9 mai 2017 2 09 /05 /mai /2017 02:45

C'était une belle foule que celle assemblée ce lundi, jour de commémoration de l'armistice de 1945, pour le traditionnel défilé et le moment d'hommage devant notre monument aux morts. La matinée a été rehaussée par la présence des jeunes en formation dans le cadre de la préparation militaire marine dont la commune de La Seyne est la marraine, un détachement du groupe de transit dont la ville est jumelle, et, pour la première fois, deux lycéennes représentant le Mouvement de la Paix.

Un vrai beau moment de mémoire, d'autant plus fort qu'il se déroulait au lendemain du choix des Français — et des Seynois — de barrer la route à l'extrême-droite. Les leçons de l'Histoire ne font pas tout pour prévenir le pire, tant il est à craindre que les politiques ultralibérales qu'incarne le nouveau Président de la République n'enrichissent encore un peu plus le terreau sur lequel fructifient les nationalismes, mais elles permettent tout de même de concourir un peu à l'éveil des consciences. C'est ce que j'ai essayé de faire avec mon allocution...

 

« Comme chaque année, nous nous retrouvons ce 8 mai pour célébrer la victoire des démocraties sur l’Allemagne nazie.

Pour les nazis, la germanité est une nouvelle ère. A leurs yeux, l’idée même d’égalité est une aberration. Ils voient par exemple la Révolution française comme un cloaque racial gallo-romain qui s’est soulevé en 1789 contre le sang bleu des nobles germaniques. L’humanisme de la révolution est pour eux une idée néfaste, tout comme l’universalisme ou la justice sociale…

« Et, jusqu'au bout, les nazis, tout à leur folie, s’acharnèrent à maintenir les convois de la mort, même au détriment de leur armée. Le 8 mai 1945, l’Europe est exsangue.

« C’est bien pourquoi, après la Libération, les démocraties occidentales, averties des dangers, ont voulu mettre en œuvre un projet de société solidaire et dynamique.

« A cet égard, elles ont opéré les transformations économiques, sociales et politiques qui devaient permettre à l’ensemble des individus leur insertion dans la vie publique. Avec une certaine efficience pendant près de quarante ans. Ainsi, au lendemain de la victoire, à la soif de liberté, s’impose, petit à petit et à nouveau, la notion d’égalité - au sein de l’entreprise, de l’école, de la famille.

« Soixante douze années ont passé…

« Avec le temps et l'oubli du danger, avec l’essor du consumérisme, l’exigence du pluralisme, si nécessaire au redémarrage des pays, dérive progressivement vers de nouvelles aspirations, une nouvelle gouvernance néo-libérale et l’individualisme triomphant.

« Aujourd’hui, où la tendance des identitaires est à la fermeture des frontières, au retour à un nationalisme d’exclusion, la demande touche le droit, l’organisation de la société, les mœurs.

« Retenons qu’au sortir de la guerre, la France s’est réconciliée avec l’Allemagne. Ensemble les deux pays se sont alliés avec quatre autres, l’Italie, la Belgique, les Pays-Bas, le Luxembourg, pour poser les fondations de l'Europe unie… D'autres n'ont cessé de les rejoindre. Des espérances immenses, notamment de paix et de prospérité, sont nées avec cette idée.

« Or elle sera rendue bientôt à 27 membres avec le Brexit ; l'Europe est réduite à la quasi seule notion de zone de dérégulation, de libre-échange ; la déception est grande. On est loin des espoirs de De Gaulle et Adenauer.

« Mais la désillusion ne doit pas nous décourager de persévérer, afin de construire une Europe des peuples qui défende les valeurs de liberté, de partage, d’égalité devant la loi, la capacité à subvenir aux besoins essentiels, d’éducation, d’alimentation, de logement, de sécurité, d’accès aux soins. Si elle est sociale, l’Europe peut être une bonne échelle pour répondre aux défis mondiaux.

« Mais pour l'heure, en ce lendemain d’élection du Président de la République, disons que les attentes sont fortes pour que le mieux vivre touche toutes les catégories sociales, et appliquons, ici en France, avec détermination, notre devise Liberté, Egalité, Fraternité. Il y a du pain sur la planche.

« Pour nous détendre un peu, dans cette période d'incertitudes, je voudrais revenir aux origines de ces valeurs que les nazis ont atrocement foulées du pied.

« Une idée joua un rôle fondamental à la naissance du monde occidental. Cette idée, nous la devons à la Rome antique. Elle réside dans le fait qu’être citoyen de deux endroits à la fois, autrement dit, avoir des attaches dans un pays et pourtant être pleinement citoyen et patriote dans celui où, et par lequel, on vit, a pu être une norme, comme le voulurent les Romains dans leur monde global.

« Et, en effet, comment un village, Rome, fondé en 780 avant notre ère, a-t-il pu devenir l’Empire romain, et le rester six siècles pour l’Occident, quatorze pour l’Orient ?

« Dans un récent essai, un chercheur a écrit que Romulus, le mythique fondateur de Rome, entendait réserver à tous – étrangers ou pas – le concept d’asile afin de créer de nouveaux citoyens.

« Cette mesure était révolutionnaire à l’époque au regard des pratiques usuelles. Aucune cité grecque de l’Antiquité ne fit jamais preuve, ne serait-ce que de loin, d’une aussi grande ouverture d’esprit que celle qui caractérise la culture politique romaine et la singularise.

« A Athènes, par exemple, l’accès à la citoyenneté était limité par des règles strictes. Au contraire, au cours d’un processus tout à fait unique, les habitants des "provinces" se virent progressivement accorder la citoyenneté romaine pleine et entière.

« Ainsi le Sénat de Rome devint-il un lieu dans lequel nous sommes fondés à voir une institution résolument multiculturelle. Ce trait distinctif de la culture romaine a fait observer au roi de Macédoine, au IIIe siècle avant notre ère, que "c’est ainsi que les Romains ont étendu leur territoire". Beaucoup d’historiens romains voyaient dans la politique d’assimilation de Romulus un facteur important de son succès.

« D’ailleurs, sur une partie de ce qui est aujourd'hui la France et ses environs, les Gaulois ont bénéficié de cette ouverture quand, en l’an 48, l’empereur Claude défendit devant un sénat récalcitrant l’idée qu’il fallait permettre aux citoyens issus de la Gaule, païenne et chevelue, de devenir sénateurs.

« L’affaire ne s’arrêta pas là… En 212, l’empereur Caracalla décréta que tous les habitants libres de l’empire, où qu’ils fussent, de l’Ecosse à la Syrie, étaient des citoyens romains.

« Cela ne s’est pas produit sans controverse ni conflit. Certains Romains ne dissimulaient pas la méfiance que leurs inspiraient les étrangers, qu’ils fussent citoyens ou non. "Je ne peux supporter une ville pleine de Grecs", peut-on lire sous la plume de Juvénal. Une guerre civile a même éclaté, connue sous le nom de "guerre sociale", l’une des plus sanglantes de l’histoire romaine. Mais le modèle sous-jacent apparaissait clairement : Caracalla achevait le processus que les premiers romains, incarnés par le mythique Romulus, avaient initié des siècles auparavant.

« Ainsi, le monde moderne s’est vu offrir le concept de démocratie par l’Athènes du Ve siècle avant notre ère. Et, de son côté, la Rome républicaine a apporté l'idée tout aussi importante de liberté.

« Cette idée fondatrice s’est propagée, bien plus tard, en Europe comme en Amérique. Ce n’est pas un hasard si le mot d’ordre de la Révolution française – Liberté, Egalité, Fraternité – met la liberté à la place d’honneur. Ni si George Washington parlait de restaurer "le feu sacré de la liberté".

« Vous comprenez tous où je souhaite en venir. En ce jour de célébration de la victoire sur l’oppresseur nazi, maintenons, ensemble, ce qui nous a construits, ce qu'abhorraient les hitlériens et les ont conduits à la barbarie et ses millions de morts, et que tout le monde, hélas, n'apprécie pas au plus haut point en bien des endroits de l'Europe du XXIe siècle : l’héritage humaniste de la Révolution française, non pas la Terreur, bien sûr, mais la citoyenneté pour tous, la liberté, l’égalité, la fraternité.

« Demeurons vigilants. Promouvons sans cesse une démocratie exigeante. Ce doit être le souci et la décision de tous, pour la justice et la défense inconditionnelle des droits humains.

« Vive la Paix. Vive la France républicaine dans une Europe des peuples solidaires. »

 

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Publié par Marc Vuillemot - dans Devoir de mémoire

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