30 avril 2018 1 30 /04 /avril /2018 04:20

Soixante-treize ans après la libération des camps de la mort nazis, rendez-vous était pris, comme chaque année, ce dimanche, pour un défilé solennel qui a conduit les élus de notre majorité municipale, les représentants des polices nationale et communale, des forces armées, des anciens combattants, résistants, déportés et victimes des guerres, et notre population, autour de notre monument aux morts pour une commémoration visant à exercer, toujours, notre devoir de mémoire.

Avant que je ne prononce l'allocution que je retranscris ci-après, deux jeunes de lycées seynois ont lu, pour l'une, Priscille Laporte, un fort beau texte du pasteur Marin Niemoller, et pour l'autre, Max Robert, un hommage émouvant à Jean Gallon, instituteur déporté qui brava l'interdiction d'enseigner aux enfants tziganes du camp où ils étaient enfermés.

Ces témoignages de jeunes, après la prise de parole de Jacqueline Bonifay, alerte nonagénaire seynoise ayant survécu à la barbarie de la déportation, furent un moment empreint d'intense émotion. Merci à eux.

Mon propos, donc...

 

« Mesdames, Messieurs,

 

« Depuis dix ans, j’ai l’honneur de prendre la parole, ici-même, afin de renouveler le souvenir de la libération des camps. Au fil des interventions, je me suis donné une ligne de conduite : rappeler encore et toujours que l’impensable peut arriver dans un enchaînement fait de coups de force, d’indifférences, de calculs, de peurs, mais aussi, de l’utilisation légale d’un vote populaire, fût-il manipulé. C’est ainsi que les nazis arrivèrent au pouvoir, parce qu’un peuple, enivré de se croire le plus puissant, s’est laissé abuser et s’est rendu volontairement aveugle.

 

« Le texte dont notre jeune lycéenne vient de vous donner lecture, l’illustre parfaitement.

 

« Hitler est élu régulièrement avec l’appui irréfléchi du capitalisme allemand. Les hommes de la Sturmabteilung (les SA) ont créé les conditions de cette élection par la violence, la peur, la flatterie, la corruption, l’appât du gain. C’est, dès 1933, l’incendie du Reichstag, prélude utile à la proclamation de la "Reichstagsbrandverordnung" qui suspend sine die les libertés individuelles.

 

« Les nazis ne tarderont pas, en 34, à faire payer aux SA cette puissance par une purge lors de la nuit des Longs Couteaux qui n’exclut pas l’assassinat…

 

« Les méthodes expéditives ne s’arrêtent pas là. Sitôt la victoire acquise, même étriquée, les premiers camps d’internement sont installés.

 

« Sont arrêtés les opposants au régime, les dits "asociaux" (homosexuels, handicapés, juifs), tous ceux qui n’entrent pas dans la norme nationale-socialiste, avec comme point d’orgue, en 38, la nuit de cristal, pogrom contre les Juifs.

 

« Avec la guerre, le système concentrationnaire prend une autre dimension et, à partir de 1941, il s’intègre dans la mise en place de ce qu'on a appelé "die Endlösung der Judenfrage", c'est-à-dire la "solution finale de la question juive". Les camps se multiplient en Autriche, en Pologne, en France avec le camp de Struthof. Ils feront plus de six millions de victimes.

 

« La déportation, les camps d’internement, de travail, de mort, resteront à jamais comme la pire des dérives commises par les hommes contre l’humanité.

 

« Je vous disais  à l'occasion d'un précédente commémoration :

 

"Nous sommes rassemblés pour nous souvenir et rendre hommage aux victimes, à ceux qui ont sacrifié jusqu’à leur vie pour combattre le nazisme.

"Nous sommes rassemblés pour combattre ceux qui réfutent les évidences factuelles, ceux qui entretiennent un terreau de haine et d’exclusion.

"Nous sommes rassemblés parce que ce qui importe à de trop nombreuses personnes est ce qui nous différencie.

"Nous sommes rassemblés parce que notre société, devenue plus indifférente, plus égoïste, nous inquiète.

"Partout, aujourd’hui, reviennent les indifférences barbares, les attitudes racistes, l’antisémitisme, le rejet de l’autre."

 

« Comment ne pas évoquer deux événements survenus au mois de mars. L’un par référence à la barbarie et la réponse qu’apportèrent les Justes : le gendarme Arnaud Beltrame a risqué sa vie en sauvant l’otage d’un individu fanatique islamiste (je n’oublie pas que trois autres personnes furent assassinées) ; l’autre à un crime raciste, antisémite, puisque Madame Mireille Knoll fut torturée et assassinée parce qu’elle était juive.

 

« Aussi, je vous propose une réflexion sur quatre points qui, certes pourrait sembler nous éloigner de ce pourquoi nous sommes réunis ce jour, mais qui font débat et sont trop souvent sujets à désinformation. Désinformation, je l’ai dit, première source de dérive, il n’y a qu’à observer ce que fait Viktor Orbàn en Hongrie...

 

« Premier point, sur l’identité, d’abord et parce que je viens de parler de l’islamisme fondamentaliste. Nous ne devons pas céder à l’amalgame, les fascistes musulmans sont minoritaires, gardons-nous de caricaturer tous les autres et de nous caricaturer nous-mêmes. J’emprunte à Sélim, un personnage de fiction d’un roman récent : "Il a aimé la France, à la folie. Son école, ses rues propres, son réseau ferroviaire, son orthographe impossible, ses vignobles, ses philosophes, sa littérature et ses institutions. Mais autour de lui, les Français n’habitent plus la France qui l’a enchanté. (…) Quand ça a commencé, quand il a entendu des Français s’en prendre aux immigrés au son d’un tonitruant « pinard et saucisson », il a fait comme tant d’autres : il a préféré feindre de ne pas comprendre. Tout était dit, pourtant : voilà l’idée qu’ils se faisaient du pays des droits de l’homme. Du vin et de la cochonnaille. Tel est leur grand programme culturel."

 

« Deuxième point, sur la délation. Nous en avons horreur. Le délateur est un cafard. Pas la victime. Quand la dénonciation est une défense de soi-même, elle est un droit : je pense aux femmes agressées qui ne doivent plus hésiter à porter plainte. Mais quand la délation est une volonté de nuire, l’occasion de s’approprier des biens, d’exercer le mal pour le mal, elle est une abomination.

 

« Troisième point, sur l’antisémitisme. Il ne peut être considéré comme une opinion. Ici, dans cette commémoration, c’est une évidence. Faire du mal à quelqu’un pour ce qu’il représente indépendamment de lui-même, au nom d’une idéologie, est une barbarie.

 

« Parce que la confusion des esprits chez certains est grande, il nous revient cependant de dire et d’expliquer : Oui, certains peuvent se prononcer contre la politique de colonisation de l’Etat d’Israël et ne pas être antisémites. Non, on ne peut pas crier impunément "mort aux Juifs" au nom de la cause palestinienne. La haine est un poison.

 

« Quatrième point, enfin, parce que l’actualité persiste, sur les migrants. Gardons-nous de réactiver les oppositions simples et manichéennes entre ceux d’en-bas et ceux d’en-haut, entre ceux d’ici et ceux de partout (nomades et réfugiés), entre les "gens honnêtes" (que nous serions) et les "prédateurs" (que eux seraient).

 

« Parmi ces migrants honnis par certains, nombreux sont ceux qui avaient une situation non seulement honorable mais confortable avant qu’ils ne se résolvent à prendre le chemin de l’exil. La volonté de rester entre soi, de refuser et de rejeter l’étranger n’a rien à voir avec le patriotisme qui est l’amour des siens.

 

« Ces comportements sont aux antipodes d’une organisation sociale, politique, qui cherche, par la réflexion de tous, par la discussion, à se connaître et à comprendre les éléments constitutifs de la condition commune qui permettent des choix pertinents et collectifs, tout en rendant possible l’exercice des droits individuels.

 

« Ne baissons pas les bras et réaffirmons, avec force et conviction, que nous défendons une France laïque, où la liberté de conscience, la liberté de penser et la liberté d’exprimer des opinions dans le respect des lois est inscrite dans la Constitution.

 

« Notre République s’est donné les outils juridiques protecteurs. Faisons appliquer ses principes, partout et par tous. Ne dévoyons pas les vertus laïques, éduquons les citoyens, rejetons la tentation des communautarismes où les identités se consolident les unes contre les autres.

 

« L'écrivain Le Clézio écrit dans une tribune : "Prenons garde à ne pas dresser autour de nous des frontières mentales encore plus injustes que les frontières politiques".

 

« Pour conclure cette célébration contre l’oubli : Que devons-nous faire du passé ? Eh bien, se soucier du présent !

 

« Vive l’Europe et le Monde des peuples amis ! Vive la France de la République, de la laïcité et de la démocratie ! »

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Publié par Marc Vuillemot - dans Devoir de mémoire

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Marc VUILLEMOT

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