2 décembre 2025 2 02 /12 /décembre /2025 03:58

 

Moi qui, tout athée que je suis, fais la crèche chaque année et qui ai défendu l'idée que des santons et des crèches conservent toute leur place dans l'espace public, en particulier lors de nos regrettées Fêtes calendales du Fort Napoléon, parce qu'elles relèvent plus d'une dimension patrimoniale que d'une ferveur religieuse, je me suis tout de même questionné sur la raison pour laquelle l'illumination qui, en entrée de ville, nous souhaitait naguère de « Joyeuses fêtes » nous promet désormais un « Noël à La Seyne » et sur le choix d'afficher un tout nouveau « Joyeux Noël » sur la projection très réussie sur les façades du quai Gabriel-Péri.

 

C'est peut-être un détail ou un pur hasard. Mais, si ça ne l'était pas, ça pourrait être chargé de sens...

 

 

FÊTES DE YULE, CULTE DE MITHRA, SATURNALES, ET PUIS NOËL

 

Bien sûr, Noël, c'est la commémoration de la Nativité de Jésus-Christ, événement important pour les chrétiens du monde entier. Mais, historiquement, avec les efforts de christianisation déployés dans les premiers siècles de notre ère, les festivités qui lui sont liées résultent d'une volonté de remplacer peu à peu d'autres événements qui existaient autour du solstice d'hiver du 21 décembre afin d'ancrer solidement la nouvelle tradition religieuse dans l'Empire romain, puis au-delà.

 

Noël a ainsi remplacé Yule dans l'Europe du nord, une fête païenne préchrétienne célébrée par les peuples germaniques. Il n'est d'ailleurs pas neutre que, sous le Troisième Reich dont beaucoup de chrétiens engagés ont cruellement été victimes, Yule a été instrumentalisé à des fins idéologiques pour servir la propagande nationale-socialiste. De même, la christianisation de l'Empire romain et ses lois anti-païennes ont accentué la disparition du culte de Mithra, divinité initialement indo-iranienne également fêtée aux alentours du solstice d'hiver. Les Saturnales, aussi, des fêtes se déroulant dans l'Antiquité romaine au cours de la semaine du solstice d'hiver pour célébrer le dieu Saturne, accompagnées de grandes réjouissances populaires, conservées dans la tradition provençale avec les "fêtes calendales" mi- religieuses et mi-païennes, ont dû laisser la place à la célébration chrétienne.

 

 

TRADITION CHRÉTIENNE OU FÊTE UNIVERSELLE DE LA PAIX ENTRE LES HOMMES

 

Avec le temps, et notamment depuis le XIXe siècle, cette période de fin d'année est aussi devenue un temps festif de la famille et des enfants, en particulier en offrant des cadeaux. Certes les instances catholiques, et d'autres, désapprouvent depuis longtemps l'évolution mercantile de cette fête. Mais cette évolution vers une fête universelle parce que prenant peu à peu un caractère plus athée, qui n'interdit en rien aux chrétiens de vivre leur foi, en famille, avec leurs amis, dans l'espace privé, leurs églises et leurs temples, a permis aux pratiquants de toutes les religions comme aux agnostiques et libres-penseurs de se retrouver dans une même période de réjouissances, de convivialité et de paix.

 

C'est pourquoi le souhait municipal de « Joyeuses fêtes » était une adresse à l'ensemble de nos concitoyens et visiteurs, avec leurs diversités, dans l'esprit de notre Constitution qui stipule que « La France est une République indivisible, laïque, démocratique et sociale. Elle assure l'égalité devant la loi de tous les citoyens sans distinction d'origine, de race ou de religion. Elle respecte toutes les croyances. »

 

Après qu'elle a supprimé nos Fêtes calendales profanes qui nous réjouissaient depuis quatre décennies de Berthe au Fort Napoléon et décidé d'organiser un pèlerinage catholique annuel à Notre-Dame-du-Mai, on ne peut qu'être dubitatif sur les intentions profondes de la municipalité. Est-ce qu'il a à présent été demandé aux agents communaux qui font chaque année un travail toujours plus remarquable de conception et réalisation de merveilleuses illuminations de changer une guirlande pour souhaiter désormais un « Noël à La Seyne » à la place de « Joyeuses fêtes » et de rajouter un « Joyeux Noël » à une projection murale ? Si tel était le cas, ça surchargerait d'une couche de doute les intentions de la municipalité en matière de laïcité. Surtout dans une période où la porosité s'accroît entre la droite et son extrême sur fond d'accents traditionalistes, d'imposture historique sur une pseudo identité judéo-chrétienne de la France et de l'Europe, de repli sur soi, de rejet et de stigmatisation de l'Autre, du Différent, de l'Étranger...

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