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Il faut saluer l'initiative municipale de célébrer les 20 ans de la médiathèque du Clos Saint-Louis, équipement de proximité qui remplit fort utilement sa vocation socio-culturelle. Lorsqu’un adversaire fait des choses bien, il faut savoir le reconnaître.
Mais c'est l'occasion aussi de faire un tour d'horizon un peu plus large sur la politique locale de médiation de la lecture publique ces dernières décennies, à travers la focale de la continuité républicaine...
UN PROJET NÉ IL Y A 35 ANS : UNE MÉDIATHÈQUE AU SUD, UNE AU NORD ET UNE AU CENTRE-VILLE
C'est en 1990 que M. Respaud, adjoint à la culture de M. Scaglia, maire de droite, propose au conseil municipal une perspective visant à ce que La Seyne dispose à terme de trois bibliothèques : une au sud, une au centre, une au nord. L'unanimité se fait sur cette idée. Un budget de 9,6 millions de francs (environ 1,5 million d'euros) est alors prévu pour un achèvement du chantier de la première, au Clos Saint-Louis, en 1992.
Le délai sera loin d'être tenu, les travaux sont interrompus du fait des errances budgétaires relevées par la Chambre régionale des comptes à cause du licenciement des "81" – les agents du service des ordures ménagères – qui coûte 38 millions de francs (près de 6 millions d'euros... 4 bibliothèques), puis du dépôt de bilan de l'entreprise chargée des travaux, mais l'orientation demeure sur les rails.
En 1995, M. Patentreger, adjoint à la culture de M. Paul, maire de gauche, fait évoluer le projet vers le concept de "médiathèque", confirmé par les citoyens dans le cadre des "Assises de La Seyne". Le budget d'investissement 1996-1999 prévoit la relance du chantier. L'achèvement des travaux est estimé pour fin 1998. Un nouvel adjoint à la culture, M. Triquet, obtient le vote d'un budget de 5,2 millions de francs pour cette année-là. Une bibliothèque provisoire est installée à la Villa Tamaris et la commune dispose désormais de deux bibliobus.
Les travaux du Clos Saint-Louis prennent du retard. La priorité des chantiers culturels est donnée à l'École des Beaux-Arts, inscrite dans le "contrat de ville" et fortement financée par l'Europe, l'État et les collectivités, qui est inaugurée en 2000 (ces financements sont obtenus en contrepartie d'une large ouverture promise aux habitants du centre-ville, mais c'est une autre histoire...).
Avec un nouveau changement de municipalité en 2001, sans que le projet de médiathèque du Clos Saint-Louis soit abandonné par le maire M. Paecht qui choisit d'y inscrire 300.000 € au budget de l'année, une fragilité juridique amène à résilier les marchés de travaux en 2002 puis les relancer en 2004. C'est un autre équipement culturel qui grille la priorité au Clos Saint-Louis, là encore parce qu'il peut bénéficier d'aides extérieures très importantes au titre de la "politique de la ville" : l'école municipale de musique.
La nouvelle médiathèque finit par être inaugurée en 2005. S'en suit, pour continuer dans la perspective des trois médiathèques, le projet de celle du quartier Berthe, initié par M. Paecht et son adjoint M. Bousbih chargé du "programme de rénovation urbaine" (PRU), puis porté par mes adjoints Mme Cyrulnik à la culture et M. Maziane à la politique de la ville, réalisé grâce aux financements de ce dispositif, que j'ai inaugurée en janvier 2013. Elle porte le nom d'Andrée-Chedid.
DE LA CONTINUITÉ RÉPUBLICAINE À LA RUPTURE ÉRIGÉE EN DOGME
Malgré les embûches, les alternances et les difficultés financières, cinq maires, trois de droite et deux de gauche, poursuivent ainsi les uns après les autres la mise en œuvre d'un projet majeur de médiation culturelle dans un esprit de continuité républicaine.
C'est dans ce même esprit que, élaborant le "nouveau programme national de rénovation urbaine" (NPNRU), je vise à boucler la boucle en y inscrivant la troisième médiathèque, celle du centre-ville, prévue en face de la poste centrale, appelée à remplacer la vieille bibliothèque municipale Pierre-Caminade. Le programme, porté par la Métropole qui a depuis 2018 compétence en "politique de la ville", fait l'objet d'une délibération favorable fin 2019.
On sait la suite. Élue en 2020, Mme Bicais, nouvelle maire de droite, rompt avec l'usage qui s'était installé depuis trois décennies pour les projets d'investissements culturels structurants pour la ville de ne pas tout remettre en cause à chaque alternance politique. Elle fait revoir le projet du NPNRU, renonce au programme de la médiathèque là où elle était prévue, et la relocalise où était planifiée une crèche de 70 berceaux. On pouvait avoir une médiathèque et une crèche, on n'aura qu'une médiathèque (et tout de même une micro-crèche de 10 places adjacente). On aura surtout fait perdre cinq années à la mise en œuvre du programme qui aurait dû démarrer en 2020-2021. Encore un témoignage de l’obsession maladive de rupture de cette maire avec les choix de ceux qui l’ont précédée.
La rupture, c'est nécessaire quand il s'agit de revenir sur des politiques publiques qui nuisent à la majorité d'un peuple. C'est indispensable quand une infime minorité ne cesse de s'enrichir pendant que la plupart s'appauvrit, quand on sape les fondements d'une société avec des agressions continues contre la sécurité sociale, la santé, les retraites, l'éducation, la prévention, quand on s'obstine à martyriser la planète, ou quand on démantèle méthodiquement le service public pour tous.
Je l’ai pratiquée moi-même lorsqu’il s’est agi de décider d’en finir avec le privé et construire une cuisine centrale de restauration scolaire, de tenter de gérer l’eau en régie publique, de remunicipaliser l’entretien des locaux et des espaces verts, de mettre en œuvre une vraie démocratie participative, de dialoguer avec les personnels, et à de nombreuses autres occasions.
Mais la rupture, c'est contreproductif quand on l'érige en dogme. S'il faut rompre avec quelque chose, c'est avec la culture de la rupture pour la rupture comme doctrine systématique. Heureusement, pour la suite, à gauche et chez les écolos, on l'a tous compris.
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