec des plans d'apurement, certains depuis près de 15 ans, occupent abusivement des appartements que des milliers d'autres attendent. Et que les dirigeants de l'organisme d'HLM, avec la préfecture, et avec mon aval d'élu déterminé à ce que le contrat républicain d'égalité et de fraternité soit respecté, ont dû se résoudre à faire expulser. Avec les drames humains que ces situations humiliantes engendrent pour cette quinzaine de foyers.

Car il y a aussi près de 4000 familles en attente d'un appartement, certaines depuis plus de 12 ans. Il y a des milliers de foyers parmi les plus humbles qui se saignent chaque mois pour honorer leur contrat de bail et régler leur dû, qui, à juste titre, réclament que la République soit juste et égalitaire comme elle se doit de l'être ! Et qui me somment de faire sanctionner ceux qui transgressent notre contrat social, fait de droits et de devoirs.

Et c'est ce qui se passe aujourd'hui, en procédant à quelques expulsions dont j'assume les avoir validées, tandis que des partis politiques progressistes, d'ailleurs membres de ma majorité municipale, dont le mien, des associations de locataires, d'action caritative, de lutte pour le droit au logement, volent, comme c'est leur devoir solidaire, au secours des familles expulsées. Et crient haro sur le maire que je suis et sur son partenaire bailleur social qui ne faisons que faire respecter la Loi.

Oui, Madame la ministre, pourquoi moi ? Alors que je ne fais que jouer mon rôle de garant des équilibres, droits et obligations républicains sur mon territoire, et de responsable visant à sauvegarder l'instrument social que représente notre organisme local bailleur d'HLM.

Il faut savoir ! De deux choses l'une...

Ou bien la France républicaine prend la mesure des besoins et des drames humains en matière d'habitat, impose la création de logements sociaux à toutes les communes de notre territoire qui y sont astreintes (ou se substitue à elles pour ce faire), vient au secours des bailleurs à la peine pour jouer leur rôle de solidarité envers les plus pauvres, garantit la quiétude à ceux qui, très majoritairement, font effort pour respecter les usages, les codes sociaux et leurs engagements de locataires en se débattant pour les honorer, et accompagne ceux qui, avec l'austérité qui les frappe chaque jour un peu plus, ne peuvent ou ne veulent plus, car ils ont lâché prise, se comporter en citoyens responsables.

Ou bien ce sera le chaos qu'attendent et espèrent ceux qui ne visent qu'à saper les fondements de notre république démocratique. Et que mon département connaît bien pour les avoir vus à l'œuvre de leurs funestes gestions locales...

J'ai le devoir de faire respecter les lois de la République en faisant sanctionner ceux qui les bafouent. Et c'est bien sûr un échec inacceptable. Car vous, ministre de la même République, avez avant tout l'obligation de prévenir de telles situations indignes d'un XXIe siècle dans un pays développé, donc d'assumer les responsabilités de l'État au regard du droit au logement pour tous, y compris, car c'est la loi, aux expulsés qui n'ont pas à subir une double peine : celle de leur misère et de leur incapacité à éviter de fouler du pied les règles citoyennes, et celle de l'humiliation publique de l'expulsion et de l'effroyable incertitude de la survie sociale et sanitaire de leurs familles en des lendemains sans issue.

Pourquoi moi, madame la ministre ? Pourquoi pas ceux, pourtant de ma sensibilité forgée aux enseignements de Jaurès, qui, gouvernant par la volonté de notre peuple notre pays des Lumières, n'ont plus le droit de se retrancher sans fin derrière des impératifs de régulation de déficits budgétaires imposée par une Europe aux mains des tenants de la finance internationale, et qui devraient, en sauvegardant dans l'urgence les plus humbles des nôtres, protéger les acquis que nos pères ont arrachés de leur sang et de leurs larmes ?

Pourquoi moi ?

S'il vous plait, Madame la ministre, faites que la République assume ses devoirs.

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Publié par Marc Vuillemot - dans Rénovation urbaine - aménagements et habitat

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Marc VUILLEMOT
Maire (PS) de La Seyne-sur-Mer
Vice-président de l'agglo de Toulon

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