14 novembre 2016 1 14 /11 /novembre /2016 06:02

Il y a eu 98 ans ce dernier vendredi que se terminait la Première guerre mondiale. Comme dans toute la France, cet épisode de l'histoire a été commémoré à La Seyne. Nous y étions nombreux, élus, représentants d'associations patriotiques, de la défense nationale, des forces de l'ordre,du monde associatif, de la Clique seynoise et de la Philharmonique "La Seynoise", et de très nombreux concitoyens et visiteurs. Mais je retiendrai surtout une importante participation de la jeunesse, avec les volontaires de la Préparation militaire marine dont La Seyne est la marraine, et des textes lus par la jeune lauréate du concours national de la résistance et des élèves des collèges Paul-Éluard et Henri-Wallon. Merci à eux et aux adultes qui les encadrent. Et, comme c'est l'usage, j'ai moi-même prononcé une allocution...

 

"Le 11 novembre 1918, l’armistice est signé dans le wagon de la clairière de Rethondes. Tous croyaient à un épilogue définitif, l’Histoire démentira. Mais, bon, quatre ans de guerre se terminent.

"Une effroyable hémorragie pour rien, partie de rien, n’allant nulle part, sinon là où seul règne le nationalisme le plus stérile, celui qui ne se nourrit que de lui-même. En décembre 1916 la bataille de Verdun, commencée en février de la même année, se termine sur un statut quo ! Aucune avancée, ni recul, mais des morts par centaines de milliers ! L’absurde à l’état pur. Jean Guéhenno, dans son journal, écrira à la veille de la seconde guerre mondiale « je dirai donc que cette mort innombrable fut inutile. Je dirai donc que j’ai conscience que mes amis sont morts pour rien. Douze millions de morts pour rien ».

"L’année dernière je vous disais : « L’émotion, qui recouvre de son voile les divergences et les disparités, se délite, et les hommes reprennent les chemins tortueux des différences, des ostracismes, des hostilités conquérantes. J’ajoutais « lorsque je célèbre avec vous le 11 novembre 1918, je me sens français ; lorsque que la cérémonie se tient en 2015, je me sens français et européen et méditerranéen ».

Enfin, je faisais un petit détour par la Révolution pour vous dire que « ce qui ne se régénère pas dégénère… », que nous n’avons pas fini de travailler à « l’émancipation des individus, la paix entre les nations, l’idéal égalitaire, l’avènement de la fraternité ». C’est malheureusement, en 2016, d’une actualité toujours plus dramatique. Bataclan deux jours après que j'ai tenu ces propos, Nice 14 juillet, St-Etienne-du-Rouvray 26 juillet, et Alep, et Mossoul… Les lycéens et collégiens qui se sont exprimés avec respect et reconnaissance l’ont souligné eux aussi.

"Ce que nous célébrons aujourd’hui, c’est bien la fin d’un conflit, mais c’est surtout ce vœu pieux, crié par des poitrines épuisées et désespérées : « Plus jamais ça ».

"Un siècle plus tard, impuissants, nous ajoutons à la mémoire prescriptrice des « poilus » et de « leur incroyable courage », la compassion que nous devons à toutes les victimes de la barbarie des hommes.

 

LES NATIONALISMES CONTRE LES DÉMOCRATIES

"Revenons à la Grande Guerre. Une boucherie… parce que les nationalistes l’ont emporté sur les démocrates… Vous me pardonnerez alors, de faire un peu de pédagogie historique.

"Dans une société démocratique, l’Etat incarne le recours vertical à la force mais... en dernière instance : la force légitimée par les procédures légales. Ce pouvoir repose, en outre, sur le caractère horizontal du lien social, c’est-à-dire le vouloir vivre ensemble qui unit les membres de la communauté nationale. C’est un rapport consensuel qui est installé en vue de réguler la violence, pour que le rationnel prévale sur l’irrationnel.

"Je vous l’ai dit, la guerre, en 14, est l’œuvre des nationalismes. Le mot « nation » résonne encore aujourd’hui très différemment selon les individus. Je veux croire que tous veulent défendre « leur » France… mais, de toute évidence, ce n’est pas forcément la même !

"Soyons factuels. On a coutume de dire que la France est d’abord la Gaule. Non. La France, ce sont LES Gaules ! Ses peuples se rassemblent dans une circonstance bien particulière : lutter contre l’envahisseur romain. Le roman national élaboré au XIXe siècle fera de Vercingétorix le quasi vainqueur de Jules César : une belle légende, les braies plus fortes que les toges.

"Mais très vite, d’ennemie, Rome devient co-formatrice : la France est alors gallo-romaine. Puis l’empire romain se délite, voilà Clovis, le roi franc qui va définir une francité face à la germanité dont il est issu. La France est alors gallo-romano-germanique, et chrétienne par le baptême de son roi, à Reims.

"Puis, le pouvoir se déglingue encore, ainsi la France d’Hugues Capet est réduite à l’Ile-de-France et l’Orléanais.

 

LE DROIT DU SOL, DEPUIS LE XIVe SIÈCLE...

"Le reste est divisé en fiefs indépendants, ethniquement et linguistiquement très divers : il faudra attendre François Ier pour que la langue commune supplante le latin par la grâce de l’Edit de Villers-Cotterêts ; on se souvient de cette volonté politique d'unifier la France par la langue. Mais on ignore un détail, qui n'en n'est pas vraiment un par les temps qui courent : l’Edit confirme le droit du sol initié par Philippe le Bel en... 1310.

"Il fallait une seule langue, supérieure aux divers patois, et pourtant… cette langue, le français, c’était une sorte de créole combattant le latin encore tyrannique et qui était passée par les stades du « roman » et du « vieux françois ». En ce XVIe siècle, la majorité ne parlait pas le français en France ! Il y a moins de 500 ans.

"Et, comme on se retrouve… la guerre de 1914-1918 sera, en effet, le creuset définitif dans lequel les dialectes vont être absorbés. Instructif, au passage : le mot guerre vient du francique germanique werra, le mot paix du latin pax.

"Il y a donc eu brassage, et l’identité française, si elle l'a voulu, n’a pas impliqué la dissolution des identités provinciales : elle a effectué leur subordination. Le peuple français contient l’identité de chacune des provinces intégrées.

"La Révolution française apporte à la francisation une légitimation républicaine : le peuple est souverain. A la fête de la Fédération du 14 juillet 1790, les représentants des provinces déclarent solennellement leur volonté d’être de la « grande nation », d’être français. 1790. Dès lors, la France incorpore, en sa nature même, un esprit et une volonté. Avec la « Déclaration des droits de l’homme », elle ajoute l’esprit d’universalité, qui est tout sauf uniforme.

"XIXe siècle. La IIIe République instaure l’école laïque, gratuite et obligatoire, et réaffirme le droit du sol et la naturalisation des parents étrangers de l’époque : le ressourcement français n’a jamais été un processus de rejet ni de fermeture.

"Aujourd’hui, les détracteurs disent que la situation est autre, que les facteurs sont différents et parfois exogènes…

 

UNE IDENTITÉ AVANT TOUT CITOYENNE

"On nous parle de diversités religieuses. Mais les religions cessent d’être un obstacle dès lors qu’il y a acceptation de la laïcité telle qu’elle est conçue en France (pour faire court il s’agit de concilier les quêtes de sens individuelle et collective, la majorité municipale a d'ailleurs publié un texte l’explicitant, il est disponible sur mon blog). Ainsi, l’identité française est d’abord une identité citoyenne, elle s’exprime dans notre devise « Liberté Egalité Fraternité ».

"Ce qu’il faut éviter, c’est avant tout que nos jeunes gens oscillent entre intégration, délinquance et même terrorisme. La culture urbaine, sociale et civique, l’éducation, sont des facteurs fondamentaux. Certes la ville moderne est en crise, l’éducation se sclérose. Le délabrement, réel ou ressenti, est le problème de fond de notre société. Tout est lié, politique, économie, civilisation… et tout se mêle et s'emmêle pour faire rejaillir les vieux démons : ville, banlieue, logement indécent, atomisation, jeunes en dérive, drogues, immigrés rejetés, chômeurs en détresse, femmes contraintes voire battues...

"Alors, à mon tour de faire un vœu. Réanimons les solidarités, les convivialités. Faisons de l’éducation publique, scolaire et populaire, avec nos enfants, et donc avec les parents.

"Oui, chers amis, je ne me suis pas tant éloigné de ce pourquoi nous sommes réunis ici. C’est cela que les survivants de la Grande Guerre pensaient le 11 novembre 1918 : Arrêtons les bouffonneries, pensons à créer les conditions d’un avenir heureux pour nos enfants, quel que soit le lieu de leur naissance dès lors qu’ils sont citoyens et français ou appelés à le devenir, ou simplement citoyens du monde.

"Vive la France, vive l'Europe et le Monde des peuples amis et solidaires. Vive la Paix !"

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Publié par Marc Vuillemot - dans Idées et politique générale

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