28 juillet 2015 2 28 /07 /juillet /2015 13:25

J'ai dû, à mon grand regret, proposer ce mardi au Conseil municipal de résilier la délégation de service public (DSP) par laquelle la commune avait confié à une entreprise la charge de réaliser et d'exploiter un port de plaisance de 600 anneaux. Mais l'affaire s'est avérée aussi compliquée que pour le premier projet de port qu'avait lancé mon prédécesseur Arthur Paecht, et, après avoir patienté depuis fin 2013 pour donner toutes les chances à notre délégataire d'entamer la mise en œuvre de son programme, après l'avoir maintes fois sollicité, aidé, accompagné, incité, puis mis en demeure, force a été de reconnaître qu'il ne parvenait pas à obtenir de ses partenaires financiers le bouclage budgétaire de son projet. Notre conseil municipal a donc dû se résoudre, à contrecœur mais pour défendre les intérêts de La Seyne, à mettre un terme à notre partenariat.

Mais je ne veux jamais être défaitiste et je suis convaincu, ainsi que je l'ai exposé, que cette regrettable situation permettra une fois de plus à La Seyne de rebondir, tant le potentiel littoral de notre commune est un atout majeur pour l'ensemble du territoire entourant la Rade de Toulon.

Je livre aux visiteurs de mon blog le propos que j'ai tenu à l'appui de la présentation de la délibération...

 

"La décision proposée ce jour au Conseil municipal est lourde de sens et difficile à prendre.

"Lourde de sens, car il est bien évident que, quels que soient les arguments techniques développés et appuyés, les jeux politiques – mais il faut que l’opposition joue son rôle —, il ressortira sûrement de notre débat que la décision prise sera mauvaise. Mauvaise si l’on décide de maintenir le contrat ; mauvaise si l’on décide de le rompre.

"Puisque certains de nos collègues des oppositions font parfois des jeux de scène, nous écouterons donc peut-être tout à l’heure leurs avis qui viseront à jeter l’anathème sur l’équipe majoritaire : « on vous l’avait dit », « on le savait et vous n’avez rien fait », « y a qu’à, faut qu’on ».... Je connais... pour l’avoir moi-même, à leur place, déjà pratiqué.

 

LA RELATIVITÉ DE TOUT ÉCHEC

"Je rappelle toutefois que nous n'avons pas trop de leçons de savoir-faire à recevoir : sur les grands projets structurants engagés (le casino, l'Atelier Mécanique, le PRU de Berthe dont ce qui sert à tous les Seynois, et au-delà, par exemple la médiathèque et les entrées ouest de la ville, d'Auchan au carrefour de Lattre, le crématorium, le quartier de Porte Marine, la cuisine centrale, le domaine de Fabrégas, les places Bourradet et des Seynois de la Mission de France, le complexe sportif Léry), seul le port n’aboutit pas, et je le déplore pour la deuxième fois puisque le premier projet d'Arthur Paecht a connu le même sort. En taux de réussite, on n'est certes pas à 100%, mais on n'en est pas loin, ce qui relativise la notion d’échec.

"Et ce d’autant plus que, si je raisonne sur le plan comptable et financier, la seule vraie opération intéressante pour la collectivité elle-même sur le plan des recettes reste le casino.

"Et puis, en matière d’échec, je regarde aussi autour de moi : la zone d'activités de la base aéronavale de St-Mandrier, c’est tout de même plus de dix ans d'avancées et de reculs avant de parvenir à la réalisation du beau projet que l’on connaît, mais enfin 10 ans quand même ; la "dalle des ferrailleurs" que les Toulonnais siégeant aujourd'hui ici connaissent bien, c’est 30 ans ; quant au tram, même plus on n'en parle. Je rappelle pour mémoire qu’au milieu des années 70 est créé le SITCAT pour travailler sur la traversée de Toulon et le transport en commun, que le SITCAT a été absorbé par TPM en 2002 et qu’enfin, peu ou prou, on en est toujours au même point... hormis à La Seyne où 4,5 des 6 kilomètres de voie dédiée ont été réalisés par la commune elle-même à la fin des années 90.

 

IL DOIT Y AVOIR UN APRÈS

"Je le disais en introduisant mes propos, la décision est lourde de sens car, une fois que techniquement — en l’occurrence juridiquement — la décision est mure, une fois que l’on décide de ne plus faire, que se passe-t-il après ? Et c’est essentiellement de ce point de vue-là que notre discussion en Conseil municipal a un intérêt.

"La question est simple, mais y répondre est complexe et sérieux : est-ce que la poursuite d’un projet de création d’un port de plaisance est toujours opportune ou pas ?

"Si c’est oui, alors il n’y a pas à tergiverser, relançons une procédure de délégation. On achève la seconde. Une troisième, pourquoi pas ? Est-ce que l’on garde les mêmes conditions ou pas ? Comment le veut-on, ce port, si tant est que chacun ait une idée sur la question ? Une nouvelle délégation de service public, ce n’est pas compliqué : on retouche à la marge le cahier des charges de la précédente, comme l'a fait pour celle-ci, on actualise et on repart.... J’aimerais simplement savoir, sur ce type de démarche, que l’on me dise à quel moment on est ou pas compétent ou incompétent politiquement. Il n’y a guère que ceux qui n’ont jamais passé de marchés publics ou de DSP qui pensent que l’on peut faire ce que l’on veut !

"Si c’est non, en revanche, s’il n’est pas opportun de relancer une DSP, la question de la plaisance mérite d’être discutée. Alors discutons.

 

LES PORTS DE PETITS BATEAUX SONT-ILS RENTABLES ?

"Moi, vous le savez, je ne suis pas un marin. Lorsque je suis arrivé en 2008, une procédure avait été lancée qui patinait au point que j’ai dû me résoudre à rompre le contrat de délégation négocié par mon prédécesseur, quasiment pour les mêmes motifs qu’aujourd’hui. Je ne suis pas marin mais je commence à comprendre que, manifestement, et paradoxalement peut-être, les ports de plaisance ont des difficultés à trouver des financeurs... du moins, quand je dis ports de plaisance, on est bien d’accord, il s’agit de ports pour l’accueil de bateaux de moins d'une quinzaine de mètres. Finalement, c’est le lieu commun, le bateau de presque Monsieur-tout-le-monde, la plaisance presque démocratisée (et encore, je me le demande...), ce type de clients ne paraît pas intéresser. Je vais vous faire une confidence : le syndicat Ports Toulon Provence lui même, l’autorité qui gère les ports, les Chambres de commerce d'ici et d'ailleurs, qui sont concessionnaires ça et là, disent que, sauf à disposer de beaucoup de places à sec, les ports de petits bateaux, au minimum ne sont pas rentables, au pire sont coûteux. Faut-il donc relancer une DSP pour un port de plaisance dont le format resterait celui propre à l’accueil de la petite et moyenne plaisance, en prenant le risque, une fois encore, de ne trouver personne, ou de trouver quelqu’un qui aurait du mal à ficeler un plan de financement ? Pourquoi est-ce que notre délégataire SIFA n’est pas parvenu à trouver un ou des partenaires financiers ? Après deux échecs, je me demande si, pour un délégataire, cette affaire est vraiment jouable sur le plan économique...

"Autre élément, après l’économie du port de plaisance et la question de la cible (petits, moyens, grands bateaux ?), se pose la question du succédané à la plaisance traditionnelle....

"Qu’est-ce que l’on constate sur notre territoire, et au-delà, au niveau de la Rade ?

 

UNE DONNÉE NOUVELLE : LA GRANDE PLAISANCE DANS LA RADE TOULONNAISE

"Premier constat : on m’a suffisamment attaqué sur le sujet, mais les faits sont têtus, et, malgré les conditions d’accueil, j’ai été le premier à tenter l’aventure de l’accueil de la grande plaisance sur nos quais. Tout le monde a beau jeu maintenant de dire qu’il y avait pensé, et qu’il faut y aller, mais en 2008-2009, c’est à La Seyne que les premiers bateaux sont arrivés.

"Deux incidences :

"- la première est qu’il faut assurer une qualité de service à forte valeur ajoutée si l’on veut garder les clients. Hélas, nous n’avons pas les moyens d’investir ; plus précisément, les banques ne croient pas que ce projet mérite de s’y attarder pour construire un plan de financement. Donc, l’accueil reste moyen... Ajoutons à cela une petite dose de guerre concurrentielle, soit institutionnelle, soit avec les entreprises privées qui tendent d'investir ce secteur, et l’activité baisse. Je reste néanmoins convaincu qu’il ne tient pas à grand chose pour parvenir à la stabiliser. Là encore, le syndicat PTP, avec lequel nous parvenons à travailler avec plus d’intelligence que jusque-là, a des propositions à nous soumettre qui peuvent en effet être discutées.

"- la deuxième incidence, c’est le constat que la grande plaisance à La Seyne et sur l’ensemble de la Rade est une nouvelle réalité économique avec laquelle il faut composer. A ce jour, la grande plaisance, c’est différents lieux d’accueil et deux chantiers, plus un, très important, qui est à venir chez nous.

"Je me dis donc qu’il y a sûrement là quelque chose dont il faudrait tenir compte en essayant de se donner les moyens d'un travail collectif, c’est-à-dire associant l’ensemble des acteurs institutionnels et privés.

 

LA CROISIÈRE PEUT-ELLE ÊTRE UNE DYNAMIQUE POUR LE LOCAL ?

"Cela, c’est le premier constat. Le second c’est le développement de la croisière.

"Chacun le sait, la Ville n’a rien demandé et j’attends toujours, en ce qui me concerne, des éléments tangibles en termes de retombées économiques.

"Je veux bien entendre que chacun porte une part de responsabilité. Mais je voudrais aussi que chacun prenne conscience que la Ville seule ne fera rien sans contrepartie. Que des cohortes de touristes viennent, c’est très bien. Mais ce n’est pas à nous à tenir les commerces ! Ce n’est pas à nous à nous coltiner l’ensemble des investissements nécessaires à un bon accueil, pour que les touristes partent ailleurs ! Je trouve qu’il serait tout de même cocasse que l’on subisse tous les désagréments sans qu’un effort soit fait en retour pour notre ville.

"Cela étant dit, je reste lucide et je continue à penser que la croisière, pour autant qu’elle soit organisée un peu différemment, est une chance, à la fois pour nous, Seynois, et pour la Rade.

"Ainsi donc, s’il faut redéfinir un nouveau projet pour notre site, alors pourquoi pas trouver un espace supplémentaire pour la croisière... Mais là encore, j’insiste, cela ne peut être que sur la base d’un projet collectif porté par tous les acteurs de la Rade. Nous avons une richesse patrimoniale évidente. J’ai déjà appelé de mes vœux l'élaboration d'un vrai projet de mise en valeur de cette richesse élaboré avec l'ensemble de nos partenaires. Sans quoi, ce n’est pas seulement La Seyne qui y perdra... surtout que, pour l’heure, elle n’y gagne pas grand-chose, mais bien le territoire de toute notre Rade.

 

RASSEMBLER TOUS LES ACTEURS, PUBLICS ET PRIVÉS, AUTOUR D'UN PROJET

"Et c’est le dernier point que je voudrais aborder avant de laisser la parole. L’avenir, c’est bien la Rade avec une Seyne moteur de ce développement.

"N’en déplaise aux esprits chagrins, mon prédécesseur le disait déjà, l’avenir du Grand Toulon passe nécessairement par La Seyne. Il suffit pour s’en convaincre de regarder comment les acteurs économiques occupent l’espace public : Brégaillon, d'une part, le site des anciens chantiers, des Mouissèques à Bois Sacré, d'autre part. Dans nos alentours, nulle part ailleurs que chez nous, l’activité économique ne se développe et se structure aussi vite, alors même que nous sommes en période de crise.

"Ports Toulon Provence, que j’ai rencontré ces derniers jours, la Chambre de Commerce avec laquelle nous travaillons étroitement, les vice-présidents de TPM, dont celui des transports avec l'équipe duquel nous avons hier encore passé plus de trois heures sur le plan de déplacements urbains, l’agence d’urbanisme de l'aire toulonnaise, l’Etat, les entreprises de Brégaillon et de Grimaud, tous sont convaincus avec nous qu’il faut maintenant arrêter de se regarder le nombril et travailler de concert : car l’échec de La Seyne, ce serait celui de Toulon ; sa réussite, ce serait celle de TPM dans son ensemble, et de ses habitants par la dynamique créatrice d'emplois !

 

D'UN MAL, FAIRE UN BIEN

"Je pense donc qu’il faut se poser la question : la fin de la DSP n’est peut être pas aussi dramatique si, par cette fin — que je déplore réellement... je préfèrerais inaugurer l’installation —, nous sommes capables de redéfinir un projet global pour la Ville et, par elle, pour notre agglomération.

"Il y a matière à recomposer de l’activité autour de quatre grands axes : l’industrie et la haute technologie marine sur Brégaillon, le grand yachting sur les littoraux de La Seyne, de Toulon et de St-Mandrier (hivernage, maintenance), la croisière sur La Seyne et Toulon avec un vrai projet touristique (la mise en valeur des forts par exemple, il y a une belle histoire à raconter à nos visiteurs sur ce thème), enfin la plaisance, sur les ports de la Rade, dont ceux de La Seyne, du port historique jusqu’à la Petite mer.

"A cet effet, si la majorité en est d’accord — et, pourquoi pas, les autres aussi —, je proposerai une entrée en matière par l’organisation d’une table ronde avec l’ensemble des acteurs, publics et consulaires, dès le mois d’octobre. Je soumettrai ensuite au Conseil une convention d’études avec la Chambre de Commerce et PTP pour définir le cadre d'un nouveau projet. Celui-ci prendra appui sur le début du travail de réhabilitation de l'Atelier Mécanique qui devrait démarrer en fin d'année par le dépôt du permis de construire... si l’on n'est pas déféré entre temps par quelque empêcheur de développer...

"La parole est à l’Assemblée..."

 

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Publié par Marc Vuillemot - dans Économie - tourisme et commerce

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Maire (PS) de La Seyne-sur-Mer
Vice-président de l'agglo de Toulon

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