2 octobre 2012 2 02 /10 /octobre /2012 06:55

http://t0.gstatic.com/images?q=tbn:ANd9GcQQ52l0ObSonU1F9CDz73Fby7hPCf6wrSwhD4Pa7MdPYiBDzHhUvgJe l'ai dit à Vincent Peillon, ministre de l'éducation nationale : Oui, les rythmes scolaires ne sont pas adaptés aux besoins des enfants et des adolescents et il faut oser les revoir. Mais, attention, il faut tirer les leçons de ce qu'on a vu dans certains pays qui ont libéré de grandes plages horaires sans que des dispositifs d'éducation périscolaire, permettant à tous les jeunes d'y avoir accès, ne soient organisés. Et il ne saurait être question de faire supporter aux collectivités locales la charge de ces activités d'aides aux devoirs, socio-éducatives, sportives, culturelles, de découverte des nouvelles technologies, de l'environnement ou des patrimoines. Sinon, selon que les communes soient riches ou pauvres - et chacun connaît la situation de La Seyne !... -, on accroîtra les inégalités entre les enfants que l'École peine déjà à réduire.

J'ai récemment participé à un colloque auquel les maires du Var et des Alpes-Maritimes étaient invités par le rectorat de notre académie pour alimenter la réflexion du Ministère sur l'éducation prioritaire en direction des enfants et des jeunes des quartiers populaires. Voici les positions que j'ai avancées.

> « L’éducation globale »

Le recentrage de l’éducation sur les strictes missions d’instruction autour des apprentissages fondamentaux n’a pas fait ses preuves dans les quartiers populaires de ma commune ; le désengagement des actions concourant à la « réconciliation avec l’École » a contribué à rendre la mission éducative globale plus ardue, autant dans l’École, ainsi que me l’indiquent des enseignants, que dans d’autres structures, comme me le disent leurs responsables ; il faut, selon moi :

- revenir à des aménagements du temps des enfants et des adolescents (école et collège) prenant en compte les rythmes chronobiologiques, permettant de dégager des temps de la journée, de la semaine et de l’année dédiés à l’éveil au sport, à la culture, à l’environnement, aux technologies, etc, qui participent à l’égalité républicaine d’accès à ces pratiques facteurs de développement et d’exercice de la citoyenneté ;

- ouvrir l’École, y compris en temps scolaire, sur son environnement social, ses entreprises, ses espaces culturels, sportifs et naturels, dans une démarche associant les professionnels de l’enseignement et ceux des communes et des associations ;

- ouvrir l’École aux familles, parents et fratries, et relancer les dispositifs d’accompagnement et d’appui à la parentalité ;

- tout cela dans une approche éducative globale, contractualisée et pluriannuelle entre l’Éducation nationale, la commune et les autres collectivités, et le monde associatif des quartiers comme des grands mouvements d’éducation populaire, plaçant les écoliers et collégiens au centre d’un dispositif diversifié ;

- cette démarche suppose une lecture « ouverte » des textes règlementaires, une grande liberté d’initiative, et une valorisation du volontariat des personnels acceptant de s’impliquer dans une démarche globale, de nature à assurer leur stabilité et leur implication, et intégrer cette dimension éducative globale dans les affectations de directeurs d’écoles et chefs d’établissements, qui doivent adhérer à de tels contrats territoriaux d’éducation globale ; je ne peux admettre que des enseignants investis depuis des années dans ce type de démarche indiquent être découragés par leur hiérarchie et envisager de quitter tel ou tel établissement.

- cette démarche suppose aussi un dispositif national de péréquation permettant d’assurer, dans une démarche fondée sur l’égalité républicaine, une même offre périscolaire quelle que soit la « richesse » de la commune.

 > La scolarisation des enfants de 2 ans

Dans les quartiers populaires de ma commune, cette scolarisation est quasiment assurée à tous les tout petits dont les familles le souhaitent et elle porte ses fruits pour aider à constituer le substrat social, psychomoteur et culturel sur lequel vont pouvoir s’appuyer les apprentissages ; il faut garantir cette offre, sans diminuer pour cela les ressources humaines dédiées aux autres niveaux du primaire, ce qui conduirait à une élévation des effectifs moyens par classe ; une commune peut accompagner par l’adaptation des espaces scolaires.

> L’enseignement professionnel public pour les jeunes les plus en difficulté

Le démantèlement méthodique de l’enseignement pré-professionnel des Sections d’Enseignement Général et Professionnel Adapté, au fallacieux prétexte de la sécurité quant au travail sur des machines-outils, a eu un effet dévastateur pour l’insertion professionnelle des jeunes sortant du système scolaire, donc sur leur inoccupation et le climat de vie des quartiers ; il faut requalifier cet enseignement et les coopérations qui se sont délitées entre les Professeurs de Lycée Professionnel y exerçant et les entreprises.

> Le suivi et l’accompagnement des jeunes sortis du système scolaire sans solution

La disparition des moyens des Missions Générales d’Insertion pour les jeunes sortant du système scolaire sans solution a aussi contribué grandement à leur inactivité, leur engagement dans des voies déviantes, et le pourrissement de la vie sociale des quartiers ; il faut les relancer.

> La participation de l’École à la rénovation urbaine

Lorsqu’une commune, notamment dans le cadre d’un Programme de Rénovation Urbaine, développe des efforts significatifs pour favoriser la mixité sociale en créant les conditions, sur l’habitat, les espaces extérieurs et les services publics, d’une installation dans ce qui était une « cité-ghetto »de nouveaux résidents de catégories socio-professionnelles moins en difficulté, il faut que l’École accompagne cet effort ; il faut lutter contre les tricheries à la sectorisation scolaire (dérogations à la carte scolaire sous des prétextes fallacieux) ; il faut conforter et favoriser l’installation dans les établissements des quartiers de filières qui n’existent pas ailleurs pour y faire venir des élèves de quartiers moins défavorisés : classes bi-langues dès la 6ème, sections de premières langues plus rares que l’anglais, classes thématiques telles que les « classe défense », « classes sport », « classes à horaires aménagés », projets européens (type Comenius) ; il faut que l’École « vende » son image. La commune peut l’y aider.

L’École me semble aussi être un lieu privilégié d’association des enfants et des jeunes à ce qui se joue dans leurs quartiers en pleine mutation infrastructurelle et fonctionnelle ; il faut imaginer des projets pédagogiques interdisciplinaires portant sur la réalité des quartiers, leurs restructurations, les changements opérés sur l’habitat, le cadre de vie, les espaces et services publics, etc. Les jeunes doivent être des vecteurs d’association de leurs familles aux rénovations qui concernent leur environnement immédiat.

Sur l’ensemble de ces orientations, un partenariat conventionné de l’Éducation nationale avec les autres services extérieurs de l’État (police, justice, cohésion sociale, etc.), la commune, l’intercommunalité, le département, la région, les grands mouvements de l’Éducation populaire comme les associations territoriales de quartiers et fédérations de parents d’élèves, la Caisse d’Allocations Familiales, les acteurs économiques du territoire, peut trouver tout son sens. Il faut à la fois mobiliser tous les acteurs « du droit commun » en direction des quartiers populaires et imaginer des stratégies éducatives et socio-éducatives spécifiques dotées de moyens particuliers.

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Publié par Marc Vuillemot - dans Éducation - enfance - jeunesse

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